Tout est parti d’une chaîne Facebook, comme l’explique Herbv sur son blog. La chaîne disait donc ceci: « Sans ordre particulier, les dix mangas qui m’ont le plus marqué. Postez la couverture de l’album, pas d’explications et faites suivre à une personne et ainsi de suite… », ce qui m’a plus ou moins donné à réfléchir pour la sélection mais aussi sur l’impact que certains ont eu sur mes goûts d’aujourd’hui. Il est vrai que j’aime beaucoup de manga, après 20 ans passée à en lire (plus de la moitié de ma vie).
Ainsi, j’ai fini par copier Herbv qui a décidé d’écrire sur le choix de sa sélection, apportant donc l’explication qui manquait sur Facebook (partie 1 et partie 2). Pour ma part, j’ai plutôt utilisé Twitter, et comme je ne suis pas du tout influente, peu de personnes ont suivi le mouvement! Dire que j’ai choisi avec grand soin chaque personne taguée, en fonction du manga…
Je précise que ceci ne constitue pas un « top », ni une liste de mes manga préférés, mais bien 10 manga qui m’ont marqué et qui ont changé quelque chose, durablement, dans ma « carrière » de lectrice. Certains manga ne sont aujourd’hui plus mes préférés. J’établis ici de mémoire une liste chronologique (mais pour certains titres, comme les 3/4, puis les 6/7/8, ma mémoire fait clairement défaut car les périodes étaient trop proches ou je les ai longtemps connus mais ils ne m’ont marquée que des années plus tard!).
Attention car à partir d’ici, je vais vous raconter toute ma vie (vous êtes prévenu-e-s)! Car ma vie, ce sont toutes mes lectures (certain-e-s trouveront ça triste je sais, je suis un peu comme Norito dans RiN). Le manga dans son ensemble a été un véritable bouleversement: j’ai toujours été une sorte de handicapée sociale et je suis convaincue que sans lui, je le serais peut-être restée. Mon parcours de lectrice est surtout influencé par tous les emprunts que j’ai faits à des amis ou à la bibliothèque. J’ai surtout fini par m’offrir de nombreuses séries déjà lues quand j’ai enfin eu du pouvoir d’achat.
Manga 1/10: Dragon Ball de Akira Toriyama (années 90)
Pur produit de mon époque, je ne brille pas par mon originalité: Dragon Ball volume 1 est le premier manga que j’ai lu. A cette époque, j’étais surtout friande de dessins animés américains (Warner Bros et Disney). Quand mon frère et moi avons eu une MegaDrive, nous avons fréquenté d’autres joueurs (les jeux coûtaient une fortune!) et j’empruntais aux autres des magazines comme Player One. Nos copains étaient obnubilés par DBZ et c’est un peu pour suivre les conversations devant la console que j’ai fini par m’y mettre aussi. J’ai évidemment adhéré au club (mon frère aussi, mais peut-être plus moi), achetant aussi des cartes, des figurines (à Hong Kong), regardant les épisodes en cantonais (grâce à mon oncle). Quand on m’a prêté Dragon Ball volume 1: San Goku, j’ai eu un choc. J’ai pris mes distances avec le dessin animé (les dessins étaient trop moches), j’ai arrêté les cartes (sauf la collection reprenant les illustrations du manga). J’ai développé une obsession pour Toriyama (demandant à mes copains de me prêter des numéros de Console+ où on parlait de lui, notamment via Dragon Quest, avec un super dossier où Go Go Ackman était évoqué). Et surtout, je suis entrée dans le manga pour ne plus jamais en ressortir! En revanche, je n’en achetais pas. Mon côté girouette fait que j’ai eu plusieurs fois Dragon Ball: j’ai essayé de faire l’édition à rabat de Glénat sans succès, puis j’ai eu les coffrets au complet (mais je trouvais l’impression vraiment horrible), édition revendue pour m’offrir l’édition Perfect dont j’ai 16 volumes risquant eux aussi de passer à la revente. En fait, j’ai sans doute trop lu ce manga et un titre aussi culte se trouvera toujours.
Manga 2/10: Dr Slump de Akira Toriyama (années 90)
A l’époque où j’ai lu Dragon Ball, un souvenir lointain m’est venu en tête, probablement un dessin animé vu à Hong Kong quand j’étais très petite (en vacances évidemment, ce sont surtout des dessins animés japonais qui inondent les chaînes là-bas). Je me souvenais d’une petite fille aux cheveux violets avec un graphisme proche de Dragon Ball. Je l’ai enfin revue, mais uniquement dans le volume 8 de Dragon Ball! Par la suite, j’ai découvert Dr Slump dans un rayon de Carrefour: elle avait donc bien sa propre série! Pendant que mes parents faisaient les courses, j’ai boulotté la moitié du volume 1: c’était hilarant, j’avais beaucoup de mal à le lâcher. Mais je ne pouvais l’acheter (35F?), trop cher. J’ai fini par avoir un peu plus de liberté de mouvement vers mes 14 ans et lors d’un moment de ces moments, j’ai acheté, en cachette, le volume 8 de Dr Slump (je me sentais très coupable, car je savais que ça coûtait très cher). Ce fut donc mon premier manga et c’est aussi le premier manga que j’ai eu envie d’avoir à moi. Le premier d’une longue série… Dr Slump est donc un manga marquant pour cela. Aujourd’hui, je n’ai plus ce volume. Et je n’ai plus Dr Slump non plus (ni de place!).
Manga 3/10: RG Veda de Clamp (1997/1998?)
J’ai fréquenté un lycée d’une ville voisine, dans laquelle je ne connaissais personne. Il s’est avéré que ma voisine de classe était une fan de manga et de jeux vidéo aussi. Elle m’avait remarqué par un porte-clé Keroppi (la grenouille de Sanrio). Je suis restée très longtemps dans le monde de l’enfance pour ce qui est de mes goûts graphiques: j’adorais les traits ronds comme mon idole Toriyama (mais comment faisait-il pour dessiner aussi bien!!!!), mais j’aimais beaucoup les dessins animés comme Doraemon, Obakeno Q-Taro (des stars à Hong Kong), Wedding Peach, Osomatsu-kun, Chibi Maruko-chan, Mahoujin Guru Guru, mais surtout Crayon Shin Chan. Puis cette copine de lycée m’a prêté son manga culte: RG Veda (tandis que je lui prêtais mes 3 volumes de Dr Slump). Le volume 2 fut un choc pour moi: je n’avais jamais rien lu de tel! Le dessin très fin et hyper élégant, l’aura de mystère perpétuelle, la magie, le côté ésotérique (je ne connaissais même pas ce mot!), le personnage d’Ashura imprévisible, la cruauté, le fait de puiser ainsi dans des textes indiens. C’était une vraie baffe par rapport à mon univers enfantin… Grâce à Tonkam chez qui les ruptures de stock étaient monnaie courante, mon amie n’avait pas tous les volumes mais j’ai tout de même lu (avec des trous) jusqu’au volume 9: encore un autre choc avec des révélations monstres. Je pense que même aujourd’hui, il m’est difficile de lire un shôjo fantastique sans penser à RG Veda. Je pense aussi que RG Veda est responsable de mon goût pour le fantastique dans les shôjo, et que quelque part, même mon goût pour Princesse Kaguya, Le cortège des cent démons ou Onmyôji est très fortement lié à RG Veda. J’ai toujours RG Veda dans ma bibliothèque, et je le garde précieusement, depuis que Tonkam a réimprimé TOUS les volumes au milieu des années 2000 (autour de 2004 de mémoire, pas l’édition deluxe).
Manga 4/10: Gunnm de Yukito Kishiro (1997/1998)
Gunnm m’a été prêté au même moment que RG Veda, et les deux sont donc très liés. Si mon amie de lycée me prêtait RG Veda, son petit ami de l’époque, lui aussi fan de manga (et un peu plus âgé que nous) me prêtait Gunnm. Grâce à ce couple d’amis, j’ai découvert Manga Player, Animeland, Akira, Lodoss, Tokyo Babylon, Video Girl Ai, Slayers. Disons que pour la première fois de ma vie, j’ai rencontré un groupe de fans de manga, d’anime et de jeux vidéo, vraiment à fond dans leur passion et ayant en plus du pouvoir d’achat. J’avoue que je ne connaissais pas grand chose à part Toriyama et Ninkû (oui, j’ai acheté ce manga!). Parmi tous ces manga, c’est surtout Gunnm qui m’a marquée, autant que RG Veda. Comme je l’expliquais au-dessus, j’étais surtout dans un univers enfantin et quand j’ai lu Gunnm, c’était un choc. Je n’avais pas du tout aimé Akira (en couleurs) ni Ghost in the shell, je pensais ne pas du tout aimer la SF à une époque. Mais j’ai accroché à Gunnm et pourtant: le dessin était adulte (un frein), c’était très violent (autre frein), c’était de la SF (encore un autre frein), il y avait des détraqués (autre frein). Et pourtant, impossible de décrocher, j’ai dû lire les volumes parus (la fin n’était pas sortie) à une vitesse record. Il y avait une histoire mystérieuse sur la mémoire perdue de Gally, beaucoup de poésie, de la tristesse (chose étrangère dans ce que j’aimais d’ordinaire), un côté sombre où la vie ne tient qu’à un fil. Puis surtout, j’avais ce sentiment qu’il y avait de la profondeur dans cette histoire. L’influence de Gunnm n’est pas aussi prégnante dans mes goûts présents, mais ça reste un grand jalon dans ma découverte des manga, et c’est ce titre qui m’a permis d’oser fouiller les bacs BD adultes de la bibliothèque (je lisais surtout Astérix, Gaston, Tintin, etc…). Aujourd’hui, j’ai bien Gunnm dans ma bibliothèque, l’édition grand format en coffret (puis le volume 9 en poche car Gunnm Last Order n’a jamais existé) offert par des amis vers 2004-2005 (encore un gros merci, mais ils ne verront sans doute jamais ce post). Avant, je ne l’avais jamais eu à moi.
Manga 5/10: Hôshin – L’investiture des dieux de Ryû Fujisaki (2001)
Pendant mes années lycée, j’ai découvert Hôshin Engi par l’un des seuls numéros d’Animeland que j’ai achetés dans ma vie. Un article assez court (?) parlait de Hôshin Engi, manga inspiré d’un roman chinois, ce qui a tout de suite fait écho en moi en plus du graphisme hyper moderne et Sibuxiang: j’adorais les mascottes à cette époque. Hôshin fut le premier manga dont j’espérais un jour la sortie en français pour pouvoir le lire un jour futur (chose maintenant beaucoup plus habituelle chez moi maintenant…). Le premier manga tant attendu, et qui ne sortait pas. Je passais même chez Tonkam afin d’admirer la couverture du volume 5 japonais en vitrine, pour demander quand il sortirait en France. Apparemment, le sujet était trop compliqué, trop dur à traduire, ça ne sortirait jamais ici. A cause de ce manga qui m’intriguait, j’ai fini par m’inscrire à une newsletter sur la série mais je n’y comprenais rien (je me connectais en bibliothèque, il n’y avait pas Internet à la maison pour tou-te-s!!!). Malheureusement, je n’ai jamais pu participer aux projections d’anime (avec des inconnus tout droit sortis d’Internet!). Puis un jour, dans la newsletter, on parlait d’une sortie future du titre (j’étais alors étudiante). Je me souviens avoir acheté le volume 1 dés sa sortie, l’avoir lu, relu, dévoré, prêté aux gens que je connaissais (dans une école d’électronique, il y a d’autres otaku!!!). J’ai même fini par pousser le bouchon jusqu’à m’inscrire sur un forum pour pouvoir en parler et échanger avec d’autres (la newsletter, je n’y pigeais rien!), même si des camarades d’école m’y poussaient déjà. Disons que Hôshin est en plus le point de départ de ma rencontre avec beaucoup de personnes que je fréquente encore aujourd’hui. J’ai régulièrement relu le titre, même si ma dernière relecture remonte à 2010 (le chômage m’a aidée). Évidemment, j’ai toujours la collection chez moi. C’est même l’une des rares séries dont j’ai acheté tous les volumes neufs (un exploit chez moi). Le volume 5 est sans doute le manga le plus vieux de ma collection (en français) vu que j’ai racheté les 4 premiers suite à l’apparition de la jaquette chez Glénat (un temps que certain-e-s n’ont pas connu, mais que je trouvais ça moche, surtout sur Kenshin!).
Manga 6/10: Banana Fish de Akimi Yoshida (2005-2007?)
En tant que fan de manga ayant commencé dans les années 90, j’ai eu l’habitude de lire de tout sans trop choisir (via la bibliothèque ou les amis). Avec le peu qui sortait, on s’en fichait des étiquettes shônen/shôjo/seinen et que sais-je… Dans les années 2000, j’ai découvert la lecture en Fnac: je lisais beaucoup de manga qui sortaient. Ainsi, j’ai découvert Monster et 20th Century Boys, puis un autre titre que je pensais faire partie de la fameuse catégorie seinen (sur toutes les lèvres aujourd’hui…): Banana Fish. Un manga qui ne passait pas inaperçu avec ses pages jaunes (qui étaient même un argument de vente de Panini!). Un manga pas toujours évident à lire en Fnac, car je le trouvais plutôt dense. Un manga plein de suspense, qui m’intéressait parfois plus que Urasawa. Avant le volume 10, je suis partie en alternance en Belgique, me coupant de la Fnac (j’étais chez les Flamands) et de toutes les séries que j’y suivais. Ce ne fut que plus tard, avec la rencontre d’une certaine Shermane, grande fan de ce manga, que j’ai acheté la totalité, contaminée par son enthousiasme (à cette époque, j’avais un peu d’argent: j’étais en alternance!). Même si je lisais de tout, je n’achetais que des hits avec un dessin bien chiadé, calibré: j’ai par exemple acheté Naruto dont je n’aimais pas spécialement l’histoire! Je suivais les modes, je pensais que tel ou tel titre deviendrait culte, ou qu’il l’était, par son dessin, son histoire, etc… Puis petit à petit, j’ai fini par creuser mon propre goût sans tenir compte des modes ou de ce qui allait devenir culte, achetant ce que j’aimais vraiment. Banana Fish est sans doute un des points de départ de ce comportement. Aujourd’hui, c’est même le contraire: finalement, les titres hyper cultes ne vont pas se raréfier et seront toujours disponibles en bibliothèque, tandis que des titres plus confidentiels deviendront probablement rares et difficiles à relire. C’est avec de nombreuses années que j’ai compris les qualités de Banana Fish, et que j’ai développé une obsession pour les œuvres de Akimi Yoshida (surtout la simplicité de son dessin, sa sobriété, son austérité rare dans le monde du shôjo). Alors que je n’avais plus vu un seul idéogramme depuis des années, j’ai acheté des manga en chinois pour pouvoir lire Yasha par manque de Banana Fish (de fil en aiguille, j’ai acheté TOUT ce qui était disponible en chinois, en galérant, pour l’achat comme la lecture)… Je considère même que Akimi Yoshida est un point de départ dans mon intérêt pour les shôjo mangaka vintage, notamment une certaine Moto Hagio. Évidemment, Banana Fish se trouve encore chez moi (placé à côté de Shôwa genroku rakugo shinjû en chinois, car ils ont le même format et vont bien ensemble)!
Manga 7/10: Basara de Yumi Tamura (2005-2007?)
Basara est un manga dont j’ai entendu parler pour la première fois dans Mangavoraces (vous savez, ce petit mag de quelques pages en noir et blanc qui parlait de manga? il était gratuit!!!). En parallèle d’une chronique de Kenshin, il y avait la chronique d’un volume de Basara, sans doute dans les derniers. Ça avait l’air culte, mais je trouvais surtout le dessin très laid. En 2001, Basara est sorti. Comme ce n’était pas un Tonkam, il était disponible en Fnac. J’ai lu le volume 1, mais je n’avais jamais lu le volume 2. J’ai relu le volume 1 plus tard, en bibliothèque, mais le volume 2 était absent (le reste était pourtant bien là, sûrement un vol comme d’habitude…). Lorsque j’ai connu Shermane (encore!), par forum puis blog interposé, son enthousiasme (virtuel) au sujet de Basara a réveillé mon envie de dépasser le volume 1. C’est grâce à elle que j’ai pu tout lire, car j’ai fait une descente chez elle pour qu’elle me prête la série entière, à mon retour en France. Série évidemment dévorée en un temps record. Basara et Banana Fish sont deux titres très importants dans l’évolution de mes goûts et l’affirmation de ceux-ci. Je dirais que si aujourd’hui je lis surtout des femmes mangaka, c’est grâce à ces deux-là (Princesse Kaguya et Le Cortège des cent démons en font aussi partie). Ceci dit, je n’ai pas immédiatement acheté Basara, mais à force de le croiser d’occasion un peu partout, j’ai fini par les acheter afin d’avoir mes exemplaires (ou leur offrir un foyer, ces orphelins me faisaient de la peine). Finalement, je ne le regrette pas et je les ai évidemment toujours. Basara est pour moi LE shôjo d’aventure par excellence. Aujourd’hui, il m’est difficile de lire un shôjo d’aventure sans le comparer à Basara, à tel point que certains titres pourtant considérés comme très bons peuvent me paraître fades (oui, je parle de La Fleur millénaire). Basara est probablement le manga le plus épique que j’ai pu lire, avec un personnage féminin du tonnerre, une histoire d’amour un peu cliché (ces histoires d’identités secrète haha) et pourtant super réussie, avec un tas de personnages quasiment tous importants. Et sinon, le dessin? Je ne le trouve plus du tout laid!!!
Manga 8/10: Ping Pong de Taiyou Matsumoto (2005-2007?)
Taiyou Matsumoto m’a longtemps intrigué avec son Amer Béton chez Tonkam. D’autant plus que Mangavoraces avait trouvé des mots qui me parlaient (j’aimais beaucoup le rap pendant le lycée): violence, banlieue, sans parler d’un dessin un peu « street ». Il faut dire que dés cette époque, l’équipe de Tonkam (en fait Dominique Véret) savait déjà faire du lien entre le catalogue et la société, un peu comme Akata aujourd’hui. De mémoire, Amer Béton coûtait 55F: une fortune. N’ayant personne le possédant dans mon entourage, je ne l’ai donc pas lu. En Fnac, je ne l’avais jamais croisé. Surtout qu’en plus, en boutiques manga, j’entendais parfois des personnes dire que ce n’était « pas un manga ». Je crois que c’est cette phrase qui a enterré cette curiosité. Les années passant, j’ai pu lire Frères du Japon grâce à un copain de forum. J’ai trouvé ça génial, mais Amer Béton était devenu bien rare quand j’ai eu plus de pouvoir d’achat. Sur le Forum de Mangaverse, j’entendais aussi parler de Ping Pong, chez Delcourt x Akata (avec une équipe menée par un certain… Dominique Véret, forcément). J’étais en Belgique ou en Allemagne, et j’attendais la période de cours (j’étais en alternance 6 mois/6 mois) pour être en France et tenter la série. En plus de cela, Shermane adorait Ping Pong et son enthousiasme (virtuel) m’a vite contaminée. Et puis, avec Ping Pong, j’étais sur un terrain connu: le manga de sport (comme I’LL). J’ai évidemment plus qu’apprécié Ping Pong, regrettant de ne pas avoir investi plus tôt dans Taiyou Matsumoto car mon intuition était la bonne! J’ai fini par acquérir tous ses manga disponibles en français, en continuant aujourd’hui (avec du retard, forcément). Dans mon parcours, j’ai même acquis Hanaotoko et Zero en chinois car ils ne sortaient toujours pas! Aujourd’hui, Ping Pong trône toujours dans ma bibliothèque, pas loin de Onmyôji (un cousin Delcourt x Akata). Depuis, Matsumoto s’est enfin institutionnalisé, à mon plus grand plaisir!
Manga 9/10: All My Darling Daughters de Fumi Yoshinaga (2006)
J’ai longtemps bataillé pour cette neuvième place: j’hésitais avec Blue de Kirko Nananan. En vrai, la lecture de Blue m’a plus marquée que All My Darling Daughters. Mais l’effet de All My Darling Daughters a été plus déterminant pour moi: c’est avec ce one-shot avec une couverture toute sobre que j’ai fini par découvrir l’une de mes mangaka préférées, et surtout l’une de mes séries préférées en cours: Le pavillon des hommes. Encore une fois, à une époque où j’empruntais un peu à tous les râteliers et où j’achetais très peu de séries, j’ai squatté ce one-shot à Shermane (la pauvre…) lors de ma période des cours. J’ai immédiatement accroché à All My Darling Daughters. C’était aussi la première fois que je lisais des histoires courtes ayant un lien les unes aux autres. Surtout, il y avait cette manière tellement fine de Yoshinaga pour décrypter la psychologie des personnages, le tout sans artifice, avec un graphisme sobre mais surtout très élégant du plus bel effet. A cette époque, de nombreux josei (le terme était à la mode!!!) sortaient en France. Mais celui-là, je me disais, était d’un autre niveau. Dans ce recueil, l’histoire avec la femme dont la vie est influencée par l’idéologie de l’égalité m’a fascinée. Depuis, ce volume trône fièrement dans ma bibliothèque, mais toute une flopée de titres de Yoshinaga lui tiennent compagnie (en anglais surtout, un peu en chinois et évidemment en français). C’est vraiment rétrospectivement que j’ai découvert l’importance de ce manga dans ma vie de lectrice. Yoshinaga fait partie de ma « sainte » trinité aux côtés de Akimi Yoshida et Moto Hagio!
Manga 10/10: A Drunken Dream and Other Stories de Moto Hagio (2012)
J’ai souvent crié mon amour pour Moto Hagio, surtout sur Twitter, mais ma découverte de cette grande mangaka est en fait très tardive! Je connaissais évidemment son nom, grâce au Forum Mangaverse, surtout par les érudites fans de BL et de shôjo vintage. Je lisais parfois des articles dans lesquels Riyoko Ikeda était décrite comme une membre du Groupe de l’An 24, et c’est ainsi que pendant de longues années, j’ai cru que Moto Hagio (mais aussi Keiko Takemiya) avait un dessin identique à celui de Riyoko Ikeda. J’avais déjà lu La Rose de Versailles que j’avais pourtant beaucoup aimé (en bibliothèque, pour combler un vide culturel: jamais vu Lady Oscar, une honte pour une enfant des années 80). Finalement, en 2010, A Drunken Dream and Other Stories sort chez Fantagraphics. Les retours sont extrêmement positifs sur la blogosphère américaine, sur le Forum Mangaverse mais aussi le Forum Mata-Web. J’attendais surtout qu’un certain Herbv me le prête, puis j’ai fini par croiser un volume soldé de moitié chez Album, sûrement en été 2011. Il a fallu que le Centre Pompidou fasse venir Moto Hagio à travers son événement Planète Manga pour que je finisse par lire mon recueil qui reposait depuis des mois. Et là, choc total: le graphisme n’est pas du tout le même que celui de Riyoko Ikeda! Les histoires ne jouent pas non plus sur la passion ni le côté tourbillon (que j’aime beaucoup hein!), mais sont plus calmes, intérieures, posées et même matures. Sans parler du graphisme très maîtrisé, élégant, magnifique, parlant à l’inconscient (je n’ai jamais trop su comment le dire autrement), et sur certaines histoires, j’étais étonnée de la date de sortie tellement je trouvais le dessin « moderne ». Bref, j’étais charmée. Mais le clou fut enfoncé lors de la conférence sur Moto Hagio (en sa présence) lors de Planète Manga: je découvre ses titres de SF, en particulier Marginal et Gin No Sankaku (Le triangle d’argent) qui m’ont impressionnée (années 80, je n’en croyais pas mes yeux), mais aussi Zankoku na kami ga shihai suru par son thème particulièrement difficile (et des dessins expressionnistes!!!). Je n’arrêtais pas de relire l’interview donnée par Rachel Matt Thorn parue dans The Comics Journal et disponible (en partie?) dans A Drunken Dream and Other Stories. N’en pouvant plus, j’ai fini par acquérir de nombreux titres de Moto Hagio en chinois après avoir écumé ceux en anglais, devenant une Motomaniaque Hagiologue. Moto Hagio est très vite devenue une de mes mangaka préférées, formant une trinité aux côtés de Akimi Yoshida et Fumi Yoshinaga. Enfin, Moto Hagio est aussi responsable de ma découverte de la SF à l’âge adulte, et plus particulièrement des auteures comme Ursula K. Le Guin (La main gauche de la nuit) ou encore Margaret Atwood (La servante écarlate). J’ai donc envie de dire à Moto Hagio que OUI elle a réussi à faire découvrir la SF à des personnes à travers son œuvre (cf son mot d’introduction en anglais dans son dernier artbook consacré à ses œuvres SF). Grâce à elle, j’ai même envie de boucler (un jour) Fondation, lire Les Robots, et surtout Chroniques martiennes. Par Moto Hagio, j’ai aussi fini par devenir (du moins dans ma tête, je ne sais pas pour les faits) militante pour une meilleure reconnaissance des mangaka femmes (et plus particulièrement les mangaka shôjo/josei) dans ce que j’appelle l’intelligentsia du manga voire de la bande dessinée. Je déplore vraiment le manque de reconnaissance qu’elle subit ici, ainsi que le manque de traductions. Moto Hagio m’influence même dans mes achats manga: c’est parce qu’elle les a cités que j’ai fini par vouloir acheter Nodame Cantabile (même si d’autres raisons plus personnelles m’y ont poussée ensuite) ainsi que Princess Jellyfish. Elle a aussi cité The Top Secret et Le Pavillon des hommes, mais je les avais déjà!
Merci d’être resté-e vivant-e devant ce billet!





























Hanaotoko (花男) de Taiyou Matsumoto, série terminée en 3 volumes, issue du Big Comic Spirits (seinen, Shogakukan). Ça fait presque 10 ans que j’ai découvert Taiyou Matsumoto. A l’époque, Amer Béton n’était plus disponible et j’ai dû me payer les trois volumes sur ebay. J’ai longtemps espéré voir chez nous Hanaotoko, une des vieilles séries inédites de Matsumoto qui l’est encore aujourd’hui. J’ai fini par baisser les bras, en achetant l’édition hongkongaise (officielle, chez JD Comics) en 2012. Hanaotoko est disponible en scantrad en anglais, donc facilement compréhensible, mais ma flemme de l’écran est plus forte que ma flemme des idéogrammes. J’ai longtemps redouté de lire du Matsumoto en chinois (entre Amer Béton, Gogo Monster et Number 5, il y a de quoi être effrayée) et j’ai été surprise de voir que Hanaotoko était relativement facile à lire. On retrouve là le Matsumoto de l’époque Amer Béton alors que j’essayais de guérir de ma semi-déception du Samouraï Bambou, et le voyage ne déçoit pas. On retrouve toute l’audace graphique de Matsumoto, avec son trait tremblant, ses effets fish-eye ou encore ses éléments incongrus dans le décors, tels les animaux. L’histoire est touchante, racontant la relation entre un garçon premier de la classe et son père, une espèce de grand enfant immature croyant encore au rêve de devenir un jour joueur de baseball professionnel. On retrouve encore une fois un mystérieux chauve, ce qui n’est jamais bon signe quand on lit Matsumoto!!! Un de mes Matsumoto préférés.
ZERO de Taiyou Matsumoto, série terminée en 2 volumes, issue du Big Comic Spirits (seinen, Shogakukan). Encore une autre vieille série de Matsumoto datant d’avant Amer Béton, et toujours inédite en France. Si à l’époque de mon achat, celle-ci n’était pas disponible en scantrad, elle a été depuis traduite dans sa totalité. J’ai acheté les 2 volumes en chinois, sur Yahoo! Auction (avec l’aide d’une cousine) et mes deux volumes ne sont pas de la même taille: l’un en format seinen, l’autre en grand format comme Sunny (JD Comics). Encore une fois, on retrouve donc le vieux dessin de Matsumoto, celui qui me plaît le plus dans son audace (pour ce qui est de la beauté, mon époque préféré est Gogo Monster et Number 5). Cette fois, Matsumoto prend le manga de sport à contrepied en faisant intervenir un vieux boxeur, Gosima, quadragénaire, qui est plus proche de la retraite que de ses débuts! Et Gosima est une machine à tuer, celui-ci étant sûrement le Zéro, celui qui est encore plus fort que le numéro 1. En parallèle, un jeune d’Amérique latine (je ne sais plus quel pays…) a réputation de tuer ses adversaires et Gosima voit là enfin un rival à sa taille. La narration de Matsumoto est comme souvent pleine de poésie, avec un Gosima qui aime particulièrement les fleurs. Le rythme est lent, avec l’entraîneur de Gosima qui s’exprime souvent, mais les phases de combat sont très nerveuses, avec les effets visuels de Matsumoto à la Ping Pong. Pas mon titre préféré mais un manga qui a beaucoup de force et de caractère!
Yume no Ishibumi (夢の碑) de Toshie Kihara (木原敏江), série terminée en 20 volumes (tankôbon), issue du Petit Flower (shôjo, Shogakukan). 3 volumes lus en chinois. Voici une série qui aura plongé mon budget dans le rouge pour des mois en compagnie de Hi izuru tokoro no tenshi et que j’ai maudit après l’avoir découverte totalement par hasard. C’est par le biais d’une très belle illustration en couleurs que j’ai découvert Toshie Kihara (et sûrement le résultat d’une recherche sur Moto Hagio…). Surtout, j’ai craqué sur Yume no Ishibumi pour son univers plein de beaux kimono et de (je pensais) yôkai… Toshie Kihara est une shôjo mangaka faisant partie du Groupe de l’An 24, et Yume no Ishibumi semble être un manga culte des années 1980. Kihara est très connue pour sa série Mari to Shingo (摩利と新吾) comportant une histoire d’amour entre deux adolescents de sexe masculin. En réalité, sous la bannière Yume no Ishibumi se cache un ensemble d’histoires se déroulant dans diverses époques, plus ou moins courtes (de quelques chapitres à 5 volumes) et surtout, plus ou moins célèbres (les histoires avec deux hommes en particulier telles que Furenki ou Nue). En japonais, le
siècle dans l’Empire d’Autriche-Hongrie en conflit contre les Ottomans. L’héroïne, sœur du duc de Bernstein s’habille en homme (à l’instar de Oscar) et tombe sous le charme d’un roturier d’origine de Bohême. La seconde s’intitule Kira no rondo (煌のロンド) et se déroule dans les Alpes, près de la Suisse et de l’Autriche dans les années 60 avec des personnages français. Le tout mêle science-fiction et romance, car les héros parviennent, en allant dans un château, à rencontrer un officier Nazi gentil (oui, un gros WTF). Pour le moment, j’accroche aux dessins et à la narration efficace de Kihara, mais je suis moins emballée que je ne le pensais: il n’y a pas de yôkai et c’est en réalité très romantique, avec des personnages féminins souvent rongés par la jalousie!!! J’ai donc dû découper la série pour la lire plus facilement. Les dessins de Kihara sont une merveille pour les yeux, en particulier les double-pages. J’essaierai d’écrire un vrai billet sur cette série un jour. A noter qu’on retrouve dans les pages publicitaires Asakiyumemishi (あさきゆめみし 源氏物語), adaptation du Dit de Genji par Waki Yamato (大和和紀), autre shôjo culte des années 80… que j’hésite à commencer pour son ambiance trop romantique (mais j’ai du mal à résister aux kimono…).
Terremer de Ursula Le Guin, saga de fantasy composée de 5 romans et 1 recueil d’histoires courtes. Il me reste un roman à lire (reporté en 2015 car une personne est en retard à la bibliothèque). Par Moto Hagio, j’ai redécouvert Urusla Le Guin avec La main gauche de la nuit pour dévorer tout le Cycle de l’Ekumen (dont les romans ne sont pas à suivre), en particulier Les dépossédés, Quatre chemins de pardon et le recueil d’histoires courtes L’anniversaire du monde. Cette année, j’ai voulu redonner une chance à Terremer, dont j’ai lu l’intégrale (vers 2009) reprenant les 3 premiers opus réédité à l’occasion de la sortie du film de Gorô Miyazaki (top 1 de la couverture la plus laide pour un livre de fantasy en illustration). A l’origine, j’ai décidé de lire le livre afin de comprendre quelque chose au film que je trouvais très confus. Je n’avais pas aimé ma lecture, imaginant plus d’action et n’ayant gardé aucun souvenir. Lorsque j’ai relu les 3 premiers opus cette année, ce fut un bonheur. Il faut savoir apprécier le rythme lent des récits de Le Guin, son écriture simple et accessible, pleine de sagesse, sans effet bling-bling, pour pouvoir aimer Terremer. Dans Terremer, Le Guin décrit un univers composé d’îles et où la magie
consiste à connaître le Véritable nom des choses, le Langage ancien que seuls les dragons parlent naturellement. Les trois opus écrits dans le début des années 1970 (regroupés sous l’intégrale de Robert Laffont) racontent la vie de Ged. Dans Le Sorcier de Terremer, Le Guin raconte l’enfance et l’adolescence de Ged en formation de mage à l’école des sorciers de Roke, il doit affronter ses peurs. Les tombeaux d’Athuan a pour héroïne Tenar, élevée dans les tombeaux et vouée à ne pas voir le monde, ce roman parle d’émancipation, on y croise un Ged adulte et mal en point. Dans L’ultime rivage, Ged est devenu Archimage de Roke et s’embarque dans un voyage avec le jeune Arren afin de comprendre pourquoi la magie du monde est déséquilibrée. Dans les années 1990, Le Guin décide de revenir vers Terremer avec le roman Tehanu où elle focalise son histoire sur Tenar devenue une femme mûre recueillant Therru, victime d’agressions sexuelle et retrouvée brûlée, mutilée. On y trouve un roman beaucoup plus lent, plus calme, centré sur le quotidien et dans un seul
endroit, Gont, là où la première trilogie était composée de voyages. C’est un roman mal aimé que j’ai beaucoup apprécié, où Tenar se pose beaucoup de questions en tant que femme, sur le pouvoir et la magie. Vient ensuite le recueil d’histoires courtes Contes de Terremer, composé d’histoires se déroulant bien avant la première trilogie (Le Trouvier raconte la formation de l’école de Roke, Les os de la terre s’intéresse à Ogion, le maître de Ged), pendant que Ged est Archimage (Dans le grand marais), après Tehanu (Libellule) ou encore hors-temps (Rosenoir et Diamant, une histoire d’amour). Alors que j’ai souvent lu que ce recueil était peu inspiré, je dois dire que je l’ai trouvé passionnant. Le Guin continue à réfléchir sur les femmes dans la fantasy, sur la nature du
pouvoir et continue de faire évoluer son univers, surtout avec Libellule où l’intrigue sur l’Archimage de l’école de Roke reprend (« une femme de Gont »). A la fin de la première trilogie, j’ai décidé de revoir le film de Gorô Miyazaki, intitulé Contes de Terremer en VF, et je dois dire que j’ai beaucoup plus apprécié, même si je n’ai pas réellement trouvé l’ambiance de Le Guin: plus sombre, plus porté sur l’action, plus porté sur Arren aussi, avec un début faisant un peu penser à Princesse Mononoke. Et surtout, il faut lire Tehanu avant de le voir car le film comprend le personnage de Therru et pas mal de révélations sur elle (d’ailleurs, ne PAS lire le quatrième de couverture de Tehanu non plus). Le film est très beau et ça m’a fait plaisir de retrouver le chara-design des studio Ghibli dans un monde de fantasy. Dans tout le cycle, Le Guin est influencée par le taoïsme avec sa notion d’équilibre de la magie, du non-agir ou encore la magie des mots.
La servante écarlate (The Handmaid’s Tale) de Margaret Atwood, roman d’anticipation. Voilà un roman que j’ai découvert par le biais de Marginal de Moto Hagio dans une