romans, science-fiction

LoveStar (Andri Snaer Magnason)

J’ai découvert LoveStar en lisant un numéro de la revue Bifrost consacré à Ursula K. Le Guin. La chronique m’avait vraiment tapé dans l’œil et j’ai fini par l’offrir à un proche pour son anniversaire. LoveStar est un roman islandais, sorti au début chez Le Serpent à plumes puis ensuite dans la collection SF de J’ai Lu. C’est effectivement le côté nordique, humoristique mais aussi et surtout la technologie décrite, permettant d’être tout le temps connecté et les humains inféodés à celle-ci, pour tous les pans de la vie, qui m’ont parlé. Notons que le roman a été écrit en 2002, donc bien avant que tout le monde ait le wifi, bien avant que les forfaits ADSL illimités existent, bien avant Facebook et l’ère des réseaux sociaux, et bien avant l’ère du smartphone.

lovestar

Le roman suit en fait deux histoires, qui s’entremêlent. La première concerne un couple amoureux et heureux, un couple qui nage sur un nuage de bonheur (si ce n’est pas plus), Indridi et Sigridur. Le couple n’a pas encore été calculé par InLove mais il est persuadé qu’ils seront calculés ensemble, qu’ils sont destinés l’un à l’autre. Quelle surprise lorsqu’ils apprennent que la moitié de Sigridur se trouve en fait au Danemark! L’autre trame narrative suit LoveStar, le génial créateur à la tête de la société (tentaculaire) Istar, ayant rendu possible ce monde d’hommes sans fil, ayant rendu ce monde meilleur grâce à ReGret, LoveMort et surtout InLove.

Le roman est particulier mais j’ai immédiatement accroché à ce ton drôle et surtout très caustique. Le couple est évidemment agaçant et niais comme pas possible, les rendant absolument hilarants. La description de la société suite à la révolution non numérique mais plutôt la révolution ondulatoire est grotesque et prête évidemment à sourire. Les hommes ne sont plus vraiment connectés, ce sont des hommes sans fil: LoveStar, s’inspirant des ondes émises par les oiseaux migrateurs, s’en sert ainsi pour connecter les humains entre eux. La description faite des aboyeurs ou encore Simon l’infiltré m’ont ainsi beaucoup fait rire. Imaginez qu’une personne que vous pensez être votre ami est en réalité juste là pour vous pousser à consommer tel ou tel produit? Les humains sont ainsi prêts à céder des zones langagières de leur cerveau pour le bien d’une entreprise… Le livre, lorsqu’il reste près des personnes lambda, est complètement dingue et absurde, totalement fou! Et c’est ce ton absurde qui fait tout le sel du roman, l’absurdité même de cette consommation à outrance où les relations humaines authentiques n’existent quasiment plus.

LoveMort est une autre incarnation de cette critique du monde moderne où tout est propre, tout est clinique, une société dans laquelle on ne veut ni voir la mort ni voir ses vieux. LoveMort, ou comment on a rendu la mort (l’euthanasie ou plutôt le meurtre-même) fun. Oui, tout y est fun dans cette société. La mort n’existe plus, plus de retour à la terre, plus rien. On transforme le tout en show et fissa! Le tout donne une drôle de société. Plus tôt dans le roman, on parle aussi d’enfants qu’on peut rembobiner s’il n’adopte pas le comportement voulu. Il y a un côté évidemment aseptisé de nos sociétés contemporaines qui est décrit ici avec beaucoup de folie. Notons aussi que le roman parle d’UNE entreprise tentaculaire du nom de Istar, qui occupe TOUS les pans de la vie humaine. Cela rappelle la fameuse centralisation informatique contre laquelle lutte des associations telles que Framasoft.

La trame entourant LoveStar est, à mes yeux, le maillon faible du roman. Le personnage est très peu sympathique, mais c’est aussi celui dans lequel on entre le plus tout au long du roman. Un homme dévoré par ses idées, drogué par celle-ci, laissant de côté son humanité et sa vie personnelle. A tel point que ses idées sont purement empreintes de technique sans éthique ni questions sociétales voire sociales, chose souvent reprochée aujourd’hui à la Silicon Valley et son fameux solutionnisme.

L’autre gros point faible vient de la fin du roman. La fin est longue, un peu trop explosive, le roman va dans tous les sens et j’ai trouvé ce final pas terrible. Il y a un peu ce sentiment de « tout ça pour ça? » qui m’a animé, mais surtout, les 80 (voire 100?) dernières pages m’ont vraiment peu intéressée. La folie des hommes aura raison des hommes. Mais toutes ces dernières pages m’ont paru durer une éternité (L’apocalypse a lieu et notre couple amoureux devient Adam et Eve). En fait, je dirais que le livre est original, mais sa dinguerie permanente fait aussi partie de ses excès. C’est donc avec une petite déception que le tout se termine, alors que le reste m’a vraiment amusée. Un roman assez unique en son genre (enfin, de mon point de vue, j’ai assez peu de culture littéraire en vrai).

J’ai beaucoup aimé le passage où Magnason en profite pour se moquer des Danois et de leur langue sinon (puis toute la subtilité de ce personnage).

Un aperçu de la niaiserie de notre couple d’amoureux préféré:

A l’époque où la vie d’Indridi et de Sigridur n’était que douceur, ils se réveillaient au soleil du matin, comme collés l’un à l’autre par du miel[…]. Leurs paumes étaient plaquées l’une contre l’autre, le corps blotti et les jambes emmêlées en une tresse si serrée qu’on pouvait à peine distinguer auquel des deux chacune appartenait.

Ils devaient travailler comme tout le monde et, après avoir fait, l’amour sur le sol de la cuisine, en attendant que l’eau de la bouilloire soit chaude[…]. En un effort conjoint, ils parvenaient à s’habiller et à séparer leurs lèvres assez longtemps pour avaler leur petit déjeuner sans cesser de se toucher. Ensuite, ils se regardaient longuement dans les yeux comme pour se dire: Au revoir, et à midi!

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