Errances et phylactères

Manga, éditions taïwanaises, Moto Hagio, Akimi Yoshida, bandes dessinées… du papier avant tout!

2014

Je n’ai jamais réussi à écrire le moindre « bilan de l’année passée » sur ce blog, car je suis beaucoup trop désordonnée. Et si j’essaie aujourd’hui, c’est sans doute pour combler l’absence de l’année, pour réparer un peu toutes ces lectures qui n’ont pas eu de billets dédiés (et qui l’auraient mérité). Comme je suis avant tout une lectrice, on ne verra pas grand chose à part mes lectures dans ce bilan. Rien de très structuré non plus ni de passionnant, je vais faire un malheureux listing un peu rébarbatif de mes lectures et découvertes cette année. Bonne année 2015 et bonnes lectures! Au final, le bilan n’est pas entier, n’ayant plus le courage de continuer (je m’excuse pour ce long monlogue)…

Plan austérité

Comme j’en parlais déjà dans un autre billet à propos de ma panne d’écriture dans ces lieux, l’année 2014 fut surtout une année « plan austérité ». En fin décembre 2013, je m’aperçois que le nombre de volumes non lus a rapidement augmenté. Résultat, j’ai fixé un budget bandes dessinées mensuel de 70€ pour ralentir la donne, avec pour conséquence une année assez cornélienne au sujet des achats: succomber à mes envies du moment quand je vais en librairie ou bien acheter de manière plus réfléchie, en privilégiant ce qui est difficile à se procurer. J’ai opté pour la seconde solution: prioriser les éditions taïwanaises de manga sur le marché de l’occasion, ce qui m’a privé d’achats au début de l’année, générant pas mal de frustration. Très peu d’achats manga neufs au détriment des éditeurs français en 2014: Le pavillon des hommes #9, La vie de Raffaello Santi dit Raphaël, Ecole Bleue #4, Dorohedoro #15, Bride Stories #6. Au final, j’ai réussi mon défi en trichant un peu: 75€ de bons d’achat offerts et un cadeau à moi-même pour mes 32 ans. Je retiens surtout la difficulté de résister devant chaque sortie de Cesare (il me manque donc 4 volumes), Kamakura Diary #5 (ayant lu 4 volumes en fin 2012), les nouveautés de l’automne: Six Half, Moyasimon, Altaïr, Orange, les très attendus What did you eat yesterday? (enfin acheté le volume 1 au début du mois) et Sunny.

A cela s’ajoute la technique draconienne des lots de lecture et de l’interdit bibliothèques. Les listes de lecture, j’ai essayé par le passé (pas souvent) et ça n’a jamais fonctionné. J’ai toujours commencé par ce qui était le plus simple: les manga VF en premier, et tout ce qui était en chinois, en allemand ou simplement épais se trouvait donc au fond de la pile vu que je continuais à acheter des manga. Ma technique consiste à former un lot à partir de livres provenant d’une même période d’achat (en général un trimestre) et porter son choix sur tout ce qui est disponible dans le lot en cours jusqu’à plus de choix. Une technique qui m’a pas mal aidé car j’arrivais forcément à mes Némésis. Le premier lot répertoriait tout achat avant 2013 et j’ai pris 3 mois pour en venir à bout!

Globalement, ça a porté ses fruits mais j’ai quand même triché en plaçant hors-lot: des manga de Fumi Saimon (un don d’une copine indirecte de ma mère), les TPB de Calvin & Hobbes (je devais en lire un par mois, j’en ai lu 2), l’intégrale de Little Nemo, l’intégrale de Mafalda, l’anthologie de BD alternative chinoise Special Comix #3. L’échec le plus cuisant a été l’abandon de l’avant-dernier volume de Cerebus intitulé Latter Days, et je ne sais pas si je vais retenter le défi en 2015 tellement ce fut chiant. J’ai aussi triché un peu en dispersant sur plusieurs lots des manga d’histoires courtes en chinois pour éviter toute lassitude (Le Cortège des cent démons, Uryuudou YumebanashiYume no Ishibumi). J’ai pu résister à l’automne sans achat en transgressant à mes lectures de lots grâce aux emprunts bibliothèque (bandes dessinées franco-belge et romans surtout, pas de manga).

Lectures en vrac

Découvertes

Malgré les années à lire des manga, je n’arrive pas à être blasée et je continue encore à faire des découvertes. Pour les comics et les autres types de bandes dessinées, je suis toujours en train de découvrir des choses.

rakugo_shinjuuShôwa genroku rakugo shinjû (昭和元禄落語心中) de Haruko Kumota (雲田はるこ), série issue du Itan (josei, Kodansha). J’ai découvert ce manga par sa couverture un peu austère, à l’image du Pavillon des hommes, sans me souvenir du titre. C’est Jocelyne Allen qui m’a finalement rappelé le titre du manga. J’ai fini par craquer sur le volume 1 quand je l’ai vu disponible à Taïwan. L’histoire se penche sur un grand dadais un peu idiot sortant de prison et qui fonce chez le maître de rakugo Yakumo afin de devenir son disciple. Alors que Yakumo n’en reçoit aucun, il finit par héberger ce personnage qu’il baptise Yotaro (dans le rakugo, ce terme désigne un personnage un peu idiot). Je suis immédiatement tombée sous le charme de ce manga (il me tarde de lire le volume 2) déjà pour son graphisme, mais aussi l’univers du rakugo, les relations entre les personnages et l’humour. Car c’est plutôt sur cet aspect que Kumota se penche pour le moment, et c’est plus vers Le disciple de Doraku qu’il faut se diriger pour les coulisses du rakugo. On voit que Kumota a fait du boys love vu la dynamique qui se développe entre Yotaro et son « maître », mais aussi avec le flashback du fameux maître et son rival. Je me demande si Tong Li va continuer la série, ne voyant rien dans les prévisions jusqu’en mars, avec un volume 4 sorti en juin. Un vrai coup de cœur.

wandering_sonWandering Son de Takako Shimura, série terminée au Japon en 15 volumes, issue du Comic Beam (seinen, Enterbrain). A vrai dire, j’ai longtemps espéré une traduction française de cette série de Takako Shimura, mais on a eu Fleurs Bleues. Peut-être que j’ai tort, mais j’ai finalement craqué pour l’édition américaine du titre chez Fantagraphics, et ce malgré l’aspect luxueux qui me repoussait: couverture cartonnée, grand format, prix élevé (pas moins de 15€), même découpage qu’un volume japonais. J’ai lu 7 volumes cette année et j’attends le volume 8 avec beaucoup d’impatience (mai 2015). Pour la petite histoire, Shimura se penche sur le quotidien de Shuichi Nitori, garçon en dernière année de primaire qui se pose des questions sur son identité sexuelle. A côté, on suit Takatsuki, une fille qui aimerait être un garçon. A la fin du volume 4, Nitori entre au collège et Shimura va donc vers les questions liées à la puberté. On ne suit pas que Nitori mais tous les personnages (et il y en a beaucoup) de son entourage, que ce soit les camarades de classe, la sœur de Nitori et ses amies mannequins. Le tout se lit très facilement, la narration de Shimura étant très fluide et toujours reconnaissable avec ses ellipses temporelles où l’événement marquant est souvent retransmis après. Les personnages sont extrêmement touchants et plein de sensibilités, on partage les pensées très intimes de chacun et chacune. J’ai eu un grand coup de cœur pour cette série toute en finesse et en subtilité, et je dois dire que le dessin de Shimura me charme décidément beaucoup (le trait rond et les profils, les cheveux, sur ces derniers points, il y a quelque chose de Fumi Yoshinaga!). Il paraît que la partie au lycée est moins réussie.

lollipopLollipop de Ricaco Iketani, Delcourt, série complète en 7 volumes, issue du Cookie (shôjo, Shueisha). Lollipop est une de mes grandes découvertes manga cette année. Alors que la série est sortie depuis des années, je ne l’ai curieusement jamais lue. Les avis du forum de Club Shôjo m’ont plus d’une fois donné envie, mais tout cela fut contrebalancé à chaque fois que je lisais le quatrième de couverture faisait mention d’une « Cendrillon des temps modernes », alors que les dessins me plaisaient beaucoup. Avec Lollipop, Iketani écrit son premier shôjo alors qu’elle était plutôt une josei mangaka. Madoka est une adolescente de 16 ans bien dans sa peau dont la vie bascule le jour où ses parents gagnent à la loterie et décident de réaliser leur rêve: reprendre leurs études afin de devenir médecins! Grâce à Lollipop, je découvre une mangaka du tonnerre: style de narration, humour, dessin typé josei des personnages rappelant parfois Anno dans Happy Mania notamment lors des phases où ils gueulent la bouche grande ouverte. L’histoire est très dynamique et presque sans temps mort, même si Iketani aurait tout aussi bien pu s’arrêter au volume 5, au lieu de prolonger la donne sur 2 volumes. La seconde partie où Madoka part à l’université est moins réussie: l’humour manque, l’ambiance est mélo à souhait, l’histoire d’amour ne me passionne pas et un des personnages devient réellement con. En fait, plus qu’un manga, j’ai surtout découvert une auteure qui m’a beaucoup plu. Il me tarde de lire Six Half, même si on est sur un registre plus sérieux. En feuilletant, j’ai trouvé le dessin plus maîtrisé (et plus joli) mais moins dynamique. J’aimerais bien lire Futago un jour (disponible en scans).

finderFinder de Carla Speed McNeil, inédit. A l’origine, Carla Speed McNeil sortait la série en auto-édition. Depuis quelques années, Finder est édité chez Dark Horse et c’est à cette occasion qu’est sorti un gros pavé rassemblant plusieurs histoires de la série sous le titre The Finder Library. Deux volumes de 600 pages sont ainsi sortis chez l’éditeur, la suite de la série sortant en TPB simples: Voices et cette année Third World, totalement en couleurs (toute la série était en noir et blanc). La couverture du premier pavé m’ayant immédiatement attiré, j’ai fini par l’acheter lorsqu’il fut proposé pour 6€ sur un site que nous connaissons tous (sûrement une erreur). Il est resté 2 ou 3 ans de côté parce que trop épais. Résumer la série me paraît clairement difficile, mais on a là quelque chose de tout à fait original (dans cette interview, Carla décrit sa série). Dans Finder, McNeil s’intéresse avant tout à un monde, et chaque arc est en fait une histoire indépendante, même si il y a des personnages récurrents. Dans Finder, les grandes villes (sur plusieurs étages) sont placées sous des dômes en verre, il n’y a plus de nuit ni de jour, et la société est composée de différents clans. Les personnes d’un même clan partagent un même bagage génétique et la société étant basée sur ce système, mieux vaut faire partie d’un clan pour ne pas mener une vie précaire. Dans les premières histoires, on suit surtout la famille Grovesnor composée d’une mère et de ses trois filles. Le père n’est pas du même clan, ce qui est très rare. Jaeger, autre personnage récurrent, est également un métisse du peuple Ascian (qui s’apparente aux Amérindiens). Il est très libre, n’habite nulle part et vient de temps en temps en ville. Un de ses amis le compare à un chat, et c’est un peu le cas. Jaeger est aussi un Finder et un bouc-émissaire professionnel, la première fonction étant encore obscure à mes yeux, la seconde ne lui permettant pas d’être payé. L’univers de Finder est plutôt complexe, original, et chaque page est dotée de multiples notes dans lesquelles McNeil se lâche. Elle se revendique beaucoup des frères Hernandez pour donner une idée (jamais lu pour le moment). Le début n’est pas facile à prendre en main (dessin et narration), et on se passionne réellement avec l’arc Talisman ayant pour héroïne Marcie, la cadette des Grosvenor. Cette série permet à l’auteure de parler de ce qui lui plaît, on a là de la tranche de vie, du drame familial, du thriller, des réflexions sur les lectures, de MMORPG aussi (on voit que McNeil joue, lit et regarde pas mal d’anime…). J’ai hâte de m’acheter le dernier arc (et voir le résultat de la couleur, moi qui aime tant le noir et blanc). Difficile aux premiers abords, mais carrément immersif!

atagoul_tamatebakoAtagoul Tamatebako (アタゴオル玉手箱) de Hiroshi Masumura (ますむらひろし), série terminée en 9 volumes, issue de Comic Moe (コミック・モエ) et Comic Fantasy (コミックFantasy) (seinen?, Kaiseisha). J’ai découvert Atagoul par un article de Shaenon Garrity pour le blog du Comics Journal, et tout cela en faisant des recherches sur Moto Hagio en 2012 (j’ai découvert plein de choses par Moto Hagio: Margaret Atwood, Ursula Le Guin, les mangaka du Groupe de l’an 24). Les images de l’article m’ont immédiatement conquise et frustrée car le manga est inédit. C’est par hasard que j’ai appris l’existence d’une édition taïwanaise épuisée chez Sharp Point Press et j’ai fini par acheter la série en 2013 puis la flemme s’en est mêlée. Atagoul a été adapté en film d’animation 3D (que je trouve assez laid) sous l’ortographe Atagoal. Il paraît que les studio Ghibli auraient approché Masumura. Les univers de Masumura et Miyazaki sont tous deux pleins de féerie et j’aurais bien aimé voir le résultat d’une telle adaptation. Atagoul est un univers dans lequel Masumura revient souvent, et sur plusieurs séries: Atagoul Monogatari (アタゴオル物語) (6 volumes) en 1976, Atagoul Tamatebako (アタゴオル玉手箱) (9 volumes) en 1984, Atagoul (アタゴオル) (2 volumes) en 1994 et Atagoul wa neko no mori (アタゴオルは猫の森) (18 volumes) en 1999. Cet homme semble aimer dessiner les matous, il a aussi adapté Train de nuit de la voie lactée en manga avec des chats, et ce dernier été adapté en film d’animation. Atagoul est le nom d’une forêt dans laquelle cohabitent des chats géants doués de parole et des humains, chacun vivant dans une maison en forme de fruit ou légume. Hideyoshi, le gros chat jaune qu’on voit sur les couvertures, est surtout gouverné par son estomac. Les histoires peuvent être lues séparément et souvent, il s’agit d’aller chercher une pieuvre géante ou autre poisson géant pour satisfaire la gloutonnerie de Hideyoshi (celle-ci est telle qu’il est interdit de séjour dans les restaurants du coin). Les aventures n’ont parfois aucun sens, et Masumura ne manque pas d’imagination, comme cette pêche aux poissons lune afin d’aller sur la lune et se rendre à un café! D’autres personnages entourent ou plutôt supportent et se laissent entraîner par Hideyoshi (je les plains). J’ai adoré cet univers féerique et surtout le trait super joli de Masumura, mais la lecture en chinois fut assez difficile, entre les noms de plantes et autres jeux de mot. Enfin, on voit dans une illustration couleurs un sosie du chat-bus de Mon voisin Totoro! Depuis, Atagoul Tamatebako est disponible en scantrad (un chapitre en anglais). Références en chinois: 艾塔戈爾魯百寶箱, 增村博, 尖端.

lady_detectiveLady Detective de Lee Ki-Ha et Jeon Hey-Jin, série terminée en 6 volumes, manhwa, Clair de Lune. Une série totalement passée inaperçue et découverte au hasard sur Manga News, notamment grâce à un titre que j’ai trouvé ridicule… Clair de Lune aime bien sortir ses séries par grappe de plusieurs volumes, et ce fut le cas pour les 6 volumes de Lady Detective qui ont dû faire un passage éclair: 3 premiers volumes au milieu du mois de mai, les 3 suivants au début du mois de juin! Je n’ai pour le moment lu que le volume 1 trouvé d’occasion (le volume neuf coûte 8€ pour un petit format) et je ne suis pas déçue. Les dessins ne sont pas originaux mais réussis, la narration est fluide, la dynamique entre les personnages me plaît et l’enquête du volume m’a plu. L’ambiance Angleterre victorienne dépayse, avec tout ce qu’il faut de bonnes manières, de sexisme et de robes, sans parler du majordome bishônen. Ce titre a donc pas mal d’atouts et fait un excellent divertissement. Il fallait juste le sortir « normalement ». Pour la petite histoire, on suit Lizzie Newton, jeune fille de bonne famille qui s’intéresse plus aux enquêtes qu’autre chose. Elle cache aussi son identité d’écrivain à succès de romans policiers, chose inconvenante pour une jeune fille bien élevée. Un manhwa qu’on peut ranger en librairie à côté de Emma de Kaoru Mori pour un coin Angleterre victorienne.

papa_told_mePapa told me de Nanae Haruno, anthologie en 3 volumes chez Kana, issue de Cocohana et Young YOU (josei, Shueisha). Papa told me fait 27 volumes dans sa totalité, il s’agit d’une série très célèbre au Japon. Kana a fait le choix (judicieux, vu le potentiel commercial) de publier en France l’anthologie reprenant les histoires préférées de Nanae Haruno. A mes yeux, elle est un peu passée inaperçue, les couvertures ne me parlaient pas mais surtout, je n’aimais pas du tout le titre. Enfin, Delcourt sortait Un drôle de père auquel je n’ai pas du tout accroché et je pensais trouver le même univers. J’ai eu bien tort au final, et les chroniques de Sorrow sur Manga News me l’ont prouvé. L’univers de Papa told me n’est pas ancré dans le réel comme Un drôle de père, on ne sait pas réellement où se situe l’histoire, ni quand. Pas mal d’éléments imaginaires qui ne sont pas là pour me déplaire non plus. On suit un père veuf et sa fille (en primaire), celle-ci étant particulièrement intelligente et aimant les livres (et son papa bien entendu). Le quotidien y est montré, mais aussi les escapades de Chise pour un petit thé, des chats, une bibliothèque, une boutique étrange, une artiste de rue. Les histoires ne se suivent pas (pas de continuité réelle, l’anthologie se fiche bien de l’ordre, on passe du chapitre 45 à 5 puis 21 par exemple!) et Haruno transporte le lecteur dans un univers très particulier. Le rythme est par contre très lent et le dessin particulier ne plaira pas à tout le monde. Et c’est ce style graphique (ces nez, ces visages très simples), cette narration qui m’ont plu, un peu comme avec Lollipop, j’ai découvert par Papa told me une mangaka avant tout. Nanae Haruno est malheureusement peu traduite, mais Pieta et Double House, deux travaux plus courts (2 et 1 volumes) sont disponibles en scantrad (toujours pas lu, mais je n’espère pas une sortie ici). Une belle surprise!

ecole_bleueEcole Bleue de Aki Irie, série terminée en 4 volumes chez Kana, issue de Comic Beam (seinen, Enterbrain). Voici un autre manga sorti depuis des années. Là, j’ai au moins lu le volume 1 en bibliothèque et n’aimant pas les histoires courtes, je n’avais pas du tout accroché. C’est en découvrant des dessins de Ran to Haiiro no sekai (disponible en scantrad) que j’ai redécouvert Aki Irie, du moins graphiquement. Ce nom ne m’était pas inconnu et pour cause: Ecole Bleue est sorti chez Kana il y a quelques années, et la chronique de Morgan sur le site de Mangaverse m’a de nouveau convaincue. Aki Irie est une manga au style de dessin rond et chaleureux très proche de Kaoru Mori, toutes deux publient d’ailleurs leurs séries dans le même magazine (Harta chez Enterbrain, Comic Beam par le passé, Fellows aussi). Ecole Bleue est en réalité un recueil d’histoires courtes sur 4 volumes. On y retrouve de tout: des histoires de fantasy costumées avec des princesses, des tranches de vie, de la romance, et toutes ont cette ambiance particulièrement chaleureuse, douce, pleine de magie, qui ne peut que séduire. Mention spéciale aux dessins de la princesse orientale (le magnifique sarouelle *__*) et à l’histoire du volume 4 avec une mère et ses fils. J’ai été tellement happée par cet univers que j’ai acheté le dernier volume neuf.

queen_and_countryQueen & Country de Greg Rucka et divers illustrateurs, intégrale en 4 volumes chez Oni Press (disponible en français chez Akileos). Entre cette série et moi, ce fut le jeu du chat et de la souris. Je bave sur les dessins en noir et blanc de cette série depuis longtemps, mais j’ai été plus ou moins traumatisée par le nom de Greg Rucka (mauvais souvenir d’un Ultimate Daredevil & Elektra) et le format d’Akileos était trop imposant à mon goût (en réalité, la même taille que Courtney Crumrin que je me suis pourtant acheté). J’ai découvert l’édition intégrale américaine en petit format très compact (plus de 300 pages) un peu avant ma lubie du budget: je n’ai pu me l’acheter au début de l’année, puis quand j’ai enfin pu, le volume 1 coûtait de plus en plus cher. J’ai réussi à l’acheter d’occasion à un prix raisonnable: jamais reçu. En décembre, je le reprends d’occasion (pas cher cette fois) en « Très bon état » pour que la Poste me l’abîme, ce qui fait un dos tordu pour un joli livre. Bref, ce livre et moi n’avons AUCUNE affinité! Pourtant, je dois dire que je suis totalement éblouie par ce que j’ai lu. Une belle claque tellement c’était génial au niveau narration. Le tout est immersif, on suit les services secrets britanniques et en particulier une femme de terrain: Tara Chace, et ses collègues, ses rapports avec la hiérarchie, les interactions avec partenaires comme la CIA, les effets psychologiques après une mission. De l’espionnage (je ne pensais pas en lire un jour!) mais pas du James Bond, le ton étant plutôt réaliste. Les changements de dessinateurs à chaque histoire font que l’on doit se remettre dans le bain pour reconnaître les personnages mais chaque dessinateur apporte son style: trait gras pour Steve Rolston, trait plutôt fin (puis noir et blanc argentin très reconnaissable) sous Leandro Fernandez (le chef de Chase ressemble beaucoup au Capricorne d’Andreas, troublée!). Rucka semble excellent pour raconter des histoires d’hommes et de femmes travaillant sur le terrain, on retrouve cette particularité dans Gotham Central par exemple. Tout simplement excellent et à découvrir d’urgence. Et que dire des couvertures de Tim Sale… Pour l’instant, je n’ai lu qu’un seul volume (hâte de voir Carla Speed McNeil dans le volume 2).

books_of_magicThe Books of Magic (la série régulière) de John Ney Rieber et Peter Gross, 75 numéros (50 repris sur 7 TPB). Je suis assez fan de l’univers magique de Vertigo (années 90, quand l’univers était encore lié à DC) et il faut dire que The Books of Magic a toujours piqué ma curiosité. Au départ de cette série se trouve Neil Gaiman, qui écrit une mini-série de 4 épisodes sur Timothy Hunter, un adolescent malheureux de la banlieue de Londres destiné à devenir le plus grand magicien de l’univers Vertigo. Dans cette mini-série, il est chapeauté par la Trenchcoat Brigade (John Constantine, Phantom Stranger, Mister E et Doctor Occult) qui lui révèle son pouvoir en lui faisant visiter divers mondes. Après cela, Tim revient dans un crossover mettant en scène tous les enfants de l’univers Vertigo intitulé Children Crusade dans lequel il est kidnappé par un certain Tamlin. Une série régulière voit le jour, avec John N. Rieber au scénario jusqu’à l’épisode 50, et Peter Gross, dessinateur, endosse la casquette de scénariste pour les 25 numéros suivants. Les TPB de Vertigo ne reprennent que les 50 épisodes de Rieber et rien d’autre. Si bien que dés le premier épisode, on se sent bien perdu car des personnages débarquent et Tim semble les connaître: Tamlin par exemple. Au début de la série, Tim apprend ses véritables origines: sa mère est la reine des Faerie Titania (celle qu’on voit dans Sandman) et son père Tamlin, un humain qui peut se transformer en rapace. Le tout reste tout de même intriguant, et j’ai sauté sur l’occasion car des TPB étaient disponibles à prix raisonnable, car cette série est difficilement accessible sinon. Le scénario de la série est parfois tordu (le volume 2 où Tim doit affronter un lui futur devenu connard et esclave d’un démon) et confus mais la magie est là et je dois dire qu’il y a un cachet, une ambiance sombre particulière très prenante (mais moins trash que les autres titres Vertigo de l’époque). Le personnage de Tim Hunter est touchant en adolescent malheureux, mais parfois agaçant sur les derniers volumes, que ce soit dans ses rapports avec sa famille terrestre ou sa petite amie Molly. A noter que la partie où Tim rencontre Tamlin est reprise dans un recueil intitulé The Books Of Faerie (il faut le savoir) où sont racontées les origines de Titania, recueil assez terne et peu passionnant mais juste informatif (ce qui ne m’a pas donné envie de lire le suivant consacré à Auberon). J’ai toujours eu du mal avec le dessin de Peter Gross parfois plaisant parfois fade ou laid. Les couvertures de Michael Kaluta sont très belles. Une série pas excellente, mais attachante et prenante, avec des arcs allant parfois du coq à l’âne.

the_unwrittenThe Unwritten de Mike Carey et Peter Gross, prévue sur 11 TPB (fin en 2015), 2 volumes sortis chez Panini, Urban ne s’est pas encore prononcé pour sortir la suite. Encore une fois une série sur laquelle j’ai longtemps réfléchi avant de l’acheter. Les couvertures de Yuko Shimizu sont sublimes, mais le dessin de Peter Gross, encore une fois, me paraît extrêmement fade. De plus, la série sortant en France, j’ai plus ou moins pensé à faire un essai en bibliothèque avant, et le temps passe finalement très vite. Au final, j’ai acheté la série en anglais (après avoir lu un excellent dossier consacré à Mike Carey dans Scarce) et je ne le regrette absolument pas. J’ai pour le moment lu 3 volumes, tentant de suivre la série à un rythme mensuel. The Unwritten est mené par un duo que je connaissais déjà, Mike Carey et Peter Gross ayant travaillé sur Lucifer (que je ne peux conseiller car je n’en conserve aucun souvenir), série spin-off de Sandman. Le nom de Peter Gross me file la chair de poule, tant j’ai trouvé son dessin fade sur Lucifer, et ce sentiment s’est intensifié dans The Unwritten (mais ce n’est pas vrai dés que Gross n’illustre plus la vie réelle). Mike Carey est par contre très inspiré. L’histoire est difficile pour moi à résumer mais en gros, The Unwritten est une série sur la force de la fiction sur nous tous. Le tout commence avec Thomas Taylor, fils de Wilson Taylor, auteur culte d’une saga de jeune sorcier en 13 tomes dont l’engouement est comparable à celui de Harry Potter. Wilson Taylor a mystérieusement disparu depuis et Thomas participe régulièrement à des conventions. Car le héros de la saga s’appelle Tommy Taylor et est inspiré par Thomas. L’univers de Tom bascule le jour où il rencontre Lizzie Hexam, remettant en doute son existence même, il se pourrait que Tom ait été créé par les mots de son père. S’ensuit une longue quête d’identité où il faut déjouer les plans machiavéliques de la Cabale, une mystérieuse organisation tirant les ficelles du monde de la fiction. La lecture n’est pas toujours simple et très dense et la relecture ne fait sans doute pas de mal. Je suis complètement devenue accroc à cette série, surtout avec le volume 3 qui comporte un chapitre sur le mode « Un livre dont vous êtes le héros ». Les dessins sont fades mais clairs, et l’histoire de Carey est passionnante. La magie prend, tout simplement. Mention spéciale au chapitre sur la propagande Nazie ou Rudyard Kipling.

Continuité

Dans cette partie, je vais tenter de m’exprimer sur les lectures ne résultant pas d’une découverte, mais découlant de mes lubies habituelles: est em, Ichiko Ima, Moto Hagio, Reiko Okano, Fumi Yoshinaga, Taiyou Matsumoto, Yumi Tamura, Reiko Shimizu, etc… Des lectures dans la continuité de ce que je connais déjà, en somme. Concernant Ichiko Ima, j’ai surtout continué de creuser plus loin que Le cortège des cent démons, allant même à la découverte de ses boys love, afin de mieux connaître son travail. Je me contentais jusque là d’acheter ses manga fantastiques uniquement. Jusque là, j’ai tout aimé de ce que j’ai lu d’Ima, seul le one-shot Kyouka Ayakashi Hichou (adaptation d’un light novel) m’a un peu déçue. Difficile de poursuivre ce billet car j’ai finalement lu plein de choses, même chez mes auteurs fétiches! J’ai aussi pu découvrir Hi Izuru Tokoro No Tenshi de Ryôko Yamagishi, puis Yume No Ishibumi de Toshie Kihara, pour rester sur le groupe de l’an 24.

marginalMarginal (マージナル) de Moto Hagio, série terminée en 5 volumes (tankôbon), issue du Petit Flower (josei/shôjo?, Shogakukan). Marginal est LE titre qui m’a fait découvrir Moto Hagio, du moins graphiquement. La mention SF me plaisait, étant à l’époque en plein dégoût des shôjo romantiques. En voyant des images de Marginal, j’ai été surprise du trait aussi « moderne » (si je puis dire) de Moto Hagio, pour un manga datant de 1985. Marginal fait partie des œuvres de SF de la mangaka, et la plus longue qu’elle ait écrite dans le genre. Dans cette série, Hagio s’intéresse à un futur lointain sur Terre où la population rencontre des problèmes de renouvellement. Le monde est peuplé d’hommes uniquement, et une seule femme, la Mère, est chargée de faire des enfants après une offrande de sperme dans un temple. En réalité, le monde de Marginal cache bien des secrets, et tout ceci est chamboulé avec la rencontre d’un homme du désert avec un mystérieux jeune homme qui a complètement perdu la mémoire. La série est disponible en scantrad en anglais par Pink Panzer, et j’ai commencé ainsi avant une longue pause (ça a bien repris depuis). J’ai fini par acheter l’édition taïwanaise d’occasion pour terminer le tout après un essai infructueux en scans chinois. L’histoire m’a beaucoup plu, pleine de mystères et très intéressante, bien racontée, dense, mais surtout très riche (mais ma lecture date maintenant) et supportant bien des relectures.

barbara_ikaiBarbara Ikai (バルバラ異界) de Moto Hagio, série terminée en 4 volumes, issue du Flower (josei, Shogakukan). Avec Marginal, on a là l’autre série importante de SF de Hagio. Une série qui m’a paru mystérieuse par son scénario découvert lors de l’interview de Matt Thorn pour The Comics Journal: Aoba est une jeune fille dans le coma depuis 9 ans que ses parents ont été assassinés. Surtout, on a découvert dans l’estomac de la jeune fille le cœur de sa mère, et ses rêves très étranges semblent influencer le futur de la Terre (il s’agit d’un futur où une technique avancée permet de voir les rêves des autres comme un film). Un psychologue japonais parvient à entrer dans les rêves des autres et sa mission est donc de découvrir le mystère autour de Aoba. Celui-ci a un fils qui semble aussi lié à Aoba, même s’ils ne se connaissent pas. Un manga très difficile à résumer en somme, car le scénario est éclaté et plutôt original dans le genre. Graphiquement, on a là une Moto Hagio des années 2000 (son dessin post années 1990 qui me plaît moins que celui des années 1980), au trait et aux compositions bien moins marquante que jadis. Même si la série date de 2002, elle a une ambiance proche des manga fantastique des années 1980-1990, tels que Please save my earth de Hiwatari! On y retrouve ces thèmes avec les rêves, les cheveux très longs, une ambiance plutôt douce, des traumatismes mais aussi des pouvoirs psi, des rencontres sur les toits d’immeubles en volant dans le ciel. Le scénario choral est complexe et beaucoup de choses s’enchevêtrent. Encore une fois, Moto Hagio a besoin de peu de volumes pour raconter une histoire dense et pleine d’événements (sa narration est ainsi qu’on a le sentiment de sortir de 10 volumes!) et de rebondissements (parfois tirés par les cheveux sur la fin). J’ai eu du mal à trouver les personnages attachants, mais on a là un excellent manga qui supporte, encore une fois, de nombreuses relectures. Comme souvent chez Hagio, le personnage de la mère est peu sympathique (ici, elle est comme à moitié folle). En chinois, la série est assez rare et j’ai dû sauter dessus quand je l’ai croisée à un prix raisonnable. Curieux alors que c’est la plus récente de ses séries à Taïwan (éditeur Sharp Point Press).

hyakki_yakoushouLe cortège des cent démons de Ichiko Ima, 23 volumes en cours, issue du Nemuki. Ceux qui connaissent Le cortège des cent démons sont en terrain connu. Pour faire court, voici une excellente série de yôkai (la meilleure!) cruellement stoppée depuis des années au volume 6 par Doki-Doki. Un deuil douloureux s’est ensuivi et une idée a germé dans mon esprit: continuer la série en chinois si elle existe. Et en effet, celle-ci existe, avec des volumes épuisés (le début de la série, j’ai toujours un volume 14 manquant). La série mêle habilement fantastique par ses yôkai, vie quotidienne d’une vieille famille japonaise assez traditionnelle et pas mal d’éléments comiques comme Ima sait si bien le faire. J’ai lu les volumes 7 à 21 sans me lasser (c’est tellement amusant), et je dois dire que c’est parfois éprouvant et pour cause: il y a plus de cases que la moyenne dans les planches de Ima (densité commune avec Moto Hagio, son idole de toujours), beaucoup d’informations mais surtout des scénarios pas toujours faciles à suivre (intrigues parfois parallèles). A vrai dire, à cause du deuil douloureux, je n’ai jamais osé écrire un billet sur Le cortège des cent démons, et je profite de ce bilan un peu bordélique pour le faire. Mais ATTENTION SPOILERS car il se passe quelques petits trucs depuis les 6 premiers volumes. Les personnages continuent à évoluer, évidemment, et la série reste toujours aussi excellente. Ritsu parvient à entrer à l’université, a un semblant de vie sociale et se fait même quelques amis, Tsukasa a un petit ami (tout à fait banal) même si la mère de Ritsu et sa grand-mère (et les oiseaux) aimeraient bien la caser avec son cousin, Ritsu libère du monde des yôkai son oncle Kai ayant les mêmes facultés et porté disparu depuis 26 ans (il a de nouveau disparu depuis le volume 19), il a aujourd’hui 46 ans et tente de s’insérer en société, puis surtout, Akira perd Saburo qui, pour une raison que je n’ai pas comprise, n’a plus d’énergie pour rester sous une forme humaine et doit retourner dans son jardin miniature, pour le moment, il est resté en coq. Akira tente aussi de rencontrer une autre personne (parfois des rencontres arrangées!).

uryuudou_yumebanashiUryûdô Yumebanashi (雨柳堂夢咄) de Akiko Hatsu (波津彬子), 14 volumes en cours, issue du Nemuki (shôjo fantastique, Asahi Shinbunsha). 12 volumes lus, en chinois. Série découverte par l’entremise de Ialda, ses couvertures dégageant une ambiance proche du Cortège des cent démons m’ont immédiatement attirée. En enquêtant sur Akiko Hatsu, on découvre aussi qu’elle est, avec son amie Yasuko Sakata, à l’origine du mot yaoi. Elle a été l’assistante de Moto Hagio. Outre ces détails la rendant clairement sympathique à mes yeux, elle écrit surtout des manga de yôkai plutôt courts. Uryûdô Yumebanashi est sa série la plus longue, et celle-ci n’en est pas véritablement une. En effet, il s’agit plutôt d’histoires courtes fantastiques mettant en scène fantômes ou yôkai, avec quelques personnages récurrents. Souvent, même, le jeune homme qui orne les couvertures n’est qu’un personnage de fond, le personnage principal de l’histoire étant un personnage non récurrent. L’histoire se passe au Japon du début du XXème siècle (ère Meiji) autour d’une boutique d’antiquités. Le jeune Ren donne un coup de pouce à la boutique de son grand-père, Uryûdô (saule pleureur). On n’apprend jamais rien sur Ren, à part qu’il a un don pour voir ce qui sort de l’ordinaire. C’est un personnage mystérieux. Les antiquités sont souvent hantées, et c’est plutôt sur elles que Hatsu focalise son récit. Ainsi, un vieux sorti d’une peinture chinoise peut voler une pêche d’une autre peinture, par exemple. Les histoires ont un ton parfois mélancolique, l’ambiance est assez romantique, plus que dans Le cortège des cent démons, et on sent tout l’amour de Hatsu pour les vieux objets tant ceux-ci sont joliment représentés. Elle semble aussi aimer les objets chinois (une autre série porte le titre Lady Chinoiserie) et anglais. En tant que buveuse de thé, j’ai adoré l’histoire où une théière est hantée par un fantôme chinois très mignon. Enfin, il arrive à Hatsu de dessiner des animaux folkloriques comme le tapir qui aspire les mauvais rêves, ou un sanglier magique. Quant aux personnages récurrents gravitant autour de la boutique, on a aussi un faussaire et une orpheline avec une intrigue survenant sur plusieurs volumes, mais rien de plus niveau intrigue récurrente. Enfin, notons qu’on trouve dans les pages publicitaires Le Cortège des cent démons, The Top Secret et Onmyôji, que des best-sellers en France.

ryuu_no_nemuru_hoshiRyuu no Nemeru Hoshi (竜の眠る星) de Reiko Shimizu, série terminée en 5 volumes, issue du Lala (shôjo, Hakusensha). Aimant beaucoup Princesse Kaguya et m’intéressant aux shôjo de SF, j’ai fait un essai avec la série longue reprenant les personnages fétiches de Shimizu, les androïdes Jack et Elena. Cette série dont le titre veut dire (à peu près) « la planète des dragons endormis » date des années 1980, elle est antérieure à la série longue Tsuki no Ko (Moon Child, jadis édité en entier chez CMX aux Etats-Unis). On retrouve donc un graphisme un peu ancien de Shimizu, et cela se voit plus au niveau des coupes de cheveux et des vêtements que dans le trait même, celui-ci étant déjà très joli à l’époque. Ma lecture date désormais, mais je vais tenter de raconter un peu. Les androïdes Jack et Elena paraissent dans plusieurs one-shot de Shimizu, et Ryuu no nemeru hoshi est la seule série longue avec ces deux personnages. Elle permet aussi de connaître le passé d’Elena. Jack (le brun) est un androïde imparfait: il a des défauts comme tous les humains. Au contraire, Elena (le blond, androgyne, évidemment) est un androïde parfait: il sait tout faire et a des capacités hors-normes. Malgré son nom féminin, ce n’est pas une femme, il est d’ailleurs particulièrement misogyne. Les deux voyagent à travers l’espace afin d’accomplir des missions. A l’époque de cette série, Jack et Elena partagent un petit appartement et doivent payer des factures. Ils acceptent donc une mission à laquelle Elena ne voulait pas participer, suite à un mauvais feeling quant à la destination: la planète des dragons endormis. Sur cette planète, deux peuples se font une guerre depuis longtemps, et les deux sont chargés d’assassiner une personne importante. Ils sont embarqués dans cette guerre et dans le passé d’Elena. Cette série de 5 volumes est très dense et en même temps un peu mal rythmée. C’est donc une semi-déception, la fin est très précipitée car il y a de l’action et de l’émotion à gogo, avec trop d’événements, mais le début met pas mal de temps à démarrer. Ça a un peu vieilli, ou alors c’est moi qui suis trop vieille, n’ayant pas été prise par les émotions des personnages, même si l’intrigue autour de Elena est intéressante. Certains personnages sont assez pénibles aussi, comme Shimizu sait bien les faire, il suffit de lire Princesse Kaguya pour s’en rendre compte.

yakumo_tatsuYakumo Tatsu (八雲立つ) de Natsumi Itsuki, série terminée en 19 volumes, issue du Hana To Yume (shôjo, Hakusensha). Natsumi Itsuki est une auteure de shôjo connue pour écrire des shôjo fantastiques. Yakumo Tatsu est sa plus longue série. Si elle est peu traduite ici, ses manga ont souvent été portés à l’écran: des noms tels que Hanasakeru Seishounen ou Jyu-Oh-Sei vous diront peut-être quelque chose. En France, sa seule série traduite est Vampir, un seinen, chez Panini (5 volumes, en pause au Japon). Yakumo Tatsu est une longue saga des années 1990 dans une ambiance shinto et mettant en scène la recherche de 7 sabres aux pouvoirs puissants. On suit l’histoire de deux jeunes hommes: Nanachi est un étudiant très gentil et simple tandis que Karuki est un lycéen taciturne et très beau garçon issu d’une grande famille traditionnelle. Les deux garçons se prennent d’une profonde amitié et ont tous deux des pouvoirs spirituels. En même temps, l’auteure donne un aperçu de leur vie sans doute antérieure, à l’époque du Yamato. Ce scénario, et surtout le début, mettant en scène deux bishônen que tout oppose, ravit les fujoshi. Si le premier volume est très réussi avec son ambiance sombre et fantastique au milieu des montagnes de la province Izumo, le rythme retombe très vite pour se concentrer sur la vie quotidienne des personnages, avec des rencontres d’esprits, fantômes et autres énergie négative dégagée par d’autres personnes, et qu’il faut purifier par le sabre (rôle de Kuraki). Mais surtout, l’auteure se concentre sur les relations entre les personnages, surtout les filles qui tombent en pâmoison devant le « beaaaaauuuu » Kuraki. En cela, c’est très décevant et juste agaçant (la sœur de Nanachi la première) avec toutes sortes de jalousies et même une superbe histoire d’inceste. Les drames familiaux sont nombreux entre le mec qui veut tuer son père, qui hait sa mère (et toute femme, misogynie par traumatisme). Les personnages sont nombreux mais peu sont attachants. Au final, je pensais trouver un manga fantastique et je me suis plutôt retrouvée avec des histoires de cœur, le rythme étant en plus assez lent, j’ai donc mis du temps pour venir à bout des 19 volumes. Les souvenir sont lointain et j’ai été assez déçue par cette série. En revanche, j’ai adoré le manga de Jyu-Oh-Sei.

nekomix_genkitan_torajiNeko Mix Genkitan Toraji (猫mix幻奇譚とらじ) de Yumi Tamura, 7 volumes en cours, issue du Zôkan Flowers (josei, Shogakukan). 5 volumes lus, en chinois. Acheté un peu en même temps que Atagoul Tamatebako parce qu’il y a un chat. Et aussi parce que Yumi Tamura, et que j’aime beaucoup 7 SEEDS. Il s’agit d’un manga d’aventure dans un monde fantasy où les humains font la guerre à des souris… ridicule? Les souris ont des pouvoirs magiques et suite à cela, de nombreux animaux sont devenus des « mix » d’humains et d’animaux. Notre héros est Paiyan, un grand guerrier du royaume qui combat des souris. Alors qu’il est constamment au front, loin de sa femme et de son fils, ceux-ci ne sont plus là lorsqu’il rentre pour les voir: son fils a été kidnappé et sa femme a disparu. Seul reste Toraji, un chaton-mix, ancien animal de compagnie de son fils. Paiyan entreprend donc un voyage avec Toraji afin de retrouver la souris ayant kidnappé son fils, et prend conscience de sa paternité. C’est un manga que je trouve curieux dans un josei: de la fantasy, un guerrier en guise de héros, affublé d’un chat! Au final, le manga est prenant et Tamura utilise pas mal de ficelles communes avec 7 SEEDS pour susciter l’émotion de son public. C’est bien raconté, et les animaux-mix sont plutôt rigolos, mention spéciale au poisson-mix! Mais surtout, l’histoire s’avère intéressante alors qu’elle peut paraître ridicule lorsqu’on lit le synopsis…

the_callingThe Calling (コーリング) de Reiko Okano, série terminée en 3 volumes, adaptation du roman fantasy La Magicienne de la forêt d’Eld de Patricia McKillip. Une folie. Une folie car j’ai acheté cette série en italien, langue que je ne lis absolument pas, pour mes 31 ans. A vrai dire, je voulais surtout avoir des planches de Okano sous les yeux, surtout dans un environnement médiéval européen. J’ai tout de même opté pour une langue latine par rapport à une version originale en japonais, et j’ai bien fait car j’ai pu « comprendre » l’histoire malgré tout. Enfin, j’ai également acheté le roman d’origine au cas où je ne comprendrais rien et j’ai aussi pu découvrir Patricia McKillip! L’histoire est celle de Sybel, une belle jeune femme qui a toujours vécu dans la forêt autour de ses bêtes magiques. Dotée d’un grand pouvoir, elle peut appeler n’importe qui auprès d’elle, mais ne parvient pas à appeler le grand oiseau Liralen. Un jour, le prince Coren de Sirle vient troubler cmagicienne_foret_eldette vie tranquille en lui amenant un bébé: le fils de sa tante, qui est réclamé par deux royaumes en guerre. Sybel finit par élever l’enfant qui est finalement rattrapé par le monde humain. Il s’agit d’une histoire de fantasy bien loin des grandes saga avec quêtes qui se vendent bien dans les librairies. Ici, c’est calme, c’est concis et il ne s’y passe pas grand chose, du moins en apparence. Le manga semble très fidèle au roman original et les dessins de Okano sont merveilleux, c’est sûrement le plus beau manga de l’année à mes yeux, surtout la fin en tapisserie de Bayeux. Les trames sont très belles, relevant en plus les différentes textures, les pierres ou les tapisseries. Que ce soit le roman ou le manga, les deux œuvres sont excellentes.

onmyoji_tamatebakoOnmyôji – Tamatebako (陰陽師 玉手匣) de Reiko Okano, série en cours, suite de Onmyôji, issue du Melody (josei, Hakusensha).1 volume lu, en chinois. Avec Onmyôji – Tamatebako, Okano signe son retour sur le personnage de Abe No Seimei. Cette série se situe après la fin de la série Onmyôji, et je n’ai pu résister quand je l’ai vue disponible en chinois. A l’origine, je l’ai achetée juste pour regarder les dessins car mon niveau en chinois n’est pas très élevé (et je dois dire que j’ai baissé les bras devant une sortie ici vu le rythme, je serais déjà contente d’avoir les 13 volumes chez Delcourt!). Devant l’absence de sortie de Onmyôji chez Delcourt cette année, j’ai fini par tenter une lecture. Ce qui marque dans ce manga, ce sont les graphismes de Okano: le tout est au fusain (et c’est magnifique, surtout les pages couleurs), mais niveau design, je suis un peu déçue de voir que tout le monde a pris du poids (le menton de Seimei)! Pour ce qui est de l’histoire attention, mini-spoilers: Le manga suit le fils de Abe No Seimei et Makuzu, et il faut dire que l’enfant a bel et bien hérité des personnalités de ses deux parents! Il a pour précepteur un parchemin hanté qui peine beaucoup à s’occuper de lui: son intelligence n’a d’égal que son désir de liberté, caractérisé en plus par beaucoup de facétie et de malice. Bref, il fait ce qu’il veut! Dans le volume 1, Seimei revient à Heian après avoir passé du temps à l’extérieur de la ville en compagnie de sa « mère » (je ne sais pas si j’ai pas tout compris, ou si ça a un rapport avec la série d’origine qui n’est pas terminée ici), et il se trouve à une histoire de brigands que raconte Makuzu au parchemin. La fin du volume voit le fils et ses pouvoirs spirituels très forts, puisque des statues de divinités bouddhistes lui obéissent…

Pour ceux qui sont arrivés au bout (je vous remercie!!!!!), je termine ici pour le moment, n’ayant pas le courage de continuer… 

Publicités
19 commentaires »

Dokebi Bride #1

Fut un temps où les éditeurs ont tous voulu se lancer dans le manga, ou plutôt dans la bande dessinée asiatique petit format, en passant par les manhwa coréens ou les manhua (que je suppose taïwanais). En 2007, Kymera Comics fait partie de ces éditeurs ayant tenté l’aventure pendant un temps bien bref au travers du label Drakosia par 4 titres: Cynical Orange et Dokebi Bride côté coréen, La Perle du Dragon et The Moon côté chinois (ou plutôt monde chinois, ne sachant pas ce qu’il en est de The Moon, dernier titre sorti en 2008 dans le catalogue de Drakosia). Si les deux titres chinois sont des one-shot, ce n’est pas le cas des titres coréens dont fait partie Dokebi Bride. Cynical Orange aura droit à 2 volumes, et Dokebi Bride s’arrêtera au volume 1. Dokebi Bride est donc un manhwa complètement passé inaperçu.

dokebi_bride_vol1 Lire la suite »

3 commentaires »

Martin et John – Notes de lectures sur la partie désertique

Shahada: terme désignant le frère du roi

Istisra: Titre du roi dans la dynastie Kasamar

Kasamar: peuple du royaume Nao-Tang

Inrade: peuple du royaume Miorie

Klit: terme signifiant cadet

Imra: terme signifiant aîné

Beobbuti: terme signifiant prophète

Eliya: Nom du vaisseau de guerre abritant les Terriens dont la plupart, à bord, n’ont jamais vu la Terre. L’histoire se déroule en l’an 10013 du calendrier terrestre.

Tua-Retereq: Nom de la planète sur laquelle se passe l’intrigue. Elle est dite primitive. Des territoires désertiques à foison, un quart d’eau seulement. Une planète sur laquelle se sont opposés les deux puissants royaumes de Miorie et Nao-Tang au sujet d’un territoire jouxtant un fleuve. Les Terriens, alliés aux Inrade, ont terrassé les Kasamar lors d’un raid aérien de trois jours, mettant fin à 1000 ans de conflit. Ceux-ci vivent soit sur les terres Miorie soit dans le désert Kar-a-zella. On comprend donc pourquoi les Terriens sont si peu aimés des Kasamar.

Leyraol: Fête de l’amour durant laquelle les trois lunes de Tua-Retereq sont visibles, moment où les âmes sœurs peuvent s’accoupler. Le caractère hermaphrodite des autochtones se manifeste à ce moment-là.

Surinma: Nom du précédent Istisra, père de John et Hadir.

martin_et_john_martin

Martin: Terrien ayant échoué par accident sur Tua-Retereq en voulant se rendre sur Terre à bord d’un vaisseau clandestin. Il habite à Eliya et sa petite amie s’appelle Joséphina.

martin_et_john_shahada

John: Il n’a pas de nom et est souvent appelé Shahada, frère du roi actuel. C’est Martin qui lui donne le nom de John. Il est métis Terrien et certaines personnes telles que Hanan ne le supportent pas. Il est admiré de Adi et aimé de Irai.

martin_et_john_irai

Irai: Amoureux de Shahada, il est jaloux de Martin. Il a un tempérament très fougueux et a voulu tuer Martin dés leur première rencontre. Il manipule une arme blanche et chevauche une drôle de monture qui ressemble à une raie.

martin_et_john_adi

Adi: Il est jeune et admire aveuglément Shahada dont il se dit amoureux.

martin_et_john_hadir

Hadir: Istisra actuel, il est le frère de John. Il veille sur son enfant malade, et semble désespéré par la malédiction qui frappe la dynastie Kasamar.

martin_et_john_hanan

Hanan: Proche de Hadir, il en est éperdument amoureux mais n’a jamais songé à avouer ses sentiments car il se considère bien trop inférieur à son seigneur. Il déteste les Terriens, métis inclus, et donc Shahada.

martin_et_john_newin

Newin: Vendeur d’herbes médicinales des territoires neutres du Nord. Il est en réalité Terrien lui-même, et en a eu assez de vivre dans le monde aseptisé d’Eliya. Il aime beaucoup la vie sur Tua-Retereq.

martin_et_john_aggehae

Aggehae: Personnage bien mystérieux renfermant bien des révélations et faisant son apparition sur la fin du segment désertique.

2 commentaires »

Le rayon de la mort

Daniel Clowes fait partie de ces auteurs phares du comics indépendant. Son univers est fait de personnages évoluant (ou déambulant) dans une banlieue morne où il ne se passe rien. Ils sont souvent aigris, frustrés et misanthropes. Le titre le plus célèbre de Daniel Clowes est sans conteste Ghost World, qui a même donné lieu à une adaptation filmique. J’ai découvert Daniel Clowes par le biais de Adrian Tomine, et j’ai débuté avec Ice Haven, un récit ayant une excellente réputation mais qui m’a peu passionnée. De même pour David Boring, également très célèbre, mais dont le premier sentiment correspondait au patronyme du protagoniste. Ce n’est qu’avec Ghost World, mais surtout Comme un gant de velours pris dans la fonte que j’ai commencé à apprécier le travail de Clowes. Avec Wilson, l’humour de Clowes m’est paru plus évident. Il m’a fallu plusieurs années pour redécouvrir Daniel Clowes, avec Le rayon de la mort, car bien qu’il m’intriguait, je n’ai jamais pu l’emprunter.

rayon_mort_clowes

Andy est un quadragénaire qui vit seul avec son chien. Il semble frustré, aigri et déteste la plupart de ses concitoyens (ceux qui ne ramassent pas les crottes de leur chien, ceux qui trompent leur femme, etc…). Et il a de quoi: solitaire, deux fois marié, deux fois divorcé, il ne s’entend finalement qu’avec son chien. Un saut dans le temps nous ramène à l’époque où Andy était adolescent. Déjà solitaire, ses parents sont décédés et il vit avec son grand-père. Son seul ami est un garçon egocentrique du nom de Louie, avec qui il reste plus par passivité que par réelle amitié. Le duo n’est pas vraiment populaire, loin de là, mais le jour où Andy fume sa première cigarette, une bonne surprise a lieu: l’adolescent développe une force surhumaine. Dés lors, tous les fantasmes sont possibles, surtout lorsque Andy découvre une arme que lui a laissé son père: le rayon de la mort.

Dans Le rayon de la mort Daniel Clowes se penche sur le cas de deux adolescents rejetés par leurs pairs. Des pauvres mecs, comme on dit souvent, un peu paumés, et surtout, qui s’ennuient à mourir. En fait, Andy est juste solitaire et peu loquace, plutôt du genre renfermé. C’est plutôt Louie qui est la cause de son ostracisme social, et qui est réellement rejeté par les autres adolescents. Il passe beaucoup de temps en monologue pendant que Andy doit l’écouter: « Me rencontrer est la meilleure chose qu’il te soit arrivée » étant une de ses phrases préférées. Clowes s’intéresse aux inadaptés sociaux, qui le sont dans leur jeunesse et qui finalement, le restent à l’âge adulte, comme en témoigne le début du récit.

rayon_mort_clowes_andy40

L’humour de Clowes fait mouche, et certains dialogues sont très drôles. L’humour de Clowes est particulier car très pince sans rire. Le trait froid et tracé à la règle donne une ambiance morne. Le quotidien des héros, qui habitent dans une banlieue paumée lambda est sans éclat: les mêmes endroits, les mêmes maisons, les mêmes personnes. Le rayon de la mort arrivera donc à point nommé, permettant aux adolescents d’échapper à un ennui mortel.

Mais même ainsi, la vie ne change pas, car c’est plus le fantasme que la réalisation de celui-ci qui se produit: comment chercher un connard pour utiliser l’arme? Comment faire le bien? Les moments où les adolescents s’imaginent en super héros, avec Louie le sidekick, font clin-d’oeil aux comics mainstream. Finalement, l’arme ne change pas grand chose dans la vie d’Andy, la réalité est toujours là, sans éclat: pas de petite amie, pas d’amie, pas de passion particulière. Juste traîner, avec Louie, et se laisser grandir, pour devenir le quadragénaire ennuyeux, solitaire et aigri qu’on voit au début de l’oeuvre. La banalité même, tout le contraire de ce que peuvent vivre les super héros.

rayon_mort_clowes_sport

Les planches de Clowes sont toujours inventives. Derrière l’ennui, le trait glacial et les visages blasés qui ne sourient pas beaucoup (fantômatiques, même), il y a cette mise en page millimétrée, très design, jouant avec les titres d’ailleurs. Le tout se présente comme des séries de strips. J’aime beaucoup l’épisode du cours d’EPS, avec ses petites vignettes. Clowes aime jouer avec sa mise en page, toujours très géométrique, et met parfois un titre au milieu de la page. La narration est originale dans le sens où Andy s’adresse souvent directement au lecteur ou à la lectrice, que ce soit au moment présent ou à l’adolescence, par le Andy adulte et conscient. Et il n’est pas le seul, il y a aussi ces interviews de personnes connaissant Andy, et qui permettent au public de mieux cerner le personnage, son univers. J’aime beaucoup ces petits moments, avec des portraits de face comme sait si bien dessiner Clowes (et on est servi dans Comme un gant de velours pris dans la fonte). La fin est excellente, pleine d’interactions avec le public.

Il est dur d’écrire sur les œuvres de Clowes. Je les apprécie pourtant, mais je ne parviens jamais à écrire un avis dessus. Sans doute l’aspect particulièrement froid et cérébral qui s’en dégage, la distance de Clowes par rapport à ses personnages, son regard plein d’ironie sur la population américaine, ce qui nécessite une certaine capacité d’analyse. J’ai tout de même décidé de tenter cet avis sur Le rayon de la mort, même s’il manque de profondeur. A ce titre, il est d’ailleurs plus enrichissant de lire la chronique de Charlie Brown sur Bulledair, ainsi qu’une très belle interview de Clowes par Xavier Guilbert sur du9, ou encore un dossier touffu consacré à Clowes sur Neuvième Art. Avec Le rayon de la mort, je renoue avec Clowes des années après la lecture de Wilson. Il était temps!

rayon_mort_clowes_interviews

Petit mot sur l’édition: toujours soignée chez Cornélius (Collection Solange), avec un papier épais et agréable au toucher. Titre original: The Death-Ray chez Drawn and Quarterly.

7 commentaires »

Rosalie Blum #3: Au hasard Balthazar!

Après Vincent, après Aude, voici enfin en couverture Rosalie Blum, le personnage éponyme de cette série. Suite et fin des aventures de nos joyeux lurons. J’ai déjà écrit sur les précédents opus ici et , si cela intéresse quelqu’un. Camille Jourdy revient donc sur Vincent Machot, notre coiffeur préféré, après l’avoir laissé en plan dans le volume 2. Celui-ci croit devenir fou: depuis qu’il a cessé de suivre Rosalie Blum partout parce qu’il s’en veut, parce que c’est pas bien (c’est le truc le plus fou qu’il ait fait dans sa vie, youhou!!!), il la croise à chaque coin de rue! Le hasard (Balthazar)? Que nenni, car Aude et Rosalie ont décidé de jouer à l’arroseur arrosé, et de le faire tourner un peu en bourrique, tout en ayant le désir de se rapprocher de Vincent et le connaître un peu mieux. Quant au Kolocataire, il ne renonce toujours pas à ses rêves de spectacles de cirque, donnant même lieu à de nouvelles acquisitions animales, en plus d’une chèvre qui se balade déjà dans l’appartement, de manière tout à fait normale (sinon, oui, c’est toujours le capharnaüm dans l’appartement d’Aude et du Kolocataire).

rosalie_blum_vol3

Cet opus est moins original et dénué de suspense car on se doute bien de la fin. Néanmoins, Camille Jourdy se montre toujours aussi talentueuse pour croquer le petit monde gravitant autour de Rosalie Blum. L’aspect banal de tout ceci ne fait aucunement tâche, pas d’effusion d’émotions, pas de pathos à outrance, les évènements et les rencontres se font de manière tout à fait naturelle, avec les gênes et timidités du début. Les personnages commencent à se rapprocher à tâtons, et les délires ne sont jamais bien loin, grâce notamment au Kolocataire qui réserve par ailleurs une partie de pêche au croco comme j’en ai rarement vues.

Depuis le volume 1, je n’ai jamais évoqué les rêves de Vincent mettant en scène sa maman et Rosalie Blum comme vecteur d’émancipation de sa condition de bon fils trop gentil pris en otage. Dans cet opus, un de ces rêves récurrents prend une tournure humouristique mais en même temps assez trash, avec la mère sous une cloche et puis une histoire de vagin. Dans une société où l’égalité des sexes et la peur de l’autre est encore là, surtout la peur vaginale, on entrevoit ici que l’auteure est bel et bien une femme.

Dans cet opus, je retiens aussi ce délicieux dialogue entre Vincent et sa mère devant une émission de télévision type Delarue au sujet du femeux complexe d’Oedipe. La réaction de la mère est extrêmement drôle et celle de Vincent pleine d’ironie. La mère de Vincent est par ailleurs un personnage extrêmement jaloux ne supportant aucune des conquêtes de son fils. On la voit souvent s’inventer une vie au moyen de ses figurines, et on se souvient de cette scène dans laquelle elle imagine Vincent handicapé et totalement dépendant d’elle. Dans ce volume, on la voit à la fenêtre, surveillant son fils qui discute avec une personne du sexe opposé, cette posture, cette expression, en disent long sur la vieille femme.

Le fameux appartement

Le fameux appartement

Quant à Rosalie, sa relation avec Aude s’approfondit. Les deux femmes s’entendent et se comprennent bien, surtout au sujet de la famille. Toutes deux sont vues comme des éléments perturbateurs d’une famille bourge et parfaite, et toutes deux étaient jusque là seules, chacune dans son coin. Elles n’avaient pas pensé, jusque là, à renouer, comme quoi on ne connaît pas forcément si bien sa propre famille. J’aime beaucoup cet élément de la série, cette relation qui se noue petit à petit, on passe de Aude la nièce inconnue à qui Rosalie demande un service bizarre, à celle d’une amie jusque là insoupçonnée. Le secret de Rosalie est gardé jusqu’à la fin, même si on y fait vaguement allusion tout au long du volume.

Cette série est une ode à une forme de simplicité dans la vie, malgré des relations pas toujours faciles dans la famille. J’ai aimé la fête du nouvel an, sans prétention, à la bonne franquette, et les personnages sympathiques, les relations qui se nouent, les solitudes qui se défont aussi. Le tout se passe dans la joie et la bonne humeur, même si les démons du passé sont toujours présent. La vie de Rosalie aura été difficile, et rien ne pourra effacer tout ça, mais elle avance aussi petit à petit, grâce à Aude et Vincent. Camille Jourdy crée, je le répète, un univers extrêmement attachant, même si la fin n’est pas surprenante.

3 commentaires »

Rosalie Blum #2: Haut les mains, peau de lapin!

Le deuxième volet de Rosalie Blum prend au dépourvu. Alors que le premier volet se termine sur un cliffhangher, et l’hypothétique rencontre entre Rosalie et Vincent, voilà que Camille Jourdy nous emmène vers d’autres personnages. Nous faisons donc la connaissance d’une jeune femme dans sa vingtaine, Aude, et qui habite avec celui qu’elle surnomme son Kolocataire. Ce dernier, toujours sur la paille, cherche à monter un numéro de cirque et mène une vie assez dissolue, ne cessant de projeter le casse d’une banque. Pendant une bonne partie, on suit donc cette jeune femme, en compagnie de deux de ses inséparables amies. Toutes trois semblent ne pas vivre un quotidien passionnant, entre glande, intérim et canapé. Jusqu’au jour où Rosalie Blum contacte Aude pour qu’elle suive un certain Vincent Machot.

rosalie_blum_vol2

Ce deuxième opus ne constitue donc pas une suite directe de la vie des personnages de Rosalie Blum. Camille Jourdy s’amuse à narrer cette fois les évènements de l’histoire vus par Aude, ceux-même du volume précédent. Ce volume s’avère donc encore plus drôle que le précédent, puisque moins introspectif, vu que Vincent n’y est vu que de l’extérieur. On suit cette fois Aude et ses joyeuses copines, toujours prêtes à déconner et toutes un peu paumées, en pleine précarité professionnelle: le Pôle Emploi et l’Intérim ne sont jamais loin! Ceci dit, la bonne humeur est très présente et ce malgré un avenir clairement incertain pour les trois jeunes femmes. En effet, comme je le disais à un ami, moi qui mène tout de même, pour le moment (et je touche du bois, même si les habitudes c’est quand même un peu moche), une vie confortable, j’envie ces trois jeunes femmes. Dans la vie, elles ne sont pas riches, n’ont pas de boulot, n’ont pas grand chose, certes, mais elles partagent du temps et une proximité géographique permettant une amitié véritable et pas mal de délires, surtout lors de cette fameuse « mission » qui les sort de leur quotidien. Et rien que ça, ça n’a pas de prix (je sais, c’est une phrase pourrie). Elles partagent aussi un canapé leur permettant souvent de glander.

Et Rosalie Blum alors? Enfin on apprend à connaître cette femme alors qu’on la voyait vraiment de très loin dans  le volume précédent, ce qui est normal vu que Vincent la suivait de très loin (le pauvre était déjà persuadé de ne pas tourner rond dans sa petite tête). Il s’agit de la tante d’Aude, et d’une femme qui vit effectivement seule, et qui n’a pas eu une vie facile. Ceci dit, on n’en saura pas plus sur son passé qui demeure donc mystérieux. La solitude de Rosalie semble s’atténuer au fur et à mesure qu’elle reprend contact avec sa nièce, et il s’avère que les deux femmes sont très proches. Toutes deux ne parviennent pas à rester enfermées dans une place jugée « bonne » dans notre société: célibataires, sans diplôme ou mari riche, elles n’ont pas vraiment réussi leur vie et sont forcément jugées à chaque réunion familiale. Cet aspect est donc un des soucis qui les traverse, et la vie de famille ne semble pas respirer le bonheur, ce que nous connaissons tous à un moment ou à un autre: « regarde un tel a un enfant et s’est marié avec bidule »…

Tout ce petit monde se révèle donc bien attachant, et le volume se termine, comme on s’en doutait, là où le précédent s’était terminé. Le dernier et troisième opus se concentrera donc sur la rencontre entre tous les personnages. Certaines scènes sont super drôles et permettent de désamorcer certains mystères du volume 1: aussi, on apprend que la mère de Vincent n’est pas complètement folle avec son histoire de punk et de pipi sur son tapis. Il est amusant de voir certains évènements des yeux de Aude, en même temps que Vincent les vit. Encore une fois, la narration de Camille Jourdy est toujours aussi efficace, son sens de l’humour fait mouche, ses personnages sont attachants, elle crée un véritable univers chaleureux dans une petite ville de province où il ne se passe rien.

1 Commentaire »

Rosalie Blum #1: Une impression de déjà-vu

Vincent Machot vit dans une petite ville de province. Sa vie est confortable mais sans éclat. Il a 30 ans et occupe un appartement en-dessous de celui de sa mère, vieille veuve de 70 ans qui lui fait régulièrement du chantage affectif. Malheureusement pour lui, il est fils unique. Il a repris le salon de coiffure de son père, et sa vie sentimentale semble être dans l’impasse, avec sa Marianne qui est partie pour Paris et sûrement pour un autre. Son meilleur ami est son cousin Laurent qu’il voit presque tous les jours. Sa vie change lorsque Rosalie Blum entre en scène, alors qu’il se rend à une épicerie dans un quartier qu’il fréquente peu. Dés lors, il est troublé et se met à s’intéresser de très près à cette femme, pas particulièrement jolie et bien plus vieille que lui.

rosalie_blum_vol1

Rosalie Blum est une série complète en 3 volumes, écrite et dessinée par Camille Jourdy et éditée par Actes Sud. Alors que le titre de la série porte un nom de femme, j’ai été surprise de voir en héros un homme de 30 ans. Le premier volet, Une impression de déjà-vu, est très prenant. Camille Jourdy y croque la vie banale dans une petite ville de province, petite vie plutôt tranquille et confortable, très régulière mais sans aventure. Le personnage de Vincent est coincé, il a 30 ans, sa vie amoureuse semble mal partie, il vit sa vie de manière passive, sans rien entreprendre pour changer les choses et surtout, le poids de sa mère est écrasant, n’ayant pas su dire « stop » à celle-ci. Pourtant, il semble vouloir vivre autrement, mais n’a pas trouvé de solution, alors il reste par défaut, dans son petit confort. Décrite ainsi, cette situation est finalement celle de beaucoup de personnes, avec plus ou moins de confort. L’avantage de Vincent, c’est de pouvoir vivre tranquillement, même ennuyeusement, car son travail ne lui absorbe pas tout son temps, il est indépendant et non soumis à une certaine dose de stress. Malgré tout, cela ne suffit pas (pourtant, il a un chat!!!).

rosalie_blum_mep_classique

Et ainsi intervient Rosalie Blum, une femme, dont la vie intrigue profondément Vincent. Celle-ci semble aussi solitaire que lui, et il aimerait s’en rapprocher. Mais il est beaucoup trop timide. D’ailleurs, son meilleur ami et cousin Laurent lui reproche souvent d’être trop « gentil », ce qu’il faut éviter dans notre société pour plaire à la gente féminine. Rosalie Blum est une personne mystérieuse, car elle sort tous les soirs, en solitaire, boit beaucoup d’alcool, et aime les promenades, les longues promenades. De tout le volume, on la suivra de loin par les yeux de Vincent, sans en savoir beaucoup plus. Lorsqu’on observe bien, tous les personnages sont finalement esseulés: Vincent, Rosalie, mais aussi la mère de Vincent, veuve assez folle qui passe son temps à casser toutes les femmes qui ont osé sortir avec sa progéniture, et qui vit par procuration au moyen de figurines avec lesquelles elle reproduit certains évènements entendus à la télévision ou à la radio.

rosalie_blum_mep_blog

Dit comme ça, on ne dirait pas, mais le ton de Camille Jourdy est extrêmement cocasse. Les personnages, avec leurs particularités, sont sacrément timbrés et méritent le détour, surtout la mère de Vincent, dotée d’un caractère désagréable et excentrique, ou encore le cousin Laurent et ses trois maîtresses. Les dessins tout en rondeur de Camille Jourdy sont plein de charmes, mais surtout, les couleurs douces, au tein pastel sont particulièrement agréables à l’oeil. La narration de ce premier volet se fait très introspective, au moyen de textes reflétant les pensées de Vincent. La mise en page constitue un savant mélange d’illustrations en pleine page, de moments introspectifs avec un dessin et des pensées au-dessus, puis des moments de dialogues qui évoquent les bd blogs, avec du texte sans phylactère fermé, et des personnages disséminés un peu partout sur la page, sans cases fermées, ou encore une mise en page plus tarditionnelle, sans case comme toujours, mais avec un contour doux, formé par le décor. Le tout donne quelque chose de très vivant. L’écriture à la main, en attaché, contribue à l’ambiance chaleureuse de l’ouvrage, tout en rondeur, comme le dessin de Camille Jourdy. Quelque part, la lecture de ce Rosalie Blum m’a évoqué Tamara Drewe. La fin du volume donne incroyablement envie de lire le suivant!

1 Commentaire »

Formose

De Taïwan, nous ne connaissons finalement que peu de choses. Et non, ce n’est pas parce que je suis d’origine asiatique que j’en sais plus (étant en plus une déracinée, une « fausse » et tout ça). Ce que je connais de Taïwan, ce sont les pop stars, le système d’écriture traditionnel, le bubble tea, quelques réalisateurs, quelques sites pour commander des manga en chinois, des divergences politiques avec la République Populaire de Chine, les bagarres à la sortie du parlement (chaîne CCTV qui n’est pas forcément impartiale haha), et puis c’était à peu près tout. Ah si, plus jeune, je voyais Taïwan comme la Chine libre où on parle mandarin, un peu à l’image de Hong Kong en cantonais. Lin Li-Chin est née (dans les années 70) et a grandi dans une petite ville du sud de Taïwan (la capitale, Taipei, se trouve au nord de l’île) avant de venir en France et d’y rester. Devant l’incompréhension de nombreuses personnes au sujet de Taïwan, elle adopte une démarche proche de Marjane Satrapi et son Persépolis pour l’Iran: cela donne le « roman graphique » Formose sorti aux éditions Çà & Là.

formose_linLiChin

Sur la couverture, le message est clair. On voit une petite fille, et des hommes politiques faire taire une petite fille à l’esprit un peu trop critique. Lin Li-Chin a donc décidé de faire le point sur la vie politique de Taïwan, de la petite enfance à l’âge adulte, en y mêlant donc souvenirs d’enfance. Taïwan a une histoire relativement complexe, c’est une île ayant connu diverses invasions. Les premiers ont été les Hollandais au XVIIème siècle. Par la suite, Taïwan est sous la coupe du Japon. Ensuite, l’île est libérée après la Seconde Guerre Mondiale par la Chine, et Tchang Kaï-Chek, devant l’échec du Kuomingtang face au communisme de Mao Zedong, s’installe à Taïwan. Ce qui fait donc de Taïwan une espèce de melting pot culturel, où au sein même de la famille, la culture est différente.

Lin Li-Chin nous apprend donc que ses grands-parents ayant vécu sous l’occupation japonaise restent nostalgique de la langue de l’ « opresseur » et écoutent volontiers de la musique japonaise. Les parents, eux, sont plutôt de culture taïwanaise et parlent le holo, langue locale. La famille de sa mère parle le haka, un dialecte de la Chine du Sud assez courant à Taïwan aussi. Enfin, la petite Li-Chin, elle, fait tout pour parler un mandarin parfait (sans accent holo donc) comme les gens qu’on montre à la télé, et symbolisant donc une forme de réussite sociale.

La Chine est donc plus ou moins arrivée sur une terre avec ses gros sabots, et impose donc sa vision à l’école où la petite Li-Chin, passionnée par le dessin, fait tout pour remporter les fameux concours de dessin anti-communistes. L’école enseigne également la haine de l’ennemi japonais, ce qui vaut alors son pesant de cacahuètes lorsque l’auteure alors enfant rêvait malgré tout, avec une certaine culpabilité, des manga et autres dessins animés japonais (j’ai connu un dilemme semblable dans mon amour des manga). J’ai trouvé la partie sur l’enfance de Lin Li-Chin, mêlant naïveté et curiosité très intéressante, car on y voit un gouvernement écraser tout un pan d’une culture dés la petite enfance, leur apprenant à plus ou moins rejeter une identité d’origine (le holo).

Formose_planche

Petit à petit, en bonne élève, Li-Chin, tout en se posant de nombreuses questions sur Taïwan dont les enfants  n’apprennent finalement rien, grandit. Elle y raconte les moments difficiles de la scolarité, la course aux bonnes notes et surtout les années de bachottage (ou gâchis) où la scolarité ne forme pas des jeunes dotés d’esprit critique et de curiosité, mais juste des machines à mémoriser des informations. Cela est intéressant, car même si des choses sont à dire sur notre système scolaire, Lin Li-Chin s’émerveille malgré tout de l’esprit critique des lycéens français face à ceux de Taïwan, qui ne s’intéressent qu’à leurs études. Et ce constat est quand même assez véridique, même si les élèves sont aujourd’hui plus ouverts sur le monde (souvent dans une optique, malgré tout, d’intégrer les meilleures universités à l’étranger, le culte de la performance étant encore plus fort aujourd’hui de ce que je sais à Hong Kong, enfin c’est une impression).

L’âge adulte commence à l’université pour Li-Chin, où elle découvre tout un pan de son pays et où elle se sent enfin vivre après toutes ces années d’esclavage de bachotage. Mais là aussi, alors qu’elle découvre l’Occident par la Suisse, elle va se heurter au système dit libéral alors tant rêvé. Formose est un ouvrage extrêmement intéressant au ton souvent caustique, Li-Chin ne manquant pas de répartie et d’humour. On découvre une femme avec un regard extrêmement critique sur le monde mais surtout, sur son pays et sur l’éducation. C’est donc un coup de coeur. La petite Li-Chin me fait penser à une cousine de Mafalda par ses questions souvent gênantes et sa curiosité sans borne. Enfin, les dessins m’ont beaucoup plu, tout en rondeur, au crayon, très expressifs et avec un côté naïfs non sans charme. La narration se fait de manière très libre, sans cases, comme on peut le voir sur la planche ci-dessus. Je voulais aussi ajouter que Li-Chin dans son enfance me fait penser, graphiquement, à Chibi Maruko Chan (la coupe de cheveux, le chapeau, la petite robe à bretelles).

2 commentaires »

Pachyderme

Je continue de parler de bandes dessinées lues récemment (merci la bibliothèque), même si j’ai conscience de ne rien apporter à de nombreux autres avis, tout ceci, encore une fois, dans le but de combattre le mal du siècle: la flemme. La chronique de Loïc Massaïa sur du9 est bien plus intéressante et moins enthousiaste.

Sous le titre curieux de Pachyderme se cache un album cartonné en 90 pages couleurs, édité par Gallimard, et surtout écrit et dessiné par le Frederik Peeters. Depuis Pilules Bleues et Lupus, je n’avais pas relu de bandes dessinées de ce talentueux auteur suisse, et depuis, pas mal de choses sont sorties. Je viens de lire, il y a peu, les deux tomes sortis de la superbe série de science fiction Aâma, mais je m’intéresse beaucoup au Château de sable, en collaboration avec Pierre Oscar Lévy, et surtout, j’étais très intriguée par Pachyderme. Déjà la couverture en apesanteur, mais aussi le titre, très étrange, et surtout, sa réputation lynchienne m’a séduite…

pachyderme_peeters

L’histoire se déroule dans la Suisse romande en 1951. On suit une femme, Carice, qui tente de se rendre à l’hôpital afin de voir son mari qui a eu un accident de la route. Malheureusement pour elle, un accident de la route l’empêche de rejoindre son mari: un éléphant sur la voie. De ce fait, elle se rend elle-même à l’hôpital où elle va vivre des choses pour le moins étranges.

Après avoir lu Lupus et Pilules Bleues, je ne m’attendais pas à lire un récit de ce type qui rend parano, un récit où on se demande où est la part de réalité et la part de rêve. C’est vrai, même dans Lupus, un titre de science fiction (ou plutôt, dans un univers de science fiction), Peeters revient toujours aux personnages, tout en introspection. Et même si Aâma est un peu le blockbuster de science fiction de Peeters, dans lequel il se lâche graphiquement, où il y a de l’action, de l’aventure et du mystère, le naturel revient au galop: cet amour de créer des personnages qui ont une épaisseur, un passé, des comptes à régler avec eux-mêmes et leur famille.

pachyderme_bebe_hosto

Dans Pachyderme, c’est avant tout l’étrange qui domine, on se sent aussi paumé que l’héroïne, Carice, sans jamais trop savoir où le récit va nous emmener. L’univers d’après-guerre dans une Suisse qui aurait été neutre donne une saveur particulière à l’histoire, avec les tenues mais aussi les voitures, les objets qui entourent les personnages mais aussi une histoire d’espionnage avec l’URSS. Le mélange entre rêve étrange et années 50 forme donc un cocktail réussi. Je reste très admirative devant le dessin de Peeters, absolument génial, ainsi que par la coloration, restituant encore mieux l’ambiance oppressante du récit (oppression aussi rendue par les couloirs interminables de l’hôpital). Les éléments étranges et variés interviennent dans l’histoire, le passage avec les bébés en pleine forêt ma rappelé Charles Burns. Les scènes s’enchaînent et semblent sans continuité, sans sens, mais le tout se rejoint pour un twist final.

Le twist final, d’ailleurs, ne surprend pas vraiment. Je me doutais plus ou moins qu’il s’agissait de cela. Et même dans cette histoire qui semble sans dessus dessous, Peeters revient au réel par la vie de Carice, dont des bribres sont livrées. Une femme qui semble s’ennuyer, dans une vie bourgeoise, en pleine impasse et questionnements sur sa vie. Peeters ne se lâche donc pas complètement dans l’irrationnel et une explication nous est donnée à la fin du récit. Cependant, certains éléments restent encore sombres pour ma part, notamment cette dernière page. Réalité, fantasme? Les passages à la morgue retiennent encore mon attention.

Pachyderme_bebe

Un récit intriguant, étrange, mais toujours ancré dans le réel. J’aime beaucoup ce type de récit faisant penser à un Mullholand Drive, où la réalité est floue. Mais le fameux twist est finalement assez prévisible, ce que j’ai trouvé un peu dommage. Dans un genre encore plus étrange, avec des créatures vraiment bizarres et où on se demande pourquoi le héros s’est embarqué dedans (et comment…), j’aime beaucoup Comme un gant de velours pris dans la fonte de Daniel Clowes. Avec tout ça, j’ai très envie de m’embarquer pour Le Château de sable, et je suis très heureuse de redécouvrir Frederik Peeters. Son Aâma est vraiment génial (la suite, la suite!!! Oui je suis hors-sujet).

Poster un commentaire »

Le bleu est une couleur chaude

N’ayant pas écrit depuis quelque temps ici, j’ai un peu de mal. Je vais surtout tenter de trouver les mots avant tout, ce qui en résulte un texte assez peu inspiré. Mais trêve de flemme, l’ennemie numéro 1 de notre siècle.

Le matin où je lis Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, j’apprends le soir même que Kechiche remporte la Palme d’Or pour La vie d’Adèle (je n’avais pas fait le lien au départ, jusqu’aux extraits montrant une fille aux cheveux bleus et une histoire d’amour entre deux jeunes femmes, d’ailleurs, il me semble qu’on parle beaucoup moins de l’homosexualité féminine que de l’homosexualité masculine dans les média, avec ou sans clichés). Je ne m’intéresserai pas ici à la polémique autour de cette Palme d’Or (et sinon moi aussi j’ai été un peu choquée à l’idée que la BD soit si peu mentionnée), mais à la bande dessinée même. Julie Maroh inscrit son récit à Lille, dans les années 90. Clémentine est une adolescente comme plein d’autres, partageant sa vie entre le lycée, les amis et le beau Thomas, en classe de Terminale, qui veut sortir avec elle. Alors qu’elle accepte de construire quelque chose avec lui, Clémentine croise en ville une fille aux cheveux bleus qui l’intrigue, lui faisant découvrir des désirs jusque là enfouis. Le nom de cette jeune femme charismatique est Emma.

bleu_couleur_chaude

Le récit constitue un flashback raconté par Clémentine, au moyen de son journal intime remis à Emma par ses parents. Car dés le départ du récit, on sait qu’on plongera dans une ambiance triste, et c’est donc ainsi que j’ai terminé la lecture de cet album, avec un goût pas très agréable dans la bouche. L’ambiance est très nostalgique, s’inscrivant dans les années 90 (oui, celles du siècle dernier), ce qui m’a valu un coup de vieux (deuxième goût amer dans la bouche!) en voyant Clémentine se rendre à la manifestation contre le plan Juppé, ou lorsqu’elle fait un baby foot avec ses amis, au café du coin (je n’y allais pas, mais j’y voyais pas mal d’élèves du lycée s’y rendre pour réviser, discuter entre potes, café qui fait un peu ringard aujourd’hui). Hormis ces divers retours à la réalité, la narration est immersive, le lecteur (ou la lectrice) suivant le journal de Clémentine. Le présent est en couleurs, tandis que le temps du lycée est en noir et blanc, sauf la couleur bleue qui symbolise l’être aimé. Le travail sur les couleurs est magnifique, et le dessin de Julie Maroh est très beau et plein d’expressivité. Ca fait du bien de lire une bande dessinée sur l’adolescence en France, alors que je lis surtout du manga (référentiels de scolarité plus proche, le bac, le lycée sans uniforme tout ça quoi). Mais encore une fois, ça se passe à Lille, comme dans l’excellente série Celle que… de Vanyda.

Julie Maroh est elle-même homosexuelle et milite contre les discriminations qui s’ensuivent lorsqu’une personne choisit une autre voie que celle de l’hétérosexualité, voie considérée encore aujourd’hui comme naturelle. Pour autant, Maroh ne se focalise pas seulement sur cet aspect du rejet de l’autre. En effet, l’histoire d’amour entre Clémentine et Emma est tout simplement belle, toute en tendresse, passion, mais aussi en émotion. Les amateurs et amatrices de belles histoires pleines de sentiments (pas bons sentiments) seront comblés tant Maroh parvient à faire ressentir à son public toute l’émotion de ses personnages. Si Emma est plus marginale (look, aspect légèrement masculin, étudiante en arts, lesbienne), Clémentine est plus banale, plus proche d’une adolescente comme on peut en croiser. Clémentine est une élève moyenne, elle a des amis, alors qu’on pourrait penser, avant d’attaquer le récit, avoir droit à une héroïne marginale.

bleu_couleur_chaude_present

L’homosexualité n’est nullement une tare, et le ton est extrêmement juste lorsque Clémentine prend conscience qu’elle n’est pas comme ses copines pour ce qui est de la sexualité. Elle va devoir affronter le regard des autres, va avoir honte, va aussi s’assumer, et tout cela est extrêmement bien retranscrit par Julie Maroh. On sent dans Le bleu est une couleur chaude cette envie de parler à tous (et surtout à toutes je dirais) mais aussi et surtout à toutes les jeunes femmes qui découvriront leur homosexualité. Le bleu est une couleur chaude est donc une bande dessinée d’amour, une chronique adolescente, parlant d’homosexualité, et le tout avec beaucoup d’émotion. Tout est abordé, la famille, les amis (rejet ou solidarité), la complexité des sentiments (le personnage d’Emma, moins fort et décidé qu’on ne peut le croire aux premiers abords), le tout à fleur de peau. Les rares scènes de sexe sont très sensuelles, jamais racoleuses et, à mon sens, très réussies.

Ce qui a pu pécher dans cette bande dessinée, du moins pour moi, ce serait l’attachement aux personnages, Clémentine en particulier, surtout qu’on suit l’histoire de son point de vue. Ensuite, l’autre chose serait peut-être un rythme un peu lent, même si d’ordinaire, ce n’est pas une chose qui me dérange. Peut-être la narration en mode franco-belge à laquelle je suis moins habituée? Enfin, l’ambiance est très triste, et tire par moments, surtout sur la fin, sur la corde sensible. C’est un peu comme ça que je l’ai ressenti, mais à un moment, entre les couleurs assez ternes et mélancoliques puis les évènements eux-mêmes, j’ai trouvé qu’il y avait un peu de « trop », surtout que tout arrive un peu en même temps. Après, je suis peut-être plus du type à apprécier un récit intimiste, mais avec plus de sobriété comme Blue de Nananan, malgré l’émotion suscitée. Le dernier petit reproche que j’ai est sur l’objet même: le livre est en effet très grand, ce qui m’a surprise pour une bande dessinée de 160 pages, mais surtout, je n’ai pas aimé le papier glacé. Je n’aime pas du tout le rendu des couleurs, les refets de la lumière à la lecture, et même, le papier glacé pour ce type de couleurs qui empêchaient d’apprécier pleinement les planches à mon goût. Je me demande pourquoi Glénat n’a pas opté pour du papier mate pour cet ouvrage.

bleu_couleur_chaude_fantasme

Hormis tous ces petits soucis très personnels, Le bleu est une couleur chaude constitue un récit qui vaut le détour, et qui parvient de parler de beaucoup de choses, autour d’une histoire d’amour entre deux jeunes femmes. Petit aparté, je me demande si la couleur bleu n’est pas quelque chose qui revient souvent dans les histoires d’amour féminines: Fleurs bleues de Takako Shimura, Blue de Kiriko Nananan, Indigo Blue de Ebine Yamaji et bien sûr, Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh. Je vous invite plus que vivement à lire les chroniques de Morgan sur Aftermangaverse, et celle de Shermane sur Undecorated Wall, bien mieux rédigées et rendant bien plus hommage au travail de Julie Maroh.

3 commentaires »