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Parcours de lectrice à travers 10 manga

Tout est parti d’une chaîne Facebook, comme l’explique Herbv sur son blog. La chaîne disait donc ceci: « Sans ordre particulier, les dix mangas qui m’ont le plus marqué. Postez la couverture de l’album, pas d’explications et faites suivre à une personne et ainsi de suite… », ce qui m’a plus ou moins donné à réfléchir pour la sélection mais aussi sur l’impact que certains ont eu sur mes goûts d’aujourd’hui. Il est vrai que j’aime beaucoup de manga, après 20 ans passée à en lire (plus de la moitié de ma vie).

Ainsi, j’ai fini par copier Herbv qui a décidé d’écrire sur le choix de sa sélection, apportant donc l’explication qui manquait sur Facebook (partie 1 et partie 2). Pour ma part, j’ai plutôt utilisé Twitter, et comme je ne suis pas du tout influente, peu de personnes ont suivi le mouvement! Dire que j’ai choisi avec grand soin chaque personne taguée, en fonction du manga…

Je précise que ceci ne constitue pas un « top », ni une liste de mes manga préférés, mais bien 10 manga qui m’ont marqué et qui ont changé quelque chose, durablement, dans ma « carrière » de lectrice. Certains manga ne sont aujourd’hui plus mes préférés. J’établis ici de mémoire une liste chronologique (mais pour certains titres, comme les 3/4, puis les 6/7/8, ma mémoire fait clairement défaut car les périodes étaient trop proches ou je les ai longtemps connus mais ils ne m’ont marquée que des années plus tard!).

Attention car à partir d’ici, je vais vous raconter toute ma vie (vous êtes prévenu-e-s)! Car ma vie, ce sont toutes mes lectures (certain-e-s trouveront ça triste je sais, je suis un peu comme Norito dans RiN). Le manga dans son ensemble a été un véritable bouleversement: j’ai toujours été une sorte de handicapée sociale et je suis convaincue que sans lui, je le serais peut-être restée. Mon parcours de lectrice est surtout influencé par tous les emprunts que j’ai faits à des amis ou à la bibliothèque. J’ai surtout fini par m’offrir de nombreuses séries déjà lues quand j’ai enfin eu du pouvoir d’achat.

Manga 1/10: Dragon Ball de Akira Toriyama (années 90)

db1Pur produit de mon époque, je ne brille pas par mon originalité: Dragon Ball volume 1 est le premier manga que j’ai lu. A cette époque, j’étais surtout friande de dessins animés américains (Warner Bros et Disney). Quand mon frère et moi avons eu une MegaDrive, nous avons fréquenté d’autres joueurs (les jeux coûtaient une fortune!) et  j’empruntais aux autres des magazines comme Player One. Nos copains étaient obnubilés par DBZ et c’est un peu pour suivre les conversations devant la console que j’ai fini par m’y mettre aussi. J’ai évidemment adhéré au club (mon frère aussi, mais peut-être plus moi), achetant aussi des cartes, des figurines (à Hong Kong), regardant les épisodes en cantonais (grâce à mon oncle). Quand on m’a prêté Dragon Ball volume 1: San Goku, j’ai eu un choc. J’ai pris mes distances avec le dessin animé (les dessins étaient trop moches), j’ai arrêté les cartes (sauf la collection reprenant les illustrations du manga). J’ai développé une obsession pour Toriyama (demandant à mes copains de me prêter des numéros de Console+ où on parlait de lui, notamment via Dragon Quest, avec un super dossier où Go Go Ackman était évoqué). Et surtout, je suis entrée dans le manga pour ne plus jamais en ressortir! En revanche, je n’en achetais pas. Mon côté girouette fait que j’ai eu plusieurs fois Dragon Ball: j’ai essayé de faire l’édition à rabat de Glénat sans succès, puis j’ai eu les coffrets au complet (mais je trouvais l’impression vraiment horrible), édition revendue pour m’offrir l’édition Perfect dont j’ai 16 volumes risquant eux aussi de passer à la revente. En fait, j’ai sans doute trop lu ce manga et un titre aussi culte se trouvera toujours.

Manga 2/10: Dr Slump de Akira Toriyama (années 90)

drslump8A l’époque où j’ai lu Dragon Ball, un souvenir lointain m’est venu en tête, probablement un dessin animé vu à Hong Kong quand j’étais très petite (en vacances évidemment, ce sont surtout des dessins animés japonais qui inondent les chaînes là-bas). Je me souvenais d’une petite fille aux cheveux violets avec un graphisme proche de Dragon Ball. Je l’ai enfin revue, mais uniquement dans le volume 8 de Dragon Ball! Par la suite, j’ai découvert Dr Slump dans un rayon de Carrefour: elle avait donc bien sa propre série! Pendant que mes parents faisaient les courses, j’ai boulotté la moitié du volume 1: c’était hilarant, j’avais beaucoup de mal à le lâcher. Mais je ne pouvais l’acheter (35F?), trop cher. J’ai fini par avoir un peu plus de liberté de mouvement vers mes 14 ans et lors d’un moment de ces moments, j’ai acheté, en cachette, le volume 8 de Dr Slump (je me sentais très coupable, car je savais que ça coûtait très cher). Ce fut donc mon premier manga et c’est aussi le premier manga que j’ai eu envie d’avoir à moi. Le premier d’une longue série… Dr Slump est donc un manga marquant pour cela. Aujourd’hui, je n’ai plus ce volume. Et je n’ai plus Dr Slump non plus (ni de place!).

Manga 3/10: RG Veda de Clamp (1997/1998?)

rgveda02_05042003J’ai fréquenté un lycée d’une ville voisine, dans laquelle je ne connaissais personne. Il s’est avéré que ma voisine de classe était une fan de manga et de jeux vidéo aussi. Elle m’avait remarqué par un porte-clé Keroppi (la grenouille de Sanrio). Je suis restée très longtemps dans le monde de l’enfance pour ce qui est de mes goûts graphiques: j’adorais les traits ronds comme mon idole Toriyama (mais comment faisait-il pour dessiner aussi bien!!!!), mais j’aimais beaucoup les dessins animés comme Doraemon, Obakeno Q-Taro (des stars à Hong Kong), Wedding Peach, Osomatsu-kun, Chibi Maruko-chan, Mahoujin Guru Guru, mais surtout Crayon Shin Chan. Puis cette copine de lycée m’a prêté son manga culte: RG Veda (tandis que je lui prêtais mes 3 volumes de Dr Slump). Le volume 2 fut un choc pour moi: je n’avais jamais rien lu de tel! Le dessin très fin et hyper élégant, l’aura de mystère perpétuelle, la magie, le côté ésotérique (je ne connaissais même pas ce mot!), le personnage d’Ashura imprévisible, la cruauté, le fait de puiser ainsi dans des textes indiens. C’était une vraie baffe par rapport à mon univers enfantin… Grâce à Tonkam chez qui les ruptures de stock étaient monnaie courante, mon amie n’avait pas tous les volumes mais j’ai tout de même lu (avec des trous) jusqu’au volume 9: encore un autre choc avec des révélations monstres. Je pense que même aujourd’hui, il m’est difficile de lire un shôjo fantastique sans penser à RG Veda. Je pense aussi que RG Veda est responsable de mon goût pour le fantastique dans les shôjo, et que quelque part, même mon goût pour Princesse Kaguya, Le cortège des cent démons ou Onmyôji est très fortement lié à RG Veda. J’ai toujours RG Veda dans ma bibliothèque, et je le garde précieusement, depuis que Tonkam a réimprimé TOUS les volumes au milieu des années 2000 (autour de 2004 de mémoire, pas l’édition deluxe).

Manga 4/10: Gunnm de Yukito Kishiro (1997/1998)

gunnm_tome1Gunnm m’a été prêté au même moment que RG Veda, et les deux sont donc très liés. Si mon amie de lycée me prêtait RG Veda, son petit ami de l’époque, lui aussi fan de manga (et un peu plus âgé que nous) me prêtait Gunnm. Grâce à ce couple d’amis, j’ai découvert Manga Player, Animeland, Akira, Lodoss, Tokyo Babylon, Video Girl Ai, Slayers. Disons que pour la première fois de ma vie, j’ai rencontré un groupe de fans de manga, d’anime et de jeux vidéo, vraiment à fond dans leur passion et ayant en plus du pouvoir d’achat. J’avoue que je ne connaissais pas grand chose à part Toriyama et Ninkû (oui, j’ai acheté ce manga!). Parmi tous ces manga, c’est surtout Gunnm qui m’a marquée, autant que RG Veda. Comme je l’expliquais au-dessus, j’étais surtout dans un univers enfantin et quand j’ai lu Gunnm, c’était un choc. Je n’avais pas du tout aimé Akira (en couleurs) ni Ghost in the shell, je pensais ne pas du tout aimer la SF à une époque. Mais j’ai accroché à Gunnm et pourtant: le dessin était adulte (un frein), c’était très violent (autre frein), c’était de la SF (encore un autre frein), il y avait des détraqués (autre frein). Et pourtant, impossible de décrocher, j’ai dû lire les volumes parus (la fin n’était pas sortie) à une vitesse record. Il y avait une histoire mystérieuse sur la mémoire perdue de Gally, beaucoup de poésie, de la tristesse (chose étrangère dans ce que j’aimais d’ordinaire), un côté sombre où la vie ne tient qu’à un fil. Puis surtout, j’avais ce sentiment qu’il y avait de la profondeur dans cette histoire. L’influence de Gunnm n’est pas aussi prégnante dans mes goûts présents, mais ça reste un grand jalon dans ma découverte des manga, et c’est ce titre qui m’a permis d’oser fouiller les bacs BD adultes de la bibliothèque (je lisais surtout Astérix, Gaston, Tintin, etc…). Aujourd’hui, j’ai bien Gunnm dans ma bibliothèque, l’édition grand format en coffret (puis le volume 9 en poche car Gunnm Last Order n’a jamais existé) offert par des amis vers 2004-2005 (encore un gros merci, mais ils ne verront sans doute jamais ce post). Avant, je ne l’avais jamais eu à moi.

Manga 5/10: Hôshin – L’investiture des dieux de Ryû Fujisaki (2001)

hoshin1r_32089Pendant mes années lycée, j’ai découvert Hôshin Engi par l’un des seuls numéros d’Animeland que j’ai achetés dans ma vie. Un article assez court (?) parlait de Hôshin Engi, manga inspiré d’un roman chinois, ce qui a tout de suite fait écho en moi en plus du graphisme hyper moderne et Sibuxiang: j’adorais les mascottes à cette époque. Hôshin fut le premier manga dont j’espérais un jour la sortie en français pour pouvoir le lire un jour futur (chose maintenant beaucoup plus habituelle chez moi maintenant…). Le premier manga tant attendu, et qui ne sortait pas. Je passais même chez Tonkam afin d’admirer la couverture du volume 5 japonais en vitrine, pour demander quand il sortirait en France. Apparemment, le sujet était trop compliqué, trop dur à traduire, ça ne sortirait jamais ici. A cause de ce manga qui m’intriguait, j’ai fini par m’inscrire à une newsletter sur la série mais je n’y comprenais rien (je me connectais en bibliothèque, il n’y avait pas Internet à la maison pour tou-te-s!!!). Malheureusement, je n’ai jamais pu participer aux projections d’anime (avec des inconnus tout droit sortis d’Internet!). Puis un jour, dans la newsletter, on parlait d’une sortie future du titre (j’étais alors étudiante). Je me souviens avoir acheté le volume 1 dés sa sortie, l’avoir lu, relu, dévoré, prêté aux gens que je connaissais (dans une école d’électronique, il y a d’autres otaku!!!). J’ai même fini par pousser le bouchon jusqu’à m’inscrire sur un forum pour pouvoir en parler et échanger avec d’autres (la newsletter, je n’y pigeais rien!), même si des camarades d’école m’y poussaient déjà. Disons que Hôshin est en plus le point de départ de ma rencontre avec beaucoup de personnes que je fréquente encore aujourd’hui. J’ai régulièrement relu le titre, même si ma dernière relecture remonte à 2010 (le chômage m’a aidée). Évidemment, j’ai toujours la collection chez moi. C’est même l’une des rares séries dont j’ai acheté tous les volumes neufs (un exploit chez moi). Le volume 5 est sans doute le manga le plus vieux de ma collection (en français) vu que j’ai racheté les 4 premiers suite à l’apparition de la jaquette chez Glénat (un temps que certain-e-s n’ont pas connu, mais que je trouvais ça moche, surtout sur Kenshin!).

Manga 6/10: Banana Fish de Akimi Yoshida (2005-2007?)

banana_fish_01En tant que fan de manga ayant commencé dans les années 90, j’ai eu l’habitude de lire de tout sans trop choisir (via la bibliothèque ou les amis). Avec le peu qui sortait, on s’en fichait des étiquettes shônen/shôjo/seinen et que sais-je… Dans les années 2000, j’ai découvert la lecture en Fnac: je lisais beaucoup de manga qui sortaient. Ainsi, j’ai découvert Monster et 20th Century Boys, puis un autre titre que je pensais faire partie de la fameuse catégorie seinen (sur toutes les lèvres aujourd’hui…): Banana Fish. Un manga qui ne passait pas inaperçu avec ses pages jaunes (qui étaient même un argument de vente de Panini!). Un manga pas toujours évident à lire en Fnac, car je le trouvais plutôt dense. Un manga plein de suspense, qui m’intéressait parfois plus que Urasawa. Avant le volume 10, je suis partie en alternance en Belgique, me coupant de la Fnac (j’étais chez les Flamands) et de toutes les séries que j’y suivais. Ce ne fut que plus tard, avec la rencontre d’une certaine Shermane, grande fan de ce manga, que j’ai acheté la totalité, contaminée par son enthousiasme (à cette époque, j’avais un peu d’argent: j’étais en alternance!). Même si je lisais de tout, je n’achetais que des hits avec un dessin bien chiadé, calibré: j’ai par exemple acheté Naruto dont je n’aimais pas spécialement l’histoire! Je suivais les modes, je pensais que tel ou tel titre deviendrait culte, ou qu’il l’était, par son dessin, son histoire, etc… Puis petit à petit, j’ai fini par creuser mon propre goût sans tenir compte des modes ou de ce qui allait devenir culte, achetant ce que j’aimais vraiment. Banana Fish est sans doute un des points de départ de ce comportement. Aujourd’hui, c’est même le contraire: finalement, les titres hyper cultes ne vont pas se raréfier et seront toujours disponibles en bibliothèque, tandis que des titres plus confidentiels deviendront probablement rares et difficiles à relire. C’est avec de nombreuses années que j’ai compris les qualités de Banana Fish, et que j’ai développé une obsession pour les œuvres de Akimi Yoshida (surtout la simplicité de son dessin, sa sobriété, son austérité rare dans le monde du shôjo). Alors que je n’avais plus vu un seul idéogramme depuis des années, j’ai acheté des manga en chinois pour pouvoir lire Yasha par manque de Banana Fish (de fil en aiguille, j’ai acheté TOUT ce qui était disponible en chinois, en galérant, pour l’achat comme la lecture)… Je considère même que Akimi Yoshida est un point de départ dans mon intérêt pour les shôjo mangaka vintage, notamment une certaine Moto Hagio. Évidemment, Banana Fish se trouve encore chez moi (placé à côté de Shôwa genroku rakugo shinjû en chinois, car ils ont le même format et vont bien ensemble)!

Manga 7/10: Basara de Yumi Tamura (2005-2007?)

basara2Basara est un manga dont j’ai entendu parler pour la première fois dans Mangavoraces (vous savez, ce petit mag de quelques pages en noir et blanc qui parlait de manga? il était gratuit!!!). En parallèle d’une chronique de Kenshin, il y avait la chronique d’un volume de Basara, sans doute dans les derniers. Ça avait l’air culte, mais je trouvais surtout le dessin très laid. En 2001, Basara est sorti. Comme ce n’était pas un Tonkam, il était disponible en Fnac. J’ai lu le volume 1, mais je n’avais jamais lu le volume 2. J’ai relu le volume 1 plus tard, en bibliothèque, mais le volume 2 était absent (le reste était pourtant bien là, sûrement un vol comme d’habitude…). Lorsque j’ai connu Shermane (encore!), par forum puis blog interposé, son enthousiasme (virtuel) au sujet de Basara a réveillé mon envie de dépasser le volume 1. C’est grâce à elle que j’ai pu tout lire, car j’ai fait une descente chez elle pour qu’elle me prête la série entière, à mon retour en France. Série évidemment dévorée en un temps record. Basara et Banana Fish sont deux titres très importants dans l’évolution de mes goûts et l’affirmation de ceux-ci. Je dirais que si aujourd’hui je lis surtout des femmes mangaka, c’est grâce à ces deux-là (Princesse Kaguya et Le Cortège des cent démons en font aussi partie). Ceci dit, je n’ai pas immédiatement acheté Basara, mais à force de le croiser d’occasion un peu partout, j’ai fini par les acheter afin d’avoir mes exemplaires (ou leur offrir un foyer, ces orphelins me faisaient de la peine). Finalement, je ne le regrette pas et je les ai évidemment toujours. Basara est pour moi LE shôjo d’aventure par excellence. Aujourd’hui, il m’est difficile de lire un shôjo d’aventure sans le comparer à Basara, à tel point que certains titres pourtant considérés comme très bons peuvent me paraître fades (oui, je parle de La Fleur millénaire). Basara est probablement le manga le plus épique que j’ai pu lire, avec un personnage féminin du tonnerre, une histoire d’amour un peu cliché (ces histoires d’identités secrète haha) et pourtant super réussie, avec un tas de personnages quasiment tous importants. Et sinon, le dessin? Je ne le trouve plus du tout laid!!!

Manga 8/10: Ping Pong de Taiyou Matsumoto (2005-2007?)

pingpong1Taiyou Matsumoto m’a longtemps intrigué avec son Amer Béton chez Tonkam. D’autant plus que Mangavoraces avait trouvé des mots qui me parlaient (j’aimais beaucoup le rap pendant le lycée): violence, banlieue, sans parler d’un dessin un peu « street ». Il faut dire que dés cette époque, l’équipe de Tonkam (en fait Dominique Véret) savait déjà faire du lien entre le catalogue et la société, un peu comme Akata aujourd’hui. De mémoire, Amer Béton coûtait 55F: une fortune. N’ayant personne le possédant dans mon entourage, je ne l’ai donc pas lu. En Fnac, je ne l’avais jamais croisé. Surtout qu’en plus, en boutiques manga, j’entendais parfois des personnes dire que ce n’était « pas un manga ». Je crois que c’est cette phrase qui a enterré cette curiosité. Les années passant, j’ai pu lire Frères du Japon grâce à un copain de forum. J’ai trouvé ça génial, mais Amer Béton était devenu bien rare quand j’ai eu plus de pouvoir d’achat. Sur le Forum de Mangaverse, j’entendais aussi parler de Ping Pong, chez Delcourt x Akata (avec une équipe menée par un certain… Dominique Véret, forcément). J’étais en Belgique ou en Allemagne, et j’attendais la période de cours (j’étais en alternance 6 mois/6 mois) pour être en France et tenter la série. En plus de cela, Shermane adorait Ping Pong et son enthousiasme (virtuel) m’a vite contaminée. Et puis, avec Ping Pong, j’étais sur un terrain connu: le manga de sport (comme I’LL). J’ai évidemment plus qu’apprécié Ping Pong, regrettant de ne pas avoir investi plus tôt dans Taiyou Matsumoto car mon intuition était la bonne! J’ai fini par acquérir tous ses manga disponibles en français, en continuant aujourd’hui (avec du retard, forcément). Dans mon parcours, j’ai même acquis Hanaotoko et Zero en chinois car ils ne sortaient toujours pas! Aujourd’hui, Ping Pong trône toujours dans ma bibliothèque, pas loin de Onmyôji (un cousin Delcourt x Akata). Depuis, Matsumoto s’est enfin institutionnalisé, à mon plus grand plaisir!

Manga 9/10: All My Darling Daughters de Fumi Yoshinaga (2006)

all_my_darlingJ’ai longtemps bataillé pour cette neuvième place: j’hésitais avec Blue de Kirko Nananan. En vrai, la lecture de Blue m’a plus marquée que All My Darling Daughters. Mais l’effet de All My Darling Daughters a été plus déterminant pour moi: c’est avec ce one-shot avec une couverture toute sobre que j’ai fini par découvrir l’une de mes mangaka préférées, et surtout l’une de mes séries préférées en cours: Le pavillon des hommes. Encore une fois, à une époque où j’empruntais un peu à tous les râteliers et où j’achetais très peu de séries, j’ai squatté ce one-shot à Shermane (la pauvre…) lors de ma période des cours. J’ai immédiatement accroché à All My Darling Daughters. C’était aussi la première fois que je lisais des histoires courtes ayant un lien les unes aux autres. Surtout, il y avait cette manière tellement fine de Yoshinaga pour décrypter la psychologie des personnages, le tout sans artifice, avec un graphisme sobre mais surtout très élégant du plus bel effet. A cette époque, de nombreux josei (le terme était à la mode!!!) sortaient en France. Mais celui-là, je me disais, était d’un autre niveau. Dans ce recueil, l’histoire avec la femme dont la vie est influencée par l’idéologie de l’égalité m’a fascinée. Depuis, ce volume trône fièrement dans ma bibliothèque, mais toute une flopée de titres de Yoshinaga lui tiennent compagnie (en anglais surtout, un peu en chinois et évidemment en français). C’est vraiment rétrospectivement que j’ai découvert l’importance de ce manga dans ma vie de lectrice. Yoshinaga fait partie de ma « sainte » trinité aux côtés de Akimi Yoshida et Moto Hagio!

Manga 10/10: A Drunken Dream and Other Stories de Moto Hagio (2012)

drunkendreamJ’ai souvent crié mon amour pour Moto Hagio, surtout sur Twitter, mais ma découverte de cette grande mangaka est en fait très tardive! Je connaissais évidemment son nom, grâce au Forum Mangaverse, surtout par les érudites fans de BL et de shôjo vintage. Je lisais parfois des articles dans lesquels Riyoko Ikeda était décrite comme une membre du Groupe de l’An 24, et c’est ainsi que pendant de longues années, j’ai cru que Moto Hagio (mais aussi Keiko Takemiya) avait un dessin identique à celui de Riyoko Ikeda. J’avais déjà lu La Rose de Versailles que j’avais pourtant beaucoup aimé (en bibliothèque, pour combler un vide culturel: jamais vu Lady Oscar, une honte pour une enfant des années 80). Finalement, en 2010, A Drunken Dream and Other Stories sort chez Fantagraphics. Les retours sont extrêmement positifs sur la blogosphère américaine, sur le Forum Mangaverse mais aussi le Forum Mata-Web. J’attendais surtout qu’un certain Herbv me le prête, puis j’ai fini par croiser un volume soldé de moitié chez Album, sûrement en été 2011. Il a fallu que le Centre Pompidou fasse venir Moto Hagio à travers son événement Planète Manga pour que je finisse par lire mon recueil qui reposait depuis des mois. Et là, choc total: le graphisme n’est pas du tout le même que celui de Riyoko Ikeda! Les histoires ne jouent pas non plus sur la passion ni le côté tourbillon (que j’aime beaucoup hein!), mais sont plus calmes, intérieures, posées et même matures. Sans parler du graphisme très maîtrisé, élégant, magnifique, parlant à l’inconscient (je n’ai jamais trop su comment le dire autrement), et sur certaines histoires, j’étais étonnée de la date de sortie tellement je trouvais le dessin « moderne ». Bref, j’étais charmée. Mais le clou fut enfoncé lors de la conférence sur Moto Hagio (en sa présence) lors de Planète Manga: je découvre ses titres de SF, en particulier Marginal et Gin No Sankaku (Le triangle d’argent) qui m’ont impressionnée (années 80, je n’en croyais pas mes yeux), mais aussi Zankoku na kami ga shihai suru par son thème particulièrement difficile (et des dessins expressionnistes!!!). Je n’arrêtais pas de relire l’interview donnée par Rachel Matt Thorn parue dans The Comics Journal et disponible (en partie?) dans A Drunken Dream and Other Stories. N’en pouvant plus, j’ai fini par acquérir de nombreux titres de Moto Hagio en chinois après avoir écumé ceux en anglais, devenant une Motomaniaque Hagiologue. Moto Hagio est très vite devenue une de mes mangaka préférées, formant une trinité aux côtés de Akimi Yoshida et Fumi Yoshinaga. Enfin, Moto Hagio est aussi responsable de ma découverte de la SF à l’âge adulte, et plus particulièrement des auteures comme Ursula K. Le Guin (La main gauche de la nuit) ou encore Margaret Atwood (La servante écarlate). J’ai donc envie de dire à Moto Hagio que OUI elle a réussi à faire découvrir la SF à des personnes à travers son œuvre (cf son mot d’introduction en anglais dans son dernier artbook consacré à ses œuvres SF). Grâce à elle, j’ai même envie de boucler (un jour) Fondation, lire Les Robots, et surtout Chroniques martiennes. Par Moto Hagio, j’ai aussi fini par devenir (du moins dans ma tête, je ne sais pas pour les faits) militante pour une meilleure reconnaissance des mangaka femmes (et plus particulièrement les mangaka shôjo/josei) dans ce que j’appelle l’intelligentsia du manga voire de la bande dessinée. Je déplore vraiment le manque de reconnaissance qu’elle subit ici, ainsi que le manque de traductions. Moto Hagio m’influence même dans mes achats manga: c’est parce qu’elle les a cités que j’ai fini par vouloir acheter Nodame Cantabile (même si d’autres raisons plus personnelles m’y ont poussée ensuite) ainsi que Princess Jellyfish. Elle a aussi cité The Top Secret et Le Pavillon des hommes, mais je les avais déjà!

Merci d’être resté-e vivant-e devant ce billet!

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romans, science-fiction

LoveStar (Andri Snaer Magnason)

J’ai découvert LoveStar en lisant un numéro de la revue Bifrost consacré à Ursula K. Le Guin. La chronique m’avait vraiment tapé dans l’œil et j’ai fini par l’offrir à un proche pour son anniversaire. LoveStar est un roman islandais, sorti au début chez Le Serpent à plumes puis ensuite dans la collection SF de J’ai Lu. C’est effectivement le côté nordique, humoristique mais aussi et surtout la technologie décrite, permettant d’être tout le temps connecté et les humains inféodés à celle-ci, pour tous les pans de la vie, qui m’ont parlé. Notons que le roman a été écrit en 2002, donc bien avant que tout le monde ait le wifi, bien avant que les forfaits ADSL illimités existent, bien avant Facebook et l’ère des réseaux sociaux, et bien avant l’ère du smartphone.

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Le roman suit en fait deux histoires, qui s’entremêlent. La première concerne un couple amoureux et heureux, un couple qui nage sur un nuage de bonheur (si ce n’est pas plus), Indridi et Sigridur. Le couple n’a pas encore été calculé par InLove mais il est persuadé qu’ils seront calculés ensemble, qu’ils sont destinés l’un à l’autre. Quelle surprise lorsqu’ils apprennent que la moitié de Sigridur se trouve en fait au Danemark! L’autre trame narrative suit LoveStar, le génial créateur à la tête de la société (tentaculaire) Istar, ayant rendu possible ce monde d’hommes sans fil, ayant rendu ce monde meilleur grâce à ReGret, LoveMort et surtout InLove.

Le roman est particulier mais j’ai immédiatement accroché à ce ton drôle et surtout très caustique. Le couple est évidemment agaçant et niais comme pas possible, les rendant absolument hilarants. La description de la société suite à la révolution non numérique mais plutôt la révolution ondulatoire est grotesque et prête évidemment à sourire. Les hommes ne sont plus vraiment connectés, ce sont des hommes sans fil: LoveStar, s’inspirant des ondes émises par les oiseaux migrateurs, s’en sert ainsi pour connecter les humains entre eux. La description faite des aboyeurs ou encore Simon l’infiltré m’ont ainsi beaucoup fait rire. Imaginez qu’une personne que vous pensez être votre ami est en réalité juste là pour vous pousser à consommer tel ou tel produit? Les humains sont ainsi prêts à céder des zones langagières de leur cerveau pour le bien d’une entreprise… Le livre, lorsqu’il reste près des personnes lambda, est complètement dingue et absurde, totalement fou! Et c’est ce ton absurde qui fait tout le sel du roman, l’absurdité même de cette consommation à outrance où les relations humaines authentiques n’existent quasiment plus.

LoveMort est une autre incarnation de cette critique du monde moderne où tout est propre, tout est clinique, une société dans laquelle on ne veut ni voir la mort ni voir ses vieux. LoveMort, ou comment on a rendu la mort (l’euthanasie ou plutôt le meurtre-même) fun. Oui, tout y est fun dans cette société. La mort n’existe plus, plus de retour à la terre, plus rien. On transforme le tout en show et fissa! Le tout donne une drôle de société. Plus tôt dans le roman, on parle aussi d’enfants qu’on peut rembobiner s’il n’adopte pas le comportement voulu. Il y a un côté évidemment aseptisé de nos sociétés contemporaines qui est décrit ici avec beaucoup de folie. Notons aussi que le roman parle d’UNE entreprise tentaculaire du nom de Istar, qui occupe TOUS les pans de la vie humaine. Cela rappelle la fameuse centralisation informatique contre laquelle lutte des associations telles que Framasoft.

La trame entourant LoveStar est, à mes yeux, le maillon faible du roman. Le personnage est très peu sympathique, mais c’est aussi celui dans lequel on entre le plus tout au long du roman. Un homme dévoré par ses idées, drogué par celle-ci, laissant de côté son humanité et sa vie personnelle. A tel point que ses idées sont purement empreintes de technique sans éthique ni questions sociétales voire sociales, chose souvent reprochée aujourd’hui à la Silicon Valley et son fameux solutionnisme.

L’autre gros point faible vient de la fin du roman. La fin est longue, un peu trop explosive, le roman va dans tous les sens et j’ai trouvé ce final pas terrible. Il y a un peu ce sentiment de « tout ça pour ça? » qui m’a animé, mais surtout, les 80 (voire 100?) dernières pages m’ont vraiment peu intéressée. La folie des hommes aura raison des hommes. Mais toutes ces dernières pages m’ont paru durer une éternité (L’apocalypse a lieu et notre couple amoureux devient Adam et Eve). En fait, je dirais que le livre est original, mais sa dinguerie permanente fait aussi partie de ses excès. C’est donc avec une petite déception que le tout se termine, alors que le reste m’a vraiment amusée. Un roman assez unique en son genre (enfin, de mon point de vue, j’ai assez peu de culture littéraire en vrai).

J’ai beaucoup aimé le passage où Magnason en profite pour se moquer des Danois et de leur langue sinon (puis toute la subtilité de ce personnage).

Un aperçu de la niaiserie de notre couple d’amoureux préféré:

A l’époque où la vie d’Indridi et de Sigridur n’était que douceur, ils se réveillaient au soleil du matin, comme collés l’un à l’autre par du miel[…]. Leurs paumes étaient plaquées l’une contre l’autre, le corps blotti et les jambes emmêlées en une tresse si serrée qu’on pouvait à peine distinguer auquel des deux chacune appartenait.

Ils devaient travailler comme tout le monde et, après avoir fait, l’amour sur le sol de la cuisine, en attendant que l’eau de la bouilloire soit chaude[…]. En un effort conjoint, ils parvenaient à s’habiller et à séparer leurs lèvres assez longtemps pour avaler leur petit déjeuner sans cesser de se toucher. Ensuite, ils se regardaient longuement dans les yeux comme pour se dire: Au revoir, et à midi!

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La Nuit des temps (René Barjavel) (SPOILERS)

Je préviens d’emblée. Cet billet n’est aucunement ce qu’on appelle une chronique ou une critique. J’ai lu très récemment La Nuit des temps de Barjavel et il fallait que ça sorte. C’est donc plutôt un billet coup de gueule. Surtout ne pas lire ces lignes si vous avez envie un jour de vous lancer dans La Nuit des temps. De nature, je suis plutôt une personne qui aime beaucoup râler. Je sais que ce qui prédomine est plutôt la pensée « positive » (parler de ce que l’on aime) dans la blogosphère, mais j’ai souvent besoin « d’en parler » comme on dit, lorsque l’agacement est monté suffisamment haut.

Alors pourquoi ai-je été au bout de ma lecture? Je ne sais pas. Probablement parce que j’ai souvent envie de terminer une histoire (d’où mes mangasochismes, je ne sais pas lâcher l’affaire), mais surtout parce que dans les bons points, le livre est vraiment facile à lire. C’est fluide, il n’y a vraiment aucune difficulté dans le style de Barjavel. Ça se lit donc très bien et très vite.

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Pour le topo, La Nuit des temps est un roman de SF français écrit peu avant 1968. Au départ, le roman était le scénario d’un film devant être réalisé par André Cayette, un gros film avec un gros budget qui aurait dû être notre 2001: L’Odyssée de l’espace national. Finalement, le film n’a jamais vu le jour et Barjavel transforma son scénario en roman. Le roman est devenu tellement culte qu’il est même lu au collège (ça n’a pas été mon cas). J’en avais beaucoup entendu parler et il figurait dans les romans que je voulais lire un jour. L’ayant reçu pour mes 35 ans (en 2017…) l’occasion s’est pour ainsi dire présentée.

La Nuit des temps débute par une expédition française en Antarctique. Les scientifiques découvrent qu’un faible signal est envoyé par-dessous la glace, laissant donc penser à une trace de civilisation. La découverte est énorme: deux humains (un homme et une femme) en état d’hibernation provenant d’il y a 900 000 ans, et dont la civilisation a l’air bien plus avancée que la notre. L’expédition devient ainsi internationale, et ce malgré la Guerre Froide menaçant de faire péter notre belle planète (en fait, pas besoin de guerre car nous la pétons à petit feu en ce moment-même…). Au cours de l’histoire, Eléa est réanimée et on apprend par elle à quoi ressemblait la société de Gondawa. Simon, un médecin (et le point de vue à travers lequel l’histoire est racontée) tombe éperdument amoureux d’Eléa.

Le tout démarrait pourtant bien avec une expédition en Antarctique, et puis un côté international. Le côté soixante-huitard est évidemment renforcé avec cette coalition de scientifiques unis malgré les tensions politiques de leurs pays respectifs. Première chose à dire: il y a BEAUCOUP de personnages, car Barjavel met en avant le fait que chacun ne vient pas du même pays. Les personnage sont à peine présentés, la plupart du temps, je ne sais même plus qui est spécialisé dans quoi. Cela rend les personnages hyper creux et clichés, les réduisant surtout à: lui c’est l’Américain (Hoover), elle la Russe (Léonova), lui le Japonais (qui s’appelle Ho-Toï, mais c’est QUOI ce nom?), le Turc (Lukos, d’ailleurs c’est plutôt un nom grec non?), Shanga est Africain (oui, c’est tout) et ainsi de suite. La vision des personnes venant de chaque pays est évidemment cliché. Hoover est un gros porc très lourd avec les femmes, Léonova est une belle femme brune et toute mince (il y a bien d’autres femmes dans le tas de scientifiques mais on ne parlera que d’elle, au moins je sais qu’elle est anthropologue)… et puis il y a les Français. On sent le côté scénario d’un film: dans un film on peut montrer des personnages secondaires en masse, sans les présenter. Mais dans un roman, ça passe un peu mal. Dans le cas présent, j’ai trouvé les personnages vraiment creux, pas humains, j’ai eu beaucoup de mal pour ça.

Le point qui m’a évidemment le plus agacée est le sexisme (probablement involontaire de la part de Barjavel). Alors là, c’est un festival de clichés. L’anthropologue russe est uniquement décrite à travers sa beauté. On ne saura jamais grand chose à propos de son intelligence ni de son travail: elle est anthropologue, mais je ne sais même plus si elle apporte quelque chose à l’équipe à travers son SAVOIR et ses COMPÉTENCES. Chaque fois qu’on la voit c’est pour des scènes de drague lourde avec Hoover (l’Américain). En fait, quand un homme se comporte ainsi avec une femme, c’est parce qu’il l’aime. J’ai presque envie de parler de harcèlement. Le pire dans l’affaire est qu’elle finit évidemment avec à la fin de l’histoire. En fait, elle est là uniquement en tant que « love interest » symbolique (c’est beau l’amour entre un Américain et une Soviétique) et j’ai plus d’une fois levé les yeux au ciel.

– « Il », quoi « il »? Quel est ce métal? demanda Léonova énervée.

Hoover était un géant roux ventru et débonnaire, aux mouvements lents. Léonova était mince et brune, nerveuse. C’était la plus jolie femme de l’expédition. Hoover la regarda en souriant.

– Quoi! Vous ne l’avez pas reconnu? Vous, une femme?… C’est de l’or!…

Côté sexisme, Léonova n’était pas le pire, hélas. Le tout commençait bien avec l’expédition (quoique le TOUT début du livre, avec les lamentations de Simon – les chapitres en italiques – auguraient du pire), jusqu’au réveil de Eléa. Et là, c’est le drame comme on dit. Car Eléa est juste la PERFECTION de la tête au bout des ongles de pieds. C’est simple, on ne saura qu’une chose d’elle: Eléa est BELLE. Il faut dire que les descriptions physiques l’accompagneront quasiment à chaque apparition car nous suivons l’histoire (hélas) des yeux de Simon, l’amoureux éperdu. Le pire dans tout cela, c’est qu’on ne saura jamais vraiment pourquoi il est amoureux, du moins si: elle est BELLE, car il ne la connaît même pas à ce moment-là (plus tard si, lorsqu’elle lui montre ce qu’elle a vécu). Vous avez bien lu, une femme se résume donc à son physique! L’autre point qui la rend si séduisante est évidemment sa tristesse. Elle inspire une forme de compassion. De plus, elle est seule dans cette civilisation inconnue, arrachée à son époque, et n’a comme soutien moral que Simon. Ce personnage d’Eléa est tellement parfait qu’il ne suscite rien, au pire (dans mon cas) un agacement. Je crois que dés son réveil, j’ai eu encore plus de mal avec ce roman et que mes yeux se levant vers le ciel se sont faits de plus en plus fréquents! Quasiment chaque fois que Barjavel parlera d’elle, il y aura toujours une allusion à un oiseau ou à une fleur. Le champ lexical m’a achevée. Avant le réveil d’Eléa, il y a tout un passage avec les arguments des uns et des autres pour le choix de réveiller la femme ou bien l’homme. Certains arguments pèsent leur pesant de cacahuètes: l’homme a un cerveau plus lourd donc plus intelligent (souvent un argument venant d’un scientifique d’un pays du tiers-monde), la femme est plus belle et les femmes d’abord (le côté gentleman des pays dits développés…). Dans la civilisation Gonda, les femmes et les hommes ont chacun leur propre langue (on croirait que les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars, mais en fait, ce sont les Africains qui viennent de Mars dans ce roman…).

[…] On l’avait laissée nue. Son buste amaigri, ses seins légers tournés vers le ciel étaient d’une beauté presque spirituelle, naturelle.

Gros plan du visage d’Eléa. De ses yeux. Lanson ne pouvait s’en détacher. Toujours l’une ou l’autre de ses caméras obéissant à ses impulsions à demi inconscientes, revenait se fixer sur l’insondable nuit de ses yeux d’outre-temps.[…]

La main d’Eléa se posa au sommet de la sphère. Simon la guida comme un oiseau[…].

En hurlant le nom, elle se dressa sur son lit, nue, sauvage, superbe, tendue comme une bête chassée à mort.

[Dans la famille Vignont qui suit l’expédition à la TV:] Il n’en dit pas plus. Il pense à Eléa toute nue. Il en rêve la nuit, et quand il ne dort pas, c’est pire.

La dernière image qu’il reçut fut celle de la main d’Eléa, belle comme une fleur, ouverte comme un oiseau, […]

Les scènes d’amour ou de sexe sont hyper lyriques, cliché. Clairement, le sommet est atteint ici, lorsque Eléa et Païkan font l’amour. Je crois que ça se passe de commentaires. Le couple « tragique » formé par Eléa et Païkan est juste agaçant aussi. Elle est belle, il est beau, puis c’est un peu tout (ah si! ils ont été calculés par l’ordinateur c’est vrai). Côté personnages creux, on est en plein dedans. Les étreintes sont vues comme une conquête, avec le vocabulaire habituel d’une bataille. Évidemment, elle est une femme, donc pleine de secrets, forcément! Quant au twist final sur l’histoire d’amour tragique, j’ignorais les inspirations de ce roman et pourtant, ce final se devine très vite (donc pas de surprise de mon côté, donc pas marquée par cette révélation!!!! Je crois que le genre amour tragique, ça m’énerve plus qu’autre chose, mais là ce n’est plus du tout la faute de Barjavel). Enfin, l’histoire d’amouuuuur belle et tragique est surtout très niaise!

Païkan leva les bras et se laissa glisser derrière elle. Elle s’appuya à lui, flottante, légère. Il la serra contre son ventre, prit son élan vers le haut et son désir dressé la pénétra. Ils reparurent à la surface comme un seul corps. Il était derrière elle et il était en elle, elle était blottie et appuyée contre lui, il la pressait d’un bras contre sa poitrine, il la coucha avec lui sur le côté et du bras gauche se mit à tirer sur l’eau. Chaque traction le poussait en elle, les poussait tous les deux vers la grève de sable. Eléa était passive comme une épave chaude. Ils arrivèrent au bord et se posèrent, à demi hors de l’eau. Elle sentit son épaule et sa hanche s’enfoncer dans le sable. Elle sentait Païkan au-dedans et au-dehors de son corps. Il la tenait cernée, enfermée, assiégée, il était entré comme le conquérant souhaité devant lequel s’ouvrent la porte extérieure et les portes profondes. Et il parcourait lentement, doucement, longuement, tous ses secrets.

Le mode de sélection, à l’aube de l’Apocalypse, du dernier homme et de la dernière femme à hiberner vaut aussi son pesant de cacahuètes. Ainsi, la civilisation est tellement avancée qu’un ordinateur va donner 5 noms de femmes à Coban sur les critères suivants: les femmes les plus belles et les plus intelligentes (là, on n’en aura la preuve que sur la toute fin quand on comprend qu’Eléa, en quelques jours, avait déjà compris le français et se met à parler  à Simon dans cette langue…). La N°1 étant enceinte, elle est directement disqualifiée, mais la seconde dans cet ordre-là est Eléa. Le critère pour les hommes sera évidemment l’intelligence mais aussi la CONNAISSANCE!!!! Et c’est pourquoi Coban se sélectionne lui-même, séparant Eléa de son bien-aimé Païkan dont le point faible est le manque de connaissances (selon Coban). Alors que ce soit bien clair: dans cette civilisation avancée donc, personne ne s’est dit qu’Eléa, séparée de son bien-aimé calculé par un ordinateur à ses sept ans, n’aura peut-être plus la volonté de vivre si elle se réveille un jour après le passage de l’Apocalypse, et encore moins la volonté de copuler avec Coban? Non, vraiment…

Quant au monde même d’il y a 900 000 ans, il ressemble évidemment au notre à l’époque de l’écriture du livre pour ce qui est de la géopolitique et des conflits. Il s’agit d’un monde avec deux grandes puissances mondiales (Gondowa d’un côté, Enisoraï de l’autre), en guerre, risquant de péter à tout moment, sonnant le glas de l’humanité, à travers les bombes « terrestres » (ou l’arme atomique). Notons que les habitants d’Enisoraï ressemblent physiquement à des Asiatiques, qu’ils sont en nombre TRES supérieur aux Gondas (ils viendraient d’atteindre le milliard à ce moment-là!), que ces derniers surveillent leur manière de se multiplier. Evidemment, l’Apocalypse a lieu et il ne faut surtout pas que nous répétions l’Histoire. J’ai trouvé le parallèle pas très subtil en fait, ni le message « faites l’amour pas la guerre », très ancré dans son époque. Côté progrès scientifiques, ceux-ci sont bien plus avancés que nous, le tout paraît même idyllique. Heureusement, beaucoup plus tard, on voit des citoyens bien moins lotis, nous suivions surtout les privilégiés de ce monde.

Je voulais aussi parler un peu du personnage principal, le Dr Simon. Il tombe éperdument amoureux de Eléa et ses monologues, en italiques, reflètent son état mental. Ce personnage de « gentil » m’a aussi agacée. C’est simplement le « gentil », le prétendant, le « gentil con » comme diraient certains, car l’objet de son amour est déjà promise à quelqu’un d’autre. A part sa gentillesse, on ne saura pas grand chose de lui non plus! Ah, si, son amour immédiat pour Eléa (on se croirait dans le générique de Jeanne et Serge!!!)

Petit morceau choisi pour le côté raciste (car le roman en est truffé, et encore une fois, je suppose que c’est involontaire):

Mais Hoover se méfiait. Il leva le genou et tendit sa botte à Shanga [un personnage africain] avec l’aisance donnée par vingt générations d’esclavagistes.

– Tire ma botte, petit.

Shanga eut un sursaut et recula. Léonova devint furieuse.

– C’est pas le moment de se sentir nègre! cria-t-elle

Au lendemain de cette lecture m’ayant suffisamment agacée, j’ai entendu le dialogue suivant provenant d’un bureau voisin au travail (au début, Elle parlait de son amie qui transportait 10Kg de maquillage, je ne sais pas si c’est vrai, ayant transporté 8Kg de manga pour un vol Hong Kong > Paris, dans un sac assez conséquent, faut le dire, alors se palucher 10Kg de maquillage tous les jours dans un sac que je suppose à main, il y a du défi dans l’air… mais passons):

Lui: « Mais si elle se maquille il y a bien une raison non? c’est pour se faire remarquer » (des hommes je suppose)

Elle: « Mais non il n’y a PAS de raisons!!! C’est dans la nature de la femme de vouloir être belle et se maquiller »

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Mangasochisme: Onmyôji de Reiko Okano

Aujourd’hui, nous « fêtons » les cinq ans d’anniversaire de la sortie du volume 7 de Onmyôji – Celui qui parle aux démons. Il s’agit d’un manga de Reiko Okano édité par Delcourt (époque Akata) depuis mai 2007. Reiko Okano se base sur la série de romans de Baku Yumemakura, s’inspirant du personnage historique Abe No Seimei, célèbre onmyôji (maître du yin et du yang) ayant vécu à l’époque Heian (794-1185). Au Japon, le manga sort entre 1993 et 2005 au début dans le Comic Burger (magazine seinen de Gentosha), puis ensuite dans le Comic Birz (idem) et enfin dans le Melody (magazine josei de Hakusensha où on trouve The Top Secret et Le Pavillon des Hommes) à partir de 1998. C’est un manga culte au Japon qui connaît 13 volumes reliés. Si j’en parle dans cette rubrique, cela signifie bien une chose: le volume 8 n’est toujours pas sorti, et nous n’avons aucune nouvelle quant à l’avenir de la série en France (enfin, on se doute plus ou moins de cet avenir, inutile de faire appel à un… onmyôji!).

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Le visuel du volume 8 existe déjà en VF, rageant

Onmyôji fut sûrement l’un de mes plus grands coups de cœur dans ma « carrière » de lectrice. Pourtant, au moment de sa sortie en 2007, même en ayant beaucoup aimé ma lecture, ce n’était pas encore le cas. C’est vraiment avec le temps, petit à petit, que j’ai fini par hisser ce manga parmi mes préférés. A ses débuts, je reconnais pourtant ne pas avoir soutenu le titre: j’étais encore dans une période naïve et je ne réalisais absolument pas qu’acheter un manga neuf était un acte de soutien. Ainsi, j’achetais la plupart de mes manga d’occasion (cela inclut des titres tels que les débuts de 7 Seeds, Le Cortège des cent démons, puis les débuts de Goyô). D’autant plus que dés sa sortie, Onmyôji coûtait la modique somme de 15€ pour un format identique à d’autres titres qui en coûtaient traditionnellement 10.

En réalité, je me suis surtout rabattue sur Onmyôji suite à l’arrêt du Cortège des cent démons. A cette époque, je limitais beaucoup plus mes achats et je n’avais droit qu’à un type de série en cours, la case yôkai était donc prise. J’ai commencé à acheter la série en neuf au volume 4 (ou 5?) seulement (la décennie passée, les manga d’occasion coûtaient bien moins chers et les grands formats étaient très souvent disponibles dés leur sortie… sûrement les fameux service presse). Et c’est aussi le moment où j’ai réalisé que Onmyôji était surtout un des manga préférés, un de ces manga que je remerciais le ciel de pouvoir lire en français, et surtout un de ces manga que je voulais tant lire un jour. C’est donc devenu l’un des titres les plus importants de ma collection.

A l’époque de la sortie du volume 5, je m’intéresse enfin aux histoires de vente. Et le bât blesse: certains manga cartonnent, d’autres peinent commercialement. Onmyôji fait évidemment partie du second groupe. Moins de 500 exemplaires (autour de 200? faut croire que le club est très très select, certain-e-s ont même plus d’amis Facebook…). Le tout sort de manière très sporadique, jusqu’au volume 7, mais la série est toujours en cours. Le sort est plus ou moins jeté lorsque Akata devient un éditeur indépendant en 2014, sans Dominique Véret pour défendre la série auprès de Delcourt.

Pourtant, j’y ai cru au volume 8, après avoir vu une chronique de celui-ci sur le site de Animeland, au cours de l’année 2015 (en mai de mémoire, la chronique n’ayant pas été sauvegardée par Wayback Machine). J’étais donc toute contente: le volume allait sortir dans les mois à venir. Mais quelle naïveté! Le chroniqueur a sûrement dû lire une version PDF, donc aucune garantie que la version papier ne sorte. Sur Manga News, on pouvait lire les news suivantes tout au long de l’année 2015: Onmyôji 8 pas avant 2015, Nouveau report du tome 8 d’Onmyôji, Le tome 8 d’Onmyôji repoussé à 2016. Depuis, pas de nouvelles. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir invoqué Jacques Pradel via son émission Perdu de vue, mais peut-être que je devrais plutôt essayer Témoin N°1

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Je sais, on a changé de siècle mais les habitudes ont la vie dure

Il est tout de même très regrettable de voir qu’un tel titre ne peut pas avoir une place dans un marché tel que le nôtre (on aime tant s’en vanter: le second marché mondial du manga est la France). Surtout que ce titre aurait pu avoir une exposition bien au-delà du cercle des fans de manga: j’aurais tellement aimé que la presse généraliste se penche dessus, comme elle s’est penchée sur Chiisakobé par exemple! Mais le titre est sans doute sorti un peu trop tôt, à un moment où il ne faisait pas encore si bon de parler manga ou de valider certains titres (je ne sais même plus quand Taniguchi est devenu « acceptable »). Peut-être que la communication n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui. Mais avec les fréquentations de lieux tels que le Musée Guimet, la Maison de la Culture du Japon à Paris, avec les personnes qui achètent de la littérature japonaise aux éditions Picquier, il y avait un public du Japon érudit pour se pencher sur Onmyôji… Peut-être qu’à cette époque, les années 2000, ces deux mondes avaient encore du mal à se rencontrer (et sans doute encore aujourd’hui…).

Et pendant ce temps, je dois le dire, et je l’assume, j’ai du mal à lâcher le morceau: Abe no Seimei et Hiromasa me manquent cruellement. L’ironie de tout cela, malgré un personnage principal exerçant en tant que onmyôji très puissant, la malédiction a réussi à s’emparer de la série… De mon côté, je réfléchis de plus en plus à me procurer la série entière en édition taïwanaise, malgré les doublons (les volumes ne sont plus vendus à l’unité… reste le marché de l’occasion. C’est dommage surtout quand on sait que la suite sort là-bas!). Je souhaite bon courage à celles et ceux que la série intéresserait: le volume 6 surtout est devenu très très rare. Car malgré l’absence plus que probable d’une fin en français de notre vivant, Onmyôji vaut le coup d’être lu. Il y a bien un fil rouge dans cette série, mais les histoires peuvent aussi se lire de manière indépendante.

Quand j’ai su que le FIBD 2018 se consacrait à feu Tezuka, j’ai même espéré que son fils Macoto Tezuka vienne accompagné de sa femme: Reiko Okano! Les obsessions ont la vie dure… Malheureusement, tout laisse penser que Delcourt a baissé les bras. En effet, les relances sont sans réponse: ma dernière question posée sur le forum de Mangaverse concernait à la fois RiN de Harold Sakuishi et Onmyôji, ce dernier a juste été ignoré alors qu’une réponse a été apporté pour le premier. A partir de là, j’aimerais bien que Delcourt finisse par rompre le silence en apportant une réponse, quelle qu’elle soit. Afin que tout le monde puisse passer à quelque chose en digérant la nouvelle chacun-e à sa manière, au lieu de se raccrocher à un espoir aussi mince soit-il (idem pour Panini et ses multiples séries dans le coma, spéciale dédicace à Princesse Kaguya – notons que les deux mangaka s’appellent… Reiko et officient chez le même éditeur et le même magazine aujourd’hui, ça doit signifier quelque chose ou bien je suis complotiste). D’autant plus qu’au vu du nombre de lecteurs et lectrices, cela fera autant de bruit qu’une manifestation de chats coussin…

Pour conclure, la suite Onmyôji – Tamatebako a débuté en 2010 dans le Melody (pour changer). Même cette série s’est terminée avec son septième volume (été 2017).

EDIT (17/03/2018): à propos de ma question sur Onmyôji volume 8, j’ai finalement eu une réponse sur le forum de Mangaverse. Bref, c’est donc hyper frustrant: cela signifie que depuis mai 2015 au moins (date de la chronique perdue sur Animeland), le volume 8 est dans un état végétatif…

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est em, manga, mangasochisme

Mangasochisme: Golondrina d’est em

L’an passé, j’ai souvent souffert de ne pouvoir lire la suite de tel ou tel manga. Et j’en suis venue à créer un mot pour ça: mangasochisme. Parce que je ressassais, à longueur de temps, dans ma tête, tous ces manga que je traîne depuis des années sans en voir le bout (bout que je ne verrai peut-être jamais de mon vivant si je n’apprends pas le japonais…). Bref, tout ceci pour dire que j’inaugure ici une nouvelle rubrique qui combinera toutes mes frustrations. En somme, un espace qui permet ENFIN d’exprimer tout ça à l’écrit (en fait c’est thérapeutique quoi)… Rien d’intéressant, il s’agit ici de râler un bon coup car ça fait du bien. En plus, j’adore me plaindre (pas de quoi s’en vanter, je sais)… Et si vous voulez vous y adonner en commentaires, vous êtes les bienvenu-e-s!

Je commence cette série de lamentations par Golondrina d’est em (je résume mais c’est une mangaka ayant commencé par le BL, mais elle officie aussi dans le josei et le seinen. C’est évidemment une des chouchoutes de ce blog… en VF, courrez lire Tango aux Éditions H, hélas trouvable partout à prix très petit ;__; ). Golondrina (hirondelle en espagnol) est une série inédite en France. est em est venue vers le seinen en 2011-2012 avec Golondrina et Ippo (rien à voir avec le boxeur), deux titres respectivement prépubliés chez IKKI (Shogakukan) et Jump Kai (Shueisha). L’histoire de Golondrina est centrée autour d’un domaine qui fait débat en Europe: la tauromachie. Pourtant, naïve comme je le suis, avec l’actu chargée de est em au Japon, je croyais dur comme fer à une sortie, soit aux États-Unis chez Viz (il faut dire que l’espoir fut entretenu lors de la venue d’est em au TCAF 2014 ainsi que la sortie de Tableau Numéro 20 chez SuBLime, branche BL de Viz), soit sur le sol français chez Kana dans une collection du type Made In (après tout, Kana a sorti des IKKI, pensais-je). Et ce malgré le four que fut Tango et son dessin paraît-il « particulier », « les Français ne sont pas prêts » me dira-t-on un jour.

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Golondrina est un titre prévu en 6 volumes. Le tout semble avancer, sauf qu’au Japon, l’aventure du IKKI s’achève en 2014. Par la suite, Shogakukan fonde le Hibana en mars 2015, un magazine seinen dans lequel la plupart des mangaka prépubliés sont des femmes. D’après les dires, c’est peut-être pour concurrencer le Harta de Enterbrain qui cartonne au Japon (on y trouve entre autre Bride Stories). Cela n’a rien à voir avec Golondrina, mais notons que le Hibana s’arrêtera aussi en été 2017… Tout ça pour dire que les choses commencent déjà mal pour Golondrina d’est em: lorsque le Hibana est lancé, on y retrouve certaines séries issues du IKKI (comme Futagashira de Natsume Ono et Dorohedoro de Q Hayashida) mais pas Golondrina! Visiblement, Golondrina ne sera repris dans aucun magazine et sa sortie sera prévue directement en volume relié sans passer par la case prépublication! A ce moment-là, sur les 6 volumes prévus de la série, on en est au 5. Tout cela pour dire qu’évidemment, cela n’aide pas à vendre les droits de la série à l’étranger (paraît-il que Shogakukan essayait pourtant pour le marché occidental, mais n’a jamais trouvé preneur pour cette merveilleuse série).

Miracle dans le « planning » de l’éditeur taïwanais Tong Li (un des plus grands acteurs du marché, local ou en licences manga), j’apprends que Golondrina sort en janvier 2015 (je relis même plusieurs fois le nom de l’auteure pour être SÛRE de ne pas me réjouir pour rien)! Autant dire que je saute de joie, surtout que cela signe peut-être un excellent début d’année (des événements tragiques diront quand même le contraire). Tong Li fait donc un lancement comme on en voit souvent en France, en sortant les deux premiers volumes le même jour. Inutile de dire que je commande évidemment les volumes très rapidement, attendant avec impatience la suite (je n’ai jamais écrit dessus mais à ce jour, Golondrina est mon chouchou personnel dans l’œuvre d’est em, tant pour son histoire que son merveilleux dessin). Les mois passent, et même l’année qui passe, avec 2016 qui pointe son nez et toujours: RIEN. Le néant, nada, null (oserais-je même). On est en 2018 et évidemment, toujours aucune nouvelle de Tong Li. Et toujours cette sempiternelle réponse sur le forum de l’éditeur, à savoir que Tong Li n’a plus les droits, et qu’aux premières nouvelles, nous serons mis au courant sur le site de l’éditeur (si si, il sont sur Facebook, mais ils ne répondent pas aux questions de ce type dessus, faut passer par le forum…). Réponse identique à quasiment toutes les questions concernant des sorties que je me demande si elle n’est pas… automatique!

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L’espoir fut donc plus que bref, Tong Li faisant même pire que Panini: opération que j’ai même fini par baptiser le lancement-arrêt. C’est lorsque l’éditeur fait un lancement en grande pompe avec 2 volumes d’un coup, et qu’en fait la suite ne sortira jamais  (ce n’est pas la première série victime de l’opération chez l’éditeur). Notons que l’éditeur (ou les éditeurs en général à Taïwan) ne communique pas comme le font les éditeurs français. C’est donc plus que désagréable de se voir arrêter ainsi une série (longtemps) rêvée. Car il n’y a JAMAIS d’arrêt de série (sauf que les séries arrêtées à un volume de la fin, je ne les compte même plus): c’est la sempiternelle réponse dont je parlais plus haut. Au petit bonheur la chance, certaines séries voient un volume sortir après des années d’interruption. Et on ne me dira pas que Tong Li est un petit éditeur: c’est un mastodonte à Taïwan, qui a même une branche à Hong Kong, possédant les licences de gros shônen qui cartonnent (The Promised Neverland, One Punch Man, One Piece, My Hero Academia, au niveau local, il y a le bestseller The Ravages of Time du Hongkongais Chen Mou, et j’en passe, là où ces titres sont partagés en France entre plusieurs éditeurs…).

Si vous êtes toujours vivant-e-s, merci d’avoir lu ma complainte. A noter que récemment, est em a publié sur Twitter des dessins de Golondrina: elle reprend donc la série et travaille sur le volume 6. Avec une fin, peut-on espérer une situation qui se débloquerait pour une sortie… en Occident? Ce serait tellement bien! Le public français serait-il « prêt » (on se pose tout de même moins cette question pour d’autres mangaka, curieusement…)? De ma lucarne, c’est un titre que j’aurais très bien vu dans une collection atypique comme celle de Futoropolis (je sais, le coût, tout ça, je n’ai toujours pas acheté Les Chats du Louvre en plus), au vu du dessin très européen d’est em et du lieu où l’histoire se passe: en Espagne.

Le ptich: Chika est une jeune femme de 18 ans que l’on confond souvent avec un garçon. Elle est lesbienne et a rompu il y a peu avec sa petite amie. Ce que Chika aimerait, c’est trouver la mort. Mais pas n’importe comment: à l’aide de la tauromachie, elle pourrait mourir fière, et de manière visible, à la télévision!

A lire: la chronique de Jocelyn Allen.

comics, science-fiction

Y Le Dernier Homme (Brian K. Vaughan et Pia Guerra)

Y Le Dernier Homme (Y The Last Man en VO) est une série éditée par Vertigo. Elle a été pré-publiée aux Etats-Unis de septembre 2002 à mars 2008, s’étalant sur 60 épisodes. On doit ce comics au célèbre scénariste Brian K. Vaughan et à la dessinatrice Pia Guerra (rejointe plus tard par le Croate Goran Sudžuka, avec Paul Chadwick en guest star sur l’arc de la troupe de théâtre). En France, Y Le Dernier Homme est édité par Semic (2 volumes) avant d’atterrir chez Panini (10 volumes, complet) puis enfin chez Urban (5 volumes cartonnés, complet).

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Un jour d’été 2002, tous les mammifères porteurs du chromosome Y meurent de manière instantanée. Seuls Yorick Brown (22 ans), et le capucin avec lequel il vit, Esperluette (Ampersand en VO), sont épargnés. Le monde entier, et surtout les États-Unis, sont en proie à une panique générale. En tant que dernier homme, Yorick se trouve confronté à divers groupes de femmes voulant s’emparer de lui. En fait, il aimerait surtout rejoindre l’Australie pour se retrouver auprès de Beth qu’il vient de demander en mariage. Yorick est escorté par l’Agent 355 à travers les Etats-Unis afin de rejoindre le Dr Alison Mann dont les travaux sur le clonage se révèlent cruciaux pour le futur de l’humanité.

Y Le Dernier Homme m’intrigue depuis des années (depuis ma découverte des titres du label Vertigo, aux côtés de 100 Bullets, Sandman, Fables). Contrairement aux trois autres titres cités, je ne suis jamais passée à l’achat, sûrement la faute à des dessins un peu fades sur les premiers tomes, contrairement aux couvertures très réussies de chaque épisodes. J’ai aussi eu l’occasion, il y a bien 10 ans, de lire une partie en bibliothèque dans son édition Panini. Alors que la série était disponible jusqu’au bout, j’ai fini par laisser tomber (je n’ai jamais su pourquoi). En croisant d’occasion l’intégrale de l’édition Deluxe VO (équivalent de celle d’Urban), j’ai fini par redonner une chance à Y Le Dernier Homme, hit Vertigo des années 2000.

Mon premier contact avec Brian K. Vaughan a été la série Marvel Les Fugitifs, faite pour des personnes comme moi à l’époque: les newbies en matière de comics, ne connaissant absolument pas l’univers Marvel (je ne dis pas que je le connais beaucoup plus aujourd’hui). Cette série se terminait en 3 volumes (il s’agissait en fait d’une première saison) m’ayant laissé une très bonne impression. Puis j’ai lu un bout de Y Le Dernier Homme (impression mitigée à l’époque), Ex Machina (idem), Pride Of Bagdad (pas accroché), Saga (jamais compris la hype même si le premier volume se lit très très bien). En fait, Vaughan est surtout un rusé, fort pour pitcher: ses séries partent toujours d’un point de départ très curieux, attirant donc dés le premier épisode (j’ai d’ailleurs envie de lire Paper Girls et Private Eye). Et c’est le cas pour Y Le Dernier Homme.

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Alter, ce personnage que j’ai un peu trouvé en trop

Après un premier épisode très réussi, le souffle retombe par la suite. Du moins, sur une bonne dizaine d’épisodes de la série. Il faut dire que le scénario souffre un peu de son époque (le début des années 2000) avec sa narration du type « Maintenant », « Il y a 2 heures », « Il y a un mois », « trois jours plus tard » (un peu comme Bendis parfois). Mais aussi et surtout, les dessins de Pia Guerra sont plats, un peu quelconques, les visages sont peu expressifs, les décors sont parfois vides. La narration manque de punch. Le défaut de la série est aussi qu’elle manque de surprise sur ses débuts.

Il y a un enchaînement de péripéties plus ou moins artificiel: nos personnages (Yorick, Mann, 355, Esperluette) sont au calme? Alors, vite il va se passer quelque chose! Il y a comme un manque de répit à chaque fois que l’équipe se pose, mais un manque de répit « attendu »: « ils ont eu tant de calme, obligé il va se passer quelque chose ». Autre défaut, à chaque fois qu’il y a des conflits internes dans l’équipe, un événement survient forcément, parce que tel ou tel personnage est isolé (et même Esperluette en fait les frais)! Enfin, du côté des personnages rencontrés en route, la méfiance est de mise (c’est un monde post-apo), et c’est au moment où le conflit s’amorce (avec ou sans mortes) que l’on penser à sauver l’autre car elle n’était pas si méchante (et avec un peu de chance, une vraie ennemie pointe son nez au même moment!!!). Ou les séparations des personnages qui se jouent à rien, et qui fait que ceux-ci doivent ensuite parcourir le monde pour retrouver une telle. Et puis il y a aussi cette tension familiale avec Hero, la sœur de Yorick. Le personnage de Alter est pour moi assez raté (et entre dans l’histoire de manière un peu artificielle à mon goût…).

C’est donc parfois répétitif et les ficelles de Vaughan sont souvent les mêmes. Ceci dit, je pense que mon impression est surtout due à une lecture d’une traite. Contrairement à d’autres titres Vertigo, Y Le Dernier Homme se lit beaucoup mieux en suivant la prépublication (au rythme mensuel) qu’en relié (ce qui le rend assez différent des autres titres Vertigo qui se lisent souvent très bien en relié), Vaughan maîtrisant bien l’art du cliffhanger. La narration de Vaughan est bien plus frontale, plus « américaine », moins littéraire et beaucoup plus tournée vers les dialogues.

Cependant, même si l’aspect répétitif des péripéties est toujours là (ce qui a failli me lasser au bout de 2 volumes, soit 20 épisodes), l’histoire s’améliore par la suite. Les rebondissements sont nombreux mais un peu mieux gérés. Ou bien, je me suis attachée aux différents personnages. La série devient un peu plus intéressante lorsqu’on rencontre des femmes qui n’en veulent pas forcément à la vie de Yorick et de ses acolytes, ou qu’on voit des femmes prendre leur vie en main comme le capitaine du bateau. Les personnages sont réussis et c’est ce qui rend la série suffisamment attrayante malgré les 10 premiers épisodes. Soit Vaughan s’est amélioré au fil de la publication, soit je me suis attachée aux personnages, rendant le comics plus facile à suivre. J’ai trouvé que c’était plus fluide à partir de l’arc des cosmonautes. Une autre force de Vaughan provient des dialogues: ceux-ci sont très vivants et plein d’humour.

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La fine équipe: 355, Alison Mann, Yorick Brown et Ampersand

Côté personnages, j’ai surtout aimé le Dr Mann: métisse Sino-Japonaise (peut-être que ce point a joué, je ne saurais dire si je suis neutre à ce sujet), intelligente, indépendante, scientifique, lesbienne, rebelle (faut la voir avec ses parents) et qui ne sait pas se battre. C’est d’ailleurs avec ce personnage qu’on peut voir les améliorations graphiques au long de Y Le Dernier Homme. Les dessins restent passe-partout, un peu quelconque mais pas laids pour autant, et on peut aussi noter la stabilité graphique de l’ensemble tout au long de la série. En revanche, les visages gagnent en expressivité et sont plus convaincants aussi. Je trouve qu’on ne voit pas vraiment les traits asiatiques du Dr Mann au début de l’histoire, mais ceux-ci sont bien plus visibles par la suite. Le personnage de 355 (Afro-Américaine) est également une réussite, elle fait office de gros bras du groupe, et de cerveau pour tout ce qui est pratique. Par contre, je suis moins fan de Yorick que je trouve souvent agaçant, mais le trio fonctionne finalement très bien. Le capitaine du bateau est aussi une autre femme que j’ai trouvée très charismatique. Globalement, la palette des personnages féminins est variée et heureusement vu le scénario.

Dans sa globalité, je dois dire que Y Le Dernier Homme est une série très réussie. Je dois aussi dire que la fin est tout à fait intéressante, évitant le sacro-saint happy end (cette fin m’a surprise, et j’ai trouvé effectivement que Vaughan a su rendre le récit fort de ce point de vue, surtout du côté des quatre personnages principaux). Une partie de moi a  donc apprécié cette lecture bien que parfois laborieuse dans ses débuts, ayant réussi à m’attacher aux personnages (même si j’ai eu du mal avec Yorick tout au long de l’histoire), mais une autre partie a du mal avec certains aspects de l’histoire. Je vais tenter d’en parler un peu, même si l’exercice va surtout être périlleux. L’idée de départ, soit un monde post-apo uniquement peuplé de femmes, est alléchant. Mais il faut voir le parti pris de Vaughan (je l’accuse lui, sachant que je ne connais pas la part de Guerra dans cette création – certains dessinateurs comme Peter Gross travaillent avec le scénariste, en l’occurrence Mike Carey). Dans ce monde rempli de femmes, comme le titre l’indique (au moins je suis prévenue), Vaughan s’intéressera avant tout à son héros: Yorick. Pourtant (je soupçonne les avis plutôt masculins…), le soi-disant féminisme de Vaughan est largement vanté. A ceci près que, comme Vaughan le dit lui-même dans une interview, sa volonté est d’écrire sur la vie d’un jeune homme qui va devenir un homme (1). La démarche en soi n’est donc pas féministe (après tout, des histoires parlant d’hommes… donnant la parole à l’homme… bref): dans un monde où il n’y a plus d’hommes, on en n’a encore une fois que pour eux (et je me permets de citer @Cescoindie(2)).

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Les Amazones, ces fanatiques misandres

Autre élément que je trouve assez peu féministe, c’est aussi la manière qu’a Vaughan de tourner totalement en ridicule les mouvements féministes, en créant les Amazones (Daughters of Amazon – non pas le site…), un groupe de femmes fanatiques (elles doivent se couper un sein pour entrer au *sein* du groupe), dangereuses et surtout misandres! En somme, de véritables furies hystériques (encore un cliché de la féministe revancharde?)… Dans un monde où il n’y a plus d’homme, il faut à tout prix éradiquer le dernier spécimen du lot, et surtout, il faut éradiquer toute trace du patriarcat, des églises aux autres monuments, et tant pis si ces édifices permettent à certaines de s’abriter. Un groupe qui hait les hommes, ce qui est très (trop?) souvent reproché aux femmes féministes de nos jours qui doivent, à longueur de pédagogie, éduquer l’autre et prouver que non, elles veulent des droits ET ne sont *pas* misandres (oui, faut réussir à se justifier quand on demande l’égalité)… Alors je comprends que pour les besoins de l’histoire, Vaughan a donc créé des ennemies afin de mettre des bâtons dans les roues de notre petite équipe, pour avoir plus de péripéties et tout ça. C’est sans doute un détail, mais à plusieurs reprises, il y a des blagues sur la fameuse mauvaise humeur causées par les règles (lors de l’arc de la prison, une femme explique à Yorick que lorsque tout le monde a ses règles en même temps, l’ambiance est quand même tendue. Ou encore mieux, une personne demandant à une autre si elle n’aurait pas son syndrome pré-menstruel… haha).

Enfin, je rejoins Erica Friedman sur le fait que Vaughan montre aussi une société où les femmes paniquent et ne parviennent pas vraiment à reprendre les choses en main lorsque les hommes ne sont plus. Encore une fois, j’ai du mal à considérer le scénariste comme féministe dans sa vision de l’histoire. Effectivement, je peux concevoir le traumatisme subi dans un monde dans lequel la moitié de l’humanité disparaît. Après tout, un moment de catastrophe de grande ampleur voit les personnes traumatisées et difficilement retrouver un contrôle sur soi. De plus, concernant cette moitié de l’humanité, toutes les femmes ont au moins un être aimé dans son entourage porteur du fameux chromosome Y. Je peux concevoir un pétage de câble. Dans cette vision de Vaughan, il y a tout de même une ambivalence (et c’est le cas tout au long de ce comics, pour cette vision féministe ou soi-disant féministe de l’histoire): le monde part totalement en vrille parce-que certaines professions sont exercées en grande partie par des hommes. Ainsi, Vaughan montre peut-être le manque de femmes dans certains corps de métier. En même temps, on peut souligner l’inefficacité (car le chaos dure quand même un bon nombre d’années) des femmes à reprendre leur monde en main. L’échec est donc d’ordre collectif pour une société composé de femmes. De plus, le point de vue adopté par Vaughan étant du genre post-apo, on ne verra jamais des femmes s’organiser, ensemble, afin de reconstruire un monde. Tout ce qu’on verra est donc un groupe de femmes se tirant dans les pattes pour… un homme!

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Sur son temps libre, 355 tricote une écharpe qui n’en finit pas!

Maintenant, je parle d’ambivalence, et je ne cherchais pas à faire le procès de la personne qu’est Vaughan ci-dessus, ne pouvant dire que je le connais bien (c’est juste cette réputation de scénariste féministe qui me donne du poil à gratter, réputation qui le suit aussi dans Saga, grâce à Y Le Dernier Homme – une fois la réputation acquise, on ne s’en défait pas!). Ambivalence car comme je le dis dans le paragraphe précédent, Vaughan souligne le manque de femmes dans certains corps de métier. Il fait aussi dire à un des personnages qu’avant le « gendercide » (je ne sais comment c’est traduit dans la VF), elle était le second rôle de sa vie: la femme de, l’assistante de, etc…, mais qu’elle a enfin réussi à être l’héroïne de sa propre vie depuis la disparition des hommes, ce que des femmes peuvent parfois ressentir dans leurs vies. Il parvient aussi à créer de très beaux personnages féminins, aux profils, aux aspirations et aux personnalités très diverses (je me demande si de ce côté, Guerra a eu une influence?). La mère de Yorick est par exemple une femme politique, et ce, avant la disparition des hommes. De plus, alors qu’on n’est pas encore dans les années 2010, Vaughan parvient à créer de la diversité: on retrouve 355 et Mann en tant que personnages principaux (en tête d’affiche, sur les couvertures), et l’un de ces personnages est ouvertement homosexuelle. En revanche, je trouve que les corps sont peu variés (elles sont toutes belles, minces, élancées, mais pas sexualisées!). Si individuellement, les profils sont variés et réussis, c’est collectivement que l’échec d’un projet de société semble se poser.

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Beth, la dulcinée de Yorick et le but à atteindre tout au long de l’histoire

Côté ambivalence, il y a le personnage de Yorick. C’est le seul homme, mais paradoxalement, il joue le rôle de demoiselle en détresse, avec comme prince charmant l’Agent 355 qui doit toujours le secourir! Il y a donc inversion des rôles traditionnels que l’on a l’habitude de voir dans les fictions, surtout dans le genre post-apo justement. De plus, la personnalité même de Yorick ne penche pas vers le cliché du mec viril. Car Yorick aime la littérature, il est plutôt rêveur, fidèle et surtout, très très très romantique! Dans sa relation avec Beth, alors que Yorick reste à la maison, c’est elle qui s’en va à l’autre bout du monde jouer les exploratrices. Lui l’attend sagement, en quelque sorte, alors que l’inverse est plus courant. Les femmes autour de Yorick font preuve d’initiative dans les moments d’action, alors qu’il se met souvent en danger pour des bêtises (ce que l’on reprochera souvent au personnage de la demoiselle en détresse, je fais appel à toi, ôôôô Saori, otage professionnelle). A plusieurs reprises, 355 sauvera la pomme de Yorick qui s’est comporté comme un idiot. Yorick est donc un personnage souvent ridicule avec ses répliques et son comportement de « gentleman » qui n’a plus lieu d’être, lui qui essaie de tenir ce principe de « ne jamais frapper une femme ». Yorick reste tout de même agaçant, ayant parfois son comportement de « mâle primaire »: alors qu’il faut faire profil bas, il ouvrira sa grande bouche pour donner son avis de mâle auquel on a rien demandé, surtout au début de la série avec les Amazones…

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superbe couverture mettant en avant Ampersand dans l’arc de la troupe de théâtre

Faire de Yorick un personnage de romantique très fidèle n’est peut-être pas aussi féministe qu’on ne le pense. Cette inversion des rôles m’a parfois agacée de la part d’un scénariste masculin: on y voit en oeuvre le fameux slogan « not all men » (pas comme ça) souvent scandé par les hommes lorsque des femmes prennent la parole en parlant de violence sexuelle ou de harcèlement de rue… En quelque sorte, Yorick valide plus ou moins cette idée que non, tous les hommes ne sont pas comme ça. De plus, les femmes que rencontrera Yorick sont toujours les premières surprises du fait que Yorick cherche encore à rejoindre Beth sans la tromper, pensant encore à elle alors qu’il est le dernier homme sur Terre et qu’il pourrait bien en profiter. Comme si ce comportement était tellement droit, tellement fort qu’il faut le mentionner sans cesse. Mais comme Vaughan le dit, il parle d’un jeune homme de 22 ans et de la manière dont il va devenir un homme. En cela, il montre surtout un Yorick plutôt naïf, puisque le reste de la série n’ira pas forcément dans ce sens: Yorick vit donc dans un idéal, il n’a pas encore mûri. D’ailleurs, on retrouvera un Yorick bien différent sur la fin de l’histoire, un Yorick que j’ai trouvé limite masculiniste.

Bref, il fallait que tout ceci sorte, j’avais vraiment besoin d’en parler. Ceci dit, Y Le Dernier Homme reste un comics qui vaut largement la peine d’être découvert, et ce malgré ce que je dis sur sa réputation soi-disant féministe. Vaughan fait surtout honneur au feuilleton, avec ses cliffhanger, ses rebondissements et ses péripéties. J’ai longtemps trouvé un aspect « série TV » dans la manière qu’a Vaughan d’écrire, mais j’ai aussi découvert récemment qu’il a aussi officié comme scénariste sur la série Lost! Pour ce qui est de la raison à la disparition des hommes, celle-ci est effectivement plus ou moins révélée, mais jamais de manière explicite. En tout cas, Y Le Dernier Homme est une série hautement divertissante avec des personnages très réussis, des dialogues savoureux (avec plein de références à la pop culture pour ceux et celles qui apprécient cela, et même un clin-d’oeil à Preacher), pas mal de voyages, du suspense, de l’action et des personnages qui mûrissent tout au long de l’histoire (surtout Yorick, forcément!).

(1) « Y is the story of the last boy on Earth becoming the last man on Earth. It’s his developing from the age of 22 to the age of 27, which are the most important five years of a young man’s life, and the most unexplored. So I wanted that to unfold in real time. »

(2) « C’est d’ailleurs amusant de voir la différence de traitement d’une idée assez similaire selon qu’on ait un point de vue réellement féminin (Fumi Yoshinaga) ou à tendance masculine (Brian K Vaughan).N’est pas Los Bros Hernandez qui veut mais qui peut. »

comics, malife.com

Vertigo et moi

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Ce billet entre dans la catégorie malife.com qui n’intéressera sûrement pas grand monde, mais j’y parlerai de ma vie de lectrice. Ici, je vais en profiter pour parler de ma relation avec les comics Vertigo qui sont très particuliers quant à ma découverte du comics. Disons que jusqu’à la première moitié des années 2000, j’étais avant tout une lectrice de manga. J’ai eu un petit pied dans le comics grâce à une personne d’une promo bien plus avancée durant mes années post-bac (un gros fan de Gunnm), me permettant de découvrir Spawn, Fathom et surtout Crimson. J’ai pu redécouvrir le comics ensuite, en partant de ces titres ainsi que Battle Chasers en fréquentant le forum Top Manga dans lequel se logeaient aussi des fans de comics.

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Ma véritable découverte du comics par moi-même est très liée à Neil Gaiman. Après la lecture de American Gods (et tous ses autres romans de l’époque), j’ai eu envie de continuer à explorer Gaiman. Puis j’ai fini par tenter l’aventure Sandman, disponible dans la bibliothèque municipale. J’ai aussi découvert le duo Neil Gaiman/Dave McKean sur Black Orchid (en VF chez Reporter, j’ai encore mon exemplaire). Par Alan Moore, j’ai aussi lu Swamp Thing édité par Delcourt en N&B disponible en bibliothèque (run qui n’est jamais sorti en intégralité en France d’ailleurs). En parallèle, je découvrais aussi Bendis via Powers et Alias, et j’étais attirée par les comics plus policiers dont 100 Bullets et ses couvertures ayant une esthétique très hip hop. J’ai ainsi pu découvrir des séries dans la collection Semic Book, et surtout Fables. A cette époque, je commençais à remarquer que Sandman, 100 Bullets et Fables avaient un point commun: Vertigo. Je réalisais aussi qu’en comics, je n’accrochais pas vraiment aux X-Men ou à Spider-man, mais plutôt aux titres sans super héros (seul Daredevil comptait pour moi chez Marvel).

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Un des titres Vertigo qui m’intriguait (et qui n’est jamais vraiment sorti de ma tête), Y: Le Dernier Homme n’était pas disponible en bibliothèque municipale. Contrairement à 100 Bullets et Fables que j’ai fini par acheter d’occasion pour essayer, le dessin de Y: Le Dernier Homme ne m’attirait absolument pas. Autre titre qui m’intrigue encore aujourd’hui (je le lirai chez Urban un jour): Human Target (pourtant, j’aurais dû…). Puis le couperet est tombé: les titres Vertigo ne seront plus disponibles ni chez Delcourt ni chez Semic pendant plusieurs années jusqu’à atterrir chez Panini. A partir de ce moment (et aussi grâce à l’acquisition d’un carte bleue, car je suis restée en carte de retrait jusqu’à mes 25 ans, chose sans doute impensable aujourd’hui), j’ai commencé à faire quelque chose que je n’avais jamais fait: j’ai utilisé un certain site aujourd’hui incontournable afin de lire la suite de Sandman et 100 Bullets en VO. Alors que j’ai appris l’anglais comme tout le monde à l’école, il m’a fallu un moment pour penser à lire des titres en VO. C’est aussi à partir de ce moment que je me rends compte que les éditions étrangères existent et constituent une possibilité de compléter certaines séries.

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Lorsque Sandman est enfin arrivé chez Panini, j’avais donc déjà lu la totalité de la série depuis belle lurette. Même chose pour 100 Bullets, qui n’était peut-être pas encore terminé en VO, mais qui était déjà bien loin. A partir de là, j’ai pris l’habitude de lires des comics avant tout en VO, et en TPB. C’est étrange de dire les choses ainsi, alors que j’ai un niveau d’anglais assez peu extraordinaire, mais sans snobisme aucun, j’ai un peu de mal à lire des comics écrits en VF. Fables est longtemps resté en pause au volume 3 VO, trop occupée à acheter Sandman et 100 Bullets (limitant aussi en volume ma bibliothèque qui explosait). Le temps que je m’y intéresse de nouveau, Panini l’a acquis et un ami l’achetait: j’ai décidé de revendre mes volumes et emprunter ceux de mon ami. A une époque, je voulais posséder moins de volumes.

hellblazer

Le retour de Vertigo par Panini m’a aussi permis, via cet ami, de découvrir Preacher, série dont la parution chez Le Téméraire (qui porte bien son nom) n’a jamais été intégrale, et dont la librairie Aaapoum Baapoum en disait beaucoup beaucoup de bien depuis des années. Ce fut un coup de foudre et après avoir lu 2 tomes (un rythme de 2 tomes par an), j’ai fini par acquérir le tout en VO. Mon socle Vertigo fut donc Sandman, 100 Bullets et Preacher, me poussant aussi à lire Transmetropolitan. J’ai fini par comprendre que les comics Vertigo possédaient un petit quelque chose que d’autres n’avaient pas, et je me suis mis à découvrir d’autres séries plus anciennes (pas toujours complètement): Doom Patrol et Animal Man de Grant Morrison (et la partie de Rachel Pollack pour le premier), The Invisibles (auquel je n’ai évidemment pas tout compris!), The Books of Magic (vivement les épisodes #51 à #75 collectés enfin en TPB), l’inévitable John Constantine: Hellblazer, Shade The Changing Man, ou encore Enigma, The Extremist, Skreemer de Peter Milligan.

DoomPatrol

J’ai aussi pu, via Panini, lire quelques volumes de Y: Le Dernier Homme en bibliothèque, ainsi que Ex Machina, deux titres que je n’ai finalement pas poussé plus loin (du même homme: Brian K. Vaughan, ce qui m’a refroidi par la suite). J’ai aussi acquis des séries Vertigo un peu plus récentes comme Lucifer (à cause de son lien avec Sandman) de Mike Carey et Peter Gross (avec de merveilleux épisodes de Dean Ormston aujourd’hui célèbre sur Black Hammer), titre m’ayant tellement plu que j’ai fini par lorgner sur The Unwritten du même duo (il faut dire que les magnifiques couvertures de Yuko Shimizu ont beaucoup joué). J’ai mis beaucoup de temps avant de commencer The Unwritten, voulant au départ l’emprunter en bibliothèque afin d’éviter de les stocker. Le jeu des droits en dira autrement: Panini les perdra au profit de Urban (encore quelques années plus tard), et le temps que The Unwritten ressorte (lisez-le, lisez-le!!!), la série était déjà terminée chez moi (il faut dire qu’en terme de place, les TPB y sont tout fins, ce qui a arrangé mes affaires).

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Durant toutes ces années, je n’ai jamais trop mis le doigt sur la particularité de Vertigo. Je dirais que ce qui m’a sans doute plu est l’identité très britannique des auteurs Vertigo. Il y avait une écriture différente des auteurs américains, un parfum vraiment très rentre dedans aussi, une narration très littéraire (et plus introspective par moments), parfois plus sombre et très punk (contrairement à mes goûts musicaux en plus!!!), avec un côté un peu gauchiste (pour ne pas me déplaire). Dans les comics Vertigo, on parlait aussi souvent de marginaux, comme dans Sandman, Doom Patrol ou encore Shade, the Changing Man. Il y avait donc ce petit côté fou-fou, un peu bariolé, que je ne trouvais pas vraiment ailleurs, et cette identité était même présente sur les couvertures des issues, vraiment pas comme les autres. On pouvait ainsi reconnaître un comics Vertigo à des kilomètres à la ronde, et c’est aussi sans doute pour cela, que sans le vouloir, je me suis mise à aimer ces comics sans comprendre le lien entre eux. Vertigo, c’était aussi Karen Berger et plus tard Shelly Bond, qui ont eu du nez pour découvrir de très bons scénaristes, redynamisant l’industrie du comics. Côté graphismes, j’aimais bien l’aspect parfois destroy qui se dégageait sur les titres des années 90, de l’époque British Invasion, où les auteurs reprenaient surtout des personnages un peu paumés/étranges/magiques de l’univers DC pour en faire autre chose.

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Par la suite, fin des années 90/début des années 2000, les titres sont devenus moins britanniques, notamment avec Brian K. Vaughan, Bill Willingham ou Brian Azzarello. Il y a clairement eu un tournant à ce moment-là, le côté « punk » apporté par les Britanniques s’estompe, l’aspect très littéraire de la narration également, même si la recherche de scénaristes solides est toujours là. Les couvertures, toujours super réussies, sont moins estampillées Vertigo. De même, les dessins perdent cette identité punk (et un peu underground), un peu cracra que j’aimais beaucoup (oui, visuellement, ce n’était pas « beau » mais ça avait une vraie patte!). La coloration de Vozzo, jusque là sur pas mal de titres, est moins présente. J’ai moins suivi ce tournant, n’ayant pas trop accroché à DMZ (que je retenterai un jour), n’ayant pas lu Losers ou encore Scalped (qui m’a toujours intéressé en fait). Je suis un peu revenue chez Vertigo avec The Unwritten puis Sweet Tooth (jamais terminé, mais j’aime bien!), mais l’époque n’est plus la même. De ce que j’ai compris, ces séries se vendent moins bien que Fables, et la fin de cette dernière aura plongé le label.

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Aujourd’hui, je ne suis plus trop Vertigo, mais j’ai ce sentiment qu’il a du mal à se relever. Je n’ai pas repéré de séries qui m’intéressent par exemple. Depuis, j’ai acquis Y: Le Dernier Homme (que j’ai tout juste terminé cette semaine, je TENTERAI de revenir dessus), et j’essaie de compléter Fables. On dit que Image est le nouveau Vertigo, car beaucoup d’auteurs s’y sont abrités. Mais le parfum, encore une fois, y est bien différent. L’avenir de Vertigo ne s’annonce pas des plus auspicieux (et cela était déjà le cas lors de la conférence de Xavier Lancel sur Vertigo au festival d’Angoulême 2015). En effet, le renouvellement ne suit pas vraiment, Vertigo recyclant les gloires passées avec des spinoff de Fables ou 100 Bullets (un TPB sur Lono) et une nouvelle série Lucifer (qui bénéficie aussi d’une adaptation TV qui ne fait pas envie). Même Sandman: Ouverture fait partie de ce mouvement (et pourtant, je l’ai beaucoup aimé). Depuis 2016 (?), DC a lancé Young Animal, un label qui reprend un peu le concept Vertigo d’antan (un peu plus teen, d’après ce que j’ai pu en voir) avec des personnages DC revisités et un côté étrange qui s’en dégage (en témoignent Doom Patrol par Way et Shade, The Changing Girl, deux titres qui me font quand même superbement envie…).

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Vertigo a été un moment très important dans ma vie de lectrice. Il m’a permis de découvrir qu’il y avait de la bande dessinée britannique (dont 2000 AD qui a beaucoup fourni à Vertigo justement), mais aussi de la bande dessinée argentine, grâce au dessin magnifique de Eduardo Risso sur 100 Bullets. Si j’ai eu envie de découvrir Alack Sinner, Carlos Trillo, Cybersix, L’éternaute, on peut dire que c’est grâce à Vertigo (et aussi Vlad de Aaapoum Baapoum). Et si j’ai envie de lire du Corto Maltese un jour ou du Breccia, c’est aussi grâce à Vertigo. Vertigo est donc une porte d’entrée potentielle, quand on lit du comics américain, vers d’autres horizons.

A ceux et celles qui ne connaissent pas encore Vertigo (on ne sait jamais), je conseille la lecture des titres suivants: Preacher, 100 Bullets, Sandman, Fables, The Unwritten disponibles en français. Pour la VO, je recommande chaudement Doom Patrol de Morrison, The Invisibles pour aller plus loin chez Morrison (en partie disponible en VF avec Panini et Le Téméraire), Lucifer, Shade, The Changing Man (dont tous les numéros n’ont pas été repris en recueil), John Constantine: Hellblazer de Delano, The Extremist de Milligan (si vous le trouvez, pas de TPB).

manga, manhwa

Mille et une nuits (Jun Jin-Suk et Han Seung-Hee)

Mille et une nuits est un manhwa réalisé par Jun Jin-Suk (le scénariste) et Han Seung-Hee (la dessinatrice) [on trouve aussi l’orthographe Jeon JinSoek et Han SeungHee] dont l’histoire s’étale sur 11 volumes. Si la série a été stoppée au volume 5 en France (éditions Kami), celle-ci a eu plus de chance aux États-Unis où elle est sortie dans son intégralité chez Yen Press. Je préfère vous mettre en garde car certains volumes n’ont plus trop l’air disponibles (le volume 11 datant quand même de 2010). Mille et une nuits a été pré-publié en Corée du Sud de 2004 à 2007 dans le magazine Wink de l’éditeur Seoul Cultural, magazine ciblant un public féminin (on parle de sunjung pour celles et ceux que ça intéresserait). Dans les titres sortis en France, on peut par exemple y trouver Hotel Africa ou Martin & John de Park Hee-Jung, Dokebi Bride de Marley, Audition de Kye Young-Chon, ou encore Palais (Goong) de Park So-Hee.

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Sharyar et Shehara sur les couvertures françaises (Kami)

Mille et une nuits fait partie de ces manhwa intéressants qui sont peu passés inaperçus après le bombardement de titres dont nous a gratifiés Saphira et Tokebi. Le manhwa mainstream, surtout au milieu des années 2000, a été un peu traité comme du sous-manga… De sorte que le public peinait à s’y intéresser malgré les titres de qualité qui existent (mais qui sont noyés). De plus, les manhwa ont surtout été présents chez des éditeurs ou labels plus fragiles, ce qui n’a pas facilité les choses: le label Paquet Asie, Kami, sans parler de Kwari ou encore Samji. Cela est bien dommage pour Mille et Une Nuits.

L’histoire se déroule à Bagdad à l’époque des Croisades. Le Sultan Sharyar est un véritable tyran, mettant dans son lit tous les soirs une vierge qu’il tue au petit matin. La population est malheureusement contrainte d’obéir aux ordres. Sauf Shehara, jeune homme courageux et voulant empêcher sa sœur Dunya de se faire décapiter (à noter que celle-ci est amoureuse de son frère). Il décide alors de se déguiser lui-même en femme (il faut dire qu’il est plus… « joli » qu’une femme?) pour sauver sa sœur. Afin de gagner du temps avant son exécution, comme Shéhérazade, il décide de raconter des histoires à Sharyar, histoires se passant dans différentes contrées. Il faut dire que Shehara en connaît un rayon sur le sujet, lui qui aime les livres et lit différentes langues, les traduisant même. Petit à petit, il découvre les blessures ayant rendu le sultan aussi cruel et décide alors de le guérir. D’autant plus que les Chrétiens risquent d’arriver à tout moment.

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Cheo Yong nous balade en Corée ancienne *costumes*

Mille et une nuits a la particularité de mélanger une intrigue au long cour (la relation entre Shehara et Sharyar sur fond de complots politiques et de guerre qui se prépare) et des histoires plus courtes, racontées par Shehara. A chaque volume, Shehara raconte une histoire qui fait voyager la lectrice (ou le lecteur). C’est l’occasion d’en prendre plein les yeux grâce au dessin de Han Seung-Hee qui n’a pas à rougir face aux manga (les personnages, les décors, mais aussi les *costumes*). D’ailleurs, avec le succès de Bride Stories aujourd’hui (ce qui a enfanté d’autres titres d’évasion avec de très beaux dessins), je me dis que Mille et une nuits aurait sûrement eu plus de considération si ça avait été un manga. La série a été pré-publiée dans un magazine ciblant des lectrices, et j’étais donc surprise de voir que le scénariste est un homme. La confusion a été d’ailleurs entretenue par Kami qui, sur le rabat de la jaquette, parle d' »elle » pour présenter le scénariste (on y apprend notamment qu’un de ses manga préféré n’est autre que Gérard et Jacques de Fumi Yoshinaga, facilitant la confusion). Or, en fin de volume, on nous parle de « ils » pour désigner l’équipe créative! Et effectivement, Jun est bien un homme.

Mille et une nuits a aussi la particularité de mélanger les genres. On baigne en plein univers arabe fantasmé de l’époque de la Route de la Soie, avec marchands qui apportent donc des marchandises et cultures de toutes sortes. L’histoire mélange intrigues politiques, problèmes sentimentaux et familiaux mais aussi romance entre hommes, donc un aspect BL (les bishônen sont partout… et le trait magique de Han fait bien les choses!). Cela en fait effectivement quelque chose d’assez unique. La romance est présente à chaque histoire (je ne suis pourtant pas une grande romantique, sûrement le décor et l’aspect dépaysant qui joue!), qu’elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle. Et c’est cette alternance qui permet au final de ne pas lasser! Car au long cour, il y a deux tourtereaux qui (euh… on n’est pas surpris hein?) ont des sentiments l’un pour l’autre. Si l’histoire ne se focalisait que sur eux, pas sûre que cela m’aurait beaucoup plu. C’est donc cette alternance entre les histoires de Shehara et l’intrigue du manhwa qui fait fonctionner le tout.

Le dépaysement est donc maître mot de ce manhwa: on passe dans la Chine des Tang époque Route de la Soie (volume 1 avec Turandot et Calif), en Corée ancienne (volume 2 avec Cheo Yong qui mêle aussi un personnage venu de pays arabes, volume 4 avec l’histoire d’une nymphe céleste), en Chine des Trois Royaumes (volume 9 avec cette histoire homo-érotique entre Guan Yu – Woo Kwan et Cau Cau – Jo Jo – sans les aventures bizarres hein, notons que je n’avais jamais vu Guan Yu aussi **sexy**), en Grèce antique (volume 6 avec Socrate et Alcibiade), en Egypte antique (volume 3 avec Cléopâtre, César et Ptolémée), en Afghanistan des années Bush Jr (volume 7) ainsi qu’en Corée du Sud contemporaine (volume 11, la moins réussie par ailleurs). Chaque histoire racontée par Shehara se place ainsi en écho avec les événements de l’intrigue principale. Le croisement entre différentes cultures constitue un autre point fort du titre: Shehara a un ami chinois marchand de livres, Zhao (qui aimerait le mettre dans son lit…), on voit aussi un Romain et d’autres Occidentaux venus en Croisade. Il y a un aspect compréhension des uns et des autres, malgré les différences.

L’intrigue principale commence de manière sordide avec des meurtres de femmes. Le « pauvre » Sharyar a beaucoup souffert et Shehara tente donc de le guérir. On devine très vite ce qui se passe malgré tout, sa haine des femmes, car le tout reste assez classique: de la tromperie, de la jalousie, de la trahison! Au final, ce n’est pas très original, mais ça se lit vraiment très bien. De plus, les personnages changent un peu trop vite (Dunya et son amour pour son frère, Sharyar qui s’adoucit un peu vite, sans parler d’Ali… on pardonne bien vite dans cette série!). Encore une fois, la structure narrative de ce manhwa est un point fort, permettant de masquer le côté moins original de l’intrigue principale. Les clichés sont souvent présents: Sharyar est très viril, possessif, jaloux, impulsif. De l’autre, Shehara a une apparence plus féminine (on dit qu’il est plus « joli » qu’une femme par exemple) et joue un rôle de care: il conte des histoires au sultan et apprivoise ce dernier par la douceur. Dans les clichés, on a par exemple un Aristote très viril et évidemment, Alcibiade ressemble encore une fois à… une femme!

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la redoutable et toxique Fatima (car Jun Jin-Suk pense que les femmes sont plus fortes que les hommes… forcément)

Les différentes histoires abordent souvent des thèmes actuels (Jun explique que pour lui, ce manhwa est une sorte de Mille et une nuits du 21ème siècle). Par exemple, l’histoire de la nymphe céleste dans le volume 3 qui n’a pas pu rentrer dans le domaine céleste car un bûcheron lui a dérobé ses vêtements parle de violence conjugale et de relation abusive au nom de l’amour sur une femme se retrouvant littéralement démunie. Visiblement, cette histoire a donné lieu à des réactions de la part des lectrices, disant que Jun aborde des thèmes féministes. On voit que le mot est quand même relativement tabou, Jun se dédouanant de cela. A chaque fin de volume, le scénariste et la dessinatrice s’expriment (le scénariste plus longuement d’ailleurs). C’est quelque chose que j’ai fort apprécié, car on peut aussi voir les réactions du public lors de la pré-publication mais aussi des réflexions du scénariste, qu’on soit ou non d’accord avec lui (la plupart du temps, je ne l’étais pas vraiment).

L’autre histoire actuelle au moment de la pré-publication était la guerre en Afghanistan. Jun en profite dans les mots de fin pour dire ce qu’il pense de cela, d’autant plus que dans ce conflit mondial, la Corée du Sud doit forcément y participer aux côtés des États-Unis (la raison invoquée par le gouvernement étant que ceux-ci ont perdu beaucoup de soldats lors de la Guerre de Corée… hum). Mille et une nuits est avant tout une œuvre de divertissement, sûrement lue par un public d’adolescentes, mais j’ai aimé qu’une histoire traite de cette actualité pas rose, loin de notre quotidien confortable. Encore une fois, le pathos joue à plein (l’enfant soldat se liant d’amitié avec un soldat américain), avec quelques clichés.

Comme dit plus haut, l’évasion règne dans les histoires racontées par Shehara. Ainsi, il ne faut pas trop chercher l’exactitude historique, même si Jun dit avoir mené des recherches. Je prends ces récits comme une fiction, de même que le manhwa lui-même est une fiction. Je le dis car j’ai vu des réflexions dans ce sens, sur le « réalisme » de l’œuvre. Dans l’histoire de Turandot, la princesse est grimée comme un personnage d’opéra de Pékin, alors que ce n’était clairement pas ce style-là à l’époque des Tang. Le scénariste a aussi mené des réflexions sur Les Trois Royaumes, un roman plutôt lu par un public masculin en Corée du Sud pour ses thèmes d’amitié virile. Il a voulu apporter cela à un public féminin, après avoir réfléchi sur le potentiel homo-érotique de tous ces hommes qui se veulent les uns les autres (en tout bien tout honneur hein…).

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Le très *sexy* Woo Kwan (Guan Yu) des Trois Royaumes couverture Yen Press

Mille et une nuits est un titre très dépaysant, avec un graphisme magnifique et une narration très réussie. C’est un titre particulièrement envoûtant. Mais il a aussi quelques défauts comme des relations parfois clichés, le côté pathos, l’histoire d’amour, le fil rouge pas forcément très original, et surtout le volume 11… car l’histoire racontée est, j’ai trouvé, des plus inintéressantes. Mais c’est un titre qui m’a vraiment emportée, fait voyager comme peu d’autres, masquant ses défauts grâce à une narration très réussie et avec des thèmes variés grâce aux différentes histoires de Shehara. Le titre a donc de nombreux atouts. Et surtout, je le répète, les dessins de Han Seung-Hee sont magnifiques. Sûrement l’un des plus beaux titres que j’ai lus d’un point de vue graphique, ces dernières années.

Le duo a rempilé par la suite avec Chronicles of Choon Eng (춘앵전), manhwa en 14 volumes qui suit la vie d’une chanteuse et danseuse coréenne, toujours pré-publiée dans le Wink. Je pense qu’on peut effectivement se brosser vu que le manhwa mainstream est encore plus oublié après les échecs successifs de la décennie précédente (c’est international: aux États-Unis mais aussi à Taïwan…). Dommage, j’étais bien curieuse de revoir une création de ce duo!

A ceux et celles qui aimeraient lire Mille et une nuits: L’éditeur Kami a mis la clé sous la porte mais on trouve très facilement les 5 premiers volumes en occasion et à bas prix, les volumes n’ayant pas pris de valeur. J’en conseille d’ailleurs la lecture car les histoires racontées par Shehara valent largement le détour. Vous pouvez aussi tenter en bibliothèque municipale (c’est ainsi que j’ai pu découvrir ce manhwa). En anglais, le manhwa est connu sous le titre One Thousand and One Nights chez Yen Press (les auteur-e-s y sont orthographiés Jeon JinSoek et Han SeungHee). On trouve des volumes sur le fameux site A mais certains sont chers, notamment sur la fin. Pour les deux éditions, on a du grand format. Chez Kami, l’impression n’est pas toujours réussie ni la traduction, mais les jaquettes suivent l’édition coréenne, mettant dans l’ambiance Mille et une nuits. En anglais, c’est comme d’habitude sans jaquette avec une maquette complètement différente, laissant à désirer. En revanche, l’intérieur est de meilleure facture, que ce soit le papier ou la traduction.

Info VO: 천일야화/한승희(Han Seung-Hee)/전진석(Jun Jin-Suk)

Liens: dossier réalisé par Manga-news, la chronique de Jason Thompson sur AnimeNewsNetwork pour la rubrique House of 100 Manga (anglais).

éditions étrangères, manga, tomoko yamshita

The Night Beyond the Tricornered Window vol. 1 (Tomoko Yamashita)

Tomoko Yamashita fait partie de ces femmes mangaka ayant débuté au milieu des années 2000. Un peu à l’instar de Fumi Yoshinaga (je les associe souvent ensemble bien que leurs histoires et leurs styles soient pourtant différents), Tomoko Yamashita a un pied dans plusieurs catégories éditoriales: elle a débuté dans le BL (et y reste encore), mais écrit aussi pour des magazines seinen et josei (ou shôjo adulte, le terme de josei faisant débat). Côté shôjo adulte, elle est plutôt coutumière du Feel Young. Elle travaille souvent sur des séries courtes ou des histoires courtes se déroulant souvent dans un univers quotidien. Je tenterai (je ne promets rien) de revenir un jour plus en détail sur la mangaka.

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The Night Beyond the Tricornered Window est une série prépubliée dans le Be x Boy (Libre Shuppan) depuis 2013. Bien que je l’ai lue en chinois (édition Tong Li Comics), la série est disponible en édition américaine chez SuBLime (uniquement en numérique, sans version papier prévue, hélas). La série est actuellement en cours (il y a 5 volumes au Japon, 4 aux Etats-Unis et 3 à Taïwan) et pour une fois, Tomoko Yamashita nous offre un BL dont l’histoire s’étale sur plusieurs volumes. Pour les curieu-x-se-s, d’autres manga de l’auteure sont disponible en version papier chez NetComics: Dining Bar Akira et Black Winged Love. Il y a aussi d’autres BL en numérique sinon.

La série s’intéresse à Mikado (qui s’écrit comme « triangle »), banal employé d’une librairie portant des lunettes. Il a un pouvoir qu’il garde secret: il peut voir les fantômes, ce qui l’effraie plus qu’autre chose au quotidien. En retirant ses lunettes, il peut distinguer les fantômes des humains car ces derniers deviennent flous à cause de sa myopie tandis que les fantômes restent très nets. La vie de Mikado change le jour où il fait la rencontre de Hiyakawa, un homme très direct qui décide aussitôt d’en faire son assistant: il travaille en effet comme exorciste et a tout de suite repéré le potentiel de Mikado. En touchant Mikado, il peut aussi bénéficier de ses pouvoirs mais aussi amplifier le sien: il projette les fantômes par sa puissance spirituelle et s’en débarrasse ainsi. Un fil rouge se tisse autour du nom d’Erika, découvert lors d’une affaire de meurtres en série.

Connaissant un peu d’autres manga de Tomoko Yamashita (par mes propres lectures ou bien par celles qui en ont parlé), j’ai été happée par le caractère fantastique de cette série. De plus, il faut dire que le fantastique, c’est un peu mon dada, surtout les fantômes et autres exorcistes! Et puis un BL fantastique, ça me change un peu aussi (les tranches de vie, du moins en France, étant plus courantes à mes yeux mais ce n’est peut-être qu’une impression?). Toujours est-il que j’ai un peu sauté dessus dés que j’ai vu le volume disponible chez Tong Li Comics, dans une langue que je comprends (au moins un peu). Je n’en parle qu’aujourd’hui car je n’ai pas compris grand chose à ma première lecture, et je n’ai relu mon volume que très récemment (une envie soudaine au milieu du volume 25 du Cortège des cent démons… va savoir).

On retrouve donc Tomoko Yamashita et sa facilité pour créer des personnages de la vie de tous les jours. Comme dans d’autres de ses récits, ses personnages ont souvent l’air en colère ou mal à l’aise ou au bord de la crise de nerfs (voire de larmes) lorsque l’on feuillette ses manga, sans faire attention à l’histoire. Mikado, homme stressé par un pouvoir qu’il n’a jamais demandé, est de cette trempe. Ce qui tranche avec le caractère direct et posé de Hiyakawa, qui parvient à le traîner dans toutes sortes d’exorcismes très déplaisants (vraiment?). J’adhère donc au duo, surtout que le tout est parsemé d’allusions sexuelles bien qu’il n’y ait aucune romance à l’horizon ni coucherie pour le moment. Le fan service est présent mais intelligemment utilisé: car pour utiliser sa technique d’exorcisme, Hiyakawa doit comme par hasard toucher ce cher Mikado (qui n’a pas trop envie, lui), de même s’il veut voir les fantômes! Le mélange de fluide permet aussi ce partage de pouvoir (hum). Mais encore mieux, chaque exorcisme pratiqué fait « beaucoup de bien » à Mikado (eh oui).

Autre chose, l’aspect fantastique est réussi, et il y a un côté un peu glauque qui se dégage de cette série à travers son fil rouge, débutant lorsqu’un membre de la police criminelle demande l’aide à Hiyakawa afin de découvrir où sont cachés les corps d’un cas de meurtres en série. Ce n’est donc pas mignon du tout, loin de là. Le fil rouge lui-même promet d’être excellent, surtout sur la fin du volume où on découvre l’identité de ce troisième personnage qui deviendra sans doute très important…

En somme, Tomoko Yamashita parvient à nous offrir une série fantastique, policière, mystérieuse, avec du fan service bien exploité, le tout avec un scénario qui s’annonce passionnant. J’ai bien fait de relire mon volume en cherchant un peu dans le dictionnaire (car la flemme est malheureusement très présente chez moi) car je décide donc de continuer cette série que j’avais laissée en pause le temps d’y comprendre quelque chose! Si le numérique ne vous dérange pas, vous savez ce qui vous reste à faire. Vu la réponse de SuBLime quant à une version papier, je ne me demande plus trop pourquoi la série n’est pas sortie en France. J’espère un jour voir au moins un de ses manga chez nous (avec tout ce qu’elle a produit, il y a pourtant du choix)…

Pour l’édition américaine: site officiel de SuBLime qui propose en lecture gratuite le premier chapitre de la série.

Pour l’édition taïwanaise: 三角窗外是黑夜/山下朋子/東立. La série (on a du bol) n’est pas interdite aux moins de 18 ans, elle est donc disponible sur les sites de vente en ligne taïwanais tels que Books.com.tw pour une réception dans un pays étranger!

A lire également: la chronique de Khursten Santos, merci à elle et Jocelyn Allen pour la découverte de Tomoko Yamashita!

éditions étrangères, chroniques, manga, romans, science-fiction

2014, et c’est pas fini!

[EDIT 2018] Il s’agit d’un vieux post que je n’ai jamais terminé en 2015 et qui contient des pavés (c’est la suite du post intitulé 2014)… si cela peut intéresser quelqu’un je le publie ainsi, sans y retoucher!

Je continue (enfin, je tente) ce défi idiot de listing de lectures commencé ici (à vos risques et périls). Je ne me leurre plus, chacun n’aura malheureusement pas de billets, et je tente de réparer tout ça vu que je lis pas mal de choses inédites (on ne sait jamais, ça renseignera peut-être quelqu’un…). Bref, voici pèle-mêle la suite, encore plus bordélique que le billet précédent. Si vous n’êtes pas mort, alors bravo!! Ou bien je soupçonne un ennui mortel au bureau et je vous souhaite d’avoir un écran hors de portée de votre patron-ne.

hanaotokoHanaotoko (花男) de Taiyou Matsumoto, série terminée en 3 volumes, issue du Big Comic Spirits (seinen, Shogakukan). Ça fait presque 10 ans que j’ai découvert Taiyou Matsumoto. A l’époque, Amer Béton n’était plus disponible et j’ai dû me payer les trois volumes sur ebay. J’ai longtemps espéré voir chez nous Hanaotoko, une des vieilles séries inédites de Matsumoto qui l’est encore aujourd’hui. J’ai fini par baisser les bras, en achetant l’édition hongkongaise (officielle, chez JD Comics) en 2012. Hanaotoko est disponible en scantrad en anglais, donc facilement compréhensible, mais ma flemme de l’écran est plus forte que ma flemme des idéogrammes. J’ai longtemps redouté de lire du Matsumoto en chinois (entre Amer Béton, Gogo Monster et Number 5, il y a de quoi être effrayée) et j’ai été surprise de voir que Hanaotoko  était relativement facile à lire. On retrouve là le Matsumoto de l’époque Amer Béton alors que j’essayais de guérir de ma semi-déception du Samouraï Bambou, et le voyage ne déçoit pas. On retrouve toute l’audace graphique de Matsumoto, avec son trait tremblant, ses effets fish-eye ou encore ses éléments incongrus dans le décors, tels les animaux. L’histoire est touchante, racontant la relation entre un garçon premier de la classe et son père, une espèce de grand enfant immature croyant encore au rêve de devenir un jour joueur de baseball professionnel. On retrouve encore une fois un mystérieux chauve, ce qui n’est jamais bon signe quand on lit Matsumoto!!! Un de mes Matsumoto préférés.

zero_matsumotoZERO de Taiyou Matsumoto, série terminée en 2 volumes, issue du Big Comic Spirits (seinen, Shogakukan). Encore une autre vieille série de Matsumoto datant d’avant Amer Béton, et toujours inédite en France. Si à l’époque de mon achat, celle-ci n’était pas disponible en scantrad, elle a été depuis traduite dans sa totalité. J’ai acheté les 2 volumes en chinois, sur Yahoo! Auction (avec l’aide d’une cousine) et mes deux volumes ne sont pas de la même taille: l’un en format seinen, l’autre en grand format comme Sunny (JD Comics). Encore une fois, on retrouve donc le vieux dessin de Matsumoto, celui qui me plaît le plus dans son audace (pour ce qui est de la beauté, mon époque préféré est Gogo Monster et Number 5). Cette fois, Matsumoto prend le manga de sport à contrepied en faisant intervenir un vieux boxeur, Gosima, quadragénaire, qui est plus proche de la retraite que de ses débuts! Et Gosima est une machine à tuer, celui-ci étant sûrement le Zéro, celui qui est encore plus fort que le numéro 1. En parallèle, un jeune d’Amérique latine (je ne sais plus quel pays…) a réputation de tuer ses adversaires et Gosima voit là enfin un rival à sa taille. La narration de Matsumoto est comme souvent pleine de poésie, avec un Gosima qui aime particulièrement les fleurs. Le rythme est lent, avec l’entraîneur de Gosima qui s’exprime souvent, mais les phases de combat sont très nerveuses, avec les effets visuels de Matsumoto à la Ping Pong. Pas mon titre préféré mais un manga qui a beaucoup de force et de caractère!

yume_no_ishibumiYume no Ishibumi (夢の碑) de Toshie Kihara (木原敏江), série terminée en 20 volumes (tankôbon), issue du Petit Flower (shôjo, Shogakukan). 3 volumes lus en chinois. Voici une série qui aura plongé mon budget dans le rouge pour des mois en compagnie de Hi izuru tokoro no tenshi et que j’ai maudit après l’avoir découverte totalement par hasard. C’est par le biais d’une très belle illustration en couleurs que j’ai découvert Toshie Kihara (et sûrement le résultat d’une recherche sur Moto Hagio…). Surtout, j’ai craqué sur Yume no Ishibumi pour son univers plein de beaux kimono et de (je pensais) yôkai… Toshie Kihara est une shôjo mangaka faisant partie du Groupe de l’An 24, et Yume no Ishibumi semble être un manga culte des années 1980. Kihara est très connue pour sa série Mari to Shingo (摩利と新吾) comportant une histoire d’amour entre deux adolescents de sexe masculin. En réalité, sous la bannière Yume no Ishibumi se cache un ensemble d’histoires se déroulant dans diverses époques, plus ou moins courtes (de quelques chapitres à 5 volumes) et surtout, plus ou moins célèbres (les histoires avec deux hommes en particulier telles que Furenki ou Nue). En japonais, le découpage des volumes constitue un casse-tête, les bunko rassemblant les histoires par thème, très différent de l’édition tankôbon. Les volumes 1 et 2 rassemblent l’adaptation culte de Torikaebaya Monogatari (とりかへばや物語), un roman de l’ère Heian dans lequel un frère et une sœur échangent leurs rôles (d’ailleurs Chiho Satô l’adapte en ce moment). Dans l’adaptation de Kihara, l’histoire se passe pendant l’ère Edo et une jeune femme doit prendre la place de son frère malade, seigneur devant aller à la guerre. En même temps, l’héroïne est amoureuse d’un homme mystérieux aux cheveux blonds et aux yeux bleus, et ayant des pouvoirs surnaturels. Le volume 3 surprend car il rassemble des histoires se déroulant en Europe, et je suis servie alors que j’évite les « boucles blondes ». La première, intitulée Bernstein (ベルンシュタイン) se passe au XVIIIèmeyume_no_ishibumi_bernstein siècle dans l’Empire d’Autriche-Hongrie en conflit contre les Ottomans. L’héroïne, sœur du duc de Bernstein s’habille en homme (à l’instar de Oscar) et tombe sous le charme d’un roturier d’origine de Bohême. La seconde s’intitule Kira no rondo (煌のロンド) et se déroule dans les Alpes, près de la Suisse et de l’Autriche dans les années 60 avec des personnages français. Le tout mêle science-fiction et romance, car les héros parviennent, en allant dans un château, à rencontrer un officier Nazi gentil (oui, un gros WTF). Pour le moment, j’accroche aux dessins et à la narration efficace de Kihara, mais je suis moins emballée que je ne le pensais: il n’y a pas de yôkai et c’est en réalité très romantique, avec des personnages féminins souvent rongés par la jalousie!!! J’ai donc dû découper la série pour la lire plus facilement. Les dessins de Kihara sont une merveille pour les yeux, en particulier les double-pages. J’essaierai d’écrire un vrai billet sur cette série un jour. A noter qu’on retrouve dans les pages publicitaires Asakiyumemishi (あさきゆめみし 源氏物語), adaptation du Dit de Genji par Waki Yamato (大和和紀), autre shôjo culte des années 80… que j’hésite à commencer pour son ambiance trop romantique (mais j’ai du mal à résister aux kimono…).

terremerTerremer de Ursula Le Guin, saga de fantasy composée de 5 romans et 1 recueil d’histoires courtes. Il me reste un roman à lire (reporté en 2015 car une personne est en retard à la bibliothèque). Par Moto Hagio, j’ai redécouvert Urusla Le Guin avec La main gauche de la nuit pour dévorer tout le Cycle de l’Ekumen (dont les romans ne sont pas à suivre), en particulier Les dépossédés, Quatre chemins de pardon et le recueil d’histoires courtes L’anniversaire du monde. Cette année, j’ai voulu redonner une chance à Terremer, dont j’ai lu l’intégrale (vers 2009) reprenant les 3 premiers opus réédité à l’occasion de la sortie du film de Gorô Miyazaki (top 1 de la couverture la plus laide pour un livre de fantasy en illustration). A l’origine, j’ai décidé de lire le livre afin de comprendre quelque chose au film que je trouvais très confus. Je n’avais pas aimé ma lecture, imaginant plus d’action et n’ayant gardé aucun souvenir. Lorsque j’ai relu les 3 premiers opus cette année, ce fut un bonheur. Il faut savoir apprécier le rythme lent des récits de Le Guin, son écriture simple et accessible, pleine de sagesse, sans effet bling-bling, pour pouvoir aimer Terremer. Dans Terremer, Le Guin décrit un univers composé d’îles et où la magietehanu consiste à connaître le Véritable nom des choses, le Langage ancien que seuls les dragons parlent naturellement. Les trois opus écrits dans le début des années 1970 (regroupés sous l’intégrale de Robert Laffont) racontent la vie de Ged. Dans Le Sorcier de Terremer, Le Guin raconte l’enfance et l’adolescence de Ged en formation de mage à l’école des sorciers de Roke, il doit affronter ses peurs. Les tombeaux d’Athuan a pour héroïne Tenar, élevée dans les tombeaux et vouée à ne pas voir le monde, ce roman parle d’émancipation, on y croise un Ged adulte et mal en point. Dans L’ultime rivage, Ged est devenu Archimage de Roke et s’embarque dans un voyage avec le jeune Arren afin de comprendre pourquoi la magie du monde est déséquilibrée. Dans les années 1990, Le Guin décide de revenir vers Terremer avec le roman Tehanu où elle focalise son histoire sur Tenar devenue une femme mûre recueillant Therru, victime d’agressions sexuelle et retrouvée brûlée, mutilée. On y trouve un roman beaucoup plus lent, plus calme, centré sur le quotidien et dans un seul contes_terremerendroit, Gont, là où la première trilogie était composée de voyages. C’est un roman mal aimé que j’ai beaucoup apprécié, où Tenar se pose beaucoup de questions en tant que femme, sur le pouvoir et la magie. Vient ensuite le recueil d’histoires courtes Contes de Terremer, composé d’histoires se déroulant bien avant la première trilogie (Le Trouvier raconte la formation de l’école de Roke, Les os de la terre s’intéresse à Ogion, le maître de Ged), pendant que Ged est Archimage (Dans le grand marais), après Tehanu (Libellule) ou encore hors-temps (Rosenoir et Diamant, une histoire d’amour). Alors que j’ai souvent lu que ce recueil était peu inspiré, je dois dire que je l’ai trouvé passionnant. Le Guin continue à réfléchir sur les femmes dans la fantasy, sur la nature dugedo_senki pouvoir et continue de faire évoluer son univers, surtout avec Libellule où l’intrigue sur l’Archimage de l’école de Roke reprend (« une femme de Gont »).  A la fin de la première trilogie, j’ai décidé de revoir le film de Gorô Miyazaki, intitulé Contes de Terremer en VF, et je dois dire que j’ai beaucoup plus apprécié, même si je n’ai pas réellement trouvé l’ambiance de Le Guin: plus sombre, plus porté sur l’action, plus porté sur Arren aussi, avec un début faisant un peu penser à Princesse Mononoke. Et surtout, il faut lire Tehanu avant de le voir car le film comprend le personnage de Therru et pas mal de révélations sur elle (d’ailleurs, ne PAS lire le quatrième de couverture de Tehanu non plus). Le film est très beau et ça m’a fait plaisir de retrouver le chara-design des studio Ghibli dans un monde de fantasy. Dans tout le cycle, Le Guin est influencée par le taoïsme avec sa notion d’équilibre de la magie, du non-agir ou encore la magie des mots.

servante_ecarlateLa servante écarlate (The Handmaid’s Tale) de Margaret Atwood, roman d’anticipation. Voilà un roman que j’ai découvert par le biais de Marginal de Moto Hagio dans une analyse de Ebihara pour le site Genders OnLine, et j’ai longtemps cru qu’il n’existait pas de version française. Le clou s’est enfoncé lorsque je l’ai su, mais qu’en plus, Ursula Le Guin semble apprécier le travail de Atwood, notamment dans sa chronique pour The Guardian du Temps du déluge. Atwood est une auteure canadienne qui écrit principalement sur les femmes, et s’est révélée pour des dystopies (speculative fiction selon Atwood) telles que La Servante écarlate et sa trilogie composée du Dernier homme, Le temps du déluge et Madaddam (dont les droits ont été achetés par HBO). La Servante écarlate partage un thème en commun avec Marginal de Moto Hagio (l’un est sorti en 1985, l’autre en 1987): le problème de naissances. Le synopsis est célèbre, et c’est un peu dommage car la narration particulière de Atwood sur ce roman est très subtile sur l’environnement de l’histoire, Atwood plongeant la lectrice ou le lecteur directement dans les pensées de son héroïne. Le roman se présente en fait comme un journal intime assez anarchique d’une femme dont le travail n’est pas révélé de suite. On pénètre directement dans les pensées de l’héroïne et c’est très immersif mais aussi difficile car Atwood utilise très vite des termes qu’on ne peut comprendre dés le début, et la narration est parsemée de sauts dans le temps et de souvenirs d’une autre époque. J’aurais aimé découvrir ce livre sans rien savoir dessus, car c’est immersif et je pense que le plaisir est encore plus grand quand on comprend petit à petit ce qui se passe dans cette histoire. Ce livre est un véritable cauchemar; il parle de la domination masculine, mais aussi de totalitarisme, de fanatisme religieux, d’absence de libertés et d’excès de moralité puis d’écologie (thème cher à Atwood). La fin est déstabilisante et originale, nous laissant dans le flou concernant notre héroïne et d’autres personnages côtoyés tout le long. La narration est particulière, parfois très froide, et l’ambiance est proche de 1984 d’Orwell. A lire absolument.