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Vertigo et moi

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Ce billet entre dans la catégorie malife.com qui n’intéressera sûrement pas grand monde, mais j’y parlerai de ma vie de lectrice. Ici, je vais en profiter pour parler de ma relation avec les comics Vertigo qui sont très particuliers quant à ma découverte du comics. Disons que jusqu’à la première moitié des années 2000, j’étais avant tout une lectrice de manga. J’ai eu un petit pied dans le comics grâce à une personne d’une promo bien plus avancée durant mes années post-bac (un gros fan de Gunnm), me permettant de découvrir Spawn, Fathom et surtout Crimson. J’ai pu redécouvrir le comics ensuite, en partant de ces titres ainsi que Battle Chasers en fréquentant le forum Top Manga dans lequel se logeaient aussi des fans de comics.

sandman

Ma véritable découverte du comics par moi-même est très liée à Neil Gaiman. Après la lecture de American Gods (et tous ses autres romans de l’époque), j’ai eu envie de continuer à explorer Gaiman. Puis j’ai fini par tenter l’aventure Sandman, disponible dans la bibliothèque municipale. J’ai aussi découvert le duo Neil Gaiman/Dave McKean sur Black Orchid (en VF chez Reporter, j’ai encore mon exemplaire). Par Alan Moore, j’ai aussi lu Swamp Thing édité par Delcourt en N&B disponible en bibliothèque (run qui n’est jamais sorti en intégralité en France d’ailleurs). En parallèle, je découvrais aussi Bendis via Powers et Alias, et j’étais attirée par les comics plus policiers dont 100 Bullets et ses couvertures ayant une esthétique très hip hop. J’ai ainsi pu découvrir des séries dans la collection Semic Book, et surtout Fables. A cette époque, je commençais à remarquer que Sandman, 100 Bullets et Fables avaient un point commun: Vertigo. Je réalisais aussi qu’en comics, je n’accrochais pas vraiment aux X-Men ou à Spider-man, mais plutôt aux titres sans super héros (seul Daredevil comptait pour moi chez Marvel).

100bullets

Un des titres Vertigo qui m’intriguait (et qui n’est jamais vraiment sorti de ma tête), Y: Le Dernier Homme n’était pas disponible en bibliothèque municipale. Contrairement à 100 Bullets et Fables que j’ai fini par acheter d’occasion pour essayer, le dessin de Y: Le Dernier Homme ne m’attirait absolument pas. Autre titre qui m’intrigue encore aujourd’hui (je le lirai chez Urban un jour): Human Target (pourtant, j’aurais dû…). Puis le couperet est tombé: les titres Vertigo ne seront plus disponibles ni chez Delcourt ni chez Semic pendant plusieurs années jusqu’à atterrir chez Panini. A partir de ce moment (et aussi grâce à l’acquisition d’un carte bleue, car je suis restée en carte de retrait jusqu’à mes 25 ans, chose sans doute impensable aujourd’hui), j’ai commencé à faire quelque chose que je n’avais jamais fait: j’ai utilisé un certain site aujourd’hui incontournable afin de lire la suite de Sandman et 100 Bullets en VO. Alors que j’ai appris l’anglais comme tout le monde à l’école, il m’a fallu un moment pour penser à lire des titres en VO. C’est aussi à partir de ce moment que je me rends compte que les éditions étrangères existent et constituent une possibilité de compléter certaines séries.

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Lorsque Sandman est enfin arrivé chez Panini, j’avais donc déjà lu la totalité de la série depuis belle lurette. Même chose pour 100 Bullets, qui n’était peut-être pas encore terminé en VO, mais qui était déjà bien loin. A partir de là, j’ai pris l’habitude de lires des comics avant tout en VO, et en TPB. C’est étrange de dire les choses ainsi, alors que j’ai un niveau d’anglais assez peu extraordinaire, mais sans snobisme aucun, j’ai un peu de mal à lire des comics écrits en VF. Fables est longtemps resté en pause au volume 3 VO, trop occupée à acheter Sandman et 100 Bullets (limitant aussi en volume ma bibliothèque qui explosait). Le temps que je m’y intéresse de nouveau, Panini l’a acquis et un ami l’achetait: j’ai décidé de revendre mes volumes et emprunter ceux de mon ami. A une époque, je voulais posséder moins de volumes.

hellblazer

Le retour de Vertigo par Panini m’a aussi permis, via cet ami, de découvrir Preacher, série dont la parution chez Le Téméraire (qui porte bien son nom) n’a jamais été intégrale, et dont la librairie Aaapoum Baapoum en disait beaucoup beaucoup de bien depuis des années. Ce fut un coup de foudre et après avoir lu 2 tomes (un rythme de 2 tomes par an), j’ai fini par acquérir le tout en VO. Mon socle Vertigo fut donc Sandman, 100 Bullets et Preacher, me poussant aussi à lire Transmetropolitan. J’ai fini par comprendre que les comics Vertigo possédaient un petit quelque chose que d’autres n’avaient pas, et je me suis mis à découvrir d’autres séries plus anciennes (pas toujours complètement): Doom Patrol et Animal Man de Grant Morrison (et la partie de Rachel Pollack pour le premier), The Invisibles (auquel je n’ai évidemment pas tout compris!), The Books of Magic (vivement les épisodes #51 à #75 collectés enfin en TPB), l’inévitable John Constantine: Hellblazer, Shade The Changing Man, ou encore Enigma, The Extremist, Skreemer de Peter Milligan.

DoomPatrol

J’ai aussi pu, via Panini, lire quelques volumes de Y: Le Dernier Homme en bibliothèque, ainsi que Ex Machina, deux titres que je n’ai finalement pas poussé plus loin (du même homme: Brian K. Vaughan, ce qui m’a refroidi par la suite). J’ai aussi acquis des séries Vertigo un peu plus récentes comme Lucifer (à cause de son lien avec Sandman) de Mike Carey et Peter Gross (avec de merveilleux épisodes de Dean Ormston aujourd’hui célèbre sur Black Hammer), titre m’ayant tellement plu que j’ai fini par lorgner sur The Unwritten du même duo (il faut dire que les magnifiques couvertures de Yuko Shimizu ont beaucoup joué). J’ai mis beaucoup de temps avant de commencer The Unwritten, voulant au départ l’emprunter en bibliothèque afin d’éviter de les stocker. Le jeu des droits en dira autrement: Panini les perdra au profit de Urban (encore quelques années plus tard), et le temps que The Unwritten ressorte (lisez-le, lisez-le!!!), la série était déjà terminée chez moi (il faut dire qu’en terme de place, les TPB y sont tout fins, ce qui a arrangé mes affaires).

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Durant toutes ces années, je n’ai jamais trop mis le doigt sur la particularité de Vertigo. Je dirais que ce qui m’a sans doute plu est l’identité très britannique des auteurs Vertigo. Il y avait une écriture différente des auteurs américains, un parfum vraiment très rentre dedans aussi, une narration très littéraire (et plus introspective par moments), parfois plus sombre et très punk (contrairement à mes goûts musicaux en plus!!!), avec un côté un peu gauchiste (pour ne pas me déplaire). Dans les comics Vertigo, on parlait aussi souvent de marginaux, comme dans Sandman, Doom Patrol ou encore Shade, the Changing Man. Il y avait donc ce petit côté fou-fou, un peu bariolé, que je ne trouvais pas vraiment ailleurs, et cette identité était même présente sur les couvertures des issues, vraiment pas comme les autres. On pouvait ainsi reconnaître un comics Vertigo à des kilomètres à la ronde, et c’est aussi sans doute pour cela, que sans le vouloir, je me suis mise à aimer ces comics sans comprendre le lien entre eux. Vertigo, c’était aussi Karen Berger et plus tard Shelly Bond, qui ont eu du nez pour découvrir de très bons scénaristes, redynamisant l’industrie du comics. Côté graphismes, j’aimais bien l’aspect parfois destroy qui se dégageait sur les titres des années 90, de l’époque British Invasion, où les auteurs reprenaient surtout des personnages un peu paumés/étranges/magiques de l’univers DC pour en faire autre chose.

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Par la suite, fin des années 90/début des années 2000, les titres sont devenus moins britanniques, notamment avec Brian K. Vaughan, Bill Willingham ou Brian Azzarello. Il y a clairement eu un tournant à ce moment-là, le côté « punk » apporté par les Britanniques s’estompe, l’aspect très littéraire de la narration également, même si la recherche de scénaristes solides est toujours là. Les couvertures, toujours super réussies, sont moins estampillées Vertigo. De même, les dessins perdent cette identité punk (et un peu underground), un peu cracra que j’aimais beaucoup (oui, visuellement, ce n’était pas « beau » mais ça avait une vraie patte!). La coloration de Vozzo, jusque là sur pas mal de titres, est moins présente. J’ai moins suivi ce tournant, n’ayant pas trop accroché à DMZ (que je retenterai un jour), n’ayant pas lu Losers ou encore Scalped (qui m’a toujours intéressé en fait). Je suis un peu revenue chez Vertigo avec The Unwritten puis Sweet Tooth (jamais terminé, mais j’aime bien!), mais l’époque n’est plus la même. De ce que j’ai compris, ces séries se vendent moins bien que Fables, et la fin de cette dernière aura plongé le label.

fables

Aujourd’hui, je ne suis plus trop Vertigo, mais j’ai ce sentiment qu’il a du mal à se relever. Je n’ai pas repéré de séries qui m’intéressent par exemple. Depuis, j’ai acquis Y: Le Dernier Homme (que j’ai tout juste terminé cette semaine, je TENTERAI de revenir dessus), et j’essaie de compléter Fables. On dit que Image est le nouveau Vertigo, car beaucoup d’auteurs s’y sont abrités. Mais le parfum, encore une fois, y est bien différent. L’avenir de Vertigo ne s’annonce pas des plus auspicieux (et cela était déjà le cas lors de la conférence de Xavier Lancel sur Vertigo au festival d’Angoulême 2015). En effet, le renouvellement ne suit pas vraiment, Vertigo recyclant les gloires passées avec des spinoff de Fables ou 100 Bullets (un TPB sur Lono) et une nouvelle série Lucifer (qui bénéficie aussi d’une adaptation TV qui ne fait pas envie). Même Sandman: Ouverture fait partie de ce mouvement (et pourtant, je l’ai beaucoup aimé). Depuis 2016 (?), DC a lancé Young Animal, un label qui reprend un peu le concept Vertigo d’antan (un peu plus teen, d’après ce que j’ai pu en voir) avec des personnages DC revisités et un côté étrange qui s’en dégage (en témoignent Doom Patrol par Way et Shade, The Changing Girl, deux titres qui me font quand même superbement envie…).

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Vertigo a été un moment très important dans ma vie de lectrice. Il m’a permis de découvrir qu’il y avait de la bande dessinée britannique (dont 2000 AD qui a beaucoup fourni à Vertigo justement), mais aussi de la bande dessinée argentine, grâce au dessin magnifique de Eduardo Risso sur 100 Bullets. Si j’ai eu envie de découvrir Alack Sinner, Carlos Trillo, Cybersix, L’éternaute, on peut dire que c’est grâce à Vertigo (et aussi Vlad de Aaapoum Baapoum). Et si j’ai envie de lire du Corto Maltese un jour ou du Breccia, c’est aussi grâce à Vertigo. Vertigo est donc une porte d’entrée potentielle, quand on lit du comics américain, vers d’autres horizons.

A ceux et celles qui ne connaissent pas encore Vertigo (on ne sait jamais), je conseille la lecture des titres suivants: Preacher, 100 Bullets, Sandman, Fables, The Unwritten disponibles en français. Pour la VO, je recommande chaudement Doom Patrol de Morrison, The Invisibles pour aller plus loin chez Morrison (en partie disponible en VF avec Panini et Le Téméraire), Lucifer, Shade, The Changing Man (dont tous les numéros n’ont pas été repris en recueil), John Constantine: Hellblazer de Delano, The Extremist de Milligan (si vous le trouvez, pas de TPB).

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