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Mangasochisme: Onmyôji de Reiko Okano

Aujourd’hui, nous « fêtons » les cinq ans d’anniversaire de la sortie du volume 7 de Onmyôji – Celui qui parle aux démons. Il s’agit d’un manga de Reiko Okano édité par Delcourt (époque Akata) depuis mai 2007. Reiko Okano se base sur la série de romans de Baku Yumemakura, s’inspirant du personnage historique Abe No Seimei, célèbre onmyôji (maître du yin et du yang) ayant vécu à l’époque Heian (794-1185). Au Japon, le manga sort entre 1993 et 2005 au début dans le Comic Burger (magazine seinen de Gentosha), puis ensuite dans le Comic Birz (idem) et enfin dans le Melody (magazine josei de Hakusensha où on trouve The Top Secret et Le Pavillon des Hommes) à partir de 1998. C’est un manga culte au Japon qui connaît 13 volumes reliés. Si j’en parle dans cette rubrique, cela signifie bien une chose: le volume 8 n’est toujours pas sorti, et nous n’avons aucune nouvelle quant à l’avenir de la série en France (enfin, on se doute plus ou moins de cet avenir, inutile de faire appel à un… onmyôji!).

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Le visuel du volume 8 existe déjà en VF, rageant

Onmyôji fut sûrement l’un de mes plus grands coups de cœur dans ma « carrière » de lectrice. Pourtant, au moment de sa sortie en 2007, même en ayant beaucoup aimé ma lecture, ce n’était pas encore le cas. C’est vraiment avec le temps, petit à petit, que j’ai fini par hisser ce manga parmi mes préférés. A ses débuts, je reconnais pourtant ne pas avoir soutenu le titre: j’étais encore dans une période naïve et je ne réalisais absolument pas qu’acheter un manga neuf était un acte de soutien. Ainsi, j’achetais la plupart de mes manga d’occasion (cela inclut des titres tels que les débuts de 7 Seeds, Le Cortège des cent démons, puis les débuts de Goyô). D’autant plus que dés sa sortie, Onmyôji coûtait la modique somme de 15€ pour un format identique à d’autres titres qui en coûtaient traditionnellement 10.

En réalité, je me suis surtout rabattue sur Onmyôji suite à l’arrêt du Cortège des cent démons. A cette époque, je limitais beaucoup plus mes achats et je n’avais droit qu’à un type de série en cours, la case yôkai était donc prise. J’ai commencé à acheter la série en neuf au volume 4 (ou 5?) seulement (la décennie passée, les manga d’occasion coûtaient bien moins chers et les grands formats étaient très souvent disponibles dés leur sortie… sûrement les fameux service presse). Et c’est aussi le moment où j’ai réalisé que Onmyôji était surtout un des manga préférés, un de ces manga que je remerciais le ciel de pouvoir lire en français, et surtout un de ces manga que je voulais tant lire un jour. C’est donc devenu l’un des titres les plus importants de ma collection.

A l’époque de la sortie du volume 5, je m’intéresse enfin aux histoires de vente. Et le bât blesse: certains manga cartonnent, d’autres peinent commercialement. Onmyôji fait évidemment partie du second groupe. Moins de 500 exemplaires (autour de 200? faut croire que le club est très très select, certain-e-s ont même plus d’amis Facebook…). Le tout sort de manière très sporadique, jusqu’au volume 7, mais la série est toujours en cours. Le sort est plus ou moins jeté lorsque Akata devient un éditeur indépendant en 2014, sans Dominique Véret pour défendre la série auprès de Delcourt.

Pourtant, j’y ai cru au volume 8, après avoir vu une chronique de celui-ci sur le site de Animeland, au cours de l’année 2015 (en mai de mémoire, la chronique n’ayant pas été sauvegardée par Wayback Machine). J’étais donc toute contente: le volume allait sortir dans les mois à venir. Mais quelle naïveté! Le chroniqueur a sûrement dû lire une version PDF, donc aucune garantie que la version papier ne sorte. Sur Manga News, on pouvait lire les news suivantes tout au long de l’année 2015: Onmyôji 8 pas avant 2015, Nouveau report du tome 8 d’Onmyôji, Le tome 8 d’Onmyôji repoussé à 2016. Depuis, pas de nouvelles. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir invoqué Jacques Pradel via son émission Perdu de vue, mais peut-être que je devrais plutôt essayer Témoin N°1

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Je sais, on a changé de siècle mais les habitudes ont la vie dure

Il est tout de même très regrettable de voir qu’un tel titre ne peut pas avoir une place dans un marché tel que le nôtre (on aime tant s’en vanter: le second marché mondial du manga est la France). Surtout que ce titre aurait pu avoir une exposition bien au-delà du cercle des fans de manga: j’aurais tellement aimé que la presse généraliste se penche dessus, comme elle s’est penchée sur Chiisakobé par exemple! Mais le titre est sans doute sorti un peu trop tôt, à un moment où il ne faisait pas encore si bon de parler manga ou de valider certains titres (je ne sais même plus quand Taniguchi est devenu « acceptable »). Peut-être que la communication n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui. Mais avec les fréquentations de lieux tels que le Musée Guimet, la Maison de la Culture du Japon à Paris, avec les personnes qui achètent de la littérature japonaise aux éditions Picquier, il y avait un public du Japon érudit pour se pencher sur Onmyôji… Peut-être qu’à cette époque, les années 2000, ces deux mondes avaient encore du mal à se rencontrer (et sans doute encore aujourd’hui…).

Et pendant ce temps, je dois le dire, et je l’assume, j’ai du mal à lâcher le morceau: Abe no Seimei et Hiromasa me manquent cruellement. L’ironie de tout cela, malgré un personnage principal exerçant en tant que onmyôji très puissant, la malédiction a réussi à s’emparer de la série… De mon côté, je réfléchis de plus en plus à me procurer la série entière en édition taïwanaise, malgré les doublons (les volumes ne sont plus vendus à l’unité… reste le marché de l’occasion. C’est dommage surtout quand on sait que la suite sort là-bas!). Je souhaite bon courage à celles et ceux que la série intéresserait: le volume 6 surtout est devenu très très rare. Car malgré l’absence plus que probable d’une fin en français de notre vivant, Onmyôji vaut le coup d’être lu. Il y a bien un fil rouge dans cette série, mais les histoires peuvent aussi se lire de manière indépendante.

Quand j’ai su que le FIBD 2018 se consacrait à feu Tezuka, j’ai même espéré que son fils Macoto Tezuka vienne accompagné de sa femme: Reiko Okano! Les obsessions ont la vie dure… Malheureusement, tout laisse penser que Delcourt a baissé les bras. En effet, les relances sont sans réponse: ma dernière question posée sur le forum de Mangaverse concernait à la fois RiN de Harold Sakuishi et Onmyôji, ce dernier a juste été ignoré alors qu’une réponse a été apporté pour le premier. A partir de là, j’aimerais bien que Delcourt finisse par rompre le silence en apportant une réponse, quelle qu’elle soit. Afin que tout le monde puisse passer à quelque chose en digérant la nouvelle chacun-e à sa manière, au lieu de se raccrocher à un espoir aussi mince soit-il (idem pour Panini et ses multiples séries dans le coma, spéciale dédicace à Princesse Kaguya – notons que les deux mangaka s’appellent… Reiko et officient chez le même éditeur et le même magazine aujourd’hui, ça doit signifier quelque chose ou bien je suis complotiste). D’autant plus qu’au vu du nombre de lecteurs et lectrices, cela fera autant de bruit qu’une manifestation de chats coussin…

Pour conclure, la suite Onmyôji – Tamatebako a débuté en 2010 dans le Melody (pour changer). Même cette série s’est terminée avec son septième volume (été 2017).

EDIT (17/03/2018): à propos de ma question sur Onmyôji volume 8, j’ai finalement eu une réponse sur le forum de Mangaverse. Bref, c’est donc hyper frustrant: cela signifie que depuis mai 2015 au moins (date de la chronique perdue sur Animeland), le volume 8 est dans un état végétatif…

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est em, manga, mangasochisme

Mangasochisme: Golondrina d’est em

L’an passé, j’ai souvent souffert de ne pouvoir lire la suite de tel ou tel manga. Et j’en suis venue à créer un mot pour ça: mangasochisme. Parce que je ressassais, à longueur de temps, dans ma tête, tous ces manga que je traîne depuis des années sans en voir le bout (bout que je ne verrai peut-être jamais de mon vivant si je n’apprends pas le japonais…). Bref, tout ceci pour dire que j’inaugure ici une nouvelle rubrique qui combinera toutes mes frustrations. En somme, un espace qui permet ENFIN d’exprimer tout ça à l’écrit (en fait c’est thérapeutique quoi)… Rien d’intéressant, il s’agit ici de râler un bon coup car ça fait du bien. En plus, j’adore me plaindre (pas de quoi s’en vanter, je sais)… Et si vous voulez vous y adonner en commentaires, vous êtes les bienvenu-e-s!

Je commence cette série de lamentations par Golondrina d’est em (je résume mais c’est une mangaka ayant commencé par le BL, mais elle officie aussi dans le josei et le seinen. C’est évidemment une des chouchoutes de ce blog… en VF, courrez lire Tango aux Éditions H, hélas trouvable partout à prix très petit ;__; ). Golondrina (hirondelle en espagnol) est une série inédite en France. est em est venue vers le seinen en 2011-2012 avec Golondrina et Ippo (rien à voir avec le boxeur), deux titres respectivement prépubliés chez IKKI (Shogakukan) et Jump Kai (Shueisha). L’histoire de Golondrina est centrée autour d’un domaine qui fait débat en Europe: la tauromachie. Pourtant, naïve comme je le suis, avec l’actu chargée de est em au Japon, je croyais dur comme fer à une sortie, soit aux États-Unis chez Viz (il faut dire que l’espoir fut entretenu lors de la venue d’est em au TCAF 2014 ainsi que la sortie de Tableau Numéro 20 chez SuBLime, branche BL de Viz), soit sur le sol français chez Kana dans une collection du type Made In (après tout, Kana a sorti des IKKI, pensais-je). Et ce malgré le four que fut Tango et son dessin paraît-il « particulier », « les Français ne sont pas prêts » me dira-t-on un jour.

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Golondrina est un titre prévu en 6 volumes. Le tout semble avancer, sauf qu’au Japon, l’aventure du IKKI s’achève en 2014. Par la suite, Shogakukan fonde le Hibana en mars 2015, un magazine seinen dans lequel la plupart des mangaka prépubliés sont des femmes. D’après les dires, c’est peut-être pour concurrencer le Harta de Enterbrain qui cartonne au Japon (on y trouve entre autre Bride Stories). Cela n’a rien à voir avec Golondrina, mais notons que le Hibana s’arrêtera aussi en été 2017… Tout ça pour dire que les choses commencent déjà mal pour Golondrina d’est em: lorsque le Hibana est lancé, on y retrouve certaines séries issues du IKKI (comme Futagashira de Natsume Ono et Dorohedoro de Q Hayashida) mais pas Golondrina! Visiblement, Golondrina ne sera repris dans aucun magazine et sa sortie sera prévue directement en volume relié sans passer par la case prépublication! A ce moment-là, sur les 6 volumes prévus de la série, on en est au 5. Tout cela pour dire qu’évidemment, cela n’aide pas à vendre les droits de la série à l’étranger (paraît-il que Shogakukan essayait pourtant pour le marché occidental, mais n’a jamais trouvé preneur pour cette merveilleuse série).

Miracle dans le « planning » de l’éditeur taïwanais Tong Li (un des plus grands acteurs du marché, local ou en licences manga), j’apprends que Golondrina sort en janvier 2015 (je relis même plusieurs fois le nom de l’auteure pour être SÛRE de ne pas me réjouir pour rien)! Autant dire que je saute de joie, surtout que cela signe peut-être un excellent début d’année (des événements tragiques diront quand même le contraire). Tong Li fait donc un lancement comme on en voit souvent en France, en sortant les deux premiers volumes le même jour. Inutile de dire que je commande évidemment les volumes très rapidement, attendant avec impatience la suite (je n’ai jamais écrit dessus mais à ce jour, Golondrina est mon chouchou personnel dans l’œuvre d’est em, tant pour son histoire que son merveilleux dessin). Les mois passent, et même l’année qui passe, avec 2016 qui pointe son nez et toujours: RIEN. Le néant, nada, null (oserais-je même). On est en 2018 et évidemment, toujours aucune nouvelle de Tong Li. Et toujours cette sempiternelle réponse sur le forum de l’éditeur, à savoir que Tong Li n’a plus les droits, et qu’aux premières nouvelles, nous serons mis au courant sur le site de l’éditeur (si si, il sont sur Facebook, mais ils ne répondent pas aux questions de ce type dessus, faut passer par le forum…). Réponse identique à quasiment toutes les questions concernant des sorties que je me demande si elle n’est pas… automatique!

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L’espoir fut donc plus que bref, Tong Li faisant même pire que Panini: opération que j’ai même fini par baptiser le lancement-arrêt. C’est lorsque l’éditeur fait un lancement en grande pompe avec 2 volumes d’un coup, et qu’en fait la suite ne sortira jamais  (ce n’est pas la première série victime de l’opération chez l’éditeur). Notons que l’éditeur (ou les éditeurs en général à Taïwan) ne communique pas comme le font les éditeurs français. C’est donc plus que désagréable de se voir arrêter ainsi une série (longtemps) rêvée. Car il n’y a JAMAIS d’arrêt de série (sauf que les séries arrêtées à un volume de la fin, je ne les compte même plus): c’est la sempiternelle réponse dont je parlais plus haut. Au petit bonheur la chance, certaines séries voient un volume sortir après des années d’interruption. Et on ne me dira pas que Tong Li est un petit éditeur: c’est un mastodonte à Taïwan, qui a même une branche à Hong Kong, possédant les licences de gros shônen qui cartonnent (The Promised Neverland, One Punch Man, One Piece, My Hero Academia, au niveau local, il y a le bestseller The Ravages of Time du Hongkongais Chen Mou, et j’en passe, là où ces titres sont partagés en France entre plusieurs éditeurs…).

Si vous êtes toujours vivant-e-s, merci d’avoir lu ma complainte. A noter que récemment, est em a publié sur Twitter des dessins de Golondrina: elle reprend donc la série et travaille sur le volume 6. Avec une fin, peut-on espérer une situation qui se débloquerait pour une sortie… en Occident? Ce serait tellement bien! Le public français serait-il « prêt » (on se pose tout de même moins cette question pour d’autres mangaka, curieusement…)? De ma lucarne, c’est un titre que j’aurais très bien vu dans une collection atypique comme celle de Futoropolis (je sais, le coût, tout ça, je n’ai toujours pas acheté Les Chats du Louvre en plus), au vu du dessin très européen d’est em et du lieu où l’histoire se passe: en Espagne.

Le ptich: Chika est une jeune femme de 18 ans que l’on confond souvent avec un garçon. Elle est lesbienne et a rompu il y a peu avec sa petite amie. Ce que Chika aimerait, c’est trouver la mort. Mais pas n’importe comment: à l’aide de la tauromachie, elle pourrait mourir fière, et de manière visible, à la télévision!

A lire: la chronique de Jocelyn Allen.

comics, science-fiction

Y Le Dernier Homme (Brian K. Vaughan et Pia Guerra)

Y Le Dernier Homme (Y The Last Man en VO) est une série éditée par Vertigo. Elle a été pré-publiée aux Etats-Unis de septembre 2002 à mars 2008, s’étalant sur 60 épisodes. On doit ce comics au célèbre scénariste Brian K. Vaughan et à la dessinatrice Pia Guerra (rejointe plus tard par le Croate Goran Sudžuka, avec Paul Chadwick en guest star sur l’arc de la troupe de théâtre). En France, Y Le Dernier Homme est édité par Semic (2 volumes) avant d’atterrir chez Panini (10 volumes, complet) puis enfin chez Urban (5 volumes cartonnés, complet).

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Un jour d’été 2002, tous les mammifères porteurs du chromosome Y meurent de manière instantanée. Seuls Yorick Brown (22 ans), et le capucin avec lequel il vit, Esperluette (Ampersand en VO), sont épargnés. Le monde entier, et surtout les États-Unis, sont en proie à une panique générale. En tant que dernier homme, Yorick se trouve confronté à divers groupes de femmes voulant s’emparer de lui. En fait, il aimerait surtout rejoindre l’Australie pour se retrouver auprès de Beth qu’il vient de demander en mariage. Yorick est escorté par l’Agent 355 à travers les Etats-Unis afin de rejoindre le Dr Alison Mann dont les travaux sur le clonage se révèlent cruciaux pour le futur de l’humanité.

Y Le Dernier Homme m’intrigue depuis des années (depuis ma découverte des titres du label Vertigo, aux côtés de 100 Bullets, Sandman, Fables). Contrairement aux trois autres titres cités, je ne suis jamais passée à l’achat, sûrement la faute à des dessins un peu fades sur les premiers tomes, contrairement aux couvertures très réussies de chaque épisodes. J’ai aussi eu l’occasion, il y a bien 10 ans, de lire une partie en bibliothèque dans son édition Panini. Alors que la série était disponible jusqu’au bout, j’ai fini par laisser tomber (je n’ai jamais su pourquoi). En croisant d’occasion l’intégrale de l’édition Deluxe VO (équivalent de celle d’Urban), j’ai fini par redonner une chance à Y Le Dernier Homme, hit Vertigo des années 2000.

Mon premier contact avec Brian K. Vaughan a été la série Marvel Les Fugitifs, faite pour des personnes comme moi à l’époque: les newbies en matière de comics, ne connaissant absolument pas l’univers Marvel (je ne dis pas que je le connais beaucoup plus aujourd’hui). Cette série se terminait en 3 volumes (il s’agissait en fait d’une première saison) m’ayant laissé une très bonne impression. Puis j’ai lu un bout de Y Le Dernier Homme (impression mitigée à l’époque), Ex Machina (idem), Pride Of Bagdad (pas accroché), Saga (jamais compris la hype même si le premier volume se lit très très bien). En fait, Vaughan est surtout un rusé, fort pour pitcher: ses séries partent toujours d’un point de départ très curieux, attirant donc dés le premier épisode (j’ai d’ailleurs envie de lire Paper Girls et Private Eye). Et c’est le cas pour Y Le Dernier Homme.

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Alter, ce personnage que j’ai un peu trouvé en trop

Après un premier épisode très réussi, le souffle retombe par la suite. Du moins, sur une bonne dizaine d’épisodes de la série. Il faut dire que le scénario souffre un peu de son époque (le début des années 2000) avec sa narration du type « Maintenant », « Il y a 2 heures », « Il y a un mois », « trois jours plus tard » (un peu comme Bendis parfois). Mais aussi et surtout, les dessins de Pia Guerra sont plats, un peu quelconques, les visages sont peu expressifs, les décors sont parfois vides. La narration manque de punch. Le défaut de la série est aussi qu’elle manque de surprise sur ses débuts.

Il y a un enchaînement de péripéties plus ou moins artificiel: nos personnages (Yorick, Mann, 355, Esperluette) sont au calme? Alors, vite il va se passer quelque chose! Il y a comme un manque de répit à chaque fois que l’équipe se pose, mais un manque de répit « attendu »: « ils ont eu tant de calme, obligé il va se passer quelque chose ». Autre défaut, à chaque fois qu’il y a des conflits internes dans l’équipe, un événement survient forcément, parce que tel ou tel personnage est isolé (et même Esperluette en fait les frais)! Enfin, du côté des personnages rencontrés en route, la méfiance est de mise (c’est un monde post-apo), et c’est au moment où le conflit s’amorce (avec ou sans mortes) que l’on penser à sauver l’autre car elle n’était pas si méchante (et avec un peu de chance, une vraie ennemie pointe son nez au même moment!!!). Ou les séparations des personnages qui se jouent à rien, et qui fait que ceux-ci doivent ensuite parcourir le monde pour retrouver une telle. Et puis il y a aussi cette tension familiale avec Hero, la sœur de Yorick. Le personnage de Alter est pour moi assez raté (et entre dans l’histoire de manière un peu artificielle à mon goût…).

C’est donc parfois répétitif et les ficelles de Vaughan sont souvent les mêmes. Ceci dit, je pense que mon impression est surtout due à une lecture d’une traite. Contrairement à d’autres titres Vertigo, Y Le Dernier Homme se lit beaucoup mieux en suivant la prépublication (au rythme mensuel) qu’en relié (ce qui le rend assez différent des autres titres Vertigo qui se lisent souvent très bien en relié), Vaughan maîtrisant bien l’art du cliffhanger. La narration de Vaughan est bien plus frontale, plus « américaine », moins littéraire et beaucoup plus tournée vers les dialogues.

Cependant, même si l’aspect répétitif des péripéties est toujours là (ce qui a failli me lasser au bout de 2 volumes, soit 20 épisodes), l’histoire s’améliore par la suite. Les rebondissements sont nombreux mais un peu mieux gérés. Ou bien, je me suis attachée aux différents personnages. La série devient un peu plus intéressante lorsqu’on rencontre des femmes qui n’en veulent pas forcément à la vie de Yorick et de ses acolytes, ou qu’on voit des femmes prendre leur vie en main comme le capitaine du bateau. Les personnages sont réussis et c’est ce qui rend la série suffisamment attrayante malgré les 10 premiers épisodes. Soit Vaughan s’est amélioré au fil de la publication, soit je me suis attachée aux personnages, rendant le comics plus facile à suivre. J’ai trouvé que c’était plus fluide à partir de l’arc des cosmonautes. Une autre force de Vaughan provient des dialogues: ceux-ci sont très vivants et plein d’humour.

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La fine équipe: 355, Alison Mann, Yorick Brown et Ampersand

Côté personnages, j’ai surtout aimé le Dr Mann: métisse Sino-Japonaise (peut-être que ce point a joué, je ne saurais dire si je suis neutre à ce sujet), intelligente, indépendante, scientifique, lesbienne, rebelle (faut la voir avec ses parents) et qui ne sait pas se battre. C’est d’ailleurs avec ce personnage qu’on peut voir les améliorations graphiques au long de Y Le Dernier Homme. Les dessins restent passe-partout, un peu quelconque mais pas laids pour autant, et on peut aussi noter la stabilité graphique de l’ensemble tout au long de la série. En revanche, les visages gagnent en expressivité et sont plus convaincants aussi. Je trouve qu’on ne voit pas vraiment les traits asiatiques du Dr Mann au début de l’histoire, mais ceux-ci sont bien plus visibles par la suite. Le personnage de 355 (Afro-Américaine) est également une réussite, elle fait office de gros bras du groupe, et de cerveau pour tout ce qui est pratique. Par contre, je suis moins fan de Yorick que je trouve souvent agaçant, mais le trio fonctionne finalement très bien. Le capitaine du bateau est aussi une autre femme que j’ai trouvée très charismatique. Globalement, la palette des personnages féminins est variée et heureusement vu le scénario.

Dans sa globalité, je dois dire que Y Le Dernier Homme est une série très réussie. Je dois aussi dire que la fin est tout à fait intéressante, évitant le sacro-saint happy end (cette fin m’a surprise, et j’ai trouvé effectivement que Vaughan a su rendre le récit fort de ce point de vue, surtout du côté des quatre personnages principaux). Une partie de moi a  donc apprécié cette lecture bien que parfois laborieuse dans ses débuts, ayant réussi à m’attacher aux personnages (même si j’ai eu du mal avec Yorick tout au long de l’histoire), mais une autre partie a du mal avec certains aspects de l’histoire. Je vais tenter d’en parler un peu, même si l’exercice va surtout être périlleux. L’idée de départ, soit un monde post-apo uniquement peuplé de femmes, est alléchant. Mais il faut voir le parti pris de Vaughan (je l’accuse lui, sachant que je ne connais pas la part de Guerra dans cette création – certains dessinateurs comme Peter Gross travaillent avec le scénariste, en l’occurrence Mike Carey). Dans ce monde rempli de femmes, comme le titre l’indique (au moins je suis prévenue), Vaughan s’intéressera avant tout à son héros: Yorick. Pourtant (je soupçonne les avis plutôt masculins…), le soi-disant féminisme de Vaughan est largement vanté. A ceci près que, comme Vaughan le dit lui-même dans une interview, sa volonté est d’écrire sur la vie d’un jeune homme qui va devenir un homme (1). La démarche en soi n’est donc pas féministe (après tout, des histoires parlant d’hommes… donnant la parole à l’homme… bref): dans un monde où il n’y a plus d’hommes, on en n’a encore une fois que pour eux (et je me permets de citer @Cescoindie(2)).

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Les Amazones, ces fanatiques misandres

Autre élément que je trouve assez peu féministe, c’est aussi la manière qu’a Vaughan de tourner totalement en ridicule les mouvements féministes, en créant les Amazones (Daughters of Amazon – non pas le site…), un groupe de femmes fanatiques (elles doivent se couper un sein pour entrer au *sein* du groupe), dangereuses et surtout misandres! En somme, de véritables furies hystériques (encore un cliché de la féministe revancharde?)… Dans un monde où il n’y a plus d’homme, il faut à tout prix éradiquer le dernier spécimen du lot, et surtout, il faut éradiquer toute trace du patriarcat, des églises aux autres monuments, et tant pis si ces édifices permettent à certaines de s’abriter. Un groupe qui hait les hommes, ce qui est très (trop?) souvent reproché aux femmes féministes de nos jours qui doivent, à longueur de pédagogie, éduquer l’autre et prouver que non, elles veulent des droits ET ne sont *pas* misandres (oui, faut réussir à se justifier quand on demande l’égalité)… Alors je comprends que pour les besoins de l’histoire, Vaughan a donc créé des ennemies afin de mettre des bâtons dans les roues de notre petite équipe, pour avoir plus de péripéties et tout ça. C’est sans doute un détail, mais à plusieurs reprises, il y a des blagues sur la fameuse mauvaise humeur causées par les règles (lors de l’arc de la prison, une femme explique à Yorick que lorsque tout le monde a ses règles en même temps, l’ambiance est quand même tendue. Ou encore mieux, une personne demandant à une autre si elle n’aurait pas son syndrome pré-menstruel… haha).

Enfin, je rejoins Erica Friedman sur le fait que Vaughan montre aussi une société où les femmes paniquent et ne parviennent pas vraiment à reprendre les choses en main lorsque les hommes ne sont plus. Encore une fois, j’ai du mal à considérer le scénariste comme féministe dans sa vision de l’histoire. Effectivement, je peux concevoir le traumatisme subi dans un monde dans lequel la moitié de l’humanité disparaît. Après tout, un moment de catastrophe de grande ampleur voit les personnes traumatisées et difficilement retrouver un contrôle sur soi. De plus, concernant cette moitié de l’humanité, toutes les femmes ont au moins un être aimé dans son entourage porteur du fameux chromosome Y. Je peux concevoir un pétage de câble. Dans cette vision de Vaughan, il y a tout de même une ambivalence (et c’est le cas tout au long de ce comics, pour cette vision féministe ou soi-disant féministe de l’histoire): le monde part totalement en vrille parce-que certaines professions sont exercées en grande partie par des hommes. Ainsi, Vaughan montre peut-être le manque de femmes dans certains corps de métier. En même temps, on peut souligner l’inefficacité (car le chaos dure quand même un bon nombre d’années) des femmes à reprendre leur monde en main. L’échec est donc d’ordre collectif pour une société composé de femmes. De plus, le point de vue adopté par Vaughan étant du genre post-apo, on ne verra jamais des femmes s’organiser, ensemble, afin de reconstruire un monde. Tout ce qu’on verra est donc un groupe de femmes se tirant dans les pattes pour… un homme!

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Sur son temps libre, 355 tricote une écharpe qui n’en finit pas!

Maintenant, je parle d’ambivalence, et je ne cherchais pas à faire le procès de la personne qu’est Vaughan ci-dessus, ne pouvant dire que je le connais bien (c’est juste cette réputation de scénariste féministe qui me donne du poil à gratter, réputation qui le suit aussi dans Saga, grâce à Y Le Dernier Homme – une fois la réputation acquise, on ne s’en défait pas!). Ambivalence car comme je le dis dans le paragraphe précédent, Vaughan souligne le manque de femmes dans certains corps de métier. Il fait aussi dire à un des personnages qu’avant le « gendercide » (je ne sais comment c’est traduit dans la VF), elle était le second rôle de sa vie: la femme de, l’assistante de, etc…, mais qu’elle a enfin réussi à être l’héroïne de sa propre vie depuis la disparition des hommes, ce que des femmes peuvent parfois ressentir dans leurs vies. Il parvient aussi à créer de très beaux personnages féminins, aux profils, aux aspirations et aux personnalités très diverses (je me demande si de ce côté, Guerra a eu une influence?). La mère de Yorick est par exemple une femme politique, et ce, avant la disparition des hommes. De plus, alors qu’on n’est pas encore dans les années 2010, Vaughan parvient à créer de la diversité: on retrouve 355 et Mann en tant que personnages principaux (en tête d’affiche, sur les couvertures), et l’un de ces personnages est ouvertement homosexuelle. En revanche, je trouve que les corps sont peu variés (elles sont toutes belles, minces, élancées, mais pas sexualisées!). Si individuellement, les profils sont variés et réussis, c’est collectivement que l’échec d’un projet de société semble se poser.

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Beth, la dulcinée de Yorick et le but à atteindre tout au long de l’histoire

Côté ambivalence, il y a le personnage de Yorick. C’est le seul homme, mais paradoxalement, il joue le rôle de demoiselle en détresse, avec comme prince charmant l’Agent 355 qui doit toujours le secourir! Il y a donc inversion des rôles traditionnels que l’on a l’habitude de voir dans les fictions, surtout dans le genre post-apo justement. De plus, la personnalité même de Yorick ne penche pas vers le cliché du mec viril. Car Yorick aime la littérature, il est plutôt rêveur, fidèle et surtout, très très très romantique! Dans sa relation avec Beth, alors que Yorick reste à la maison, c’est elle qui s’en va à l’autre bout du monde jouer les exploratrices. Lui l’attend sagement, en quelque sorte, alors que l’inverse est plus courant. Les femmes autour de Yorick font preuve d’initiative dans les moments d’action, alors qu’il se met souvent en danger pour des bêtises (ce que l’on reprochera souvent au personnage de la demoiselle en détresse, je fais appel à toi, ôôôô Saori, otage professionnelle). A plusieurs reprises, 355 sauvera la pomme de Yorick qui s’est comporté comme un idiot. Yorick est donc un personnage souvent ridicule avec ses répliques et son comportement de « gentleman » qui n’a plus lieu d’être, lui qui essaie de tenir ce principe de « ne jamais frapper une femme ». Yorick reste tout de même agaçant, ayant parfois son comportement de « mâle primaire »: alors qu’il faut faire profil bas, il ouvrira sa grande bouche pour donner son avis de mâle auquel on a rien demandé, surtout au début de la série avec les Amazones…

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superbe couverture mettant en avant Ampersand dans l’arc de la troupe de théâtre

Faire de Yorick un personnage de romantique très fidèle n’est peut-être pas aussi féministe qu’on ne le pense. Cette inversion des rôles m’a parfois agacée de la part d’un scénariste masculin: on y voit en oeuvre le fameux slogan « not all men » (pas comme ça) souvent scandé par les hommes lorsque des femmes prennent la parole en parlant de violence sexuelle ou de harcèlement de rue… En quelque sorte, Yorick valide plus ou moins cette idée que non, tous les hommes ne sont pas comme ça. De plus, les femmes que rencontrera Yorick sont toujours les premières surprises du fait que Yorick cherche encore à rejoindre Beth sans la tromper, pensant encore à elle alors qu’il est le dernier homme sur Terre et qu’il pourrait bien en profiter. Comme si ce comportement était tellement droit, tellement fort qu’il faut le mentionner sans cesse. Mais comme Vaughan le dit, il parle d’un jeune homme de 22 ans et de la manière dont il va devenir un homme. En cela, il montre surtout un Yorick plutôt naïf, puisque le reste de la série n’ira pas forcément dans ce sens: Yorick vit donc dans un idéal, il n’a pas encore mûri. D’ailleurs, on retrouvera un Yorick bien différent sur la fin de l’histoire, un Yorick que j’ai trouvé limite masculiniste.

Bref, il fallait que tout ceci sorte, j’avais vraiment besoin d’en parler. Ceci dit, Y Le Dernier Homme reste un comics qui vaut largement la peine d’être découvert, et ce malgré ce que je dis sur sa réputation soi-disant féministe. Vaughan fait surtout honneur au feuilleton, avec ses cliffhanger, ses rebondissements et ses péripéties. J’ai longtemps trouvé un aspect « série TV » dans la manière qu’a Vaughan d’écrire, mais j’ai aussi découvert récemment qu’il a aussi officié comme scénariste sur la série Lost! Pour ce qui est de la raison à la disparition des hommes, celle-ci est effectivement plus ou moins révélée, mais jamais de manière explicite. En tout cas, Y Le Dernier Homme est une série hautement divertissante avec des personnages très réussis, des dialogues savoureux (avec plein de références à la pop culture pour ceux et celles qui apprécient cela, et même un clin-d’oeil à Preacher), pas mal de voyages, du suspense, de l’action et des personnages qui mûrissent tout au long de l’histoire (surtout Yorick, forcément!).

(1) « Y is the story of the last boy on Earth becoming the last man on Earth. It’s his developing from the age of 22 to the age of 27, which are the most important five years of a young man’s life, and the most unexplored. So I wanted that to unfold in real time. »

(2) « C’est d’ailleurs amusant de voir la différence de traitement d’une idée assez similaire selon qu’on ait un point de vue réellement féminin (Fumi Yoshinaga) ou à tendance masculine (Brian K Vaughan).N’est pas Los Bros Hernandez qui veut mais qui peut. »

comics, malife.com

Vertigo et moi

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Ce billet entre dans la catégorie malife.com qui n’intéressera sûrement pas grand monde, mais j’y parlerai de ma vie de lectrice. Ici, je vais en profiter pour parler de ma relation avec les comics Vertigo qui sont très particuliers quant à ma découverte du comics. Disons que jusqu’à la première moitié des années 2000, j’étais avant tout une lectrice de manga. J’ai eu un petit pied dans le comics grâce à une personne d’une promo bien plus avancée durant mes années post-bac (un gros fan de Gunnm), me permettant de découvrir Spawn, Fathom et surtout Crimson. J’ai pu redécouvrir le comics ensuite, en partant de ces titres ainsi que Battle Chasers en fréquentant le forum Top Manga dans lequel se logeaient aussi des fans de comics.

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Ma véritable découverte du comics par moi-même est très liée à Neil Gaiman. Après la lecture de American Gods (et tous ses autres romans de l’époque), j’ai eu envie de continuer à explorer Gaiman. Puis j’ai fini par tenter l’aventure Sandman, disponible dans la bibliothèque municipale. J’ai aussi découvert le duo Neil Gaiman/Dave McKean sur Black Orchid (en VF chez Reporter, j’ai encore mon exemplaire). Par Alan Moore, j’ai aussi lu Swamp Thing édité par Delcourt en N&B disponible en bibliothèque (run qui n’est jamais sorti en intégralité en France d’ailleurs). En parallèle, je découvrais aussi Bendis via Powers et Alias, et j’étais attirée par les comics plus policiers dont 100 Bullets et ses couvertures ayant une esthétique très hip hop. J’ai ainsi pu découvrir des séries dans la collection Semic Book, et surtout Fables. A cette époque, je commençais à remarquer que Sandman, 100 Bullets et Fables avaient un point commun: Vertigo. Je réalisais aussi qu’en comics, je n’accrochais pas vraiment aux X-Men ou à Spider-man, mais plutôt aux titres sans super héros (seul Daredevil comptait pour moi chez Marvel).

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Un des titres Vertigo qui m’intriguait (et qui n’est jamais vraiment sorti de ma tête), Y: Le Dernier Homme n’était pas disponible en bibliothèque municipale. Contrairement à 100 Bullets et Fables que j’ai fini par acheter d’occasion pour essayer, le dessin de Y: Le Dernier Homme ne m’attirait absolument pas. Autre titre qui m’intrigue encore aujourd’hui (je le lirai chez Urban un jour): Human Target (pourtant, j’aurais dû…). Puis le couperet est tombé: les titres Vertigo ne seront plus disponibles ni chez Delcourt ni chez Semic pendant plusieurs années jusqu’à atterrir chez Panini. A partir de ce moment (et aussi grâce à l’acquisition d’un carte bleue, car je suis restée en carte de retrait jusqu’à mes 25 ans, chose sans doute impensable aujourd’hui), j’ai commencé à faire quelque chose que je n’avais jamais fait: j’ai utilisé un certain site aujourd’hui incontournable afin de lire la suite de Sandman et 100 Bullets en VO. Alors que j’ai appris l’anglais comme tout le monde à l’école, il m’a fallu un moment pour penser à lire des titres en VO. C’est aussi à partir de ce moment que je me rends compte que les éditions étrangères existent et constituent une possibilité de compléter certaines séries.

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Lorsque Sandman est enfin arrivé chez Panini, j’avais donc déjà lu la totalité de la série depuis belle lurette. Même chose pour 100 Bullets, qui n’était peut-être pas encore terminé en VO, mais qui était déjà bien loin. A partir de là, j’ai pris l’habitude de lires des comics avant tout en VO, et en TPB. C’est étrange de dire les choses ainsi, alors que j’ai un niveau d’anglais assez peu extraordinaire, mais sans snobisme aucun, j’ai un peu de mal à lire des comics écrits en VF. Fables est longtemps resté en pause au volume 3 VO, trop occupée à acheter Sandman et 100 Bullets (limitant aussi en volume ma bibliothèque qui explosait). Le temps que je m’y intéresse de nouveau, Panini l’a acquis et un ami l’achetait: j’ai décidé de revendre mes volumes et emprunter ceux de mon ami. A une époque, je voulais posséder moins de volumes.

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Le retour de Vertigo par Panini m’a aussi permis, via cet ami, de découvrir Preacher, série dont la parution chez Le Téméraire (qui porte bien son nom) n’a jamais été intégrale, et dont la librairie Aaapoum Baapoum en disait beaucoup beaucoup de bien depuis des années. Ce fut un coup de foudre et après avoir lu 2 tomes (un rythme de 2 tomes par an), j’ai fini par acquérir le tout en VO. Mon socle Vertigo fut donc Sandman, 100 Bullets et Preacher, me poussant aussi à lire Transmetropolitan. J’ai fini par comprendre que les comics Vertigo possédaient un petit quelque chose que d’autres n’avaient pas, et je me suis mis à découvrir d’autres séries plus anciennes (pas toujours complètement): Doom Patrol et Animal Man de Grant Morrison (et la partie de Rachel Pollack pour le premier), The Invisibles (auquel je n’ai évidemment pas tout compris!), The Books of Magic (vivement les épisodes #51 à #75 collectés enfin en TPB), l’inévitable John Constantine: Hellblazer, Shade The Changing Man, ou encore Enigma, The Extremist, Skreemer de Peter Milligan.

DoomPatrol

J’ai aussi pu, via Panini, lire quelques volumes de Y: Le Dernier Homme en bibliothèque, ainsi que Ex Machina, deux titres que je n’ai finalement pas poussé plus loin (du même homme: Brian K. Vaughan, ce qui m’a refroidi par la suite). J’ai aussi acquis des séries Vertigo un peu plus récentes comme Lucifer (à cause de son lien avec Sandman) de Mike Carey et Peter Gross (avec de merveilleux épisodes de Dean Ormston aujourd’hui célèbre sur Black Hammer), titre m’ayant tellement plu que j’ai fini par lorgner sur The Unwritten du même duo (il faut dire que les magnifiques couvertures de Yuko Shimizu ont beaucoup joué). J’ai mis beaucoup de temps avant de commencer The Unwritten, voulant au départ l’emprunter en bibliothèque afin d’éviter de les stocker. Le jeu des droits en dira autrement: Panini les perdra au profit de Urban (encore quelques années plus tard), et le temps que The Unwritten ressorte (lisez-le, lisez-le!!!), la série était déjà terminée chez moi (il faut dire qu’en terme de place, les TPB y sont tout fins, ce qui a arrangé mes affaires).

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Durant toutes ces années, je n’ai jamais trop mis le doigt sur la particularité de Vertigo. Je dirais que ce qui m’a sans doute plu est l’identité très britannique des auteurs Vertigo. Il y avait une écriture différente des auteurs américains, un parfum vraiment très rentre dedans aussi, une narration très littéraire (et plus introspective par moments), parfois plus sombre et très punk (contrairement à mes goûts musicaux en plus!!!), avec un côté un peu gauchiste (pour ne pas me déplaire). Dans les comics Vertigo, on parlait aussi souvent de marginaux, comme dans Sandman, Doom Patrol ou encore Shade, the Changing Man. Il y avait donc ce petit côté fou-fou, un peu bariolé, que je ne trouvais pas vraiment ailleurs, et cette identité était même présente sur les couvertures des issues, vraiment pas comme les autres. On pouvait ainsi reconnaître un comics Vertigo à des kilomètres à la ronde, et c’est aussi sans doute pour cela, que sans le vouloir, je me suis mise à aimer ces comics sans comprendre le lien entre eux. Vertigo, c’était aussi Karen Berger et plus tard Shelly Bond, qui ont eu du nez pour découvrir de très bons scénaristes, redynamisant l’industrie du comics. Côté graphismes, j’aimais bien l’aspect parfois destroy qui se dégageait sur les titres des années 90, de l’époque British Invasion, où les auteurs reprenaient surtout des personnages un peu paumés/étranges/magiques de l’univers DC pour en faire autre chose.

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Par la suite, fin des années 90/début des années 2000, les titres sont devenus moins britanniques, notamment avec Brian K. Vaughan, Bill Willingham ou Brian Azzarello. Il y a clairement eu un tournant à ce moment-là, le côté « punk » apporté par les Britanniques s’estompe, l’aspect très littéraire de la narration également, même si la recherche de scénaristes solides est toujours là. Les couvertures, toujours super réussies, sont moins estampillées Vertigo. De même, les dessins perdent cette identité punk (et un peu underground), un peu cracra que j’aimais beaucoup (oui, visuellement, ce n’était pas « beau » mais ça avait une vraie patte!). La coloration de Vozzo, jusque là sur pas mal de titres, est moins présente. J’ai moins suivi ce tournant, n’ayant pas trop accroché à DMZ (que je retenterai un jour), n’ayant pas lu Losers ou encore Scalped (qui m’a toujours intéressé en fait). Je suis un peu revenue chez Vertigo avec The Unwritten puis Sweet Tooth (jamais terminé, mais j’aime bien!), mais l’époque n’est plus la même. De ce que j’ai compris, ces séries se vendent moins bien que Fables, et la fin de cette dernière aura plongé le label.

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Aujourd’hui, je ne suis plus trop Vertigo, mais j’ai ce sentiment qu’il a du mal à se relever. Je n’ai pas repéré de séries qui m’intéressent par exemple. Depuis, j’ai acquis Y: Le Dernier Homme (que j’ai tout juste terminé cette semaine, je TENTERAI de revenir dessus), et j’essaie de compléter Fables. On dit que Image est le nouveau Vertigo, car beaucoup d’auteurs s’y sont abrités. Mais le parfum, encore une fois, y est bien différent. L’avenir de Vertigo ne s’annonce pas des plus auspicieux (et cela était déjà le cas lors de la conférence de Xavier Lancel sur Vertigo au festival d’Angoulême 2015). En effet, le renouvellement ne suit pas vraiment, Vertigo recyclant les gloires passées avec des spinoff de Fables ou 100 Bullets (un TPB sur Lono) et une nouvelle série Lucifer (qui bénéficie aussi d’une adaptation TV qui ne fait pas envie). Même Sandman: Ouverture fait partie de ce mouvement (et pourtant, je l’ai beaucoup aimé). Depuis 2016 (?), DC a lancé Young Animal, un label qui reprend un peu le concept Vertigo d’antan (un peu plus teen, d’après ce que j’ai pu en voir) avec des personnages DC revisités et un côté étrange qui s’en dégage (en témoignent Doom Patrol par Way et Shade, The Changing Girl, deux titres qui me font quand même superbement envie…).

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Vertigo a été un moment très important dans ma vie de lectrice. Il m’a permis de découvrir qu’il y avait de la bande dessinée britannique (dont 2000 AD qui a beaucoup fourni à Vertigo justement), mais aussi de la bande dessinée argentine, grâce au dessin magnifique de Eduardo Risso sur 100 Bullets. Si j’ai eu envie de découvrir Alack Sinner, Carlos Trillo, Cybersix, L’éternaute, on peut dire que c’est grâce à Vertigo (et aussi Vlad de Aaapoum Baapoum). Et si j’ai envie de lire du Corto Maltese un jour ou du Breccia, c’est aussi grâce à Vertigo. Vertigo est donc une porte d’entrée potentielle, quand on lit du comics américain, vers d’autres horizons.

A ceux et celles qui ne connaissent pas encore Vertigo (on ne sait jamais), je conseille la lecture des titres suivants: Preacher, 100 Bullets, Sandman, Fables, The Unwritten disponibles en français. Pour la VO, je recommande chaudement Doom Patrol de Morrison, The Invisibles pour aller plus loin chez Morrison (en partie disponible en VF avec Panini et Le Téméraire), Lucifer, Shade, The Changing Man (dont tous les numéros n’ont pas été repris en recueil), John Constantine: Hellblazer de Delano, The Extremist de Milligan (si vous le trouvez, pas de TPB).

manga, manhwa

Mille et une nuits (Jun Jin-Suk et Han Seung-Hee)

Mille et une nuits est un manhwa réalisé par Jun Jin-Suk (le scénariste) et Han Seung-Hee (la dessinatrice) [on trouve aussi l’orthographe Jeon JinSoek et Han SeungHee] dont l’histoire s’étale sur 11 volumes. Si la série a été stoppée au volume 5 en France (éditions Kami), celle-ci a eu plus de chance aux États-Unis où elle est sortie dans son intégralité chez Yen Press. Je préfère vous mettre en garde car certains volumes n’ont plus trop l’air disponibles (le volume 11 datant quand même de 2010). Mille et une nuits a été pré-publié en Corée du Sud de 2004 à 2007 dans le magazine Wink de l’éditeur Seoul Cultural, magazine ciblant un public féminin (on parle de sunjung pour celles et ceux que ça intéresserait). Dans les titres sortis en France, on peut par exemple y trouver Hotel Africa ou Martin & John de Park Hee-Jung, Dokebi Bride de Marley, Audition de Kye Young-Chon, ou encore Palais (Goong) de Park So-Hee.

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Sharyar et Shehara sur les couvertures françaises (Kami)

Mille et une nuits fait partie de ces manhwa intéressants qui sont peu passés inaperçus après le bombardement de titres dont nous a gratifiés Saphira et Tokebi. Le manhwa mainstream, surtout au milieu des années 2000, a été un peu traité comme du sous-manga… De sorte que le public peinait à s’y intéresser malgré les titres de qualité qui existent (mais qui sont noyés). De plus, les manhwa ont surtout été présents chez des éditeurs ou labels plus fragiles, ce qui n’a pas facilité les choses: le label Paquet Asie, Kami, sans parler de Kwari ou encore Samji. Cela est bien dommage pour Mille et Une Nuits.

L’histoire se déroule à Bagdad à l’époque des Croisades. Le Sultan Sharyar est un véritable tyran, mettant dans son lit tous les soirs une vierge qu’il tue au petit matin. La population est malheureusement contrainte d’obéir aux ordres. Sauf Shehara, jeune homme courageux et voulant empêcher sa sœur Dunya de se faire décapiter (à noter que celle-ci est amoureuse de son frère). Il décide alors de se déguiser lui-même en femme (il faut dire qu’il est plus… « joli » qu’une femme?) pour sauver sa sœur. Afin de gagner du temps avant son exécution, comme Shéhérazade, il décide de raconter des histoires à Sharyar, histoires se passant dans différentes contrées. Il faut dire que Shehara en connaît un rayon sur le sujet, lui qui aime les livres et lit différentes langues, les traduisant même. Petit à petit, il découvre les blessures ayant rendu le sultan aussi cruel et décide alors de le guérir. D’autant plus que les Chrétiens risquent d’arriver à tout moment.

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Cheo Yong nous balade en Corée ancienne *costumes*

Mille et une nuits a la particularité de mélanger une intrigue au long cour (la relation entre Shehara et Sharyar sur fond de complots politiques et de guerre qui se prépare) et des histoires plus courtes, racontées par Shehara. A chaque volume, Shehara raconte une histoire qui fait voyager la lectrice (ou le lecteur). C’est l’occasion d’en prendre plein les yeux grâce au dessin de Han Seung-Hee qui n’a pas à rougir face aux manga (les personnages, les décors, mais aussi les *costumes*). D’ailleurs, avec le succès de Bride Stories aujourd’hui (ce qui a enfanté d’autres titres d’évasion avec de très beaux dessins), je me dis que Mille et une nuits aurait sûrement eu plus de considération si ça avait été un manga. La série a été pré-publiée dans un magazine ciblant des lectrices, et j’étais donc surprise de voir que le scénariste est un homme. La confusion a été d’ailleurs entretenue par Kami qui, sur le rabat de la jaquette, parle d' »elle » pour présenter le scénariste (on y apprend notamment qu’un de ses manga préféré n’est autre que Gérard et Jacques de Fumi Yoshinaga, facilitant la confusion). Or, en fin de volume, on nous parle de « ils » pour désigner l’équipe créative! Et effectivement, Jun est bien un homme.

Mille et une nuits a aussi la particularité de mélanger les genres. On baigne en plein univers arabe fantasmé de l’époque de la Route de la Soie, avec marchands qui apportent donc des marchandises et cultures de toutes sortes. L’histoire mélange intrigues politiques, problèmes sentimentaux et familiaux mais aussi romance entre hommes, donc un aspect BL (les bishônen sont partout… et le trait magique de Han fait bien les choses!). Cela en fait effectivement quelque chose d’assez unique. La romance est présente à chaque histoire (je ne suis pourtant pas une grande romantique, sûrement le décor et l’aspect dépaysant qui joue!), qu’elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle. Et c’est cette alternance qui permet au final de ne pas lasser! Car au long cour, il y a deux tourtereaux qui (euh… on n’est pas surpris hein?) ont des sentiments l’un pour l’autre. Si l’histoire ne se focalisait que sur eux, pas sûre que cela m’aurait beaucoup plu. C’est donc cette alternance entre les histoires de Shehara et l’intrigue du manhwa qui fait fonctionner le tout.

Le dépaysement est donc maître mot de ce manhwa: on passe dans la Chine des Tang époque Route de la Soie (volume 1 avec Turandot et Calif), en Corée ancienne (volume 2 avec Cheo Yong qui mêle aussi un personnage venu de pays arabes, volume 4 avec l’histoire d’une nymphe céleste), en Chine des Trois Royaumes (volume 9 avec cette histoire homo-érotique entre Guan Yu – Woo Kwan et Cau Cau – Jo Jo – sans les aventures bizarres hein, notons que je n’avais jamais vu Guan Yu aussi **sexy**), en Grèce antique (volume 6 avec Socrate et Alcibiade), en Egypte antique (volume 3 avec Cléopâtre, César et Ptolémée), en Afghanistan des années Bush Jr (volume 7) ainsi qu’en Corée du Sud contemporaine (volume 11, la moins réussie par ailleurs). Chaque histoire racontée par Shehara se place ainsi en écho avec les événements de l’intrigue principale. Le croisement entre différentes cultures constitue un autre point fort du titre: Shehara a un ami chinois marchand de livres, Zhao (qui aimerait le mettre dans son lit…), on voit aussi un Romain et d’autres Occidentaux venus en Croisade. Il y a un aspect compréhension des uns et des autres, malgré les différences.

L’intrigue principale commence de manière sordide avec des meurtres de femmes. Le « pauvre » Sharyar a beaucoup souffert et Shehara tente donc de le guérir. On devine très vite ce qui se passe malgré tout, sa haine des femmes, car le tout reste assez classique: de la tromperie, de la jalousie, de la trahison! Au final, ce n’est pas très original, mais ça se lit vraiment très bien. De plus, les personnages changent un peu trop vite (Dunya et son amour pour son frère, Sharyar qui s’adoucit un peu vite, sans parler d’Ali… on pardonne bien vite dans cette série!). Encore une fois, la structure narrative de ce manhwa est un point fort, permettant de masquer le côté moins original de l’intrigue principale. Les clichés sont souvent présents: Sharyar est très viril, possessif, jaloux, impulsif. De l’autre, Shehara a une apparence plus féminine (on dit qu’il est plus « joli » qu’une femme par exemple) et joue un rôle de care: il conte des histoires au sultan et apprivoise ce dernier par la douceur. Dans les clichés, on a par exemple un Aristote très viril et évidemment, Alcibiade ressemble encore une fois à… une femme!

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la redoutable et toxique Fatima (car Jun Jin-Suk pense que les femmes sont plus fortes que les hommes… forcément)

Les différentes histoires abordent souvent des thèmes actuels (Jun explique que pour lui, ce manhwa est une sorte de Mille et une nuits du 21ème siècle). Par exemple, l’histoire de la nymphe céleste dans le volume 3 qui n’a pas pu rentrer dans le domaine céleste car un bûcheron lui a dérobé ses vêtements parle de violence conjugale et de relation abusive au nom de l’amour sur une femme se retrouvant littéralement démunie. Visiblement, cette histoire a donné lieu à des réactions de la part des lectrices, disant que Jun aborde des thèmes féministes. On voit que le mot est quand même relativement tabou, Jun se dédouanant de cela. A chaque fin de volume, le scénariste et la dessinatrice s’expriment (le scénariste plus longuement d’ailleurs). C’est quelque chose que j’ai fort apprécié, car on peut aussi voir les réactions du public lors de la pré-publication mais aussi des réflexions du scénariste, qu’on soit ou non d’accord avec lui (la plupart du temps, je ne l’étais pas vraiment).

L’autre histoire actuelle au moment de la pré-publication était la guerre en Afghanistan. Jun en profite dans les mots de fin pour dire ce qu’il pense de cela, d’autant plus que dans ce conflit mondial, la Corée du Sud doit forcément y participer aux côtés des États-Unis (la raison invoquée par le gouvernement étant que ceux-ci ont perdu beaucoup de soldats lors de la Guerre de Corée… hum). Mille et une nuits est avant tout une œuvre de divertissement, sûrement lue par un public d’adolescentes, mais j’ai aimé qu’une histoire traite de cette actualité pas rose, loin de notre quotidien confortable. Encore une fois, le pathos joue à plein (l’enfant soldat se liant d’amitié avec un soldat américain), avec quelques clichés.

Comme dit plus haut, l’évasion règne dans les histoires racontées par Shehara. Ainsi, il ne faut pas trop chercher l’exactitude historique, même si Jun dit avoir mené des recherches. Je prends ces récits comme une fiction, de même que le manhwa lui-même est une fiction. Je le dis car j’ai vu des réflexions dans ce sens, sur le « réalisme » de l’œuvre. Dans l’histoire de Turandot, la princesse est grimée comme un personnage d’opéra de Pékin, alors que ce n’était clairement pas ce style-là à l’époque des Tang. Le scénariste a aussi mené des réflexions sur Les Trois Royaumes, un roman plutôt lu par un public masculin en Corée du Sud pour ses thèmes d’amitié virile. Il a voulu apporter cela à un public féminin, après avoir réfléchi sur le potentiel homo-érotique de tous ces hommes qui se veulent les uns les autres (en tout bien tout honneur hein…).

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Le très *sexy* Woo Kwan (Guan Yu) des Trois Royaumes couverture Yen Press

Mille et une nuits est un titre très dépaysant, avec un graphisme magnifique et une narration très réussie. C’est un titre particulièrement envoûtant. Mais il a aussi quelques défauts comme des relations parfois clichés, le côté pathos, l’histoire d’amour, le fil rouge pas forcément très original, et surtout le volume 11… car l’histoire racontée est, j’ai trouvé, des plus inintéressantes. Mais c’est un titre qui m’a vraiment emportée, fait voyager comme peu d’autres, masquant ses défauts grâce à une narration très réussie et avec des thèmes variés grâce aux différentes histoires de Shehara. Le titre a donc de nombreux atouts. Et surtout, je le répète, les dessins de Han Seung-Hee sont magnifiques. Sûrement l’un des plus beaux titres que j’ai lus d’un point de vue graphique, ces dernières années.

Le duo a rempilé par la suite avec Chronicles of Choon Eng (춘앵전), manhwa en 14 volumes qui suit la vie d’une chanteuse et danseuse coréenne, toujours pré-publiée dans le Wink. Je pense qu’on peut effectivement se brosser vu que le manhwa mainstream est encore plus oublié après les échecs successifs de la décennie précédente (c’est international: aux États-Unis mais aussi à Taïwan…). Dommage, j’étais bien curieuse de revoir une création de ce duo!

A ceux et celles qui aimeraient lire Mille et une nuits: L’éditeur Kami a mis la clé sous la porte mais on trouve très facilement les 5 premiers volumes en occasion et à bas prix, les volumes n’ayant pas pris de valeur. J’en conseille d’ailleurs la lecture car les histoires racontées par Shehara valent largement le détour. Vous pouvez aussi tenter en bibliothèque municipale (c’est ainsi que j’ai pu découvrir ce manhwa). En anglais, le manhwa est connu sous le titre One Thousand and One Nights chez Yen Press (les auteur-e-s y sont orthographiés Jeon JinSoek et Han SeungHee). On trouve des volumes sur le fameux site A mais certains sont chers, notamment sur la fin. Pour les deux éditions, on a du grand format. Chez Kami, l’impression n’est pas toujours réussie ni la traduction, mais les jaquettes suivent l’édition coréenne, mettant dans l’ambiance Mille et une nuits. En anglais, c’est comme d’habitude sans jaquette avec une maquette complètement différente, laissant à désirer. En revanche, l’intérieur est de meilleure facture, que ce soit le papier ou la traduction.

Info VO: 천일야화/한승희(Han Seung-Hee)/전진석(Jun Jin-Suk)

Liens: dossier réalisé par Manga-news, la chronique de Jason Thompson sur AnimeNewsNetwork pour la rubrique House of 100 Manga (anglais).

éditions étrangères, manga, tomoko yamshita

The Night Beyond the Tricornered Window vol. 1 (Tomoko Yamashita)

Tomoko Yamashita fait partie de ces femmes mangaka ayant débuté au milieu des années 2000. Un peu à l’instar de Fumi Yoshinaga (je les associe souvent ensemble bien que leurs histoires et leurs styles soient pourtant différents), Tomoko Yamashita a un pied dans plusieurs catégories éditoriales: elle a débuté dans le BL (et y reste encore), mais écrit aussi pour des magazines seinen et josei (ou shôjo adulte, le terme de josei faisant débat). Côté shôjo adulte, elle est plutôt coutumière du Feel Young. Elle travaille souvent sur des séries courtes ou des histoires courtes se déroulant souvent dans un univers quotidien. Je tenterai (je ne promets rien) de revenir un jour plus en détail sur la mangaka.

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The Night Beyond the Tricornered Window est une série prépubliée dans le Be x Boy (Libre Shuppan) depuis 2013. Bien que je l’ai lue en chinois (édition Tong Li Comics), la série est disponible en édition américaine chez SuBLime (uniquement en numérique, sans version papier prévue, hélas). La série est actuellement en cours (il y a 5 volumes au Japon, 4 aux Etats-Unis et 3 à Taïwan) et pour une fois, Tomoko Yamashita nous offre un BL dont l’histoire s’étale sur plusieurs volumes. Pour les curieu-x-se-s, d’autres manga de l’auteure sont disponible en version papier chez NetComics: Dining Bar Akira et Black Winged Love. Il y a aussi d’autres BL en numérique sinon.

La série s’intéresse à Mikado (qui s’écrit comme « triangle »), banal employé d’une librairie portant des lunettes. Il a un pouvoir qu’il garde secret: il peut voir les fantômes, ce qui l’effraie plus qu’autre chose au quotidien. En retirant ses lunettes, il peut distinguer les fantômes des humains car ces derniers deviennent flous à cause de sa myopie tandis que les fantômes restent très nets. La vie de Mikado change le jour où il fait la rencontre de Hiyakawa, un homme très direct qui décide aussitôt d’en faire son assistant: il travaille en effet comme exorciste et a tout de suite repéré le potentiel de Mikado. En touchant Mikado, il peut aussi bénéficier de ses pouvoirs mais aussi amplifier le sien: il projette les fantômes par sa puissance spirituelle et s’en débarrasse ainsi. Un fil rouge se tisse autour du nom d’Erika, découvert lors d’une affaire de meurtres en série.

Connaissant un peu d’autres manga de Tomoko Yamashita (par mes propres lectures ou bien par celles qui en ont parlé), j’ai été happée par le caractère fantastique de cette série. De plus, il faut dire que le fantastique, c’est un peu mon dada, surtout les fantômes et autres exorcistes! Et puis un BL fantastique, ça me change un peu aussi (les tranches de vie, du moins en France, étant plus courantes à mes yeux mais ce n’est peut-être qu’une impression?). Toujours est-il que j’ai un peu sauté dessus dés que j’ai vu le volume disponible chez Tong Li Comics, dans une langue que je comprends (au moins un peu). Je n’en parle qu’aujourd’hui car je n’ai pas compris grand chose à ma première lecture, et je n’ai relu mon volume que très récemment (une envie soudaine au milieu du volume 25 du Cortège des cent démons… va savoir).

On retrouve donc Tomoko Yamashita et sa facilité pour créer des personnages de la vie de tous les jours. Comme dans d’autres de ses récits, ses personnages ont souvent l’air en colère ou mal à l’aise ou au bord de la crise de nerfs (voire de larmes) lorsque l’on feuillette ses manga, sans faire attention à l’histoire. Mikado, homme stressé par un pouvoir qu’il n’a jamais demandé, est de cette trempe. Ce qui tranche avec le caractère direct et posé de Hiyakawa, qui parvient à le traîner dans toutes sortes d’exorcismes très déplaisants (vraiment?). J’adhère donc au duo, surtout que le tout est parsemé d’allusions sexuelles bien qu’il n’y ait aucune romance à l’horizon ni coucherie pour le moment. Le fan service est présent mais intelligemment utilisé: car pour utiliser sa technique d’exorcisme, Hiyakawa doit comme par hasard toucher ce cher Mikado (qui n’a pas trop envie, lui), de même s’il veut voir les fantômes! Le mélange de fluide permet aussi ce partage de pouvoir (hum). Mais encore mieux, chaque exorcisme pratiqué fait « beaucoup de bien » à Mikado (eh oui).

Autre chose, l’aspect fantastique est réussi, et il y a un côté un peu glauque qui se dégage de cette série à travers son fil rouge, débutant lorsqu’un membre de la police criminelle demande l’aide à Hiyakawa afin de découvrir où sont cachés les corps d’un cas de meurtres en série. Ce n’est donc pas mignon du tout, loin de là. Le fil rouge lui-même promet d’être excellent, surtout sur la fin du volume où on découvre l’identité de ce troisième personnage qui deviendra sans doute très important…

En somme, Tomoko Yamashita parvient à nous offrir une série fantastique, policière, mystérieuse, avec du fan service bien exploité, le tout avec un scénario qui s’annonce passionnant. J’ai bien fait de relire mon volume en cherchant un peu dans le dictionnaire (car la flemme est malheureusement très présente chez moi) car je décide donc de continuer cette série que j’avais laissée en pause le temps d’y comprendre quelque chose! Si le numérique ne vous dérange pas, vous savez ce qui vous reste à faire. Vu la réponse de SuBLime quant à une version papier, je ne me demande plus trop pourquoi la série n’est pas sortie en France. J’espère un jour voir au moins un de ses manga chez nous (avec tout ce qu’elle a produit, il y a pourtant du choix)…

Pour l’édition américaine: site officiel de SuBLime qui propose en lecture gratuite le premier chapitre de la série.

Pour l’édition taïwanaise: 三角窗外是黑夜/山下朋子/東立. La série (on a du bol) n’est pas interdite aux moins de 18 ans, elle est donc disponible sur les sites de vente en ligne taïwanais tels que Books.com.tw pour une réception dans un pays étranger!

A lire également: la chronique de Khursten Santos, merci à elle et Jocelyn Allen pour la découverte de Tomoko Yamashita!

éditions étrangères, chroniques, manga, romans, science-fiction

2014, et c’est pas fini!

[EDIT 2018] Il s’agit d’un vieux post que je n’ai jamais terminé en 2015 et qui contient des pavés (c’est la suite du post intitulé 2014)… si cela peut intéresser quelqu’un je le publie ainsi, sans y retoucher!

Je continue (enfin, je tente) ce défi idiot de listing de lectures commencé ici (à vos risques et périls). Je ne me leurre plus, chacun n’aura malheureusement pas de billets, et je tente de réparer tout ça vu que je lis pas mal de choses inédites (on ne sait jamais, ça renseignera peut-être quelqu’un…). Bref, voici pèle-mêle la suite, encore plus bordélique que le billet précédent. Si vous n’êtes pas mort, alors bravo!! Ou bien je soupçonne un ennui mortel au bureau et je vous souhaite d’avoir un écran hors de portée de votre patron-ne.

hanaotokoHanaotoko (花男) de Taiyou Matsumoto, série terminée en 3 volumes, issue du Big Comic Spirits (seinen, Shogakukan). Ça fait presque 10 ans que j’ai découvert Taiyou Matsumoto. A l’époque, Amer Béton n’était plus disponible et j’ai dû me payer les trois volumes sur ebay. J’ai longtemps espéré voir chez nous Hanaotoko, une des vieilles séries inédites de Matsumoto qui l’est encore aujourd’hui. J’ai fini par baisser les bras, en achetant l’édition hongkongaise (officielle, chez JD Comics) en 2012. Hanaotoko est disponible en scantrad en anglais, donc facilement compréhensible, mais ma flemme de l’écran est plus forte que ma flemme des idéogrammes. J’ai longtemps redouté de lire du Matsumoto en chinois (entre Amer Béton, Gogo Monster et Number 5, il y a de quoi être effrayée) et j’ai été surprise de voir que Hanaotoko  était relativement facile à lire. On retrouve là le Matsumoto de l’époque Amer Béton alors que j’essayais de guérir de ma semi-déception du Samouraï Bambou, et le voyage ne déçoit pas. On retrouve toute l’audace graphique de Matsumoto, avec son trait tremblant, ses effets fish-eye ou encore ses éléments incongrus dans le décors, tels les animaux. L’histoire est touchante, racontant la relation entre un garçon premier de la classe et son père, une espèce de grand enfant immature croyant encore au rêve de devenir un jour joueur de baseball professionnel. On retrouve encore une fois un mystérieux chauve, ce qui n’est jamais bon signe quand on lit Matsumoto!!! Un de mes Matsumoto préférés.

zero_matsumotoZERO de Taiyou Matsumoto, série terminée en 2 volumes, issue du Big Comic Spirits (seinen, Shogakukan). Encore une autre vieille série de Matsumoto datant d’avant Amer Béton, et toujours inédite en France. Si à l’époque de mon achat, celle-ci n’était pas disponible en scantrad, elle a été depuis traduite dans sa totalité. J’ai acheté les 2 volumes en chinois, sur Yahoo! Auction (avec l’aide d’une cousine) et mes deux volumes ne sont pas de la même taille: l’un en format seinen, l’autre en grand format comme Sunny (JD Comics). Encore une fois, on retrouve donc le vieux dessin de Matsumoto, celui qui me plaît le plus dans son audace (pour ce qui est de la beauté, mon époque préféré est Gogo Monster et Number 5). Cette fois, Matsumoto prend le manga de sport à contrepied en faisant intervenir un vieux boxeur, Gosima, quadragénaire, qui est plus proche de la retraite que de ses débuts! Et Gosima est une machine à tuer, celui-ci étant sûrement le Zéro, celui qui est encore plus fort que le numéro 1. En parallèle, un jeune d’Amérique latine (je ne sais plus quel pays…) a réputation de tuer ses adversaires et Gosima voit là enfin un rival à sa taille. La narration de Matsumoto est comme souvent pleine de poésie, avec un Gosima qui aime particulièrement les fleurs. Le rythme est lent, avec l’entraîneur de Gosima qui s’exprime souvent, mais les phases de combat sont très nerveuses, avec les effets visuels de Matsumoto à la Ping Pong. Pas mon titre préféré mais un manga qui a beaucoup de force et de caractère!

yume_no_ishibumiYume no Ishibumi (夢の碑) de Toshie Kihara (木原敏江), série terminée en 20 volumes (tankôbon), issue du Petit Flower (shôjo, Shogakukan). 3 volumes lus en chinois. Voici une série qui aura plongé mon budget dans le rouge pour des mois en compagnie de Hi izuru tokoro no tenshi et que j’ai maudit après l’avoir découverte totalement par hasard. C’est par le biais d’une très belle illustration en couleurs que j’ai découvert Toshie Kihara (et sûrement le résultat d’une recherche sur Moto Hagio…). Surtout, j’ai craqué sur Yume no Ishibumi pour son univers plein de beaux kimono et de (je pensais) yôkai… Toshie Kihara est une shôjo mangaka faisant partie du Groupe de l’An 24, et Yume no Ishibumi semble être un manga culte des années 1980. Kihara est très connue pour sa série Mari to Shingo (摩利と新吾) comportant une histoire d’amour entre deux adolescents de sexe masculin. En réalité, sous la bannière Yume no Ishibumi se cache un ensemble d’histoires se déroulant dans diverses époques, plus ou moins courtes (de quelques chapitres à 5 volumes) et surtout, plus ou moins célèbres (les histoires avec deux hommes en particulier telles que Furenki ou Nue). En japonais, le découpage des volumes constitue un casse-tête, les bunko rassemblant les histoires par thème, très différent de l’édition tankôbon. Les volumes 1 et 2 rassemblent l’adaptation culte de Torikaebaya Monogatari (とりかへばや物語), un roman de l’ère Heian dans lequel un frère et une sœur échangent leurs rôles (d’ailleurs Chiho Satô l’adapte en ce moment). Dans l’adaptation de Kihara, l’histoire se passe pendant l’ère Edo et une jeune femme doit prendre la place de son frère malade, seigneur devant aller à la guerre. En même temps, l’héroïne est amoureuse d’un homme mystérieux aux cheveux blonds et aux yeux bleus, et ayant des pouvoirs surnaturels. Le volume 3 surprend car il rassemble des histoires se déroulant en Europe, et je suis servie alors que j’évite les « boucles blondes ». La première, intitulée Bernstein (ベルンシュタイン) se passe au XVIIIèmeyume_no_ishibumi_bernstein siècle dans l’Empire d’Autriche-Hongrie en conflit contre les Ottomans. L’héroïne, sœur du duc de Bernstein s’habille en homme (à l’instar de Oscar) et tombe sous le charme d’un roturier d’origine de Bohême. La seconde s’intitule Kira no rondo (煌のロンド) et se déroule dans les Alpes, près de la Suisse et de l’Autriche dans les années 60 avec des personnages français. Le tout mêle science-fiction et romance, car les héros parviennent, en allant dans un château, à rencontrer un officier Nazi gentil (oui, un gros WTF). Pour le moment, j’accroche aux dessins et à la narration efficace de Kihara, mais je suis moins emballée que je ne le pensais: il n’y a pas de yôkai et c’est en réalité très romantique, avec des personnages féminins souvent rongés par la jalousie!!! J’ai donc dû découper la série pour la lire plus facilement. Les dessins de Kihara sont une merveille pour les yeux, en particulier les double-pages. J’essaierai d’écrire un vrai billet sur cette série un jour. A noter qu’on retrouve dans les pages publicitaires Asakiyumemishi (あさきゆめみし 源氏物語), adaptation du Dit de Genji par Waki Yamato (大和和紀), autre shôjo culte des années 80… que j’hésite à commencer pour son ambiance trop romantique (mais j’ai du mal à résister aux kimono…).

terremerTerremer de Ursula Le Guin, saga de fantasy composée de 5 romans et 1 recueil d’histoires courtes. Il me reste un roman à lire (reporté en 2015 car une personne est en retard à la bibliothèque). Par Moto Hagio, j’ai redécouvert Urusla Le Guin avec La main gauche de la nuit pour dévorer tout le Cycle de l’Ekumen (dont les romans ne sont pas à suivre), en particulier Les dépossédés, Quatre chemins de pardon et le recueil d’histoires courtes L’anniversaire du monde. Cette année, j’ai voulu redonner une chance à Terremer, dont j’ai lu l’intégrale (vers 2009) reprenant les 3 premiers opus réédité à l’occasion de la sortie du film de Gorô Miyazaki (top 1 de la couverture la plus laide pour un livre de fantasy en illustration). A l’origine, j’ai décidé de lire le livre afin de comprendre quelque chose au film que je trouvais très confus. Je n’avais pas aimé ma lecture, imaginant plus d’action et n’ayant gardé aucun souvenir. Lorsque j’ai relu les 3 premiers opus cette année, ce fut un bonheur. Il faut savoir apprécier le rythme lent des récits de Le Guin, son écriture simple et accessible, pleine de sagesse, sans effet bling-bling, pour pouvoir aimer Terremer. Dans Terremer, Le Guin décrit un univers composé d’îles et où la magietehanu consiste à connaître le Véritable nom des choses, le Langage ancien que seuls les dragons parlent naturellement. Les trois opus écrits dans le début des années 1970 (regroupés sous l’intégrale de Robert Laffont) racontent la vie de Ged. Dans Le Sorcier de Terremer, Le Guin raconte l’enfance et l’adolescence de Ged en formation de mage à l’école des sorciers de Roke, il doit affronter ses peurs. Les tombeaux d’Athuan a pour héroïne Tenar, élevée dans les tombeaux et vouée à ne pas voir le monde, ce roman parle d’émancipation, on y croise un Ged adulte et mal en point. Dans L’ultime rivage, Ged est devenu Archimage de Roke et s’embarque dans un voyage avec le jeune Arren afin de comprendre pourquoi la magie du monde est déséquilibrée. Dans les années 1990, Le Guin décide de revenir vers Terremer avec le roman Tehanu où elle focalise son histoire sur Tenar devenue une femme mûre recueillant Therru, victime d’agressions sexuelle et retrouvée brûlée, mutilée. On y trouve un roman beaucoup plus lent, plus calme, centré sur le quotidien et dans un seul contes_terremerendroit, Gont, là où la première trilogie était composée de voyages. C’est un roman mal aimé que j’ai beaucoup apprécié, où Tenar se pose beaucoup de questions en tant que femme, sur le pouvoir et la magie. Vient ensuite le recueil d’histoires courtes Contes de Terremer, composé d’histoires se déroulant bien avant la première trilogie (Le Trouvier raconte la formation de l’école de Roke, Les os de la terre s’intéresse à Ogion, le maître de Ged), pendant que Ged est Archimage (Dans le grand marais), après Tehanu (Libellule) ou encore hors-temps (Rosenoir et Diamant, une histoire d’amour). Alors que j’ai souvent lu que ce recueil était peu inspiré, je dois dire que je l’ai trouvé passionnant. Le Guin continue à réfléchir sur les femmes dans la fantasy, sur la nature dugedo_senki pouvoir et continue de faire évoluer son univers, surtout avec Libellule où l’intrigue sur l’Archimage de l’école de Roke reprend (« une femme de Gont »).  A la fin de la première trilogie, j’ai décidé de revoir le film de Gorô Miyazaki, intitulé Contes de Terremer en VF, et je dois dire que j’ai beaucoup plus apprécié, même si je n’ai pas réellement trouvé l’ambiance de Le Guin: plus sombre, plus porté sur l’action, plus porté sur Arren aussi, avec un début faisant un peu penser à Princesse Mononoke. Et surtout, il faut lire Tehanu avant de le voir car le film comprend le personnage de Therru et pas mal de révélations sur elle (d’ailleurs, ne PAS lire le quatrième de couverture de Tehanu non plus). Le film est très beau et ça m’a fait plaisir de retrouver le chara-design des studio Ghibli dans un monde de fantasy. Dans tout le cycle, Le Guin est influencée par le taoïsme avec sa notion d’équilibre de la magie, du non-agir ou encore la magie des mots.

servante_ecarlateLa servante écarlate (The Handmaid’s Tale) de Margaret Atwood, roman d’anticipation. Voilà un roman que j’ai découvert par le biais de Marginal de Moto Hagio dans une analyse de Ebihara pour le site Genders OnLine, et j’ai longtemps cru qu’il n’existait pas de version française. Le clou s’est enfoncé lorsque je l’ai su, mais qu’en plus, Ursula Le Guin semble apprécier le travail de Atwood, notamment dans sa chronique pour The Guardian du Temps du déluge. Atwood est une auteure canadienne qui écrit principalement sur les femmes, et s’est révélée pour des dystopies (speculative fiction selon Atwood) telles que La Servante écarlate et sa trilogie composée du Dernier homme, Le temps du déluge et Madaddam (dont les droits ont été achetés par HBO). La Servante écarlate partage un thème en commun avec Marginal de Moto Hagio (l’un est sorti en 1985, l’autre en 1987): le problème de naissances. Le synopsis est célèbre, et c’est un peu dommage car la narration particulière de Atwood sur ce roman est très subtile sur l’environnement de l’histoire, Atwood plongeant la lectrice ou le lecteur directement dans les pensées de son héroïne. Le roman se présente en fait comme un journal intime assez anarchique d’une femme dont le travail n’est pas révélé de suite. On pénètre directement dans les pensées de l’héroïne et c’est très immersif mais aussi difficile car Atwood utilise très vite des termes qu’on ne peut comprendre dés le début, et la narration est parsemée de sauts dans le temps et de souvenirs d’une autre époque. J’aurais aimé découvrir ce livre sans rien savoir dessus, car c’est immersif et je pense que le plaisir est encore plus grand quand on comprend petit à petit ce qui se passe dans cette histoire. Ce livre est un véritable cauchemar; il parle de la domination masculine, mais aussi de totalitarisme, de fanatisme religieux, d’absence de libertés et d’excès de moralité puis d’écologie (thème cher à Atwood). La fin est déstabilisante et originale, nous laissant dans le flou concernant notre héroïne et d’autres personnages côtoyés tout le long. La narration est particulière, parfois très froide, et l’ambiance est proche de 1984 d’Orwell. A lire absolument.

sur écrans

[Film] Kedi: Des chats et des hommes

Je dois dire qu’en cette fin d’année 2017, le fait de croiser l’affiche de Kedi de manière quotidienne dans les couloirs de ma station de métro m’a vraiment intrigué (et m’a mis du baume au cœur aussi). Aussi, j’ai fini par aller voir Kedi samedi, seul horaire possible pour moi (celles-ci étant toutes en pleine journée à côté de chez moi). Ce fut donc ma première séance de l’année.

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Tout est donc dans le titre: Kedi parle vraiment de chats et d’humains à Istanbul, le tout sous la forme d’un film documentaire réalisé par Ceyda Torum. Un film à réserver aux personnes qui aiment (qui adorent, qui sont fous des) chats. Car à voir les critiques de la presse, souvent très tièdes, beaucoup de personnes ont l’air de s’être totalement ennuyé. En effet, le film ne raconte en définitive pas grand chose.

De mon côté, je dois dire que j’ai beaucoup aimé ce film. En effet, j’ai ressenti pas mal de nostalgie de mes années de jeunesse lorsqu’une chatte vivait à la maison (en tout cas, nous étions sa « famille principale »). Mais surtout, j’avais l’occasion de rencontrer des chats se baladant dehors de manière quotidienne. Chose qui me manque aujourd’hui cruellement, ne rencontrant quasi plus de chats à l’extérieur. Car ce qui fait le sel d’une journée, c’est la rencontre d’un chat, ici ou là, que l’on ne connaît pas, et la possibilité ou non de lier quelque chose avec, d’échanger une caresse par-ci par-là.

C’est un peu de cela que parle Kedi, un film dédié aux chats errants d’Istanbul, ville dans laquelle ils sont très nombreux et se baladent, tissant des liens avec les riverains. Torum suit en particulier sept chats, chacun ayant son caractère propre, et les humains qui les fréquentent. Ces derniers sont d’origine populaire, tantôt commerçants ou travaillant sur le marché (surtout les poissonniers), ou bien encore un homme qui habite sur un bateau et qui a décidé de venir en aide à aux chats. Tous y décrivent le bonheur d’une relation surprise avec cet animal à quatre pattes, un pâtissier s’évertuant même à dire qu’il est son « humain principal ».

Une relation réelle se tisse donc entre les félins et les Stambouliotes qui s’inquiètent quand ils ne voient plus leur chat de quartier plusieurs jours. Il y a aussi un certain regard sur les transformations d’Istanbul, arborant de fières tours vitrées, allant donc vers plus de béton et moins d’espaces verts, ainsi que des quartiers voués à changer voire disparaître. Dans cette optique, où donc iront les chats?, s’inquiète une femme alors même que son logement est menacé.

C’est donc une joie pour moi de voir déambuler dans la rue tous ces chats, vivant leur vie librement, gambadant, se bagarrant. Aaah, si seulement je pouvais caresser un chat rencontré au hasard… ça ferait ma journée!

manga

Quatre ans plus tard…

Bonne année 2018!!! Qu’elle soit riche et pleine de joie, que la santé vous accompagne, le tout saupoudré d’excellentes lectures. Et en manga, qu’elle soit très pauvre en arrêts de séries (le risque planant toujours vu les goûts de chacun-e) et riche en belles annonces!

ono_2018

Il y a exactement quatre ans, j’ai pris une résolution que j’ai réussi à tenir difficilement et parfois sous la torture: mettre une limite à mon budget, ne plus pouvoir commencer de nouvelles séries (partiellement tenu), mais surtout, regrouper mes achats tous les trois mois et les lire (dans l’ordre chronologique d’achat au lieu de commencer par impulsion avec le dernier achat).

De ce fait, j’ai pu « solder » mon passé de tsundoku (personne qui achète et empile plein de livres sans jamais les ouvrir…) et enfin lire tous mes achats datant de la décennie précédente, ce que j’ai commencé en manga dans un premier temps pour terminer en romans (et cela a été effectif le 23 avril 2017, date du premier tour des élections présidentielles avec le second tour que nous lui connaissons…). Côté romans, ça a été un peu la croix et la bannière: pas le droit de me disperser en multipliant les lectures à droite à gauche. J’ai donc fait plusieurs mois sans aucun manga (ni aucune autre bulle) une vraie torture (la palme revient au Rêve dans le pavillon rouge, version anglaise titrée The Story of the Stone, en 3000 pages, Kim de Rudyard Kipling que je n’aurais jamais dû lire en anglais, ou encore Great Expectations de Charles Dickens ou encore le côté répétitif de L’Investiture des Dieux). Le bon côté, c’est que j’ai pu lire un record de romans cette année (une quinzaine), et pas mal de SF (enfin du Damasio, Spin, La tour de Babylone, La Saga Vorkosigan, Les monades urbaines, Chroniques du Pays des Mères, Le goût de l’immortalité, ce n’est pas de la SF mais enfin du Zadie Smith avec Sourires de Loup)!

L’année 2017 fut une véritable torture avec la sortie de certains manga attendus (tout en étant privée de leurs achats) depuis des années comme March comes in like a lion, Pline, L’Enfant et le Maudit, Rafnas (plutôt, j’attendais du Yumiko Shirai en particulier Wombs), et d’autres donnant l’eau à la bouche comme La Cantine de minuit (dont tout le monde disait du bien) ou Les chats du Louvre (étant fidèle à Taiyou Matsumoto).

L’autre côté masochiste de 2017 provient du fait que de nombreuses séries ont brillé par leur absence: Onmyôji (je m’apprête même à acheter la série complète chez Tong Li, en occasion, quitte à avoir des doublons, juste pour finir même sans tout comprendre!), Love Me Tender (mais je ne me fais plus d’illusions… et la série est bloquée au même volume à Taïwan!), Wandering Son (alors même que Sweet Blue Flowers sort en force aux Etats-Unis, que fait donc Fantagraphics?), 7 Seeds chez Tong Li (Taïwan) dont on attend tou-te-s le volume 26, Golondrina toujours chez Tong Li (le manga dont je rêvais et qui n’aura fait ce que j’appelle un « lancement-arrêt », soit 2 volumes à sa sortie et silence radio… oui c’est plus fun que chez Panini à Taïwan), Child of the Kingdom de Bikke (après 4 volumes… où est la suite? mystère…).

Une tendance semble se confirmer: Ichiko Ima (Le Cortège des cent démons) a l’air de se ringardiser à Taïwan (moins de sorties cette année alors que bien souvent, ses manga sont relativement vite traduits). Autre tendance qui se confirme: le côté mondialisé des sorties (un manga licencié dans un autre pays a plus de chance de l’être dans d’autres, et le contraire est aussi vrai, hélas). Nouvelle malédiction en français: La Princesse vagabonde, série qui n’est pas spécialement un flop chez Urban China (et que je rêvais de lire…) dont les volumes 8 et 9, prévus en avril et juin, ont soudainement disparu du planning sans jamais revenir (allô Jacques Pradel? Oui, c’est pour Perdu de vue – désolée pour les blagues du siècle dernier…).

La grande nouveauté entre 2014 et 2018 a été mon inscription sur Twitter. Hélas, l’ère des forums étant terminée, il faut désormais être sur les fameux réseaux sociaux pour être au courant des news et communiquer avec les éditeurs. Je dois dire que cela m’a souvent fait pas mal souffrir lors de sorties (on a l’impression que la planète entière lit le manga convoité… ce qui donne raison à Sartre: « L’enfer c’est les autres… »). Un des travers aussi sur Twitter étant l’enthousiasme pour un oui pour un non: je continue le forum de Mangaverse pour lire des avis tant il est difficile de séparer un vrai enthousiasme d’un tweet pour faire plaisir aux éditeurs. J’ai souvent été tentée par la facilité: RT et Tweet pour dire mon avis, au lieu de poster soit sur le forum de Mangaverse ou écrire ici… perdant la faculté d’écrire des phrases… Néanmoins, j’ai pu faire la connaissance de Flors Envara, blogueuse écrivant en espagnol catalan (je présente mes excuses pour ma confusion) ayant des goûts manga proche des miens, et que je vous invite fortement à lire du coup (je ne lis pas le catalan non plus).

Quelques résolutions de ma part pour l’année 2018:

  • Continuer à cadrer mes dépenses lecture (chose difficile étant donné que je commence très mal l’année avec 1€ en janvier)
  • Acheter plus de manga neufs cette année afin de soutenir certains titres (et cela est directement lié au budget… ça va être dur de soutenir Spiritual Princess…)
  • Retourner en bibliothèques pour découvrir de nouvelles choses (ce qui me paraît plus difficile en restant uniquement dans ses propres achats, du moins pour moi) ou lire des best sellers (des shônen, du Urasawa, lire la complète de Naruto, rattraper One Piece que j’ai abandonné, des BDs franco-belges aussi et des comics de super héros dans lesquels je n’ai pas forcément envie d’investir)
  • Lire plus de comics (un vrai manque en 2017, j’ai dû en lire très peu: Monstress, Patience, Deadly Class, la fin de The Unwritten – qui revient en VF chez Urban foncez)
  • Acheter moins sur un site commerçant tentaculaire faisant partie des GAFAM (même si je vais sûrement rester dessus pour les manga américains comme le tome 2 de Otherworld Barbara de Moto Hagio que je viens juste de commander aujourd’hui, le comble), et le faire le moins possible avec mon propre argent (mais les tickets cadeau du CE…)
  • Acheter plutôt mes TPB en VO chez Pulps (surtout que j’ai été surprise de les trouver aujourd’hui si chers sur Amz 16€ environ contre 12€ il y a quelques années – oui je suis larguée), lié au point ci-dessus
  • Finir de lire Zankoku na kami ga shihai suru de Moto Hagio (hélas) en scans (série entamée autour de 2012-2013 il me semble? lu 3 volumes… mais c’est une œuvre centrale de la mangaka!)
  • Finir aussi de lire la série My Gentle Brother (BL de Ichiko Ima) (hélas) en scans (hélas) en chinois vu que je n’aurai JAMAIS le dernier volume (on adore les séries arrêtées à 1 volume de la fin, merci Tohan Taïwan encore une fois)
  • Écrire un peu plus souvent sur le blog (promesse difficile à tenir) ou sur le forum de Mangaverse au lieu de traîner sur Twitter, ce qui entre aussi dans ma volonté d’assainir un POIL mes pratiques numériques aussi (je conseille à beaucoup d’abandonner Gmail malgré son côté pratique ergonomique etc… et si vous pouvez, il y a toujours Protonmail).
  • Quelque chose de plus personnel et plus terre à terre, mais réussir à travailler un peu moins qu’en 2017 et rentrer chez moi à l’heure du JT (c’est un indicateur pour moi, si il passe à 20h, c’est qu’on est censé POUVOIR le voir donc si on rentre après, c’est mauvais signe pour sa vie perso…)

Et comme toujours, je vais formuler mes vœux pour l’année 2018 (rien de très altruiste comme toujours…):

  • le retour de La Princesse vagabonde dans nos plannings (le mot Princesse porterait-il malheur???)
  • Onmyôji 8, tout simplement
  • le retour de Moto Hagio en anglais (plus probable) ou en français. Je serais enthousiaste chez Fantagraphics, mais l’accessibilité vu les tarifs est moindre par contre
  • le retour d’est em, ce serait tellement bien qu’on puisse la découvrir chez un éditeur plus gros
  • le retour de Wandering Son en profitant de Sweet Blue Flowers?
  • le retour de 7 Seeds chez Tong Li (ou même l’annonce de la série aux Etats-Unis vu le marché en belle reprise)
  • une belle visibilité pour Banana Fish qui fait son comeback en anime (en tant que fan autoproclamée de Akimi Yoshida, c’est la fête 😀

Et si cela vous intéresse: le bilan de lectures manga 2017 et le mangasochisme 2017. Côté films, vous retrouverez tout cela via #film2017yin

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2014

Je n’ai jamais réussi à écrire le moindre « bilan de l’année passée » sur ce blog, car je suis beaucoup trop désordonnée. Et si j’essaie aujourd’hui, c’est sans doute pour combler l’absence de l’année, pour réparer un peu toutes ces lectures qui n’ont pas eu de billets dédiés (et qui l’auraient mérité). Comme je suis avant tout une lectrice, on ne verra pas grand chose à part mes lectures dans ce bilan. Rien de très structuré non plus ni de passionnant, je vais faire un malheureux listing un peu rébarbatif de mes lectures et découvertes cette année. Bonne année 2015 et bonnes lectures! Au final, le bilan n’est pas entier, n’ayant plus le courage de continuer (je m’excuse pour ce long monlogue)…

Plan austérité

Comme j’en parlais déjà dans un autre billet à propos de ma panne d’écriture dans ces lieux, l’année 2014 fut surtout une année « plan austérité ». En fin décembre 2013, je m’aperçois que le nombre de volumes non lus a rapidement augmenté. Résultat, j’ai fixé un budget bandes dessinées mensuel de 70€ pour ralentir la donne, avec pour conséquence une année assez cornélienne au sujet des achats: succomber à mes envies du moment quand je vais en librairie ou bien acheter de manière plus réfléchie, en privilégiant ce qui est difficile à se procurer. J’ai opté pour la seconde solution: prioriser les éditions taïwanaises de manga sur le marché de l’occasion, ce qui m’a privé d’achats au début de l’année, générant pas mal de frustration. Très peu d’achats manga neufs au détriment des éditeurs français en 2014: Le pavillon des hommes #9, La vie de Raffaello Santi dit Raphaël, Ecole Bleue #4, Dorohedoro #15, Bride Stories #6. Au final, j’ai réussi mon défi en trichant un peu: 75€ de bons d’achat offerts et un cadeau à moi-même pour mes 32 ans. Je retiens surtout la difficulté de résister devant chaque sortie de Cesare (il me manque donc 4 volumes), Kamakura Diary #5 (ayant lu 4 volumes en fin 2012), les nouveautés de l’automne: Six Half, Moyasimon, Altaïr, Orange, les très attendus What did you eat yesterday? (enfin acheté le volume 1 au début du mois) et Sunny.

A cela s’ajoute la technique draconienne des lots de lecture et de l’interdit bibliothèques. Les listes de lecture, j’ai essayé par le passé (pas souvent) et ça n’a jamais fonctionné. J’ai toujours commencé par ce qui était le plus simple: les manga VF en premier, et tout ce qui était en chinois, en allemand ou simplement épais se trouvait donc au fond de la pile vu que je continuais à acheter des manga. Ma technique consiste à former un lot à partir de livres provenant d’une même période d’achat (en général un trimestre) et porter son choix sur tout ce qui est disponible dans le lot en cours jusqu’à plus de choix. Une technique qui m’a pas mal aidé car j’arrivais forcément à mes Némésis. Le premier lot répertoriait tout achat avant 2013 et j’ai pris 3 mois pour en venir à bout!

Globalement, ça a porté ses fruits mais j’ai quand même triché en plaçant hors-lot: des manga de Fumi Saimon (un don d’une copine indirecte de ma mère), les TPB de Calvin & Hobbes (je devais en lire un par mois, j’en ai lu 2), l’intégrale de Little Nemo, l’intégrale de Mafalda, l’anthologie de BD alternative chinoise Special Comix #3. L’échec le plus cuisant a été l’abandon de l’avant-dernier volume de Cerebus intitulé Latter Days, et je ne sais pas si je vais retenter le défi en 2015 tellement ce fut chiant. J’ai aussi triché un peu en dispersant sur plusieurs lots des manga d’histoires courtes en chinois pour éviter toute lassitude (Le Cortège des cent démons, Uryuudou YumebanashiYume no Ishibumi). J’ai pu résister à l’automne sans achat en transgressant à mes lectures de lots grâce aux emprunts bibliothèque (bandes dessinées franco-belge et romans surtout, pas de manga).

Lectures en vrac

Découvertes

Malgré les années à lire des manga, je n’arrive pas à être blasée et je continue encore à faire des découvertes. Pour les comics et les autres types de bandes dessinées, je suis toujours en train de découvrir des choses.

rakugo_shinjuuShôwa genroku rakugo shinjû (昭和元禄落語心中) de Haruko Kumota (雲田はるこ), série issue du Itan (josei, Kodansha). J’ai découvert ce manga par sa couverture un peu austère, à l’image du Pavillon des hommes, sans me souvenir du titre. C’est Jocelyne Allen qui m’a finalement rappelé le titre du manga. J’ai fini par craquer sur le volume 1 quand je l’ai vu disponible à Taïwan. L’histoire se penche sur un grand dadais un peu idiot sortant de prison et qui fonce chez le maître de rakugo Yakumo afin de devenir son disciple. Alors que Yakumo n’en reçoit aucun, il finit par héberger ce personnage qu’il baptise Yotaro (dans le rakugo, ce terme désigne un personnage un peu idiot). Je suis immédiatement tombée sous le charme de ce manga (il me tarde de lire le volume 2) déjà pour son graphisme, mais aussi l’univers du rakugo, les relations entre les personnages et l’humour. Car c’est plutôt sur cet aspect que Kumota se penche pour le moment, et c’est plus vers Le disciple de Doraku qu’il faut se diriger pour les coulisses du rakugo. On voit que Kumota a fait du boys love vu la dynamique qui se développe entre Yotaro et son « maître », mais aussi avec le flashback du fameux maître et son rival. Je me demande si Tong Li va continuer la série, ne voyant rien dans les prévisions jusqu’en mars, avec un volume 4 sorti en juin. Un vrai coup de cœur.

wandering_sonWandering Son de Takako Shimura, série terminée au Japon en 15 volumes, issue du Comic Beam (seinen, Enterbrain). A vrai dire, j’ai longtemps espéré une traduction française de cette série de Takako Shimura, mais on a eu Fleurs Bleues. Peut-être que j’ai tort, mais j’ai finalement craqué pour l’édition américaine du titre chez Fantagraphics, et ce malgré l’aspect luxueux qui me repoussait: couverture cartonnée, grand format, prix élevé (pas moins de 15€), même découpage qu’un volume japonais. J’ai lu 7 volumes cette année et j’attends le volume 8 avec beaucoup d’impatience (mai 2015). Pour la petite histoire, Shimura se penche sur le quotidien de Shuichi Nitori, garçon en dernière année de primaire qui se pose des questions sur son identité sexuelle. A côté, on suit Takatsuki, une fille qui aimerait être un garçon. A la fin du volume 4, Nitori entre au collège et Shimura va donc vers les questions liées à la puberté. On ne suit pas que Nitori mais tous les personnages (et il y en a beaucoup) de son entourage, que ce soit les camarades de classe, la sœur de Nitori et ses amies mannequins. Le tout se lit très facilement, la narration de Shimura étant très fluide et toujours reconnaissable avec ses ellipses temporelles où l’événement marquant est souvent retransmis après. Les personnages sont extrêmement touchants et plein de sensibilités, on partage les pensées très intimes de chacun et chacune. J’ai eu un grand coup de cœur pour cette série toute en finesse et en subtilité, et je dois dire que le dessin de Shimura me charme décidément beaucoup (le trait rond et les profils, les cheveux, sur ces derniers points, il y a quelque chose de Fumi Yoshinaga!). Il paraît que la partie au lycée est moins réussie.

lollipopLollipop de Ricaco Iketani, Delcourt, série complète en 7 volumes, issue du Cookie (shôjo, Shueisha). Lollipop est une de mes grandes découvertes manga cette année. Alors que la série est sortie depuis des années, je ne l’ai curieusement jamais lue. Les avis du forum de Club Shôjo m’ont plus d’une fois donné envie, mais tout cela fut contrebalancé à chaque fois que je lisais le quatrième de couverture faisait mention d’une « Cendrillon des temps modernes », alors que les dessins me plaisaient beaucoup. Avec Lollipop, Iketani écrit son premier shôjo alors qu’elle était plutôt une josei mangaka. Madoka est une adolescente de 16 ans bien dans sa peau dont la vie bascule le jour où ses parents gagnent à la loterie et décident de réaliser leur rêve: reprendre leurs études afin de devenir médecins! Grâce à Lollipop, je découvre une mangaka du tonnerre: style de narration, humour, dessin typé josei des personnages rappelant parfois Anno dans Happy Mania notamment lors des phases où ils gueulent la bouche grande ouverte. L’histoire est très dynamique et presque sans temps mort, même si Iketani aurait tout aussi bien pu s’arrêter au volume 5, au lieu de prolonger la donne sur 2 volumes. La seconde partie où Madoka part à l’université est moins réussie: l’humour manque, l’ambiance est mélo à souhait, l’histoire d’amour ne me passionne pas et un des personnages devient réellement con. En fait, plus qu’un manga, j’ai surtout découvert une auteure qui m’a beaucoup plu. Il me tarde de lire Six Half, même si on est sur un registre plus sérieux. En feuilletant, j’ai trouvé le dessin plus maîtrisé (et plus joli) mais moins dynamique. J’aimerais bien lire Futago un jour (disponible en scans).

finderFinder de Carla Speed McNeil, inédit. A l’origine, Carla Speed McNeil sortait la série en auto-édition. Depuis quelques années, Finder est édité chez Dark Horse et c’est à cette occasion qu’est sorti un gros pavé rassemblant plusieurs histoires de la série sous le titre The Finder Library. Deux volumes de 600 pages sont ainsi sortis chez l’éditeur, la suite de la série sortant en TPB simples: Voices et cette année Third World, totalement en couleurs (toute la série était en noir et blanc). La couverture du premier pavé m’ayant immédiatement attiré, j’ai fini par l’acheter lorsqu’il fut proposé pour 6€ sur un site que nous connaissons tous (sûrement une erreur). Il est resté 2 ou 3 ans de côté parce que trop épais. Résumer la série me paraît clairement difficile, mais on a là quelque chose de tout à fait original (dans cette interview, Carla décrit sa série). Dans Finder, McNeil s’intéresse avant tout à un monde, et chaque arc est en fait une histoire indépendante, même si il y a des personnages récurrents. Dans Finder, les grandes villes (sur plusieurs étages) sont placées sous des dômes en verre, il n’y a plus de nuit ni de jour, et la société est composée de différents clans. Les personnes d’un même clan partagent un même bagage génétique et la société étant basée sur ce système, mieux vaut faire partie d’un clan pour ne pas mener une vie précaire. Dans les premières histoires, on suit surtout la famille Grovesnor composée d’une mère et de ses trois filles. Le père n’est pas du même clan, ce qui est très rare. Jaeger, autre personnage récurrent, est également un métisse du peuple Ascian (qui s’apparente aux Amérindiens). Il est très libre, n’habite nulle part et vient de temps en temps en ville. Un de ses amis le compare à un chat, et c’est un peu le cas. Jaeger est aussi un Finder et un bouc-émissaire professionnel, la première fonction étant encore obscure à mes yeux, la seconde ne lui permettant pas d’être payé. L’univers de Finder est plutôt complexe, original, et chaque page est dotée de multiples notes dans lesquelles McNeil se lâche. Elle se revendique beaucoup des frères Hernandez pour donner une idée (jamais lu pour le moment). Le début n’est pas facile à prendre en main (dessin et narration), et on se passionne réellement avec l’arc Talisman ayant pour héroïne Marcie, la cadette des Grosvenor. Cette série permet à l’auteure de parler de ce qui lui plaît, on a là de la tranche de vie, du drame familial, du thriller, des réflexions sur les lectures, de MMORPG aussi (on voit que McNeil joue, lit et regarde pas mal d’anime…). J’ai hâte de m’acheter le dernier arc (et voir le résultat de la couleur, moi qui aime tant le noir et blanc). Difficile aux premiers abords, mais carrément immersif!

atagoul_tamatebakoAtagoul Tamatebako (アタゴオル玉手箱) de Hiroshi Masumura (ますむらひろし), série terminée en 9 volumes, issue de Comic Moe (コミック・モエ) et Comic Fantasy (コミックFantasy) (seinen?, Kaiseisha). J’ai découvert Atagoul par un article de Shaenon Garrity pour le blog du Comics Journal, et tout cela en faisant des recherches sur Moto Hagio en 2012 (j’ai découvert plein de choses par Moto Hagio: Margaret Atwood, Ursula Le Guin, les mangaka du Groupe de l’an 24). Les images de l’article m’ont immédiatement conquise et frustrée car le manga est inédit. C’est par hasard que j’ai appris l’existence d’une édition taïwanaise épuisée chez Sharp Point Press et j’ai fini par acheter la série en 2013 puis la flemme s’en est mêlée. Atagoul a été adapté en film d’animation 3D (que je trouve assez laid) sous l’ortographe Atagoal. Il paraît que les studio Ghibli auraient approché Masumura. Les univers de Masumura et Miyazaki sont tous deux pleins de féerie et j’aurais bien aimé voir le résultat d’une telle adaptation. Atagoul est un univers dans lequel Masumura revient souvent, et sur plusieurs séries: Atagoul Monogatari (アタゴオル物語) (6 volumes) en 1976, Atagoul Tamatebako (アタゴオル玉手箱) (9 volumes) en 1984, Atagoul (アタゴオル) (2 volumes) en 1994 et Atagoul wa neko no mori (アタゴオルは猫の森) (18 volumes) en 1999. Cet homme semble aimer dessiner les matous, il a aussi adapté Train de nuit de la voie lactée en manga avec des chats, et ce dernier été adapté en film d’animation. Atagoul est le nom d’une forêt dans laquelle cohabitent des chats géants doués de parole et des humains, chacun vivant dans une maison en forme de fruit ou légume. Hideyoshi, le gros chat jaune qu’on voit sur les couvertures, est surtout gouverné par son estomac. Les histoires peuvent être lues séparément et souvent, il s’agit d’aller chercher une pieuvre géante ou autre poisson géant pour satisfaire la gloutonnerie de Hideyoshi (celle-ci est telle qu’il est interdit de séjour dans les restaurants du coin). Les aventures n’ont parfois aucun sens, et Masumura ne manque pas d’imagination, comme cette pêche aux poissons lune afin d’aller sur la lune et se rendre à un café! D’autres personnages entourent ou plutôt supportent et se laissent entraîner par Hideyoshi (je les plains). J’ai adoré cet univers féerique et surtout le trait super joli de Masumura, mais la lecture en chinois fut assez difficile, entre les noms de plantes et autres jeux de mot. Enfin, on voit dans une illustration couleurs un sosie du chat-bus de Mon voisin Totoro! Depuis, Atagoul Tamatebako est disponible en scantrad (un chapitre en anglais). Références en chinois: 艾塔戈爾魯百寶箱, 增村博, 尖端.

lady_detectiveLady Detective de Lee Ki-Ha et Jeon Hey-Jin, série terminée en 6 volumes, manhwa, Clair de Lune. Une série totalement passée inaperçue et découverte au hasard sur Manga News, notamment grâce à un titre que j’ai trouvé ridicule… Clair de Lune aime bien sortir ses séries par grappe de plusieurs volumes, et ce fut le cas pour les 6 volumes de Lady Detective qui ont dû faire un passage éclair: 3 premiers volumes au milieu du mois de mai, les 3 suivants au début du mois de juin! Je n’ai pour le moment lu que le volume 1 trouvé d’occasion (le volume neuf coûte 8€ pour un petit format) et je ne suis pas déçue. Les dessins ne sont pas originaux mais réussis, la narration est fluide, la dynamique entre les personnages me plaît et l’enquête du volume m’a plu. L’ambiance Angleterre victorienne dépayse, avec tout ce qu’il faut de bonnes manières, de sexisme et de robes, sans parler du majordome bishônen. Ce titre a donc pas mal d’atouts et fait un excellent divertissement. Il fallait juste le sortir « normalement ». Pour la petite histoire, on suit Lizzie Newton, jeune fille de bonne famille qui s’intéresse plus aux enquêtes qu’autre chose. Elle cache aussi son identité d’écrivain à succès de romans policiers, chose inconvenante pour une jeune fille bien élevée. Un manhwa qu’on peut ranger en librairie à côté de Emma de Kaoru Mori pour un coin Angleterre victorienne.

papa_told_mePapa told me de Nanae Haruno, anthologie en 3 volumes chez Kana, issue de Cocohana et Young YOU (josei, Shueisha). Papa told me fait 27 volumes dans sa totalité, il s’agit d’une série très célèbre au Japon. Kana a fait le choix (judicieux, vu le potentiel commercial) de publier en France l’anthologie reprenant les histoires préférées de Nanae Haruno. A mes yeux, elle est un peu passée inaperçue, les couvertures ne me parlaient pas mais surtout, je n’aimais pas du tout le titre. Enfin, Delcourt sortait Un drôle de père auquel je n’ai pas du tout accroché et je pensais trouver le même univers. J’ai eu bien tort au final, et les chroniques de Sorrow sur Manga News me l’ont prouvé. L’univers de Papa told me n’est pas ancré dans le réel comme Un drôle de père, on ne sait pas réellement où se situe l’histoire, ni quand. Pas mal d’éléments imaginaires qui ne sont pas là pour me déplaire non plus. On suit un père veuf et sa fille (en primaire), celle-ci étant particulièrement intelligente et aimant les livres (et son papa bien entendu). Le quotidien y est montré, mais aussi les escapades de Chise pour un petit thé, des chats, une bibliothèque, une boutique étrange, une artiste de rue. Les histoires ne se suivent pas (pas de continuité réelle, l’anthologie se fiche bien de l’ordre, on passe du chapitre 45 à 5 puis 21 par exemple!) et Haruno transporte le lecteur dans un univers très particulier. Le rythme est par contre très lent et le dessin particulier ne plaira pas à tout le monde. Et c’est ce style graphique (ces nez, ces visages très simples), cette narration qui m’ont plu, un peu comme avec Lollipop, j’ai découvert par Papa told me une mangaka avant tout. Nanae Haruno est malheureusement peu traduite, mais Pieta et Double House, deux travaux plus courts (2 et 1 volumes) sont disponibles en scantrad (toujours pas lu, mais je n’espère pas une sortie ici). Une belle surprise!

ecole_bleueEcole Bleue de Aki Irie, série terminée en 4 volumes chez Kana, issue de Comic Beam (seinen, Enterbrain). Voici un autre manga sorti depuis des années. Là, j’ai au moins lu le volume 1 en bibliothèque et n’aimant pas les histoires courtes, je n’avais pas du tout accroché. C’est en découvrant des dessins de Ran to Haiiro no sekai (disponible en scantrad) que j’ai redécouvert Aki Irie, du moins graphiquement. Ce nom ne m’était pas inconnu et pour cause: Ecole Bleue est sorti chez Kana il y a quelques années, et la chronique de Morgan sur le site de Mangaverse m’a de nouveau convaincue. Aki Irie est une manga au style de dessin rond et chaleureux très proche de Kaoru Mori, toutes deux publient d’ailleurs leurs séries dans le même magazine (Harta chez Enterbrain, Comic Beam par le passé, Fellows aussi). Ecole Bleue est en réalité un recueil d’histoires courtes sur 4 volumes. On y retrouve de tout: des histoires de fantasy costumées avec des princesses, des tranches de vie, de la romance, et toutes ont cette ambiance particulièrement chaleureuse, douce, pleine de magie, qui ne peut que séduire. Mention spéciale aux dessins de la princesse orientale (le magnifique sarouelle *__*) et à l’histoire du volume 4 avec une mère et ses fils. J’ai été tellement happée par cet univers que j’ai acheté le dernier volume neuf.

queen_and_countryQueen & Country de Greg Rucka et divers illustrateurs, intégrale en 4 volumes chez Oni Press (disponible en français chez Akileos). Entre cette série et moi, ce fut le jeu du chat et de la souris. Je bave sur les dessins en noir et blanc de cette série depuis longtemps, mais j’ai été plus ou moins traumatisée par le nom de Greg Rucka (mauvais souvenir d’un Ultimate Daredevil & Elektra) et le format d’Akileos était trop imposant à mon goût (en réalité, la même taille que Courtney Crumrin que je me suis pourtant acheté). J’ai découvert l’édition intégrale américaine en petit format très compact (plus de 300 pages) un peu avant ma lubie du budget: je n’ai pu me l’acheter au début de l’année, puis quand j’ai enfin pu, le volume 1 coûtait de plus en plus cher. J’ai réussi à l’acheter d’occasion à un prix raisonnable: jamais reçu. En décembre, je le reprends d’occasion (pas cher cette fois) en « Très bon état » pour que la Poste me l’abîme, ce qui fait un dos tordu pour un joli livre. Bref, ce livre et moi n’avons AUCUNE affinité! Pourtant, je dois dire que je suis totalement éblouie par ce que j’ai lu. Une belle claque tellement c’était génial au niveau narration. Le tout est immersif, on suit les services secrets britanniques et en particulier une femme de terrain: Tara Chace, et ses collègues, ses rapports avec la hiérarchie, les interactions avec partenaires comme la CIA, les effets psychologiques après une mission. De l’espionnage (je ne pensais pas en lire un jour!) mais pas du James Bond, le ton étant plutôt réaliste. Les changements de dessinateurs à chaque histoire font que l’on doit se remettre dans le bain pour reconnaître les personnages mais chaque dessinateur apporte son style: trait gras pour Steve Rolston, trait plutôt fin (puis noir et blanc argentin très reconnaissable) sous Leandro Fernandez (le chef de Chase ressemble beaucoup au Capricorne d’Andreas, troublée!). Rucka semble excellent pour raconter des histoires d’hommes et de femmes travaillant sur le terrain, on retrouve cette particularité dans Gotham Central par exemple. Tout simplement excellent et à découvrir d’urgence. Et que dire des couvertures de Tim Sale… Pour l’instant, je n’ai lu qu’un seul volume (hâte de voir Carla Speed McNeil dans le volume 2).

books_of_magicThe Books of Magic (la série régulière) de John Ney Rieber et Peter Gross, 75 numéros (50 repris sur 7 TPB). Je suis assez fan de l’univers magique de Vertigo (années 90, quand l’univers était encore lié à DC) et il faut dire que The Books of Magic a toujours piqué ma curiosité. Au départ de cette série se trouve Neil Gaiman, qui écrit une mini-série de 4 épisodes sur Timothy Hunter, un adolescent malheureux de la banlieue de Londres destiné à devenir le plus grand magicien de l’univers Vertigo. Dans cette mini-série, il est chapeauté par la Trenchcoat Brigade (John Constantine, Phantom Stranger, Mister E et Doctor Occult) qui lui révèle son pouvoir en lui faisant visiter divers mondes. Après cela, Tim revient dans un crossover mettant en scène tous les enfants de l’univers Vertigo intitulé Children Crusade dans lequel il est kidnappé par un certain Tamlin. Une série régulière voit le jour, avec John N. Rieber au scénario jusqu’à l’épisode 50, et Peter Gross, dessinateur, endosse la casquette de scénariste pour les 25 numéros suivants. Les TPB de Vertigo ne reprennent que les 50 épisodes de Rieber et rien d’autre. Si bien que dés le premier épisode, on se sent bien perdu car des personnages débarquent et Tim semble les connaître: Tamlin par exemple. Au début de la série, Tim apprend ses véritables origines: sa mère est la reine des Faerie Titania (celle qu’on voit dans Sandman) et son père Tamlin, un humain qui peut se transformer en rapace. Le tout reste tout de même intriguant, et j’ai sauté sur l’occasion car des TPB étaient disponibles à prix raisonnable, car cette série est difficilement accessible sinon. Le scénario de la série est parfois tordu (le volume 2 où Tim doit affronter un lui futur devenu connard et esclave d’un démon) et confus mais la magie est là et je dois dire qu’il y a un cachet, une ambiance sombre particulière très prenante (mais moins trash que les autres titres Vertigo de l’époque). Le personnage de Tim Hunter est touchant en adolescent malheureux, mais parfois agaçant sur les derniers volumes, que ce soit dans ses rapports avec sa famille terrestre ou sa petite amie Molly. A noter que la partie où Tim rencontre Tamlin est reprise dans un recueil intitulé The Books Of Faerie (il faut le savoir) où sont racontées les origines de Titania, recueil assez terne et peu passionnant mais juste informatif (ce qui ne m’a pas donné envie de lire le suivant consacré à Auberon). J’ai toujours eu du mal avec le dessin de Peter Gross parfois plaisant parfois fade ou laid. Les couvertures de Michael Kaluta sont très belles. Une série pas excellente, mais attachante et prenante, avec des arcs allant parfois du coq à l’âne.

the_unwrittenThe Unwritten de Mike Carey et Peter Gross, prévue sur 11 TPB (fin en 2015), 2 volumes sortis chez Panini, Urban ne s’est pas encore prononcé pour sortir la suite. Encore une fois une série sur laquelle j’ai longtemps réfléchi avant de l’acheter. Les couvertures de Yuko Shimizu sont sublimes, mais le dessin de Peter Gross, encore une fois, me paraît extrêmement fade. De plus, la série sortant en France, j’ai plus ou moins pensé à faire un essai en bibliothèque avant, et le temps passe finalement très vite. Au final, j’ai acheté la série en anglais (après avoir lu un excellent dossier consacré à Mike Carey dans Scarce) et je ne le regrette absolument pas. J’ai pour le moment lu 3 volumes, tentant de suivre la série à un rythme mensuel. The Unwritten est mené par un duo que je connaissais déjà, Mike Carey et Peter Gross ayant travaillé sur Lucifer (que je ne peux conseiller car je n’en conserve aucun souvenir), série spin-off de Sandman. Le nom de Peter Gross me file la chair de poule, tant j’ai trouvé son dessin fade sur Lucifer, et ce sentiment s’est intensifié dans The Unwritten (mais ce n’est pas vrai dés que Gross n’illustre plus la vie réelle). Mike Carey est par contre très inspiré. L’histoire est difficile pour moi à résumer mais en gros, The Unwritten est une série sur la force de la fiction sur nous tous. Le tout commence avec Thomas Taylor, fils de Wilson Taylor, auteur culte d’une saga de jeune sorcier en 13 tomes dont l’engouement est comparable à celui de Harry Potter. Wilson Taylor a mystérieusement disparu depuis et Thomas participe régulièrement à des conventions. Car le héros de la saga s’appelle Tommy Taylor et est inspiré par Thomas. L’univers de Tom bascule le jour où il rencontre Lizzie Hexam, remettant en doute son existence même, il se pourrait que Tom ait été créé par les mots de son père. S’ensuit une longue quête d’identité où il faut déjouer les plans machiavéliques de la Cabale, une mystérieuse organisation tirant les ficelles du monde de la fiction. La lecture n’est pas toujours simple et très dense et la relecture ne fait sans doute pas de mal. Je suis complètement devenue accroc à cette série, surtout avec le volume 3 qui comporte un chapitre sur le mode « Un livre dont vous êtes le héros ». Les dessins sont fades mais clairs, et l’histoire de Carey est passionnante. La magie prend, tout simplement. Mention spéciale au chapitre sur la propagande Nazie ou Rudyard Kipling.

Continuité

Dans cette partie, je vais tenter de m’exprimer sur les lectures ne résultant pas d’une découverte, mais découlant de mes lubies habituelles: est em, Ichiko Ima, Moto Hagio, Reiko Okano, Fumi Yoshinaga, Taiyou Matsumoto, Yumi Tamura, Reiko Shimizu, etc… Des lectures dans la continuité de ce que je connais déjà, en somme. Concernant Ichiko Ima, j’ai surtout continué de creuser plus loin que Le cortège des cent démons, allant même à la découverte de ses boys love, afin de mieux connaître son travail. Je me contentais jusque là d’acheter ses manga fantastiques uniquement. Jusque là, j’ai tout aimé de ce que j’ai lu d’Ima, seul le one-shot Kyouka Ayakashi Hichou (adaptation d’un light novel) m’a un peu déçue. Difficile de poursuivre ce billet car j’ai finalement lu plein de choses, même chez mes auteurs fétiches! J’ai aussi pu découvrir Hi Izuru Tokoro No Tenshi de Ryôko Yamagishi, puis Yume No Ishibumi de Toshie Kihara, pour rester sur le groupe de l’an 24.

marginalMarginal (マージナル) de Moto Hagio, série terminée en 5 volumes (tankôbon), issue du Petit Flower (josei/shôjo?, Shogakukan). Marginal est LE titre qui m’a fait découvrir Moto Hagio, du moins graphiquement. La mention SF me plaisait, étant à l’époque en plein dégoût des shôjo romantiques. En voyant des images de Marginal, j’ai été surprise du trait aussi « moderne » (si je puis dire) de Moto Hagio, pour un manga datant de 1985. Marginal fait partie des œuvres de SF de la mangaka, et la plus longue qu’elle ait écrite dans le genre. Dans cette série, Hagio s’intéresse à un futur lointain sur Terre où la population rencontre des problèmes de renouvellement. Le monde est peuplé d’hommes uniquement, et une seule femme, la Mère, est chargée de faire des enfants après une offrande de sperme dans un temple. En réalité, le monde de Marginal cache bien des secrets, et tout ceci est chamboulé avec la rencontre d’un homme du désert avec un mystérieux jeune homme qui a complètement perdu la mémoire. La série est disponible en scantrad en anglais par Pink Panzer, et j’ai commencé ainsi avant une longue pause (ça a bien repris depuis). J’ai fini par acheter l’édition taïwanaise d’occasion pour terminer le tout après un essai infructueux en scans chinois. L’histoire m’a beaucoup plu, pleine de mystères et très intéressante, bien racontée, dense, mais surtout très riche (mais ma lecture date maintenant) et supportant bien des relectures.

barbara_ikaiBarbara Ikai (バルバラ異界) de Moto Hagio, série terminée en 4 volumes, issue du Flower (josei, Shogakukan). Avec Marginal, on a là l’autre série importante de SF de Hagio. Une série qui m’a paru mystérieuse par son scénario découvert lors de l’interview de Matt Thorn pour The Comics Journal: Aoba est une jeune fille dans le coma depuis 9 ans que ses parents ont été assassinés. Surtout, on a découvert dans l’estomac de la jeune fille le cœur de sa mère, et ses rêves très étranges semblent influencer le futur de la Terre (il s’agit d’un futur où une technique avancée permet de voir les rêves des autres comme un film). Un psychologue japonais parvient à entrer dans les rêves des autres et sa mission est donc de découvrir le mystère autour de Aoba. Celui-ci a un fils qui semble aussi lié à Aoba, même s’ils ne se connaissent pas. Un manga très difficile à résumer en somme, car le scénario est éclaté et plutôt original dans le genre. Graphiquement, on a là une Moto Hagio des années 2000 (son dessin post années 1990 qui me plaît moins que celui des années 1980), au trait et aux compositions bien moins marquante que jadis. Même si la série date de 2002, elle a une ambiance proche des manga fantastique des années 1980-1990, tels que Please save my earth de Hiwatari! On y retrouve ces thèmes avec les rêves, les cheveux très longs, une ambiance plutôt douce, des traumatismes mais aussi des pouvoirs psi, des rencontres sur les toits d’immeubles en volant dans le ciel. Le scénario choral est complexe et beaucoup de choses s’enchevêtrent. Encore une fois, Moto Hagio a besoin de peu de volumes pour raconter une histoire dense et pleine d’événements (sa narration est ainsi qu’on a le sentiment de sortir de 10 volumes!) et de rebondissements (parfois tirés par les cheveux sur la fin). J’ai eu du mal à trouver les personnages attachants, mais on a là un excellent manga qui supporte, encore une fois, de nombreuses relectures. Comme souvent chez Hagio, le personnage de la mère est peu sympathique (ici, elle est comme à moitié folle). En chinois, la série est assez rare et j’ai dû sauter dessus quand je l’ai croisée à un prix raisonnable. Curieux alors que c’est la plus récente de ses séries à Taïwan (éditeur Sharp Point Press).

hyakki_yakoushouLe cortège des cent démons de Ichiko Ima, 23 volumes en cours, issue du Nemuki. Ceux qui connaissent Le cortège des cent démons sont en terrain connu. Pour faire court, voici une excellente série de yôkai (la meilleure!) cruellement stoppée depuis des années au volume 6 par Doki-Doki. Un deuil douloureux s’est ensuivi et une idée a germé dans mon esprit: continuer la série en chinois si elle existe. Et en effet, celle-ci existe, avec des volumes épuisés (le début de la série, j’ai toujours un volume 14 manquant). La série mêle habilement fantastique par ses yôkai, vie quotidienne d’une vieille famille japonaise assez traditionnelle et pas mal d’éléments comiques comme Ima sait si bien le faire. J’ai lu les volumes 7 à 21 sans me lasser (c’est tellement amusant), et je dois dire que c’est parfois éprouvant et pour cause: il y a plus de cases que la moyenne dans les planches de Ima (densité commune avec Moto Hagio, son idole de toujours), beaucoup d’informations mais surtout des scénarios pas toujours faciles à suivre (intrigues parfois parallèles). A vrai dire, à cause du deuil douloureux, je n’ai jamais osé écrire un billet sur Le cortège des cent démons, et je profite de ce bilan un peu bordélique pour le faire. Mais ATTENTION SPOILERS car il se passe quelques petits trucs depuis les 6 premiers volumes. Les personnages continuent à évoluer, évidemment, et la série reste toujours aussi excellente. Ritsu parvient à entrer à l’université, a un semblant de vie sociale et se fait même quelques amis, Tsukasa a un petit ami (tout à fait banal) même si la mère de Ritsu et sa grand-mère (et les oiseaux) aimeraient bien la caser avec son cousin, Ritsu libère du monde des yôkai son oncle Kai ayant les mêmes facultés et porté disparu depuis 26 ans (il a de nouveau disparu depuis le volume 19), il a aujourd’hui 46 ans et tente de s’insérer en société, puis surtout, Akira perd Saburo qui, pour une raison que je n’ai pas comprise, n’a plus d’énergie pour rester sous une forme humaine et doit retourner dans son jardin miniature, pour le moment, il est resté en coq. Akira tente aussi de rencontrer une autre personne (parfois des rencontres arrangées!).

uryuudou_yumebanashiUryûdô Yumebanashi (雨柳堂夢咄) de Akiko Hatsu (波津彬子), 14 volumes en cours, issue du Nemuki (shôjo fantastique, Asahi Shinbunsha). 12 volumes lus, en chinois. Série découverte par l’entremise de Ialda, ses couvertures dégageant une ambiance proche du Cortège des cent démons m’ont immédiatement attirée. En enquêtant sur Akiko Hatsu, on découvre aussi qu’elle est, avec son amie Yasuko Sakata, à l’origine du mot yaoi. Elle a été l’assistante de Moto Hagio. Outre ces détails la rendant clairement sympathique à mes yeux, elle écrit surtout des manga de yôkai plutôt courts. Uryûdô Yumebanashi est sa série la plus longue, et celle-ci n’en est pas véritablement une. En effet, il s’agit plutôt d’histoires courtes fantastiques mettant en scène fantômes ou yôkai, avec quelques personnages récurrents. Souvent, même, le jeune homme qui orne les couvertures n’est qu’un personnage de fond, le personnage principal de l’histoire étant un personnage non récurrent. L’histoire se passe au Japon du début du XXème siècle (ère Meiji) autour d’une boutique d’antiquités. Le jeune Ren donne un coup de pouce à la boutique de son grand-père, Uryûdô (saule pleureur). On n’apprend jamais rien sur Ren, à part qu’il a un don pour voir ce qui sort de l’ordinaire. C’est un personnage mystérieux. Les antiquités sont souvent hantées, et c’est plutôt sur elles que Hatsu focalise son récit. Ainsi, un vieux sorti d’une peinture chinoise peut voler une pêche d’une autre peinture, par exemple. Les histoires ont un ton parfois mélancolique, l’ambiance est assez romantique, plus que dans Le cortège des cent démons, et on sent tout l’amour de Hatsu pour les vieux objets tant ceux-ci sont joliment représentés. Elle semble aussi aimer les objets chinois (une autre série porte le titre Lady Chinoiserie) et anglais. En tant que buveuse de thé, j’ai adoré l’histoire où une théière est hantée par un fantôme chinois très mignon. Enfin, il arrive à Hatsu de dessiner des animaux folkloriques comme le tapir qui aspire les mauvais rêves, ou un sanglier magique. Quant aux personnages récurrents gravitant autour de la boutique, on a aussi un faussaire et une orpheline avec une intrigue survenant sur plusieurs volumes, mais rien de plus niveau intrigue récurrente. Enfin, notons qu’on trouve dans les pages publicitaires Le Cortège des cent démons, The Top Secret et Onmyôji, que des best-sellers en France.

ryuu_no_nemuru_hoshiRyuu no Nemeru Hoshi (竜の眠る星) de Reiko Shimizu, série terminée en 5 volumes, issue du Lala (shôjo, Hakusensha). Aimant beaucoup Princesse Kaguya et m’intéressant aux shôjo de SF, j’ai fait un essai avec la série longue reprenant les personnages fétiches de Shimizu, les androïdes Jack et Elena. Cette série dont le titre veut dire (à peu près) « la planète des dragons endormis » date des années 1980, elle est antérieure à la série longue Tsuki no Ko (Moon Child, jadis édité en entier chez CMX aux Etats-Unis). On retrouve donc un graphisme un peu ancien de Shimizu, et cela se voit plus au niveau des coupes de cheveux et des vêtements que dans le trait même, celui-ci étant déjà très joli à l’époque. Ma lecture date désormais, mais je vais tenter de raconter un peu. Les androïdes Jack et Elena paraissent dans plusieurs one-shot de Shimizu, et Ryuu no nemeru hoshi est la seule série longue avec ces deux personnages. Elle permet aussi de connaître le passé d’Elena. Jack (le brun) est un androïde imparfait: il a des défauts comme tous les humains. Au contraire, Elena (le blond, androgyne, évidemment) est un androïde parfait: il sait tout faire et a des capacités hors-normes. Malgré son nom féminin, ce n’est pas une femme, il est d’ailleurs particulièrement misogyne. Les deux voyagent à travers l’espace afin d’accomplir des missions. A l’époque de cette série, Jack et Elena partagent un petit appartement et doivent payer des factures. Ils acceptent donc une mission à laquelle Elena ne voulait pas participer, suite à un mauvais feeling quant à la destination: la planète des dragons endormis. Sur cette planète, deux peuples se font une guerre depuis longtemps, et les deux sont chargés d’assassiner une personne importante. Ils sont embarqués dans cette guerre et dans le passé d’Elena. Cette série de 5 volumes est très dense et en même temps un peu mal rythmée. C’est donc une semi-déception, la fin est très précipitée car il y a de l’action et de l’émotion à gogo, avec trop d’événements, mais le début met pas mal de temps à démarrer. Ça a un peu vieilli, ou alors c’est moi qui suis trop vieille, n’ayant pas été prise par les émotions des personnages, même si l’intrigue autour de Elena est intéressante. Certains personnages sont assez pénibles aussi, comme Shimizu sait bien les faire, il suffit de lire Princesse Kaguya pour s’en rendre compte.

yakumo_tatsuYakumo Tatsu (八雲立つ) de Natsumi Itsuki, série terminée en 19 volumes, issue du Hana To Yume (shôjo, Hakusensha). Natsumi Itsuki est une auteure de shôjo connue pour écrire des shôjo fantastiques. Yakumo Tatsu est sa plus longue série. Si elle est peu traduite ici, ses manga ont souvent été portés à l’écran: des noms tels que Hanasakeru Seishounen ou Jyu-Oh-Sei vous diront peut-être quelque chose. En France, sa seule série traduite est Vampir, un seinen, chez Panini (5 volumes, en pause au Japon). Yakumo Tatsu est une longue saga des années 1990 dans une ambiance shinto et mettant en scène la recherche de 7 sabres aux pouvoirs puissants. On suit l’histoire de deux jeunes hommes: Nanachi est un étudiant très gentil et simple tandis que Karuki est un lycéen taciturne et très beau garçon issu d’une grande famille traditionnelle. Les deux garçons se prennent d’une profonde amitié et ont tous deux des pouvoirs spirituels. En même temps, l’auteure donne un aperçu de leur vie sans doute antérieure, à l’époque du Yamato. Ce scénario, et surtout le début, mettant en scène deux bishônen que tout oppose, ravit les fujoshi. Si le premier volume est très réussi avec son ambiance sombre et fantastique au milieu des montagnes de la province Izumo, le rythme retombe très vite pour se concentrer sur la vie quotidienne des personnages, avec des rencontres d’esprits, fantômes et autres énergie négative dégagée par d’autres personnes, et qu’il faut purifier par le sabre (rôle de Kuraki). Mais surtout, l’auteure se concentre sur les relations entre les personnages, surtout les filles qui tombent en pâmoison devant le « beaaaaauuuu » Kuraki. En cela, c’est très décevant et juste agaçant (la sœur de Nanachi la première) avec toutes sortes de jalousies et même une superbe histoire d’inceste. Les drames familiaux sont nombreux entre le mec qui veut tuer son père, qui hait sa mère (et toute femme, misogynie par traumatisme). Les personnages sont nombreux mais peu sont attachants. Au final, je pensais trouver un manga fantastique et je me suis plutôt retrouvée avec des histoires de cœur, le rythme étant en plus assez lent, j’ai donc mis du temps pour venir à bout des 19 volumes. Les souvenir sont lointain et j’ai été assez déçue par cette série. En revanche, j’ai adoré le manga de Jyu-Oh-Sei.

nekomix_genkitan_torajiNeko Mix Genkitan Toraji (猫mix幻奇譚とらじ) de Yumi Tamura, 7 volumes en cours, issue du Zôkan Flowers (josei, Shogakukan). 5 volumes lus, en chinois. Acheté un peu en même temps que Atagoul Tamatebako parce qu’il y a un chat. Et aussi parce que Yumi Tamura, et que j’aime beaucoup 7 SEEDS. Il s’agit d’un manga d’aventure dans un monde fantasy où les humains font la guerre à des souris… ridicule? Les souris ont des pouvoirs magiques et suite à cela, de nombreux animaux sont devenus des « mix » d’humains et d’animaux. Notre héros est Paiyan, un grand guerrier du royaume qui combat des souris. Alors qu’il est constamment au front, loin de sa femme et de son fils, ceux-ci ne sont plus là lorsqu’il rentre pour les voir: son fils a été kidnappé et sa femme a disparu. Seul reste Toraji, un chaton-mix, ancien animal de compagnie de son fils. Paiyan entreprend donc un voyage avec Toraji afin de retrouver la souris ayant kidnappé son fils, et prend conscience de sa paternité. C’est un manga que je trouve curieux dans un josei: de la fantasy, un guerrier en guise de héros, affublé d’un chat! Au final, le manga est prenant et Tamura utilise pas mal de ficelles communes avec 7 SEEDS pour susciter l’émotion de son public. C’est bien raconté, et les animaux-mix sont plutôt rigolos, mention spéciale au poisson-mix! Mais surtout, l’histoire s’avère intéressante alors qu’elle peut paraître ridicule lorsqu’on lit le synopsis…

the_callingThe Calling (コーリング) de Reiko Okano, série terminée en 3 volumes, adaptation du roman fantasy La Magicienne de la forêt d’Eld de Patricia McKillip. Une folie. Une folie car j’ai acheté cette série en italien, langue que je ne lis absolument pas, pour mes 31 ans. A vrai dire, je voulais surtout avoir des planches de Okano sous les yeux, surtout dans un environnement médiéval européen. J’ai tout de même opté pour une langue latine par rapport à une version originale en japonais, et j’ai bien fait car j’ai pu « comprendre » l’histoire malgré tout. Enfin, j’ai également acheté le roman d’origine au cas où je ne comprendrais rien et j’ai aussi pu découvrir Patricia McKillip! L’histoire est celle de Sybel, une belle jeune femme qui a toujours vécu dans la forêt autour de ses bêtes magiques. Dotée d’un grand pouvoir, elle peut appeler n’importe qui auprès d’elle, mais ne parvient pas à appeler le grand oiseau Liralen. Un jour, le prince Coren de Sirle vient troubler cmagicienne_foret_eldette vie tranquille en lui amenant un bébé: le fils de sa tante, qui est réclamé par deux royaumes en guerre. Sybel finit par élever l’enfant qui est finalement rattrapé par le monde humain. Il s’agit d’une histoire de fantasy bien loin des grandes saga avec quêtes qui se vendent bien dans les librairies. Ici, c’est calme, c’est concis et il ne s’y passe pas grand chose, du moins en apparence. Le manga semble très fidèle au roman original et les dessins de Okano sont merveilleux, c’est sûrement le plus beau manga de l’année à mes yeux, surtout la fin en tapisserie de Bayeux. Les trames sont très belles, relevant en plus les différentes textures, les pierres ou les tapisseries. Que ce soit le roman ou le manga, les deux œuvres sont excellentes.

onmyoji_tamatebakoOnmyôji – Tamatebako (陰陽師 玉手匣) de Reiko Okano, série en cours, suite de Onmyôji, issue du Melody (josei, Hakusensha).1 volume lu, en chinois. Avec Onmyôji – Tamatebako, Okano signe son retour sur le personnage de Abe No Seimei. Cette série se situe après la fin de la série Onmyôji, et je n’ai pu résister quand je l’ai vue disponible en chinois. A l’origine, je l’ai achetée juste pour regarder les dessins car mon niveau en chinois n’est pas très élevé (et je dois dire que j’ai baissé les bras devant une sortie ici vu le rythme, je serais déjà contente d’avoir les 13 volumes chez Delcourt!). Devant l’absence de sortie de Onmyôji chez Delcourt cette année, j’ai fini par tenter une lecture. Ce qui marque dans ce manga, ce sont les graphismes de Okano: le tout est au fusain (et c’est magnifique, surtout les pages couleurs), mais niveau design, je suis un peu déçue de voir que tout le monde a pris du poids (le menton de Seimei)! Pour ce qui est de l’histoire attention, mini-spoilers: Le manga suit le fils de Abe No Seimei et Makuzu, et il faut dire que l’enfant a bel et bien hérité des personnalités de ses deux parents! Il a pour précepteur un parchemin hanté qui peine beaucoup à s’occuper de lui: son intelligence n’a d’égal que son désir de liberté, caractérisé en plus par beaucoup de facétie et de malice. Bref, il fait ce qu’il veut! Dans le volume 1, Seimei revient à Heian après avoir passé du temps à l’extérieur de la ville en compagnie de sa « mère » (je ne sais pas si j’ai pas tout compris, ou si ça a un rapport avec la série d’origine qui n’est pas terminée ici), et il se trouve à une histoire de brigands que raconte Makuzu au parchemin. La fin du volume voit le fils et ses pouvoirs spirituels très forts, puisque des statues de divinités bouddhistes lui obéissent…

Pour ceux qui sont arrivés au bout (je vous remercie!!!!!), je termine ici pour le moment, n’ayant pas le courage de continuer…