romans, science-fiction

LoveStar (Andri Snaer Magnason)

J’ai découvert LoveStar en lisant un numéro de la revue Bifrost consacré à Ursula K. Le Guin. La chronique m’avait vraiment tapé dans l’œil et j’ai fini par l’offrir à un proche pour son anniversaire. LoveStar est un roman islandais, sorti au début chez Le Serpent à plumes puis ensuite dans la collection SF de J’ai Lu. C’est effectivement le côté nordique, humoristique mais aussi et surtout la technologie décrite, permettant d’être tout le temps connecté et les humains inféodés à celle-ci, pour tous les pans de la vie, qui m’ont parlé. Notons que le roman a été écrit en 2002, donc bien avant que tout le monde ait le wifi, bien avant que les forfaits ADSL illimités existent, bien avant Facebook et l’ère des réseaux sociaux, et bien avant l’ère du smartphone.

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Le roman suit en fait deux histoires, qui s’entremêlent. La première concerne un couple amoureux et heureux, un couple qui nage sur un nuage de bonheur (si ce n’est pas plus), Indridi et Sigridur. Le couple n’a pas encore été calculé par InLove mais il est persuadé qu’ils seront calculés ensemble, qu’ils sont destinés l’un à l’autre. Quelle surprise lorsqu’ils apprennent que la moitié de Sigridur se trouve en fait au Danemark! L’autre trame narrative suit LoveStar, le génial créateur à la tête de la société (tentaculaire) Istar, ayant rendu possible ce monde d’hommes sans fil, ayant rendu ce monde meilleur grâce à ReGret, LoveMort et surtout InLove.

Le roman est particulier mais j’ai immédiatement accroché à ce ton drôle et surtout très caustique. Le couple est évidemment agaçant et niais comme pas possible, les rendant absolument hilarants. La description de la société suite à la révolution non numérique mais plutôt la révolution ondulatoire est grotesque et prête évidemment à sourire. Les hommes ne sont plus vraiment connectés, ce sont des hommes sans fil: LoveStar, s’inspirant des ondes émises par les oiseaux migrateurs, s’en sert ainsi pour connecter les humains entre eux. La description faite des aboyeurs ou encore Simon l’infiltré m’ont ainsi beaucoup fait rire. Imaginez qu’une personne que vous pensez être votre ami est en réalité juste là pour vous pousser à consommer tel ou tel produit? Les humains sont ainsi prêts à céder des zones langagières de leur cerveau pour le bien d’une entreprise… Le livre, lorsqu’il reste près des personnes lambda, est complètement dingue et absurde, totalement fou! Et c’est ce ton absurde qui fait tout le sel du roman, l’absurdité même de cette consommation à outrance où les relations humaines authentiques n’existent quasiment plus.

LoveMort est une autre incarnation de cette critique du monde moderne où tout est propre, tout est clinique, une société dans laquelle on ne veut ni voir la mort ni voir ses vieux. LoveMort, ou comment on a rendu la mort (l’euthanasie ou plutôt le meurtre-même) fun. Oui, tout y est fun dans cette société. La mort n’existe plus, plus de retour à la terre, plus rien. On transforme le tout en show et fissa! Le tout donne une drôle de société. Plus tôt dans le roman, on parle aussi d’enfants qu’on peut rembobiner s’il n’adopte pas le comportement voulu. Il y a un côté évidemment aseptisé de nos sociétés contemporaines qui est décrit ici avec beaucoup de folie. Notons aussi que le roman parle d’UNE entreprise tentaculaire du nom de Istar, qui occupe TOUS les pans de la vie humaine. Cela rappelle la fameuse centralisation informatique contre laquelle lutte des associations telles que Framasoft.

La trame entourant LoveStar est, à mes yeux, le maillon faible du roman. Le personnage est très peu sympathique, mais c’est aussi celui dans lequel on entre le plus tout au long du roman. Un homme dévoré par ses idées, drogué par celle-ci, laissant de côté son humanité et sa vie personnelle. A tel point que ses idées sont purement empreintes de technique sans éthique ni questions sociétales voire sociales, chose souvent reprochée aujourd’hui à la Silicon Valley et son fameux solutionnisme.

L’autre gros point faible vient de la fin du roman. La fin est longue, un peu trop explosive, le roman va dans tous les sens et j’ai trouvé ce final pas terrible. Il y a un peu ce sentiment de « tout ça pour ça? » qui m’a animé, mais surtout, les 80 (voire 100?) dernières pages m’ont vraiment peu intéressée. La folie des hommes aura raison des hommes. Mais toutes ces dernières pages m’ont paru durer une éternité (L’apocalypse a lieu et notre couple amoureux devient Adam et Eve). En fait, je dirais que le livre est original, mais sa dinguerie permanente fait aussi partie de ses excès. C’est donc avec une petite déception que le tout se termine, alors que le reste m’a vraiment amusée. Un roman assez unique en son genre (enfin, de mon point de vue, j’ai assez peu de culture littéraire en vrai).

J’ai beaucoup aimé le passage où Magnason en profite pour se moquer des Danois et de leur langue sinon (puis toute la subtilité de ce personnage).

Un aperçu de la niaiserie de notre couple d’amoureux préféré:

A l’époque où la vie d’Indridi et de Sigridur n’était que douceur, ils se réveillaient au soleil du matin, comme collés l’un à l’autre par du miel[…]. Leurs paumes étaient plaquées l’une contre l’autre, le corps blotti et les jambes emmêlées en une tresse si serrée qu’on pouvait à peine distinguer auquel des deux chacune appartenait.

Ils devaient travailler comme tout le monde et, après avoir fait, l’amour sur le sol de la cuisine, en attendant que l’eau de la bouilloire soit chaude[…]. En un effort conjoint, ils parvenaient à s’habiller et à séparer leurs lèvres assez longtemps pour avaler leur petit déjeuner sans cesser de se toucher. Ensuite, ils se regardaient longuement dans les yeux comme pour se dire: Au revoir, et à midi!

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La Nuit des temps (René Barjavel) (SPOILERS)

Je préviens d’emblée. Cet billet n’est aucunement ce qu’on appelle une chronique ou une critique. J’ai lu très récemment La Nuit des temps de Barjavel et il fallait que ça sorte. C’est donc plutôt un billet coup de gueule. Surtout ne pas lire ces lignes si vous avez envie un jour de vous lancer dans La Nuit des temps. De nature, je suis plutôt une personne qui aime beaucoup râler. Je sais que ce qui prédomine est plutôt la pensée « positive » (parler de ce que l’on aime) dans la blogosphère, mais j’ai souvent besoin « d’en parler » comme on dit, lorsque l’agacement est monté suffisamment haut.

Alors pourquoi ai-je été au bout de ma lecture? Je ne sais pas. Probablement parce que j’ai souvent envie de terminer une histoire (d’où mes mangasochismes, je ne sais pas lâcher l’affaire), mais surtout parce que dans les bons points, le livre est vraiment facile à lire. C’est fluide, il n’y a vraiment aucune difficulté dans le style de Barjavel. Ça se lit donc très bien et très vite.

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Pour le topo, La Nuit des temps est un roman de SF français écrit peu avant 1968. Au départ, le roman était le scénario d’un film devant être réalisé par André Cayette, un gros film avec un gros budget qui aurait dû être notre 2001: L’Odyssée de l’espace national. Finalement, le film n’a jamais vu le jour et Barjavel transforma son scénario en roman. Le roman est devenu tellement culte qu’il est même lu au collège (ça n’a pas été mon cas). J’en avais beaucoup entendu parler et il figurait dans les romans que je voulais lire un jour. L’ayant reçu pour mes 35 ans (en 2017…) l’occasion s’est pour ainsi dire présentée.

La Nuit des temps débute par une expédition française en Antarctique. Les scientifiques découvrent qu’un faible signal est envoyé par-dessous la glace, laissant donc penser à une trace de civilisation. La découverte est énorme: deux humains (un homme et une femme) en état d’hibernation provenant d’il y a 900 000 ans, et dont la civilisation a l’air bien plus avancée que la notre. L’expédition devient ainsi internationale, et ce malgré la Guerre Froide menaçant de faire péter notre belle planète (en fait, pas besoin de guerre car nous la pétons à petit feu en ce moment-même…). Au cours de l’histoire, Eléa est réanimée et on apprend par elle à quoi ressemblait la société de Gondawa. Simon, un médecin (et le point de vue à travers lequel l’histoire est racontée) tombe éperdument amoureux d’Eléa.

Le tout démarrait pourtant bien avec une expédition en Antarctique, et puis un côté international. Le côté soixante-huitard est évidemment renforcé avec cette coalition de scientifiques unis malgré les tensions politiques de leurs pays respectifs. Première chose à dire: il y a BEAUCOUP de personnages, car Barjavel met en avant le fait que chacun ne vient pas du même pays. Les personnage sont à peine présentés, la plupart du temps, je ne sais même plus qui est spécialisé dans quoi. Cela rend les personnages hyper creux et clichés, les réduisant surtout à: lui c’est l’Américain (Hoover), elle la Russe (Léonova), lui le Japonais (qui s’appelle Ho-Toï, mais c’est QUOI ce nom?), le Turc (Lukos, d’ailleurs c’est plutôt un nom grec non?), Shanga est Africain (oui, c’est tout) et ainsi de suite. La vision des personnes venant de chaque pays est évidemment cliché. Hoover est un gros porc très lourd avec les femmes, Léonova est une belle femme brune et toute mince (il y a bien d’autres femmes dans le tas de scientifiques mais on ne parlera que d’elle, au moins je sais qu’elle est anthropologue)… et puis il y a les Français. On sent le côté scénario d’un film: dans un film on peut montrer des personnages secondaires en masse, sans les présenter. Mais dans un roman, ça passe un peu mal. Dans le cas présent, j’ai trouvé les personnages vraiment creux, pas humains, j’ai eu beaucoup de mal pour ça.

Le point qui m’a évidemment le plus agacée est le sexisme (probablement involontaire de la part de Barjavel). Alors là, c’est un festival de clichés. L’anthropologue russe est uniquement décrite à travers sa beauté. On ne saura jamais grand chose à propos de son intelligence ni de son travail: elle est anthropologue, mais je ne sais même plus si elle apporte quelque chose à l’équipe à travers son SAVOIR et ses COMPÉTENCES. Chaque fois qu’on la voit c’est pour des scènes de drague lourde avec Hoover (l’Américain). En fait, quand un homme se comporte ainsi avec une femme, c’est parce qu’il l’aime. J’ai presque envie de parler de harcèlement. Le pire dans l’affaire est qu’elle finit évidemment avec à la fin de l’histoire. En fait, elle est là uniquement en tant que « love interest » symbolique (c’est beau l’amour entre un Américain et une Soviétique) et j’ai plus d’une fois levé les yeux au ciel.

– « Il », quoi « il »? Quel est ce métal? demanda Léonova énervée.

Hoover était un géant roux ventru et débonnaire, aux mouvements lents. Léonova était mince et brune, nerveuse. C’était la plus jolie femme de l’expédition. Hoover la regarda en souriant.

– Quoi! Vous ne l’avez pas reconnu? Vous, une femme?… C’est de l’or!…

Côté sexisme, Léonova n’était pas le pire, hélas. Le tout commençait bien avec l’expédition (quoique le TOUT début du livre, avec les lamentations de Simon – les chapitres en italiques – auguraient du pire), jusqu’au réveil de Eléa. Et là, c’est le drame comme on dit. Car Eléa est juste la PERFECTION de la tête au bout des ongles de pieds. C’est simple, on ne saura qu’une chose d’elle: Eléa est BELLE. Il faut dire que les descriptions physiques l’accompagneront quasiment à chaque apparition car nous suivons l’histoire (hélas) des yeux de Simon, l’amoureux éperdu. Le pire dans tout cela, c’est qu’on ne saura jamais vraiment pourquoi il est amoureux, du moins si: elle est BELLE, car il ne la connaît même pas à ce moment-là (plus tard si, lorsqu’elle lui montre ce qu’elle a vécu). Vous avez bien lu, une femme se résume donc à son physique! L’autre point qui la rend si séduisante est évidemment sa tristesse. Elle inspire une forme de compassion. De plus, elle est seule dans cette civilisation inconnue, arrachée à son époque, et n’a comme soutien moral que Simon. Ce personnage d’Eléa est tellement parfait qu’il ne suscite rien, au pire (dans mon cas) un agacement. Je crois que dés son réveil, j’ai eu encore plus de mal avec ce roman et que mes yeux se levant vers le ciel se sont faits de plus en plus fréquents! Quasiment chaque fois que Barjavel parlera d’elle, il y aura toujours une allusion à un oiseau ou à une fleur. Le champ lexical m’a achevée. Avant le réveil d’Eléa, il y a tout un passage avec les arguments des uns et des autres pour le choix de réveiller la femme ou bien l’homme. Certains arguments pèsent leur pesant de cacahuètes: l’homme a un cerveau plus lourd donc plus intelligent (souvent un argument venant d’un scientifique d’un pays du tiers-monde), la femme est plus belle et les femmes d’abord (le côté gentleman des pays dits développés…). Dans la civilisation Gonda, les femmes et les hommes ont chacun leur propre langue (on croirait que les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars, mais en fait, ce sont les Africains qui viennent de Mars dans ce roman…).

[…] On l’avait laissée nue. Son buste amaigri, ses seins légers tournés vers le ciel étaient d’une beauté presque spirituelle, naturelle.

Gros plan du visage d’Eléa. De ses yeux. Lanson ne pouvait s’en détacher. Toujours l’une ou l’autre de ses caméras obéissant à ses impulsions à demi inconscientes, revenait se fixer sur l’insondable nuit de ses yeux d’outre-temps.[…]

La main d’Eléa se posa au sommet de la sphère. Simon la guida comme un oiseau[…].

En hurlant le nom, elle se dressa sur son lit, nue, sauvage, superbe, tendue comme une bête chassée à mort.

[Dans la famille Vignont qui suit l’expédition à la TV:] Il n’en dit pas plus. Il pense à Eléa toute nue. Il en rêve la nuit, et quand il ne dort pas, c’est pire.

La dernière image qu’il reçut fut celle de la main d’Eléa, belle comme une fleur, ouverte comme un oiseau, […]

Les scènes d’amour ou de sexe sont hyper lyriques, cliché. Clairement, le sommet est atteint ici, lorsque Eléa et Païkan font l’amour. Je crois que ça se passe de commentaires. Le couple « tragique » formé par Eléa et Païkan est juste agaçant aussi. Elle est belle, il est beau, puis c’est un peu tout (ah si! ils ont été calculés par l’ordinateur c’est vrai). Côté personnages creux, on est en plein dedans. Les étreintes sont vues comme une conquête, avec le vocabulaire habituel d’une bataille. Évidemment, elle est une femme, donc pleine de secrets, forcément! Quant au twist final sur l’histoire d’amour tragique, j’ignorais les inspirations de ce roman et pourtant, ce final se devine très vite (donc pas de surprise de mon côté, donc pas marquée par cette révélation!!!! Je crois que le genre amour tragique, ça m’énerve plus qu’autre chose, mais là ce n’est plus du tout la faute de Barjavel). Enfin, l’histoire d’amouuuuur belle et tragique est surtout très niaise!

Païkan leva les bras et se laissa glisser derrière elle. Elle s’appuya à lui, flottante, légère. Il la serra contre son ventre, prit son élan vers le haut et son désir dressé la pénétra. Ils reparurent à la surface comme un seul corps. Il était derrière elle et il était en elle, elle était blottie et appuyée contre lui, il la pressait d’un bras contre sa poitrine, il la coucha avec lui sur le côté et du bras gauche se mit à tirer sur l’eau. Chaque traction le poussait en elle, les poussait tous les deux vers la grève de sable. Eléa était passive comme une épave chaude. Ils arrivèrent au bord et se posèrent, à demi hors de l’eau. Elle sentit son épaule et sa hanche s’enfoncer dans le sable. Elle sentait Païkan au-dedans et au-dehors de son corps. Il la tenait cernée, enfermée, assiégée, il était entré comme le conquérant souhaité devant lequel s’ouvrent la porte extérieure et les portes profondes. Et il parcourait lentement, doucement, longuement, tous ses secrets.

Le mode de sélection, à l’aube de l’Apocalypse, du dernier homme et de la dernière femme à hiberner vaut aussi son pesant de cacahuètes. Ainsi, la civilisation est tellement avancée qu’un ordinateur va donner 5 noms de femmes à Coban sur les critères suivants: les femmes les plus belles et les plus intelligentes (là, on n’en aura la preuve que sur la toute fin quand on comprend qu’Eléa, en quelques jours, avait déjà compris le français et se met à parler  à Simon dans cette langue…). La N°1 étant enceinte, elle est directement disqualifiée, mais la seconde dans cet ordre-là est Eléa. Le critère pour les hommes sera évidemment l’intelligence mais aussi la CONNAISSANCE!!!! Et c’est pourquoi Coban se sélectionne lui-même, séparant Eléa de son bien-aimé Païkan dont le point faible est le manque de connaissances (selon Coban). Alors que ce soit bien clair: dans cette civilisation avancée donc, personne ne s’est dit qu’Eléa, séparée de son bien-aimé calculé par un ordinateur à ses sept ans, n’aura peut-être plus la volonté de vivre si elle se réveille un jour après le passage de l’Apocalypse, et encore moins la volonté de copuler avec Coban? Non, vraiment…

Quant au monde même d’il y a 900 000 ans, il ressemble évidemment au notre à l’époque de l’écriture du livre pour ce qui est de la géopolitique et des conflits. Il s’agit d’un monde avec deux grandes puissances mondiales (Gondowa d’un côté, Enisoraï de l’autre), en guerre, risquant de péter à tout moment, sonnant le glas de l’humanité, à travers les bombes « terrestres » (ou l’arme atomique). Notons que les habitants d’Enisoraï ressemblent physiquement à des Asiatiques, qu’ils sont en nombre TRES supérieur aux Gondas (ils viendraient d’atteindre le milliard à ce moment-là!), que ces derniers surveillent leur manière de se multiplier. Evidemment, l’Apocalypse a lieu et il ne faut surtout pas que nous répétions l’Histoire. J’ai trouvé le parallèle pas très subtil en fait, ni le message « faites l’amour pas la guerre », très ancré dans son époque. Côté progrès scientifiques, ceux-ci sont bien plus avancés que nous, le tout paraît même idyllique. Heureusement, beaucoup plus tard, on voit des citoyens bien moins lotis, nous suivions surtout les privilégiés de ce monde.

Je voulais aussi parler un peu du personnage principal, le Dr Simon. Il tombe éperdument amoureux de Eléa et ses monologues, en italiques, reflètent son état mental. Ce personnage de « gentil » m’a aussi agacée. C’est simplement le « gentil », le prétendant, le « gentil con » comme diraient certains, car l’objet de son amour est déjà promise à quelqu’un d’autre. A part sa gentillesse, on ne saura pas grand chose de lui non plus! Ah, si, son amour immédiat pour Eléa (on se croirait dans le générique de Jeanne et Serge!!!)

Petit morceau choisi pour le côté raciste (car le roman en est truffé, et encore une fois, je suppose que c’est involontaire):

Mais Hoover se méfiait. Il leva le genou et tendit sa botte à Shanga [un personnage africain] avec l’aisance donnée par vingt générations d’esclavagistes.

– Tire ma botte, petit.

Shanga eut un sursaut et recula. Léonova devint furieuse.

– C’est pas le moment de se sentir nègre! cria-t-elle

Au lendemain de cette lecture m’ayant suffisamment agacée, j’ai entendu le dialogue suivant provenant d’un bureau voisin au travail (au début, Elle parlait de son amie qui transportait 10Kg de maquillage, je ne sais pas si c’est vrai, ayant transporté 8Kg de manga pour un vol Hong Kong > Paris, dans un sac assez conséquent, faut le dire, alors se palucher 10Kg de maquillage tous les jours dans un sac que je suppose à main, il y a du défi dans l’air… mais passons):

Lui: « Mais si elle se maquille il y a bien une raison non? c’est pour se faire remarquer » (des hommes je suppose)

Elle: « Mais non il n’y a PAS de raisons!!! C’est dans la nature de la femme de vouloir être belle et se maquiller »

comics, science-fiction

Y Le Dernier Homme (Brian K. Vaughan et Pia Guerra)

Y Le Dernier Homme (Y The Last Man en VO) est une série éditée par Vertigo. Elle a été pré-publiée aux Etats-Unis de septembre 2002 à mars 2008, s’étalant sur 60 épisodes. On doit ce comics au célèbre scénariste Brian K. Vaughan et à la dessinatrice Pia Guerra (rejointe plus tard par le Croate Goran Sudžuka, avec Paul Chadwick en guest star sur l’arc de la troupe de théâtre). En France, Y Le Dernier Homme est édité par Semic (2 volumes) avant d’atterrir chez Panini (10 volumes, complet) puis enfin chez Urban (5 volumes cartonnés, complet).

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Un jour d’été 2002, tous les mammifères porteurs du chromosome Y meurent de manière instantanée. Seuls Yorick Brown (22 ans), et le capucin avec lequel il vit, Esperluette (Ampersand en VO), sont épargnés. Le monde entier, et surtout les États-Unis, sont en proie à une panique générale. En tant que dernier homme, Yorick se trouve confronté à divers groupes de femmes voulant s’emparer de lui. En fait, il aimerait surtout rejoindre l’Australie pour se retrouver auprès de Beth qu’il vient de demander en mariage. Yorick est escorté par l’Agent 355 à travers les Etats-Unis afin de rejoindre le Dr Alison Mann dont les travaux sur le clonage se révèlent cruciaux pour le futur de l’humanité.

Y Le Dernier Homme m’intrigue depuis des années (depuis ma découverte des titres du label Vertigo, aux côtés de 100 Bullets, Sandman, Fables). Contrairement aux trois autres titres cités, je ne suis jamais passée à l’achat, sûrement la faute à des dessins un peu fades sur les premiers tomes, contrairement aux couvertures très réussies de chaque épisodes. J’ai aussi eu l’occasion, il y a bien 10 ans, de lire une partie en bibliothèque dans son édition Panini. Alors que la série était disponible jusqu’au bout, j’ai fini par laisser tomber (je n’ai jamais su pourquoi). En croisant d’occasion l’intégrale de l’édition Deluxe VO (équivalent de celle d’Urban), j’ai fini par redonner une chance à Y Le Dernier Homme, hit Vertigo des années 2000.

Mon premier contact avec Brian K. Vaughan a été la série Marvel Les Fugitifs, faite pour des personnes comme moi à l’époque: les newbies en matière de comics, ne connaissant absolument pas l’univers Marvel (je ne dis pas que je le connais beaucoup plus aujourd’hui). Cette série se terminait en 3 volumes (il s’agissait en fait d’une première saison) m’ayant laissé une très bonne impression. Puis j’ai lu un bout de Y Le Dernier Homme (impression mitigée à l’époque), Ex Machina (idem), Pride Of Bagdad (pas accroché), Saga (jamais compris la hype même si le premier volume se lit très très bien). En fait, Vaughan est surtout un rusé, fort pour pitcher: ses séries partent toujours d’un point de départ très curieux, attirant donc dés le premier épisode (j’ai d’ailleurs envie de lire Paper Girls et Private Eye). Et c’est le cas pour Y Le Dernier Homme.

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Alter, ce personnage que j’ai un peu trouvé en trop

Après un premier épisode très réussi, le souffle retombe par la suite. Du moins, sur une bonne dizaine d’épisodes de la série. Il faut dire que le scénario souffre un peu de son époque (le début des années 2000) avec sa narration du type « Maintenant », « Il y a 2 heures », « Il y a un mois », « trois jours plus tard » (un peu comme Bendis parfois). Mais aussi et surtout, les dessins de Pia Guerra sont plats, un peu quelconques, les visages sont peu expressifs, les décors sont parfois vides. La narration manque de punch. Le défaut de la série est aussi qu’elle manque de surprise sur ses débuts.

Il y a un enchaînement de péripéties plus ou moins artificiel: nos personnages (Yorick, Mann, 355, Esperluette) sont au calme? Alors, vite il va se passer quelque chose! Il y a comme un manque de répit à chaque fois que l’équipe se pose, mais un manque de répit « attendu »: « ils ont eu tant de calme, obligé il va se passer quelque chose ». Autre défaut, à chaque fois qu’il y a des conflits internes dans l’équipe, un événement survient forcément, parce que tel ou tel personnage est isolé (et même Esperluette en fait les frais)! Enfin, du côté des personnages rencontrés en route, la méfiance est de mise (c’est un monde post-apo), et c’est au moment où le conflit s’amorce (avec ou sans mortes) que l’on penser à sauver l’autre car elle n’était pas si méchante (et avec un peu de chance, une vraie ennemie pointe son nez au même moment!!!). Ou les séparations des personnages qui se jouent à rien, et qui fait que ceux-ci doivent ensuite parcourir le monde pour retrouver une telle. Et puis il y a aussi cette tension familiale avec Hero, la sœur de Yorick. Le personnage de Alter est pour moi assez raté (et entre dans l’histoire de manière un peu artificielle à mon goût…).

C’est donc parfois répétitif et les ficelles de Vaughan sont souvent les mêmes. Ceci dit, je pense que mon impression est surtout due à une lecture d’une traite. Contrairement à d’autres titres Vertigo, Y Le Dernier Homme se lit beaucoup mieux en suivant la prépublication (au rythme mensuel) qu’en relié (ce qui le rend assez différent des autres titres Vertigo qui se lisent souvent très bien en relié), Vaughan maîtrisant bien l’art du cliffhanger. La narration de Vaughan est bien plus frontale, plus « américaine », moins littéraire et beaucoup plus tournée vers les dialogues.

Cependant, même si l’aspect répétitif des péripéties est toujours là (ce qui a failli me lasser au bout de 2 volumes, soit 20 épisodes), l’histoire s’améliore par la suite. Les rebondissements sont nombreux mais un peu mieux gérés. Ou bien, je me suis attachée aux différents personnages. La série devient un peu plus intéressante lorsqu’on rencontre des femmes qui n’en veulent pas forcément à la vie de Yorick et de ses acolytes, ou qu’on voit des femmes prendre leur vie en main comme le capitaine du bateau. Les personnages sont réussis et c’est ce qui rend la série suffisamment attrayante malgré les 10 premiers épisodes. Soit Vaughan s’est amélioré au fil de la publication, soit je me suis attachée aux personnages, rendant le comics plus facile à suivre. J’ai trouvé que c’était plus fluide à partir de l’arc des cosmonautes. Une autre force de Vaughan provient des dialogues: ceux-ci sont très vivants et plein d’humour.

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La fine équipe: 355, Alison Mann, Yorick Brown et Ampersand

Côté personnages, j’ai surtout aimé le Dr Mann: métisse Sino-Japonaise (peut-être que ce point a joué, je ne saurais dire si je suis neutre à ce sujet), intelligente, indépendante, scientifique, lesbienne, rebelle (faut la voir avec ses parents) et qui ne sait pas se battre. C’est d’ailleurs avec ce personnage qu’on peut voir les améliorations graphiques au long de Y Le Dernier Homme. Les dessins restent passe-partout, un peu quelconque mais pas laids pour autant, et on peut aussi noter la stabilité graphique de l’ensemble tout au long de la série. En revanche, les visages gagnent en expressivité et sont plus convaincants aussi. Je trouve qu’on ne voit pas vraiment les traits asiatiques du Dr Mann au début de l’histoire, mais ceux-ci sont bien plus visibles par la suite. Le personnage de 355 (Afro-Américaine) est également une réussite, elle fait office de gros bras du groupe, et de cerveau pour tout ce qui est pratique. Par contre, je suis moins fan de Yorick que je trouve souvent agaçant, mais le trio fonctionne finalement très bien. Le capitaine du bateau est aussi une autre femme que j’ai trouvée très charismatique. Globalement, la palette des personnages féminins est variée et heureusement vu le scénario.

Dans sa globalité, je dois dire que Y Le Dernier Homme est une série très réussie. Je dois aussi dire que la fin est tout à fait intéressante, évitant le sacro-saint happy end (cette fin m’a surprise, et j’ai trouvé effectivement que Vaughan a su rendre le récit fort de ce point de vue, surtout du côté des quatre personnages principaux). Une partie de moi a  donc apprécié cette lecture bien que parfois laborieuse dans ses débuts, ayant réussi à m’attacher aux personnages (même si j’ai eu du mal avec Yorick tout au long de l’histoire), mais une autre partie a du mal avec certains aspects de l’histoire. Je vais tenter d’en parler un peu, même si l’exercice va surtout être périlleux. L’idée de départ, soit un monde post-apo uniquement peuplé de femmes, est alléchant. Mais il faut voir le parti pris de Vaughan (je l’accuse lui, sachant que je ne connais pas la part de Guerra dans cette création – certains dessinateurs comme Peter Gross travaillent avec le scénariste, en l’occurrence Mike Carey). Dans ce monde rempli de femmes, comme le titre l’indique (au moins je suis prévenue), Vaughan s’intéressera avant tout à son héros: Yorick. Pourtant (je soupçonne les avis plutôt masculins…), le soi-disant féminisme de Vaughan est largement vanté. A ceci près que, comme Vaughan le dit lui-même dans une interview, sa volonté est d’écrire sur la vie d’un jeune homme qui va devenir un homme (1). La démarche en soi n’est donc pas féministe (après tout, des histoires parlant d’hommes… donnant la parole à l’homme… bref): dans un monde où il n’y a plus d’hommes, on en n’a encore une fois que pour eux (et je me permets de citer @Cescoindie(2)).

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Les Amazones, ces fanatiques misandres

Autre élément que je trouve assez peu féministe, c’est aussi la manière qu’a Vaughan de tourner totalement en ridicule les mouvements féministes, en créant les Amazones (Daughters of Amazon – non pas le site…), un groupe de femmes fanatiques (elles doivent se couper un sein pour entrer au *sein* du groupe), dangereuses et surtout misandres! En somme, de véritables furies hystériques (encore un cliché de la féministe revancharde?)… Dans un monde où il n’y a plus d’homme, il faut à tout prix éradiquer le dernier spécimen du lot, et surtout, il faut éradiquer toute trace du patriarcat, des églises aux autres monuments, et tant pis si ces édifices permettent à certaines de s’abriter. Un groupe qui hait les hommes, ce qui est très (trop?) souvent reproché aux femmes féministes de nos jours qui doivent, à longueur de pédagogie, éduquer l’autre et prouver que non, elles veulent des droits ET ne sont *pas* misandres (oui, faut réussir à se justifier quand on demande l’égalité)… Alors je comprends que pour les besoins de l’histoire, Vaughan a donc créé des ennemies afin de mettre des bâtons dans les roues de notre petite équipe, pour avoir plus de péripéties et tout ça. C’est sans doute un détail, mais à plusieurs reprises, il y a des blagues sur la fameuse mauvaise humeur causées par les règles (lors de l’arc de la prison, une femme explique à Yorick que lorsque tout le monde a ses règles en même temps, l’ambiance est quand même tendue. Ou encore mieux, une personne demandant à une autre si elle n’aurait pas son syndrome pré-menstruel… haha).

Enfin, je rejoins Erica Friedman sur le fait que Vaughan montre aussi une société où les femmes paniquent et ne parviennent pas vraiment à reprendre les choses en main lorsque les hommes ne sont plus. Encore une fois, j’ai du mal à considérer le scénariste comme féministe dans sa vision de l’histoire. Effectivement, je peux concevoir le traumatisme subi dans un monde dans lequel la moitié de l’humanité disparaît. Après tout, un moment de catastrophe de grande ampleur voit les personnes traumatisées et difficilement retrouver un contrôle sur soi. De plus, concernant cette moitié de l’humanité, toutes les femmes ont au moins un être aimé dans son entourage porteur du fameux chromosome Y. Je peux concevoir un pétage de câble. Dans cette vision de Vaughan, il y a tout de même une ambivalence (et c’est le cas tout au long de ce comics, pour cette vision féministe ou soi-disant féministe de l’histoire): le monde part totalement en vrille parce-que certaines professions sont exercées en grande partie par des hommes. Ainsi, Vaughan montre peut-être le manque de femmes dans certains corps de métier. En même temps, on peut souligner l’inefficacité (car le chaos dure quand même un bon nombre d’années) des femmes à reprendre leur monde en main. L’échec est donc d’ordre collectif pour une société composé de femmes. De plus, le point de vue adopté par Vaughan étant du genre post-apo, on ne verra jamais des femmes s’organiser, ensemble, afin de reconstruire un monde. Tout ce qu’on verra est donc un groupe de femmes se tirant dans les pattes pour… un homme!

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Sur son temps libre, 355 tricote une écharpe qui n’en finit pas!

Maintenant, je parle d’ambivalence, et je ne cherchais pas à faire le procès de la personne qu’est Vaughan ci-dessus, ne pouvant dire que je le connais bien (c’est juste cette réputation de scénariste féministe qui me donne du poil à gratter, réputation qui le suit aussi dans Saga, grâce à Y Le Dernier Homme – une fois la réputation acquise, on ne s’en défait pas!). Ambivalence car comme je le dis dans le paragraphe précédent, Vaughan souligne le manque de femmes dans certains corps de métier. Il fait aussi dire à un des personnages qu’avant le « gendercide » (je ne sais comment c’est traduit dans la VF), elle était le second rôle de sa vie: la femme de, l’assistante de, etc…, mais qu’elle a enfin réussi à être l’héroïne de sa propre vie depuis la disparition des hommes, ce que des femmes peuvent parfois ressentir dans leurs vies. Il parvient aussi à créer de très beaux personnages féminins, aux profils, aux aspirations et aux personnalités très diverses (je me demande si de ce côté, Guerra a eu une influence?). La mère de Yorick est par exemple une femme politique, et ce, avant la disparition des hommes. De plus, alors qu’on n’est pas encore dans les années 2010, Vaughan parvient à créer de la diversité: on retrouve 355 et Mann en tant que personnages principaux (en tête d’affiche, sur les couvertures), et l’un de ces personnages est ouvertement homosexuelle. En revanche, je trouve que les corps sont peu variés (elles sont toutes belles, minces, élancées, mais pas sexualisées!). Si individuellement, les profils sont variés et réussis, c’est collectivement que l’échec d’un projet de société semble se poser.

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Beth, la dulcinée de Yorick et le but à atteindre tout au long de l’histoire

Côté ambivalence, il y a le personnage de Yorick. C’est le seul homme, mais paradoxalement, il joue le rôle de demoiselle en détresse, avec comme prince charmant l’Agent 355 qui doit toujours le secourir! Il y a donc inversion des rôles traditionnels que l’on a l’habitude de voir dans les fictions, surtout dans le genre post-apo justement. De plus, la personnalité même de Yorick ne penche pas vers le cliché du mec viril. Car Yorick aime la littérature, il est plutôt rêveur, fidèle et surtout, très très très romantique! Dans sa relation avec Beth, alors que Yorick reste à la maison, c’est elle qui s’en va à l’autre bout du monde jouer les exploratrices. Lui l’attend sagement, en quelque sorte, alors que l’inverse est plus courant. Les femmes autour de Yorick font preuve d’initiative dans les moments d’action, alors qu’il se met souvent en danger pour des bêtises (ce que l’on reprochera souvent au personnage de la demoiselle en détresse, je fais appel à toi, ôôôô Saori, otage professionnelle). A plusieurs reprises, 355 sauvera la pomme de Yorick qui s’est comporté comme un idiot. Yorick est donc un personnage souvent ridicule avec ses répliques et son comportement de « gentleman » qui n’a plus lieu d’être, lui qui essaie de tenir ce principe de « ne jamais frapper une femme ». Yorick reste tout de même agaçant, ayant parfois son comportement de « mâle primaire »: alors qu’il faut faire profil bas, il ouvrira sa grande bouche pour donner son avis de mâle auquel on a rien demandé, surtout au début de la série avec les Amazones…

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superbe couverture mettant en avant Ampersand dans l’arc de la troupe de théâtre

Faire de Yorick un personnage de romantique très fidèle n’est peut-être pas aussi féministe qu’on ne le pense. Cette inversion des rôles m’a parfois agacée de la part d’un scénariste masculin: on y voit en oeuvre le fameux slogan « not all men » (pas comme ça) souvent scandé par les hommes lorsque des femmes prennent la parole en parlant de violence sexuelle ou de harcèlement de rue… En quelque sorte, Yorick valide plus ou moins cette idée que non, tous les hommes ne sont pas comme ça. De plus, les femmes que rencontrera Yorick sont toujours les premières surprises du fait que Yorick cherche encore à rejoindre Beth sans la tromper, pensant encore à elle alors qu’il est le dernier homme sur Terre et qu’il pourrait bien en profiter. Comme si ce comportement était tellement droit, tellement fort qu’il faut le mentionner sans cesse. Mais comme Vaughan le dit, il parle d’un jeune homme de 22 ans et de la manière dont il va devenir un homme. En cela, il montre surtout un Yorick plutôt naïf, puisque le reste de la série n’ira pas forcément dans ce sens: Yorick vit donc dans un idéal, il n’a pas encore mûri. D’ailleurs, on retrouvera un Yorick bien différent sur la fin de l’histoire, un Yorick que j’ai trouvé limite masculiniste.

Bref, il fallait que tout ceci sorte, j’avais vraiment besoin d’en parler. Ceci dit, Y Le Dernier Homme reste un comics qui vaut largement la peine d’être découvert, et ce malgré ce que je dis sur sa réputation soi-disant féministe. Vaughan fait surtout honneur au feuilleton, avec ses cliffhanger, ses rebondissements et ses péripéties. J’ai longtemps trouvé un aspect « série TV » dans la manière qu’a Vaughan d’écrire, mais j’ai aussi découvert récemment qu’il a aussi officié comme scénariste sur la série Lost! Pour ce qui est de la raison à la disparition des hommes, celle-ci est effectivement plus ou moins révélée, mais jamais de manière explicite. En tout cas, Y Le Dernier Homme est une série hautement divertissante avec des personnages très réussis, des dialogues savoureux (avec plein de références à la pop culture pour ceux et celles qui apprécient cela, et même un clin-d’oeil à Preacher), pas mal de voyages, du suspense, de l’action et des personnages qui mûrissent tout au long de l’histoire (surtout Yorick, forcément!).

(1) « Y is the story of the last boy on Earth becoming the last man on Earth. It’s his developing from the age of 22 to the age of 27, which are the most important five years of a young man’s life, and the most unexplored. So I wanted that to unfold in real time. »

(2) « C’est d’ailleurs amusant de voir la différence de traitement d’une idée assez similaire selon qu’on ait un point de vue réellement féminin (Fumi Yoshinaga) ou à tendance masculine (Brian K Vaughan).N’est pas Los Bros Hernandez qui veut mais qui peut. »

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2014

Je n’ai jamais réussi à écrire le moindre « bilan de l’année passée » sur ce blog, car je suis beaucoup trop désordonnée. Et si j’essaie aujourd’hui, c’est sans doute pour combler l’absence de l’année, pour réparer un peu toutes ces lectures qui n’ont pas eu de billets dédiés (et qui l’auraient mérité). Comme je suis avant tout une lectrice, on ne verra pas grand chose à part mes lectures dans ce bilan. Rien de très structuré non plus ni de passionnant, je vais faire un malheureux listing un peu rébarbatif de mes lectures et découvertes cette année. Bonne année 2015 et bonnes lectures! Au final, le bilan n’est pas entier, n’ayant plus le courage de continuer (je m’excuse pour ce long monlogue)…

Plan austérité

Comme j’en parlais déjà dans un autre billet à propos de ma panne d’écriture dans ces lieux, l’année 2014 fut surtout une année « plan austérité ». En fin décembre 2013, je m’aperçois que le nombre de volumes non lus a rapidement augmenté. Résultat, j’ai fixé un budget bandes dessinées mensuel de 70€ pour ralentir la donne, avec pour conséquence une année assez cornélienne au sujet des achats: succomber à mes envies du moment quand je vais en librairie ou bien acheter de manière plus réfléchie, en privilégiant ce qui est difficile à se procurer. J’ai opté pour la seconde solution: prioriser les éditions taïwanaises de manga sur le marché de l’occasion, ce qui m’a privé d’achats au début de l’année, générant pas mal de frustration. Très peu d’achats manga neufs au détriment des éditeurs français en 2014: Le pavillon des hommes #9, La vie de Raffaello Santi dit Raphaël, Ecole Bleue #4, Dorohedoro #15, Bride Stories #6. Au final, j’ai réussi mon défi en trichant un peu: 75€ de bons d’achat offerts et un cadeau à moi-même pour mes 32 ans. Je retiens surtout la difficulté de résister devant chaque sortie de Cesare (il me manque donc 4 volumes), Kamakura Diary #5 (ayant lu 4 volumes en fin 2012), les nouveautés de l’automne: Six Half, Moyasimon, Altaïr, Orange, les très attendus What did you eat yesterday? (enfin acheté le volume 1 au début du mois) et Sunny.

A cela s’ajoute la technique draconienne des lots de lecture et de l’interdit bibliothèques. Les listes de lecture, j’ai essayé par le passé (pas souvent) et ça n’a jamais fonctionné. J’ai toujours commencé par ce qui était le plus simple: les manga VF en premier, et tout ce qui était en chinois, en allemand ou simplement épais se trouvait donc au fond de la pile vu que je continuais à acheter des manga. Ma technique consiste à former un lot à partir de livres provenant d’une même période d’achat (en général un trimestre) et porter son choix sur tout ce qui est disponible dans le lot en cours jusqu’à plus de choix. Une technique qui m’a pas mal aidé car j’arrivais forcément à mes Némésis. Le premier lot répertoriait tout achat avant 2013 et j’ai pris 3 mois pour en venir à bout!

Globalement, ça a porté ses fruits mais j’ai quand même triché en plaçant hors-lot: des manga de Fumi Saimon (un don d’une copine indirecte de ma mère), les TPB de Calvin & Hobbes (je devais en lire un par mois, j’en ai lu 2), l’intégrale de Little Nemo, l’intégrale de Mafalda, l’anthologie de BD alternative chinoise Special Comix #3. L’échec le plus cuisant a été l’abandon de l’avant-dernier volume de Cerebus intitulé Latter Days, et je ne sais pas si je vais retenter le défi en 2015 tellement ce fut chiant. J’ai aussi triché un peu en dispersant sur plusieurs lots des manga d’histoires courtes en chinois pour éviter toute lassitude (Le Cortège des cent démons, Uryuudou YumebanashiYume no Ishibumi). J’ai pu résister à l’automne sans achat en transgressant à mes lectures de lots grâce aux emprunts bibliothèque (bandes dessinées franco-belge et romans surtout, pas de manga).

Lectures en vrac

Découvertes

Malgré les années à lire des manga, je n’arrive pas à être blasée et je continue encore à faire des découvertes. Pour les comics et les autres types de bandes dessinées, je suis toujours en train de découvrir des choses.

rakugo_shinjuuShôwa genroku rakugo shinjû (昭和元禄落語心中) de Haruko Kumota (雲田はるこ), série issue du Itan (josei, Kodansha). J’ai découvert ce manga par sa couverture un peu austère, à l’image du Pavillon des hommes, sans me souvenir du titre. C’est Jocelyne Allen qui m’a finalement rappelé le titre du manga. J’ai fini par craquer sur le volume 1 quand je l’ai vu disponible à Taïwan. L’histoire se penche sur un grand dadais un peu idiot sortant de prison et qui fonce chez le maître de rakugo Yakumo afin de devenir son disciple. Alors que Yakumo n’en reçoit aucun, il finit par héberger ce personnage qu’il baptise Yotaro (dans le rakugo, ce terme désigne un personnage un peu idiot). Je suis immédiatement tombée sous le charme de ce manga (il me tarde de lire le volume 2) déjà pour son graphisme, mais aussi l’univers du rakugo, les relations entre les personnages et l’humour. Car c’est plutôt sur cet aspect que Kumota se penche pour le moment, et c’est plus vers Le disciple de Doraku qu’il faut se diriger pour les coulisses du rakugo. On voit que Kumota a fait du boys love vu la dynamique qui se développe entre Yotaro et son « maître », mais aussi avec le flashback du fameux maître et son rival. Je me demande si Tong Li va continuer la série, ne voyant rien dans les prévisions jusqu’en mars, avec un volume 4 sorti en juin. Un vrai coup de cœur.

wandering_sonWandering Son de Takako Shimura, série terminée au Japon en 15 volumes, issue du Comic Beam (seinen, Enterbrain). A vrai dire, j’ai longtemps espéré une traduction française de cette série de Takako Shimura, mais on a eu Fleurs Bleues. Peut-être que j’ai tort, mais j’ai finalement craqué pour l’édition américaine du titre chez Fantagraphics, et ce malgré l’aspect luxueux qui me repoussait: couverture cartonnée, grand format, prix élevé (pas moins de 15€), même découpage qu’un volume japonais. J’ai lu 7 volumes cette année et j’attends le volume 8 avec beaucoup d’impatience (mai 2015). Pour la petite histoire, Shimura se penche sur le quotidien de Shuichi Nitori, garçon en dernière année de primaire qui se pose des questions sur son identité sexuelle. A côté, on suit Takatsuki, une fille qui aimerait être un garçon. A la fin du volume 4, Nitori entre au collège et Shimura va donc vers les questions liées à la puberté. On ne suit pas que Nitori mais tous les personnages (et il y en a beaucoup) de son entourage, que ce soit les camarades de classe, la sœur de Nitori et ses amies mannequins. Le tout se lit très facilement, la narration de Shimura étant très fluide et toujours reconnaissable avec ses ellipses temporelles où l’événement marquant est souvent retransmis après. Les personnages sont extrêmement touchants et plein de sensibilités, on partage les pensées très intimes de chacun et chacune. J’ai eu un grand coup de cœur pour cette série toute en finesse et en subtilité, et je dois dire que le dessin de Shimura me charme décidément beaucoup (le trait rond et les profils, les cheveux, sur ces derniers points, il y a quelque chose de Fumi Yoshinaga!). Il paraît que la partie au lycée est moins réussie.

lollipopLollipop de Ricaco Iketani, Delcourt, série complète en 7 volumes, issue du Cookie (shôjo, Shueisha). Lollipop est une de mes grandes découvertes manga cette année. Alors que la série est sortie depuis des années, je ne l’ai curieusement jamais lue. Les avis du forum de Club Shôjo m’ont plus d’une fois donné envie, mais tout cela fut contrebalancé à chaque fois que je lisais le quatrième de couverture faisait mention d’une « Cendrillon des temps modernes », alors que les dessins me plaisaient beaucoup. Avec Lollipop, Iketani écrit son premier shôjo alors qu’elle était plutôt une josei mangaka. Madoka est une adolescente de 16 ans bien dans sa peau dont la vie bascule le jour où ses parents gagnent à la loterie et décident de réaliser leur rêve: reprendre leurs études afin de devenir médecins! Grâce à Lollipop, je découvre une mangaka du tonnerre: style de narration, humour, dessin typé josei des personnages rappelant parfois Anno dans Happy Mania notamment lors des phases où ils gueulent la bouche grande ouverte. L’histoire est très dynamique et presque sans temps mort, même si Iketani aurait tout aussi bien pu s’arrêter au volume 5, au lieu de prolonger la donne sur 2 volumes. La seconde partie où Madoka part à l’université est moins réussie: l’humour manque, l’ambiance est mélo à souhait, l’histoire d’amour ne me passionne pas et un des personnages devient réellement con. En fait, plus qu’un manga, j’ai surtout découvert une auteure qui m’a beaucoup plu. Il me tarde de lire Six Half, même si on est sur un registre plus sérieux. En feuilletant, j’ai trouvé le dessin plus maîtrisé (et plus joli) mais moins dynamique. J’aimerais bien lire Futago un jour (disponible en scans).

finderFinder de Carla Speed McNeil, inédit. A l’origine, Carla Speed McNeil sortait la série en auto-édition. Depuis quelques années, Finder est édité chez Dark Horse et c’est à cette occasion qu’est sorti un gros pavé rassemblant plusieurs histoires de la série sous le titre The Finder Library. Deux volumes de 600 pages sont ainsi sortis chez l’éditeur, la suite de la série sortant en TPB simples: Voices et cette année Third World, totalement en couleurs (toute la série était en noir et blanc). La couverture du premier pavé m’ayant immédiatement attiré, j’ai fini par l’acheter lorsqu’il fut proposé pour 6€ sur un site que nous connaissons tous (sûrement une erreur). Il est resté 2 ou 3 ans de côté parce que trop épais. Résumer la série me paraît clairement difficile, mais on a là quelque chose de tout à fait original (dans cette interview, Carla décrit sa série). Dans Finder, McNeil s’intéresse avant tout à un monde, et chaque arc est en fait une histoire indépendante, même si il y a des personnages récurrents. Dans Finder, les grandes villes (sur plusieurs étages) sont placées sous des dômes en verre, il n’y a plus de nuit ni de jour, et la société est composée de différents clans. Les personnes d’un même clan partagent un même bagage génétique et la société étant basée sur ce système, mieux vaut faire partie d’un clan pour ne pas mener une vie précaire. Dans les premières histoires, on suit surtout la famille Grovesnor composée d’une mère et de ses trois filles. Le père n’est pas du même clan, ce qui est très rare. Jaeger, autre personnage récurrent, est également un métisse du peuple Ascian (qui s’apparente aux Amérindiens). Il est très libre, n’habite nulle part et vient de temps en temps en ville. Un de ses amis le compare à un chat, et c’est un peu le cas. Jaeger est aussi un Finder et un bouc-émissaire professionnel, la première fonction étant encore obscure à mes yeux, la seconde ne lui permettant pas d’être payé. L’univers de Finder est plutôt complexe, original, et chaque page est dotée de multiples notes dans lesquelles McNeil se lâche. Elle se revendique beaucoup des frères Hernandez pour donner une idée (jamais lu pour le moment). Le début n’est pas facile à prendre en main (dessin et narration), et on se passionne réellement avec l’arc Talisman ayant pour héroïne Marcie, la cadette des Grosvenor. Cette série permet à l’auteure de parler de ce qui lui plaît, on a là de la tranche de vie, du drame familial, du thriller, des réflexions sur les lectures, de MMORPG aussi (on voit que McNeil joue, lit et regarde pas mal d’anime…). J’ai hâte de m’acheter le dernier arc (et voir le résultat de la couleur, moi qui aime tant le noir et blanc). Difficile aux premiers abords, mais carrément immersif!

atagoul_tamatebakoAtagoul Tamatebako (アタゴオル玉手箱) de Hiroshi Masumura (ますむらひろし), série terminée en 9 volumes, issue de Comic Moe (コミック・モエ) et Comic Fantasy (コミックFantasy) (seinen?, Kaiseisha). J’ai découvert Atagoul par un article de Shaenon Garrity pour le blog du Comics Journal, et tout cela en faisant des recherches sur Moto Hagio en 2012 (j’ai découvert plein de choses par Moto Hagio: Margaret Atwood, Ursula Le Guin, les mangaka du Groupe de l’an 24). Les images de l’article m’ont immédiatement conquise et frustrée car le manga est inédit. C’est par hasard que j’ai appris l’existence d’une édition taïwanaise épuisée chez Sharp Point Press et j’ai fini par acheter la série en 2013 puis la flemme s’en est mêlée. Atagoul a été adapté en film d’animation 3D (que je trouve assez laid) sous l’ortographe Atagoal. Il paraît que les studio Ghibli auraient approché Masumura. Les univers de Masumura et Miyazaki sont tous deux pleins de féerie et j’aurais bien aimé voir le résultat d’une telle adaptation. Atagoul est un univers dans lequel Masumura revient souvent, et sur plusieurs séries: Atagoul Monogatari (アタゴオル物語) (6 volumes) en 1976, Atagoul Tamatebako (アタゴオル玉手箱) (9 volumes) en 1984, Atagoul (アタゴオル) (2 volumes) en 1994 et Atagoul wa neko no mori (アタゴオルは猫の森) (18 volumes) en 1999. Cet homme semble aimer dessiner les matous, il a aussi adapté Train de nuit de la voie lactée en manga avec des chats, et ce dernier été adapté en film d’animation. Atagoul est le nom d’une forêt dans laquelle cohabitent des chats géants doués de parole et des humains, chacun vivant dans une maison en forme de fruit ou légume. Hideyoshi, le gros chat jaune qu’on voit sur les couvertures, est surtout gouverné par son estomac. Les histoires peuvent être lues séparément et souvent, il s’agit d’aller chercher une pieuvre géante ou autre poisson géant pour satisfaire la gloutonnerie de Hideyoshi (celle-ci est telle qu’il est interdit de séjour dans les restaurants du coin). Les aventures n’ont parfois aucun sens, et Masumura ne manque pas d’imagination, comme cette pêche aux poissons lune afin d’aller sur la lune et se rendre à un café! D’autres personnages entourent ou plutôt supportent et se laissent entraîner par Hideyoshi (je les plains). J’ai adoré cet univers féerique et surtout le trait super joli de Masumura, mais la lecture en chinois fut assez difficile, entre les noms de plantes et autres jeux de mot. Enfin, on voit dans une illustration couleurs un sosie du chat-bus de Mon voisin Totoro! Depuis, Atagoul Tamatebako est disponible en scantrad (un chapitre en anglais). Références en chinois: 艾塔戈爾魯百寶箱, 增村博, 尖端.

lady_detectiveLady Detective de Lee Ki-Ha et Jeon Hey-Jin, série terminée en 6 volumes, manhwa, Clair de Lune. Une série totalement passée inaperçue et découverte au hasard sur Manga News, notamment grâce à un titre que j’ai trouvé ridicule… Clair de Lune aime bien sortir ses séries par grappe de plusieurs volumes, et ce fut le cas pour les 6 volumes de Lady Detective qui ont dû faire un passage éclair: 3 premiers volumes au milieu du mois de mai, les 3 suivants au début du mois de juin! Je n’ai pour le moment lu que le volume 1 trouvé d’occasion (le volume neuf coûte 8€ pour un petit format) et je ne suis pas déçue. Les dessins ne sont pas originaux mais réussis, la narration est fluide, la dynamique entre les personnages me plaît et l’enquête du volume m’a plu. L’ambiance Angleterre victorienne dépayse, avec tout ce qu’il faut de bonnes manières, de sexisme et de robes, sans parler du majordome bishônen. Ce titre a donc pas mal d’atouts et fait un excellent divertissement. Il fallait juste le sortir « normalement ». Pour la petite histoire, on suit Lizzie Newton, jeune fille de bonne famille qui s’intéresse plus aux enquêtes qu’autre chose. Elle cache aussi son identité d’écrivain à succès de romans policiers, chose inconvenante pour une jeune fille bien élevée. Un manhwa qu’on peut ranger en librairie à côté de Emma de Kaoru Mori pour un coin Angleterre victorienne.

papa_told_mePapa told me de Nanae Haruno, anthologie en 3 volumes chez Kana, issue de Cocohana et Young YOU (josei, Shueisha). Papa told me fait 27 volumes dans sa totalité, il s’agit d’une série très célèbre au Japon. Kana a fait le choix (judicieux, vu le potentiel commercial) de publier en France l’anthologie reprenant les histoires préférées de Nanae Haruno. A mes yeux, elle est un peu passée inaperçue, les couvertures ne me parlaient pas mais surtout, je n’aimais pas du tout le titre. Enfin, Delcourt sortait Un drôle de père auquel je n’ai pas du tout accroché et je pensais trouver le même univers. J’ai eu bien tort au final, et les chroniques de Sorrow sur Manga News me l’ont prouvé. L’univers de Papa told me n’est pas ancré dans le réel comme Un drôle de père, on ne sait pas réellement où se situe l’histoire, ni quand. Pas mal d’éléments imaginaires qui ne sont pas là pour me déplaire non plus. On suit un père veuf et sa fille (en primaire), celle-ci étant particulièrement intelligente et aimant les livres (et son papa bien entendu). Le quotidien y est montré, mais aussi les escapades de Chise pour un petit thé, des chats, une bibliothèque, une boutique étrange, une artiste de rue. Les histoires ne se suivent pas (pas de continuité réelle, l’anthologie se fiche bien de l’ordre, on passe du chapitre 45 à 5 puis 21 par exemple!) et Haruno transporte le lecteur dans un univers très particulier. Le rythme est par contre très lent et le dessin particulier ne plaira pas à tout le monde. Et c’est ce style graphique (ces nez, ces visages très simples), cette narration qui m’ont plu, un peu comme avec Lollipop, j’ai découvert par Papa told me une mangaka avant tout. Nanae Haruno est malheureusement peu traduite, mais Pieta et Double House, deux travaux plus courts (2 et 1 volumes) sont disponibles en scantrad (toujours pas lu, mais je n’espère pas une sortie ici). Une belle surprise!

ecole_bleueEcole Bleue de Aki Irie, série terminée en 4 volumes chez Kana, issue de Comic Beam (seinen, Enterbrain). Voici un autre manga sorti depuis des années. Là, j’ai au moins lu le volume 1 en bibliothèque et n’aimant pas les histoires courtes, je n’avais pas du tout accroché. C’est en découvrant des dessins de Ran to Haiiro no sekai (disponible en scantrad) que j’ai redécouvert Aki Irie, du moins graphiquement. Ce nom ne m’était pas inconnu et pour cause: Ecole Bleue est sorti chez Kana il y a quelques années, et la chronique de Morgan sur le site de Mangaverse m’a de nouveau convaincue. Aki Irie est une manga au style de dessin rond et chaleureux très proche de Kaoru Mori, toutes deux publient d’ailleurs leurs séries dans le même magazine (Harta chez Enterbrain, Comic Beam par le passé, Fellows aussi). Ecole Bleue est en réalité un recueil d’histoires courtes sur 4 volumes. On y retrouve de tout: des histoires de fantasy costumées avec des princesses, des tranches de vie, de la romance, et toutes ont cette ambiance particulièrement chaleureuse, douce, pleine de magie, qui ne peut que séduire. Mention spéciale aux dessins de la princesse orientale (le magnifique sarouelle *__*) et à l’histoire du volume 4 avec une mère et ses fils. J’ai été tellement happée par cet univers que j’ai acheté le dernier volume neuf.

queen_and_countryQueen & Country de Greg Rucka et divers illustrateurs, intégrale en 4 volumes chez Oni Press (disponible en français chez Akileos). Entre cette série et moi, ce fut le jeu du chat et de la souris. Je bave sur les dessins en noir et blanc de cette série depuis longtemps, mais j’ai été plus ou moins traumatisée par le nom de Greg Rucka (mauvais souvenir d’un Ultimate Daredevil & Elektra) et le format d’Akileos était trop imposant à mon goût (en réalité, la même taille que Courtney Crumrin que je me suis pourtant acheté). J’ai découvert l’édition intégrale américaine en petit format très compact (plus de 300 pages) un peu avant ma lubie du budget: je n’ai pu me l’acheter au début de l’année, puis quand j’ai enfin pu, le volume 1 coûtait de plus en plus cher. J’ai réussi à l’acheter d’occasion à un prix raisonnable: jamais reçu. En décembre, je le reprends d’occasion (pas cher cette fois) en « Très bon état » pour que la Poste me l’abîme, ce qui fait un dos tordu pour un joli livre. Bref, ce livre et moi n’avons AUCUNE affinité! Pourtant, je dois dire que je suis totalement éblouie par ce que j’ai lu. Une belle claque tellement c’était génial au niveau narration. Le tout est immersif, on suit les services secrets britanniques et en particulier une femme de terrain: Tara Chace, et ses collègues, ses rapports avec la hiérarchie, les interactions avec partenaires comme la CIA, les effets psychologiques après une mission. De l’espionnage (je ne pensais pas en lire un jour!) mais pas du James Bond, le ton étant plutôt réaliste. Les changements de dessinateurs à chaque histoire font que l’on doit se remettre dans le bain pour reconnaître les personnages mais chaque dessinateur apporte son style: trait gras pour Steve Rolston, trait plutôt fin (puis noir et blanc argentin très reconnaissable) sous Leandro Fernandez (le chef de Chase ressemble beaucoup au Capricorne d’Andreas, troublée!). Rucka semble excellent pour raconter des histoires d’hommes et de femmes travaillant sur le terrain, on retrouve cette particularité dans Gotham Central par exemple. Tout simplement excellent et à découvrir d’urgence. Et que dire des couvertures de Tim Sale… Pour l’instant, je n’ai lu qu’un seul volume (hâte de voir Carla Speed McNeil dans le volume 2).

books_of_magicThe Books of Magic (la série régulière) de John Ney Rieber et Peter Gross, 75 numéros (50 repris sur 7 TPB). Je suis assez fan de l’univers magique de Vertigo (années 90, quand l’univers était encore lié à DC) et il faut dire que The Books of Magic a toujours piqué ma curiosité. Au départ de cette série se trouve Neil Gaiman, qui écrit une mini-série de 4 épisodes sur Timothy Hunter, un adolescent malheureux de la banlieue de Londres destiné à devenir le plus grand magicien de l’univers Vertigo. Dans cette mini-série, il est chapeauté par la Trenchcoat Brigade (John Constantine, Phantom Stranger, Mister E et Doctor Occult) qui lui révèle son pouvoir en lui faisant visiter divers mondes. Après cela, Tim revient dans un crossover mettant en scène tous les enfants de l’univers Vertigo intitulé Children Crusade dans lequel il est kidnappé par un certain Tamlin. Une série régulière voit le jour, avec John N. Rieber au scénario jusqu’à l’épisode 50, et Peter Gross, dessinateur, endosse la casquette de scénariste pour les 25 numéros suivants. Les TPB de Vertigo ne reprennent que les 50 épisodes de Rieber et rien d’autre. Si bien que dés le premier épisode, on se sent bien perdu car des personnages débarquent et Tim semble les connaître: Tamlin par exemple. Au début de la série, Tim apprend ses véritables origines: sa mère est la reine des Faerie Titania (celle qu’on voit dans Sandman) et son père Tamlin, un humain qui peut se transformer en rapace. Le tout reste tout de même intriguant, et j’ai sauté sur l’occasion car des TPB étaient disponibles à prix raisonnable, car cette série est difficilement accessible sinon. Le scénario de la série est parfois tordu (le volume 2 où Tim doit affronter un lui futur devenu connard et esclave d’un démon) et confus mais la magie est là et je dois dire qu’il y a un cachet, une ambiance sombre particulière très prenante (mais moins trash que les autres titres Vertigo de l’époque). Le personnage de Tim Hunter est touchant en adolescent malheureux, mais parfois agaçant sur les derniers volumes, que ce soit dans ses rapports avec sa famille terrestre ou sa petite amie Molly. A noter que la partie où Tim rencontre Tamlin est reprise dans un recueil intitulé The Books Of Faerie (il faut le savoir) où sont racontées les origines de Titania, recueil assez terne et peu passionnant mais juste informatif (ce qui ne m’a pas donné envie de lire le suivant consacré à Auberon). J’ai toujours eu du mal avec le dessin de Peter Gross parfois plaisant parfois fade ou laid. Les couvertures de Michael Kaluta sont très belles. Une série pas excellente, mais attachante et prenante, avec des arcs allant parfois du coq à l’âne.

the_unwrittenThe Unwritten de Mike Carey et Peter Gross, prévue sur 11 TPB (fin en 2015), 2 volumes sortis chez Panini, Urban ne s’est pas encore prononcé pour sortir la suite. Encore une fois une série sur laquelle j’ai longtemps réfléchi avant de l’acheter. Les couvertures de Yuko Shimizu sont sublimes, mais le dessin de Peter Gross, encore une fois, me paraît extrêmement fade. De plus, la série sortant en France, j’ai plus ou moins pensé à faire un essai en bibliothèque avant, et le temps passe finalement très vite. Au final, j’ai acheté la série en anglais (après avoir lu un excellent dossier consacré à Mike Carey dans Scarce) et je ne le regrette absolument pas. J’ai pour le moment lu 3 volumes, tentant de suivre la série à un rythme mensuel. The Unwritten est mené par un duo que je connaissais déjà, Mike Carey et Peter Gross ayant travaillé sur Lucifer (que je ne peux conseiller car je n’en conserve aucun souvenir), série spin-off de Sandman. Le nom de Peter Gross me file la chair de poule, tant j’ai trouvé son dessin fade sur Lucifer, et ce sentiment s’est intensifié dans The Unwritten (mais ce n’est pas vrai dés que Gross n’illustre plus la vie réelle). Mike Carey est par contre très inspiré. L’histoire est difficile pour moi à résumer mais en gros, The Unwritten est une série sur la force de la fiction sur nous tous. Le tout commence avec Thomas Taylor, fils de Wilson Taylor, auteur culte d’une saga de jeune sorcier en 13 tomes dont l’engouement est comparable à celui de Harry Potter. Wilson Taylor a mystérieusement disparu depuis et Thomas participe régulièrement à des conventions. Car le héros de la saga s’appelle Tommy Taylor et est inspiré par Thomas. L’univers de Tom bascule le jour où il rencontre Lizzie Hexam, remettant en doute son existence même, il se pourrait que Tom ait été créé par les mots de son père. S’ensuit une longue quête d’identité où il faut déjouer les plans machiavéliques de la Cabale, une mystérieuse organisation tirant les ficelles du monde de la fiction. La lecture n’est pas toujours simple et très dense et la relecture ne fait sans doute pas de mal. Je suis complètement devenue accroc à cette série, surtout avec le volume 3 qui comporte un chapitre sur le mode « Un livre dont vous êtes le héros ». Les dessins sont fades mais clairs, et l’histoire de Carey est passionnante. La magie prend, tout simplement. Mention spéciale au chapitre sur la propagande Nazie ou Rudyard Kipling.

Continuité

Dans cette partie, je vais tenter de m’exprimer sur les lectures ne résultant pas d’une découverte, mais découlant de mes lubies habituelles: est em, Ichiko Ima, Moto Hagio, Reiko Okano, Fumi Yoshinaga, Taiyou Matsumoto, Yumi Tamura, Reiko Shimizu, etc… Des lectures dans la continuité de ce que je connais déjà, en somme. Concernant Ichiko Ima, j’ai surtout continué de creuser plus loin que Le cortège des cent démons, allant même à la découverte de ses boys love, afin de mieux connaître son travail. Je me contentais jusque là d’acheter ses manga fantastiques uniquement. Jusque là, j’ai tout aimé de ce que j’ai lu d’Ima, seul le one-shot Kyouka Ayakashi Hichou (adaptation d’un light novel) m’a un peu déçue. Difficile de poursuivre ce billet car j’ai finalement lu plein de choses, même chez mes auteurs fétiches! J’ai aussi pu découvrir Hi Izuru Tokoro No Tenshi de Ryôko Yamagishi, puis Yume No Ishibumi de Toshie Kihara, pour rester sur le groupe de l’an 24.

marginalMarginal (マージナル) de Moto Hagio, série terminée en 5 volumes (tankôbon), issue du Petit Flower (josei/shôjo?, Shogakukan). Marginal est LE titre qui m’a fait découvrir Moto Hagio, du moins graphiquement. La mention SF me plaisait, étant à l’époque en plein dégoût des shôjo romantiques. En voyant des images de Marginal, j’ai été surprise du trait aussi « moderne » (si je puis dire) de Moto Hagio, pour un manga datant de 1985. Marginal fait partie des œuvres de SF de la mangaka, et la plus longue qu’elle ait écrite dans le genre. Dans cette série, Hagio s’intéresse à un futur lointain sur Terre où la population rencontre des problèmes de renouvellement. Le monde est peuplé d’hommes uniquement, et une seule femme, la Mère, est chargée de faire des enfants après une offrande de sperme dans un temple. En réalité, le monde de Marginal cache bien des secrets, et tout ceci est chamboulé avec la rencontre d’un homme du désert avec un mystérieux jeune homme qui a complètement perdu la mémoire. La série est disponible en scantrad en anglais par Pink Panzer, et j’ai commencé ainsi avant une longue pause (ça a bien repris depuis). J’ai fini par acheter l’édition taïwanaise d’occasion pour terminer le tout après un essai infructueux en scans chinois. L’histoire m’a beaucoup plu, pleine de mystères et très intéressante, bien racontée, dense, mais surtout très riche (mais ma lecture date maintenant) et supportant bien des relectures.

barbara_ikaiBarbara Ikai (バルバラ異界) de Moto Hagio, série terminée en 4 volumes, issue du Flower (josei, Shogakukan). Avec Marginal, on a là l’autre série importante de SF de Hagio. Une série qui m’a paru mystérieuse par son scénario découvert lors de l’interview de Matt Thorn pour The Comics Journal: Aoba est une jeune fille dans le coma depuis 9 ans que ses parents ont été assassinés. Surtout, on a découvert dans l’estomac de la jeune fille le cœur de sa mère, et ses rêves très étranges semblent influencer le futur de la Terre (il s’agit d’un futur où une technique avancée permet de voir les rêves des autres comme un film). Un psychologue japonais parvient à entrer dans les rêves des autres et sa mission est donc de découvrir le mystère autour de Aoba. Celui-ci a un fils qui semble aussi lié à Aoba, même s’ils ne se connaissent pas. Un manga très difficile à résumer en somme, car le scénario est éclaté et plutôt original dans le genre. Graphiquement, on a là une Moto Hagio des années 2000 (son dessin post années 1990 qui me plaît moins que celui des années 1980), au trait et aux compositions bien moins marquante que jadis. Même si la série date de 2002, elle a une ambiance proche des manga fantastique des années 1980-1990, tels que Please save my earth de Hiwatari! On y retrouve ces thèmes avec les rêves, les cheveux très longs, une ambiance plutôt douce, des traumatismes mais aussi des pouvoirs psi, des rencontres sur les toits d’immeubles en volant dans le ciel. Le scénario choral est complexe et beaucoup de choses s’enchevêtrent. Encore une fois, Moto Hagio a besoin de peu de volumes pour raconter une histoire dense et pleine d’événements (sa narration est ainsi qu’on a le sentiment de sortir de 10 volumes!) et de rebondissements (parfois tirés par les cheveux sur la fin). J’ai eu du mal à trouver les personnages attachants, mais on a là un excellent manga qui supporte, encore une fois, de nombreuses relectures. Comme souvent chez Hagio, le personnage de la mère est peu sympathique (ici, elle est comme à moitié folle). En chinois, la série est assez rare et j’ai dû sauter dessus quand je l’ai croisée à un prix raisonnable. Curieux alors que c’est la plus récente de ses séries à Taïwan (éditeur Sharp Point Press).

hyakki_yakoushouLe cortège des cent démons de Ichiko Ima, 23 volumes en cours, issue du Nemuki. Ceux qui connaissent Le cortège des cent démons sont en terrain connu. Pour faire court, voici une excellente série de yôkai (la meilleure!) cruellement stoppée depuis des années au volume 6 par Doki-Doki. Un deuil douloureux s’est ensuivi et une idée a germé dans mon esprit: continuer la série en chinois si elle existe. Et en effet, celle-ci existe, avec des volumes épuisés (le début de la série, j’ai toujours un volume 14 manquant). La série mêle habilement fantastique par ses yôkai, vie quotidienne d’une vieille famille japonaise assez traditionnelle et pas mal d’éléments comiques comme Ima sait si bien le faire. J’ai lu les volumes 7 à 21 sans me lasser (c’est tellement amusant), et je dois dire que c’est parfois éprouvant et pour cause: il y a plus de cases que la moyenne dans les planches de Ima (densité commune avec Moto Hagio, son idole de toujours), beaucoup d’informations mais surtout des scénarios pas toujours faciles à suivre (intrigues parfois parallèles). A vrai dire, à cause du deuil douloureux, je n’ai jamais osé écrire un billet sur Le cortège des cent démons, et je profite de ce bilan un peu bordélique pour le faire. Mais ATTENTION SPOILERS car il se passe quelques petits trucs depuis les 6 premiers volumes. Les personnages continuent à évoluer, évidemment, et la série reste toujours aussi excellente. Ritsu parvient à entrer à l’université, a un semblant de vie sociale et se fait même quelques amis, Tsukasa a un petit ami (tout à fait banal) même si la mère de Ritsu et sa grand-mère (et les oiseaux) aimeraient bien la caser avec son cousin, Ritsu libère du monde des yôkai son oncle Kai ayant les mêmes facultés et porté disparu depuis 26 ans (il a de nouveau disparu depuis le volume 19), il a aujourd’hui 46 ans et tente de s’insérer en société, puis surtout, Akira perd Saburo qui, pour une raison que je n’ai pas comprise, n’a plus d’énergie pour rester sous une forme humaine et doit retourner dans son jardin miniature, pour le moment, il est resté en coq. Akira tente aussi de rencontrer une autre personne (parfois des rencontres arrangées!).

uryuudou_yumebanashiUryûdô Yumebanashi (雨柳堂夢咄) de Akiko Hatsu (波津彬子), 14 volumes en cours, issue du Nemuki (shôjo fantastique, Asahi Shinbunsha). 12 volumes lus, en chinois. Série découverte par l’entremise de Ialda, ses couvertures dégageant une ambiance proche du Cortège des cent démons m’ont immédiatement attirée. En enquêtant sur Akiko Hatsu, on découvre aussi qu’elle est, avec son amie Yasuko Sakata, à l’origine du mot yaoi. Elle a été l’assistante de Moto Hagio. Outre ces détails la rendant clairement sympathique à mes yeux, elle écrit surtout des manga de yôkai plutôt courts. Uryûdô Yumebanashi est sa série la plus longue, et celle-ci n’en est pas véritablement une. En effet, il s’agit plutôt d’histoires courtes fantastiques mettant en scène fantômes ou yôkai, avec quelques personnages récurrents. Souvent, même, le jeune homme qui orne les couvertures n’est qu’un personnage de fond, le personnage principal de l’histoire étant un personnage non récurrent. L’histoire se passe au Japon du début du XXème siècle (ère Meiji) autour d’une boutique d’antiquités. Le jeune Ren donne un coup de pouce à la boutique de son grand-père, Uryûdô (saule pleureur). On n’apprend jamais rien sur Ren, à part qu’il a un don pour voir ce qui sort de l’ordinaire. C’est un personnage mystérieux. Les antiquités sont souvent hantées, et c’est plutôt sur elles que Hatsu focalise son récit. Ainsi, un vieux sorti d’une peinture chinoise peut voler une pêche d’une autre peinture, par exemple. Les histoires ont un ton parfois mélancolique, l’ambiance est assez romantique, plus que dans Le cortège des cent démons, et on sent tout l’amour de Hatsu pour les vieux objets tant ceux-ci sont joliment représentés. Elle semble aussi aimer les objets chinois (une autre série porte le titre Lady Chinoiserie) et anglais. En tant que buveuse de thé, j’ai adoré l’histoire où une théière est hantée par un fantôme chinois très mignon. Enfin, il arrive à Hatsu de dessiner des animaux folkloriques comme le tapir qui aspire les mauvais rêves, ou un sanglier magique. Quant aux personnages récurrents gravitant autour de la boutique, on a aussi un faussaire et une orpheline avec une intrigue survenant sur plusieurs volumes, mais rien de plus niveau intrigue récurrente. Enfin, notons qu’on trouve dans les pages publicitaires Le Cortège des cent démons, The Top Secret et Onmyôji, que des best-sellers en France.

ryuu_no_nemuru_hoshiRyuu no Nemeru Hoshi (竜の眠る星) de Reiko Shimizu, série terminée en 5 volumes, issue du Lala (shôjo, Hakusensha). Aimant beaucoup Princesse Kaguya et m’intéressant aux shôjo de SF, j’ai fait un essai avec la série longue reprenant les personnages fétiches de Shimizu, les androïdes Jack et Elena. Cette série dont le titre veut dire (à peu près) « la planète des dragons endormis » date des années 1980, elle est antérieure à la série longue Tsuki no Ko (Moon Child, jadis édité en entier chez CMX aux Etats-Unis). On retrouve donc un graphisme un peu ancien de Shimizu, et cela se voit plus au niveau des coupes de cheveux et des vêtements que dans le trait même, celui-ci étant déjà très joli à l’époque. Ma lecture date désormais, mais je vais tenter de raconter un peu. Les androïdes Jack et Elena paraissent dans plusieurs one-shot de Shimizu, et Ryuu no nemeru hoshi est la seule série longue avec ces deux personnages. Elle permet aussi de connaître le passé d’Elena. Jack (le brun) est un androïde imparfait: il a des défauts comme tous les humains. Au contraire, Elena (le blond, androgyne, évidemment) est un androïde parfait: il sait tout faire et a des capacités hors-normes. Malgré son nom féminin, ce n’est pas une femme, il est d’ailleurs particulièrement misogyne. Les deux voyagent à travers l’espace afin d’accomplir des missions. A l’époque de cette série, Jack et Elena partagent un petit appartement et doivent payer des factures. Ils acceptent donc une mission à laquelle Elena ne voulait pas participer, suite à un mauvais feeling quant à la destination: la planète des dragons endormis. Sur cette planète, deux peuples se font une guerre depuis longtemps, et les deux sont chargés d’assassiner une personne importante. Ils sont embarqués dans cette guerre et dans le passé d’Elena. Cette série de 5 volumes est très dense et en même temps un peu mal rythmée. C’est donc une semi-déception, la fin est très précipitée car il y a de l’action et de l’émotion à gogo, avec trop d’événements, mais le début met pas mal de temps à démarrer. Ça a un peu vieilli, ou alors c’est moi qui suis trop vieille, n’ayant pas été prise par les émotions des personnages, même si l’intrigue autour de Elena est intéressante. Certains personnages sont assez pénibles aussi, comme Shimizu sait bien les faire, il suffit de lire Princesse Kaguya pour s’en rendre compte.

yakumo_tatsuYakumo Tatsu (八雲立つ) de Natsumi Itsuki, série terminée en 19 volumes, issue du Hana To Yume (shôjo, Hakusensha). Natsumi Itsuki est une auteure de shôjo connue pour écrire des shôjo fantastiques. Yakumo Tatsu est sa plus longue série. Si elle est peu traduite ici, ses manga ont souvent été portés à l’écran: des noms tels que Hanasakeru Seishounen ou Jyu-Oh-Sei vous diront peut-être quelque chose. En France, sa seule série traduite est Vampir, un seinen, chez Panini (5 volumes, en pause au Japon). Yakumo Tatsu est une longue saga des années 1990 dans une ambiance shinto et mettant en scène la recherche de 7 sabres aux pouvoirs puissants. On suit l’histoire de deux jeunes hommes: Nanachi est un étudiant très gentil et simple tandis que Karuki est un lycéen taciturne et très beau garçon issu d’une grande famille traditionnelle. Les deux garçons se prennent d’une profonde amitié et ont tous deux des pouvoirs spirituels. En même temps, l’auteure donne un aperçu de leur vie sans doute antérieure, à l’époque du Yamato. Ce scénario, et surtout le début, mettant en scène deux bishônen que tout oppose, ravit les fujoshi. Si le premier volume est très réussi avec son ambiance sombre et fantastique au milieu des montagnes de la province Izumo, le rythme retombe très vite pour se concentrer sur la vie quotidienne des personnages, avec des rencontres d’esprits, fantômes et autres énergie négative dégagée par d’autres personnes, et qu’il faut purifier par le sabre (rôle de Kuraki). Mais surtout, l’auteure se concentre sur les relations entre les personnages, surtout les filles qui tombent en pâmoison devant le « beaaaaauuuu » Kuraki. En cela, c’est très décevant et juste agaçant (la sœur de Nanachi la première) avec toutes sortes de jalousies et même une superbe histoire d’inceste. Les drames familiaux sont nombreux entre le mec qui veut tuer son père, qui hait sa mère (et toute femme, misogynie par traumatisme). Les personnages sont nombreux mais peu sont attachants. Au final, je pensais trouver un manga fantastique et je me suis plutôt retrouvée avec des histoires de cœur, le rythme étant en plus assez lent, j’ai donc mis du temps pour venir à bout des 19 volumes. Les souvenir sont lointain et j’ai été assez déçue par cette série. En revanche, j’ai adoré le manga de Jyu-Oh-Sei.

nekomix_genkitan_torajiNeko Mix Genkitan Toraji (猫mix幻奇譚とらじ) de Yumi Tamura, 7 volumes en cours, issue du Zôkan Flowers (josei, Shogakukan). 5 volumes lus, en chinois. Acheté un peu en même temps que Atagoul Tamatebako parce qu’il y a un chat. Et aussi parce que Yumi Tamura, et que j’aime beaucoup 7 SEEDS. Il s’agit d’un manga d’aventure dans un monde fantasy où les humains font la guerre à des souris… ridicule? Les souris ont des pouvoirs magiques et suite à cela, de nombreux animaux sont devenus des « mix » d’humains et d’animaux. Notre héros est Paiyan, un grand guerrier du royaume qui combat des souris. Alors qu’il est constamment au front, loin de sa femme et de son fils, ceux-ci ne sont plus là lorsqu’il rentre pour les voir: son fils a été kidnappé et sa femme a disparu. Seul reste Toraji, un chaton-mix, ancien animal de compagnie de son fils. Paiyan entreprend donc un voyage avec Toraji afin de retrouver la souris ayant kidnappé son fils, et prend conscience de sa paternité. C’est un manga que je trouve curieux dans un josei: de la fantasy, un guerrier en guise de héros, affublé d’un chat! Au final, le manga est prenant et Tamura utilise pas mal de ficelles communes avec 7 SEEDS pour susciter l’émotion de son public. C’est bien raconté, et les animaux-mix sont plutôt rigolos, mention spéciale au poisson-mix! Mais surtout, l’histoire s’avère intéressante alors qu’elle peut paraître ridicule lorsqu’on lit le synopsis…

the_callingThe Calling (コーリング) de Reiko Okano, série terminée en 3 volumes, adaptation du roman fantasy La Magicienne de la forêt d’Eld de Patricia McKillip. Une folie. Une folie car j’ai acheté cette série en italien, langue que je ne lis absolument pas, pour mes 31 ans. A vrai dire, je voulais surtout avoir des planches de Okano sous les yeux, surtout dans un environnement médiéval européen. J’ai tout de même opté pour une langue latine par rapport à une version originale en japonais, et j’ai bien fait car j’ai pu « comprendre » l’histoire malgré tout. Enfin, j’ai également acheté le roman d’origine au cas où je ne comprendrais rien et j’ai aussi pu découvrir Patricia McKillip! L’histoire est celle de Sybel, une belle jeune femme qui a toujours vécu dans la forêt autour de ses bêtes magiques. Dotée d’un grand pouvoir, elle peut appeler n’importe qui auprès d’elle, mais ne parvient pas à appeler le grand oiseau Liralen. Un jour, le prince Coren de Sirle vient troubler cmagicienne_foret_eldette vie tranquille en lui amenant un bébé: le fils de sa tante, qui est réclamé par deux royaumes en guerre. Sybel finit par élever l’enfant qui est finalement rattrapé par le monde humain. Il s’agit d’une histoire de fantasy bien loin des grandes saga avec quêtes qui se vendent bien dans les librairies. Ici, c’est calme, c’est concis et il ne s’y passe pas grand chose, du moins en apparence. Le manga semble très fidèle au roman original et les dessins de Okano sont merveilleux, c’est sûrement le plus beau manga de l’année à mes yeux, surtout la fin en tapisserie de Bayeux. Les trames sont très belles, relevant en plus les différentes textures, les pierres ou les tapisseries. Que ce soit le roman ou le manga, les deux œuvres sont excellentes.

onmyoji_tamatebakoOnmyôji – Tamatebako (陰陽師 玉手匣) de Reiko Okano, série en cours, suite de Onmyôji, issue du Melody (josei, Hakusensha).1 volume lu, en chinois. Avec Onmyôji – Tamatebako, Okano signe son retour sur le personnage de Abe No Seimei. Cette série se situe après la fin de la série Onmyôji, et je n’ai pu résister quand je l’ai vue disponible en chinois. A l’origine, je l’ai achetée juste pour regarder les dessins car mon niveau en chinois n’est pas très élevé (et je dois dire que j’ai baissé les bras devant une sortie ici vu le rythme, je serais déjà contente d’avoir les 13 volumes chez Delcourt!). Devant l’absence de sortie de Onmyôji chez Delcourt cette année, j’ai fini par tenter une lecture. Ce qui marque dans ce manga, ce sont les graphismes de Okano: le tout est au fusain (et c’est magnifique, surtout les pages couleurs), mais niveau design, je suis un peu déçue de voir que tout le monde a pris du poids (le menton de Seimei)! Pour ce qui est de l’histoire attention, mini-spoilers: Le manga suit le fils de Abe No Seimei et Makuzu, et il faut dire que l’enfant a bel et bien hérité des personnalités de ses deux parents! Il a pour précepteur un parchemin hanté qui peine beaucoup à s’occuper de lui: son intelligence n’a d’égal que son désir de liberté, caractérisé en plus par beaucoup de facétie et de malice. Bref, il fait ce qu’il veut! Dans le volume 1, Seimei revient à Heian après avoir passé du temps à l’extérieur de la ville en compagnie de sa « mère » (je ne sais pas si j’ai pas tout compris, ou si ça a un rapport avec la série d’origine qui n’est pas terminée ici), et il se trouve à une histoire de brigands que raconte Makuzu au parchemin. La fin du volume voit le fils et ses pouvoirs spirituels très forts, puisque des statues de divinités bouddhistes lui obéissent…

Pour ceux qui sont arrivés au bout (je vous remercie!!!!!), je termine ici pour le moment, n’ayant pas le courage de continuer… 

manga, moto hagio, science-fiction

Moto Hagio – Univers SF

Cela fait longtemps que je voulais dresser un inventaire des titres de science-fiction de Moto Hagio. Il n’est peut-être pas complet, dû à ma méconnaissance de la langue japonaise (j’utilise pour me débrouiller, les fameuses traductions automatiques de vous-savez-qui). Dans ce cas-là, vous pourrez me le signaler, et j’espère que les fautes seront pardonnées. Certains titres m’ont donné du fil à retordre, hésitant entre fantasy, fantastique et science-fiction, les initiales « SF » ne signifiant pas toujours qu’il s’agit de science-fiction. Si j’ai réussi à dénicher des scans japonais pour certaines histoires afin de voir le contenu, cela n’est pas le cas pour d’autres. Je considère qu’il s’agit de science-fiction dés qu’on y mentionne des voyages dans l’espace ou d’autres planètes.

Comme pour les manga de la période musicale de Moto Hagio, j’ai fait mes recherches via le site hagiomoto.net avec en complément Mangayomi (notamment pour les romaji) et l’inévitable Wikipédia. Pour les titres en anglais des manga inédits aux États-Unis, j’ai repris ceux de Matt Thorn dans son interview pour The Comics Journal. Pour les titres en français, l’anthologie Moto Hagio sortie chez Glénat très récemment (achetez-la pour Noël!!!) fait évidemment foi. Certaines informations proviennent aussi de mes lectures (avec une compréhension parfois minime): Nous sommes onze, sa suite Est et Ouest, un horizon lointainStar RedTen Billion Days and One Hundred Billion NightsGin No SankakuUn rêve ivre, Slow Down et une partie de Marginal. Lire la suite « Moto Hagio – Univers SF »

romans, science-fiction

Les Dépossédés

depossedes_leguinDans Les Dépossédés (The Dispossessed), Ursula Le Guin s’intéresse à des planètes jumelles séparées par des idéologies très différentes. De réputation, Les Dépossédés est un roman politique et nombreux sont ceux y ayant vu dans cette division d’idéologie celle que partageait notre monde lors de la guerre froide (le roman est sorti en 1974). Sur Anarres règne une utopie anarchiste prônant la liberté, l’égalité et la non-propriété. La société est basée sur la solidarité, la collectivité et la collaboration entre les individus, il n’y a ni gouvernement, ni loi, ni frontières, ni États. Urras est une planète ressemblant beaucoup plus à ce que nous connaissons, avec ses inégalités entre individus (classes de possédants et non-possédants) mais aussi entre les pays. Le héros de l’histoire, Shevek, est un habitant d’Anarres. Physicien de génie, il est convié sur Urras. Shevek y voit l’occasion pour rapprocher les deux planètes et pourquoi pas échanger avec les habitants d’Urras. Mais en tant qu’invité de marque, il ne pourra pas aller où bon lui semble, ni sortir du protocole diplomatique.

Des romans de Ursula Le Guin que j’ai lus (ou en train), à savoir Terremer (l’intégrale des trois premiers volumes, à côté desquels je suis totalement passée à côté), La main gauche de la nuit, Le monde de Rocannon et en ce moment même Le Dit d’Aka, Les Dépossédés est sûrement celui que j’ai préféré, le plus profond, le plus immersif, le plus intéressant. Pour le moment. La narration se révèle très soignée et se partage entre le présent, sur Urras, où on suit donc Shevek, puis le passé de Shevek sur Anarres depuis son enfance, au rythme d’un chapitre pour une planète, un chapitre pour l’autre. Cette alternance permet donc de découvrir, à égalité, les deux planètes et les deux systèmes qu’Ursula Le Guin met en parallèle. Shevek est un personnage qui semble effacé aux premiers abords, mais c’est aussi ce qui facilite l’immersion dans ce roman. Shevek n’est pas qu’un physicien timide, c’est aussi une personne que l’on découvre petit à petit au fur et à mesure qu’on lit le roman, une personne avec sa manière de penser, avec sa vie très remplie, avec son expérience aussi. Bref, je ne pensais pas dire ça un jour, je le trouve extrêmement attachant.

Au travers ce roman, donc, deux manières de penser, mais pas vraiment le bloc communiste rouge d’un côté, le bloc capitaliste de l’autre. Loin de là, mais plutôt une déconstruction, une manière de se dire qu’il est peut-être possible de vivre et de penser différemment, une manière aussi de comprendre que beaucoup de données sont plus acquises qu’innées, et que le milieu dans lequel nous vivons nous conditionne beaucoup. Pas de révélation dans ce que je dis, mais je l’ai beaucoup ressenti ainsi. Car le conditionnement sur Anarres comme sur Urras donne des manières d’appréhender les choses de manière différentes. Sur un monde, pas de consommation, des conditions de (sur)vie extrêmement difficiles, où la solidarité est obligatoire. Mais c’est aussi dans ces conditions que les êtes humains parviennent à s’ouvrir aux autres, à vivre une vie sans artifice, plus terre à terre et sans barrières, pas de lâcheté, pas de possession, sauf sa propre personne. Sur Urras, les modes de vie sont plus variés entre pays riches et pays pauvres, et même au sein d’un pays, entre personnes de classes sociales différentes. Les envies, l’ambition, la liberté d’entreprendre et les inégalités entre êtres humains reconnus permettent à certains d’effectuer des prouesses. Seulement, les envies sont souvent liées à une position sociale à obtenir, et les êtres humains n’apprennent pas à développer leurs propres envies, n’apprennent pas vraiment à vivre librement. Urras ressemble donc à notre Terre, celle des 20ème et 21ème siècle, avec une géopolitique compliquée, des révoltes et même un gouvernement communiste, celui de Thu.

Shevek a des difficultés à lier des liens avec les personnes d’Urras, ou plutôt les Iotiens vu qu’il se trouve dans la capitale (qui ressemble aux États-Unis, avec ses avenues marchandes à tout va). Il parle de « Mur », de personnes qui jouent une sorte de rôle en société, et à qui il est difficile de parler à cœur ouvert. Urras est magnifique par ses prouesses techniques, par ses belles villes, ses bâtiments solides, mais sur Urras, les personnes ne semblent pas vraiment « en phase ». Ursula Le Guin y balance même une petite pique à ce titre, sur le sexisme. Car Urras est une planète qui se rapproche de la nôtre, sur laquelle la femme est grandement objectivée, alors que les différences hommes-femmes n’ont pas lieu sur Anarres. Ce qui vaut à Shevek une grande surprise, ne comprenant pas comment les femmes peuvent ainsi accepter d’être belles ou enceintes seulement, de ne pas avoir la possibilité de réfléchir et d’être respectées comme les hommes. Il y a une phrase qui est extrêmement vraie: « I think that’s why the old archisms used women as property. Why did the women let them? Because they were pregnant all the time—because they were already possessed, enslaved! » (je n’ai pas la phrase en français sous la main et j’ai piqué ceci à Brain VS Book).

Mais sur Anarres, et Shevek le comprend en grandissant, une autre forme de « Mur » existe tout autant. Alors que tous sont à égalité, il faut toujours observer que chacun fait bien ses travaux, qu’il n’est pas un fainéant, bref, il faut toujours se conduire de sorte d’être un « bon » odonien (qui suit la philosophie d’Odo, femme ayant inventé cette forme d’anarchie, c’est sur les bases d’Odo que la planète s’est construite, avec des personnes d’origine d’Urras). Tout n’est pas, contrairement à ce qu’on peut le croire, tout blanc ou tout noir. Shevek, avant son départ sur Urras, a fait face à de nombreuses épreuves dans sa vie, notamment sa vie de famille, car le privé n’est pas ce qui est le plus important sur Anarres. Ursula Le Guin reste donc nuancée dans ce roman. Chronologiquement, j’ai compris que Les Dépossédés, bien que cinquième volet du Cycle de l’Ekumen, se situe bien avant tous les autres puisque l’ansible est évoqué comme projet futur. Ursula Le Guin glisse également une critique sur le monde de l’enseignement dans lequel les élèves sont surtout là pour obtenir des notes et un diplôme, plus que par amour de la discipline. C’est ce qui étonne en premier lieu Shevek sur Urras, chose qu’il n’arrive pas à comprendre, voir des étudiants là juste parce-qu’à la fin, ça ramène de l’argent car tel domaine est valorisé. Sur Anarres, il y a plus de possibilité de découvrir ses véritables envies, se connaître. J’arrête ici, étant donné que j’ai beaucoup de mal à restituer ce qui m’a passionnée dans ce roman… et je préfère finalement publier ceci que de le laisser éternellement en brouillon (ça fait bien un mois qu’il était là).

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La main gauche de la nuit

main_gauche_nuit_le_guinA force de m’intéresser à Moto Hagio (notamment son Marginal) ou à Shio Sato, en passant par Matt Thorn (un des fournisseurs principaux de cette came rare et précieuse en langue anglaise), j’ai fini par très souvent croiser un nom: Ursula Le Guin, et surtout, un drôle de titre: The Left Hand of Darkness ou La main gauche de la nuit. Oui, un titre, vraiment étrange à mes yeux, mais qui a influencé des mangaka dont j’estime le travail très intéressant (ou je le suppose, vu le peu que j’ai pu lire d’elles), et un des romans préférés de Matt Thorn. La passion des manga mène parfois vers des chemins surprenants, et ce fut pour moi l’occasion de découvrir vraiment Ursula Le Guin. Il m’est arrivé, il y a plusieurs années, après avoir vu le film de Goro Miyazaki, de me pencher sur Terremer, parce que je n’en avais pas compris grand chose. Je n’avais à l’époque pas accroché à cette fantasy, sûrement parce que je m’attendais à une aventure merveilleuse. Finalement, je dois dire que les manga m’ont donné une seconde chance car La main gauche de la nuit fut une réelle découverte, celle d’une auteure fabuleuse pleine d’idées, de subtilité, d’intelligence, et tout cela avec une pointe de féminisme.

La main gauche de la nuit fait partie du Cycle de l’Ekumen, parfois nommé Cycle de Hain, qui regroupe des romans indépendants se déroulant dans un univers commun. Dans cet univers, de nombreuses planètes peuplées d’humains forment une sorte de gouvernement interplanétaire appelé la Ligue de tous les mondes ou Ekumen. L’action prend place dans un futur très lointain, la Terre fait partie de ce gouvernement et les voyages dans l’espace sont monnaie courante. Une autre caractéristique de cet univers est la découverte de l’ansible, un appareil permettant de communiquer instantanément entre deux personnes, peu importent les distances les séparant. Genly Aï, originaire de la planète Terre, travaille pour l’Ekumen. Il est envoyé sur la planète glaciale Géthen (ou Nivôse en terrien) pour que celle-ci rejoigne l’Ekumen. Sa mission est de s’infiltrer sur la planète seul afin de convaincre ses dirigeants. La grande particularité de Géthen, outre son froid à couper le souffle, provient de ses habitants: il n’y a pas de genre féminin ou masculin.

Le fait d’avoir un héros masculin et terrien permet une identification. Genly Aï est particulièrement troublé par le caractère non genré sur Géthen, et passe tout son temps, à travers ses préjugés sur le genre féminin, de décider si untel est plutôt un homme, ou plutôt une femme. Notamment, le côté mesquin, un peu fouine, qui inspire la méfiance, est attribué à la féminité (un aspect de la personnalité d’Estraven avec lequel il a beaucoup de mal). Le côté misogyne de Genly Aï est bel et bien là, et toute l’absurdité que montre Le Guin réside dans le fait que cela n’a aucun sens sur cette planète. Mais surtout, Le Guin soulève la question du genre comme une obsession dans notre quotidien, et prend une importance capitale: nous sommes avant tout un homme ou une femme, avant même d’être un être humain, avec ses défauts, ses qualités ou sa personnalité. Avec La main gauche de la nuit, Ursula Le Guin écrit un roman de science-fiction aux idées féministes (le roman date de 1969). Un monde dans lequel l’égalité serait atteint pourrait donc ressembler à Géthen.

Au-delà de cet aspect féministe, La main gauche de la nuit se révèle intéressant dans sa narration, du moins de mon point de vue, n’étant pas habituée à lire de la science-fiction. Ursula Le Guin a une formation d’ethnologue, ce qui se ressent dans son travail. Dans La main gauche de la nuit, l’intrigue ne semble pas tenir une très grande place. Je ne dis pas qu’elle est inintéressante, qu’elle est inexistante, mais ce n’est pas ce qui m’a le plus frappée. Ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman, c’est la manière avec laquelle Ursula Le Guin s’intéresse à Géthen, sa manière de construire les cultures, les coutumes, les religions, les philosophies sur Géthen (et même la sexualité). La géopolitique est bel et bien présente, et celle-ci fait partie du coeur de l’intrigue. Ursula Le Guin n’hésite pas à alterner les chapitres: légendes et contes de Géthen, rapports scientifiques, narration partagée entre deux personnages: Genly Aï le Terrien et Estraven le Géthénien. Elle prend son temps pour développer son univers, afin que le lecteur puisse se familiariser à Géthen. Le rythme est lent et très introspectif, et c’est peut-être ce qui rend parfois Le Guin hermétique (notamment sur Terremer, pour ma part).

Voici un très beau roman, dans lequel se développe une grande amitié pleine de respect et de compréhension. Le tout traité avec intelligence, subtilité, avec un côté philosophique très présent. Les deux pays dans lesquels se déroulent l’histoire sont gouvernés par des régimes politiques très différents: une monarchie, et un régime bureaucratique avec une liberté d’expression restreinte. Il y a à mes yeux quelques longueurs, notamment lors du voyage qui développe la relation entre les deux protagonistes. Avec La main gauche de la nuit, je redécouvre enfin Ursula Le Guin, et tout cela m’a donné envie de lire d’autres romans du Cycle de l’Ekumen, et en particulier Les Dépossédés. Enfin, pour la petite histoire, La main gauche de la nuit est le quatrième volet du cycle.

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Anthologie Moto Hagio: les visuels (pas de bol!)

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Sur Animeland, on peut voir les visuels de la très attendue Anthologie Moto Hagio. L’anthologie est donc dans un coffret très austère qui, je me doute, n’attirera pas foules, dans un format 128mm x 188mmm. Les volumes eux-mêmes, à l’intérieur du coffret, sont tout aussi austères. On n’a pas beaucoup de chance en France, déjà avec Le Coeur de Thomas chez Kaze. Pourtant, les belles illustrations en couleurs ne manquent pas chez Moto Hagio, d’autant plus que graphiquement, son talent saute aux yeux. Les illustrations choisies ne sont clairement pas les plus belles, et rien que pour le volume SF et fantastique, il y avait de quoi faire, déjà avec Ils sont 11!. Le nom de ce même volume ne me plaît pas particulièrement, mais ceci est très personnel. « De la rêverie », je trouve, diminue un peu l’impact SF de Moto Hagio sur le manga destiné à un lectorat féminin. Vu qu’il y a du fantastique avec La forêt blanche puis A Drunken Dream et de la science-fiction, j’aurais pensé à « De l’imaginaire ». Le mot rêverie a, à mes yeux, une connotation très cliché d’un comportement souvent attribué aux individus de sexe féminin, et il faut dire que l’image du shôjo va tout aussi dans ce sens, malheureusement. Mais ceci n’est qu’un chipotage pur et dur de ma part, j’en conviens, et j’ai déjà eu une discussion avec Manuka sur le sujet.

Maintenant, je croise les doigts pour voir en français un jour d’autres oeuvres de Moto Hagio, surtout celles de science-fiction, bien que je ne sois pas dupe: la priorité ira sûrement à Poe No Ichizoku, paradoxalement un des titres qui m’intéresse le moins. Après, je dois avouer que j’ai un gros soucis avec l’esthétique des éditeurs français, obligés de marquer au fer rouge le côté vintage des vieux titres en leur offrant des couvertures aussi austères. C’est très regrettable pour une artiste telle que Moto Hagio qui se distingue avant tout par son dessin. Quand on voit ce que Fantagraphics parvient à faire au niveau des couvertures, ça prête à réflexion. Et ça me donne quand même envie de soutenir les éditions outre-atlantiques pour le coup (je m’en mords encore les doigts pour Le Coeur de Thomas), alors que l’intérêt serait quand même d’avoir des manga de l’auteure dans nos contrées. En parlant de Fantagraphics, je commence à perdre espoir de voir d’autres titres de Moto Hagio, n’ayant aucune nouvelle depuis. Je me demande quelles ont été les ventes de The Heart Of Thomas. Ceci dit, j’attends tout de même novembre pour acheter mon anthologie, malgré les histoires en doublon que j’aurai.

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They were eleven – édition polonaise

they were eleven polonais

11nin iru! plus connu sous son titre américain They were eleven en Occident (et Ils sont 11 en France) sortira en Pologne chez JP Fantastica en novembre, sous le titre Było ich jedenaścioro. Il s’agira d’une édition intégrale de 320 pages (dont 50 en couleurs) en format A5 pour la somme de 44,99 zloty (soit un peu moins de 11€). Vu la pagination, on peut penser que le volume inclut évidemment la séquelle du récit, la fameuse « partie 2 » de l’anthologie qui a mis tant de doutes chez les internautes (Je confirme sur la page Facebook de l’éditeur que cette séquelle sera bien présente dans cette édition). Poe no Ichizoku est déjà sorti précédemment chez le même éditeur, les manga de Moto Hagio se vendent-ils bien là-bas? Source: Facebook de JP Fantastica.

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A, A’ [A, A prime]

C’est un certain Matt Thorn, traducteur de manga chez Viz dans les années 90 qui introduit au public celle qui est considérée comme la mère du shôjo moderne, souvent présentée comme le pendant féminin de Osamu Tezuka et pionnière du boys love ici (parce que c’est in). Sûrement afin d’intéresser un public de lecteurs de bandes dessinées majoritairement masculin, Matt Thorn fait le choix de publier des oeuvres de science-fiction de Moto Hagio, et non ses drames plus sentimentaux.

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