actu, éditions étrangères, fumi yoshinaga, manga

What did you eat yesterday? de Fumi Yoshinaga chez Vertical

Au vu des nombreux manga de Fumi Yoshinaga sortis aux Etats-Unis, je me demandais quand les éditeurs américains finiraient par s’intéresser à Kinou nani tabeta?, l’autre série en cours de la mangaka, en même temps que Le pavillon des hommes. Kinou nani tabeta? mélange deux éléments qui apparaissent souvent dans les manga de Yoshinaga: nourriture et homosexuels. En effet, Yoshinaga glisse de la nourriture dans la plupart de ses manga, et elle écrit de nombreux boys love. Seulement, Kinou nani tabeta? prépublié dans les pages du Morning (Kodansha), n’est pas un boys love, c’est la première incursion de Fumi Yoshinaga dans le seinen. La mangaka s’intéresse à un couple homosexuel quadragénaire et au repas qu’il y aura sur la table pour le dîner. C’est donc une tranche de vie culinaire, avec des personnages homosexuels, sans fan service.

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C’est dans la chronique de All My Darling Daughters de Brain VS Book que j’ai appris la nouvelle, que voici en détails sur Comics Worth Reading ou Anime News Network. Kinou nani tabeta? sera traduit par What did you eat yesterday? et sera édité par Vertical (To Terra… et Andromeda Stories de Keiko Takemiya). La série est en cours au Japon, avec 7 volumes sortis. J’ai hâte de lire ça, n’ayant pas encore touché aux scans. Belle nouvelle en tout cas, moi qui pensais que les Américains avaient laissé tomber Fumi Yoshinaga! Rendez-vous en mars 2014 pour le volume 1! Les volumes sortiront tous les 2 mois, et  coûteront 12,95$.

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éditions étrangères, manga, moto hagio, science-fiction

A, A’ [A, A prime]

C’est un certain Matt Thorn, traducteur de manga chez Viz dans les années 90 qui introduit au public celle qui est considérée comme la mère du shôjo moderne, souvent présentée comme le pendant féminin de Osamu Tezuka et pionnière du boys love ici (parce que c’est in). Sûrement afin d’intéresser un public de lecteurs de bandes dessinées majoritairement masculin, Matt Thorn fait le choix de publier des oeuvres de science-fiction de Moto Hagio, et non ses drames plus sentimentaux.

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éditions étrangères, fétichisme, manga, natsume ono / basso

Natsume Ono / basso – Editions étrangères

Peu avant est em, j’ai découvert Natsume Ono (オノ ナツメ) par sa série Goyô, et elle a rapidement rejoint le club de mes mangaka préférés. En France, seuls Goyô, Gente et Ristorante Paradiso sont sortis chez Kana. Il faut croire que le dessin particulier et le rythme extrêmement lent des histoires de Natsume Ono n’aient pas trouvé son public, ce qui fait qu’on en est resté là. La carrière de Natsume Ono a démarré assez tard, mais elle s’est rapidement fait remarquer. Son succès n’est pas démenti, et elle sort même une nouvelle série dans le Monthly Big Gangan de Square Enix: ACCA 13-Ku Kansatsu-Ka.

Alors qu’elle a commencé avec le seinen, Natsume Ono mène également une carrière dans le boys love sous le pseudonyme de basso. Natsume Ono voue un culte à l’Italie, et inscrit souvent ses histoires dans ce pays. Dans ses titres sortis en France, elle a un style plutôt élégant, celui qu’elle utilise dans ses boys love. La plupart de ses autres manga sont dessinés dans un style plutôt ratatiné, « cartoony » comme on peut le voir sur la blogosphère anglophone, avec de grosses têtes et de petits corps, sans parler de très grands yeux ronds. Lors d’une interview, Natsume Ono cite Yumi Tada (多田由美) comme une de ses influences (planches issues de Yukikaze). Je compte ici parler non pas de l’artiste, ni de ses oeuvres (quelques mots maxi), mais surtout des livres disponibles en anglais et en chinois.

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Il se trouve que Natsume Ono a rencontré plus de succès aux Etats-Unis (sûrement le côté très comics indépendant de son trait). Cela a donné lieu à sa présence lors de l’édition 2011 du Toronto Comics Arts Festival. Aux Etats-Unis, c’est surtout Viz qui édite les titres de Natsume Ono. Comme chez nous, il y a eu Goyô sous le titre House Of Five Leaves sous le label SigIKKI. De même, Gente – People of Ristorante Paradiso et Ristorante Paradiso sont aussi disponibles chez Viz. Mais en plus de cela, les Américains ont eu la chance d’avoir, encore une fois chez Viz, plusieurs one-shots: Not Simple, La Quinta Camera – The Fifth Room et Tesoro. En fin d’année 2012, Kodansha Comics, la branche américaine de l’éditeur du même nom, sort le one-shot Danza. La machine à fantasmes était lancée et j’espérais d’autres annonces des manga de Natsume Ono du Morning 2, tels que Coppers ou Tsuratsura Waraji, mais cela n’a pour le moment rien donné. De même, lors de l’annonce du label boys love suBLime de chez Viz, on aurait pu penser voir des annonces des boys love de basso tomber. Malheureusement, toujours rien à l’horizon. Peut-être Ono est-elle passée de mode?

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Titre: House Of Five Leaves, Titre original: さらい屋五葉 (Saraiya Goyou), Editeur: Viz Media, série terminée en 8 volumes

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Titre: Ristorante Paradiso, Titre original: リストランテ・パラディーゾ (Ristorante Paradiso), Editeur: Viz Media, one-shot lié à la série Gente

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Titre: Gente – The People of Ristorante Paradiso, Titre original: GENTE – リストランテの人々 (Gente – Ristorante No Hibito), Editeur: Viz Media, série terminée en 3 volumes

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Titre: Not Simple, Titre original: Not Simple, Editeur: Viz Media, one-shot. Drame familial se déroulant aux Etats-Unis. Le récit s’étale environ sur 300 pages. Je recommande chaudement cette très belle histoire, très triste et émouvante. L’ambiance y est particulière et le rythme extrêmement lent, avec pas mal de flashbacks. Un récit qui n’accrochera pas tout le monde et peut parfois sembler soporifique (un peu comme Goyô l’a été pour certains). Le dessin est dans un style « cartoony ». Chronique de Plumy sur L’heure du boeuf.

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Titre: La Quinta Camera – The Fifth Room, Titre original: LA QUINTA CAMERA – 5番目の部屋 (LA QUINTA CAMERA – 5banme no Heya), Editeur: Viz Media, one-shot. Il s’agit d’un one-shot très facile à lire, une sorte d’Auberge Espagnole en Italie. Le tout est né, évidemment, de l’amour de Natsume Ono pour l’Italie. Ca joue donc sur l’exotisme et ça se rapproche donc de Gente. C’est très accessible et parfois un peu facile, ça respire la bonne humeur, mais ce n’est clairement pas le titre que je préfère de Ono. Le dessin est dans un style « cartoony » dans une bichromie sépia. C’est avec ce titre, publié en web comic au début, qu’a débuté la carrière professionnelle de Natsume Ono.

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Titre: Tesoro, Titre original: テゾーロ (Tesoro), Editeur: Viz Media, one-shot (recueil d’histoires courtes). Nombreuses histoires sont réunies dans ce recueil d’environ 300 pages. La plupart sont réussies et tournent autour de la famille, des relations humaines et de la nourriture (notamment celle avec le bento). On y trouve aussi des histoires des débuts d’Ono. Dessin dans un style « cartoony » et bichromie sépia.

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Titre: Danza, Titre original: ダンツァ (Danza), Editeur: Kodansha Comics, one-shot (recueil d’histoires courtes). Six histoires sont réunies dans ce recueil. Le tout est principalement centré sur les relations masculines et souvent familiales: père-fils, père-gendre, frère-frère, mais aussi entre collègues. On y trouve aussi le pilote de ce qui donnera lieu à la série Coppers, ce qui m’a fait légèrement espérer… L’histoire SF vaut le coup aussi, moi qui n’ai jamais vu Ono dans ce registre. Enfin, le dessin est « cartoony » et très réussi. Un recueil que je recommande pour ceux qui aiment Ono.

En chinois, les traductions sont plus nombreuses. Parmi les titre sortis aux Etats-Unis, seuls Not simple et Danza manquent. Le nom chinois de Natsume Ono s’écrit 小野夏芽 pour les fans de Natsume Ono qui lisent bien le chinois (je précise que ce n’est pas vraiment mon cas, ce qui est un peu frustrant pour certains titres que j’aimerais tellement avoir chez moi!). La plupart de ses titres sont encore trouvables sur les sites de vente en ligne type Books.com.tw.

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Titre: 江戶盜賊團五葉, Titre original: さらい屋五葉 (Saraiya Goyou), Editeur: 臺灣東販 (Tohan Comics), série terminée en 8 volumes

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Titre: 天堂餐館, Titre original: リストランテ・パラディーゾ (Ristorante Paradiso), Editeur: 瑪朵 (Mightor Publishing), one-shot lié à la série Gente

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Titre: GENTE ~ 天堂餐館外傳, Titre original: GENTE – リストランテの人々 (Gente – Ristorante No Hibito), Editeur: 瑪朵 (Mightor Publishing), série terminée en 3 volumes

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Titre: 草鞋武士-備前熊田家出勤記, Titre original: つらつらわらじ (Tsuratsura Waraji), Editeur: 臺灣東販 (Tohan Comics), 4 volumes sortis (série terminée en 5 volumes au Japon)

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Titre: 時尚五號房, Titre original: LA QUINTA CAMERA – 5番目の部屋 (LA QUINTA CAMERA – 5banme no Heya), Editeur: 臺灣東販 (Tohan Comics), one-shot

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Titre: 逃跑的男人, Titre original: 逃げる男 (Nigeru Otoko), Editeur: 瑪朵 (Mightor Publishing), one-shot. [MAJ de novembre 2013] indisponible, l’éditeur semble ne plus donner signe de vie (et tous les manga de Mightor ne figurent plus sur les sites de vente en ligne). Reste encore Taobao… [MAJ de mars 2014] One-shot fort conseillé. Il donne l’occasion de voir Ono dans un trait plus croquis. Que ce soit dans l’histoire ou dans son graphisme, on pense beaucoup ici à la BD indé ou au comics indé. Les pages sont très silencieuses, il y a peu de bulles pour ceux qui voudraient tenter le volume en VO.

Le problème se situe plutôt au niveau de ses boys love sous le pseudonyme de basso. En effet, ceux-ci ne sont pas commandables sur des sites de vente en ligne tels que Books.com.tw ou Kingstone.com.tw, ce qui nécessite de se rendre sur Taobao. Le hic est donc de tomber sur du pirate (je reviens sur ce point à la fin de ce post). De ce que j’en déduis, il n’y a pas vraiment d’édition officielle pour les titres de basso. L’éditeur taïwanais spécialisé dans le boys love 晶採漫畫 (晶采漫画 en simplifié, ou Crystal Comics) propose des éditions soignées que je recommande, malgré le papier un peu fin (et les noirs pas assez noirs). Tous les titres de basso sont des one-shot se déroulant en Italie, et le tout se déroule dans un même univers. Les personnages de politiciens (à lunettes, le même délire que dans Ristorante Paradiso) et journalistes se croisent chez le même glacier de Rome ou encore dans un même restaurant.

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Titre: 熊男與知識分子, Titre original: クマとインテリ – Orso e Intelletuale (Kuma To Interi), Editeur: 晶採漫畫 (Crystal Comics), one-shot

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Titre: Amato Amaro 被愛與苦澀, Titre original: アマート・アマーロ (Amato Amaro), Editeur: 晶採漫畫 (Crystal Comics), one-shot

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Titre: 亞爾與尼利,以及身邊事, Titre original: アルとネーリとその周辺 (Aru to Neeri to Sono Shuuhen), Editeur: 晶採漫畫 (Crystal Comics), one-shot, spin-off de Orso e Intelletuale

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Titre: 刺青師加德, Titre original: ガッド スフォルトゥナート (Gad Sfortunato), Editeur: 晶採漫畫 (Crystal Comics), one-shot

Il semble que le dernier basso, Naka-san no Nagare, soit également vendu sur Taobao. Evidemment, le titre n’est pas officiel, et même pas disponible chez l’éditeur taïwanais Crystal Comics que je soupçonne déjà de ne pas être officiel. Ce titre se déroule non pas en Italie comme souvent, mais au Japon. En chinois, le titre signifie « Les ramen de Naka-san ». Evidemment, le prix du livre est très bas (environ 1 yuan haha). Je mets ma main au feu qu’il s’agit d’imprimés de scans trouvés sur le net reliés ensuite. Cependant, le prix du livre en dollars taïwanais laisse supposer qu’il existe une édition taïwanaise 青點 (BL Comics) (sûrement pirate), scannée sur le net. Mais sur Taobao, ce n’est clairement pas l’édition taïwanaise (du moins pour le moment).

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Titre: 阿中拉面, Titre original: ナカさんのながれ(Naka-san No Nagare), Editeur: 青點 (BL Comics), one-shot

A propos des éditions pirates chinoises: j’ai été très déçue après l’achat d’un exemplaire de Gad Sfortunato car je n’ai pas fait attention au nom de l’éditeur lors de ma commande chez Taobao. En effet, je recommande plutôt l’éditeur taïwanais spécialisé dans le boys love 晶採漫畫 (晶采漫画) (Crystal Comics) plutôt que l’éditeur chinois 藍色領域 (蓝色领域). Pour le coup, il s’agit vraiment d’une édition pirate chez l’éditeur chinois. Ce n’est pas beau, le format n’est pas le même (shônen au lieu de seinen), le titre est parfois écrit en simplifié sur la couverture pour retrouver du traditionnel dans les phylactères, la colle est pourrie, le papier n’est clairement pas terrible sans parler de l’impression (sûrement des scans glanés de l’éditeur Crystal Comics sur le net, et réimprimés ensuite). Enfin, alors que les boys love sont de basso, le nom de l’auteure est celui de Natsume Ono en chinois, soit 小野夏芽. Enfin, le prix peut être un indicateur sur Taobao: si le livre coûte aux environ de 1 à 10 yuans, on peut être sûr que c’est du pirate soit l’éditeur chinois 藍色領域. Si le livre coûte environ 35 yuans, c’est peut-être l’éditeur taïwanais 晶採漫畫.

Photos comparatives sur le format, la tranche et la colle. D’autres détails ne sont pas visibles à l’oeil nu, la texture du papier et même de la jaquette.

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éditions étrangères, est em, fétichisme, manga

est em – Editions étrangères

D’est em, nous n’avons pas grand chose à nous mettre sous la dent. Pourtant, nombreux sont ses manga au Japon, comme en témoignent les différentes chroniques sur Brain VS Book que je vous conseille vraiment de lire (avec en plus une longue interview en prime). De plus, la carrière d’est em est en plein envol. Elle qui a commencé avec le boys love s’est vite trouvé un lectorat conquis par un dessin différent, très européen même, et surtout, par des histoires possédant une tonalité unique. Je ne parlerai pas des oeuvres en elles-mêmes dans ce post, mais plutôt du livre (l’objet). Enfin, le pseudonyme est em vient de ses initiales, SM (SATOH Maki), S & M, ce qui se dit S to M en japonais, soit est em phonétiquement, en général, ça s’écrit en minuscule (MAJ 19 mai 2014: l’interview conduite par Jocelyne Allen pour le Comics Journal explique beaucoup plus longuement l’origine de ce pseudonyme).

Aujourd’hui, est em a plusieurs séries en cours, et touche aussi au seinen avec Golondrina chez IKKI, et Ippo dans le Jump X. Elle a également écrit plusieurs josei. Elle a donc su s’émanciper du boys love, comme Fumi Yoshinaga ou Ima Ichiko (deux mangaka que je ne manque jamais de citer). est em est une auteure que j’ai découverte par Tango aux Editions H, et son dessin m’a marquée par sa proximité avec celui d’une autre mangaka que j’aime beaucoup: Natsume Ono, dont je suivais à ce moment-là Goyô (j’ai pas l’impression mais ça remonte finalement). Un article de Sébastien Kimbgert dans le 10 000 Images N°1′: Le Yaoi – Edition augmentée et réactualisée est par ailleurs consacré à la carrière d’est em. Sa lecture est évidemment conseillée.

Les traductions des titres d’est em ne sont pas nombreuses, alors qu’elle a écrit de nombreux manga. Je vais ici me concentrer sur les Etats-Unis, et puis le monde chinois, bien qu’on n’y gagne pas grand chose.

Aux Etats-Unis, trois manga (des one-shot) ont été traduits. Il y a bien sûr Seduce Me After the Show, que nous connaissons sous le titre de Tango ici, chez Deux Press, éditeur spécialisé dans le boys love. Mais il y a aussi eu, suite à ce succès, Red Blinds the Foolish, toujours chez le même éditeur. Le troisième titre à être traduit en anglais n’est autre que Age Called Blue chez NetComics. Ce dernier se focalise d’ailleurs sur des personnages rencontrés dans les pages de Tango: le groupe de rock. Enfin, un quatrième titre est annoncé pour octobre de cette année: Tableau 20, chez suBLime, le label boys love de Viz Media. Autant vous dire que j’ai hâte de voir ça…

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Titre: Seduce Me After the Show, Editeur: Deux Press, Titre original: ショーが跳ねたら逢いましょう (Show ga Hanetara Aimashou), sorti en 2008. Il n’est pas particulièrement difficile à acheter et coûte environ 10€.

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Titre: Red Blinds the Foolish, Editeur: Deux Press, Titre original: 愚か者は赤を嫌う (Orokamono wa Aka wo Kirau), sorti en 2008, traduit par Matt Thorn. Cet excellent one-shot est centré sur un couple évoluant dans le milieu de la corrida en Espagne, et plaira à ceux qui ont aimé Tango. Ce titre est malheureusement difficile à se procurer à prix correct aujourd’hui, et se trouve aux environs de 50€ sur les plateformes de vente en ligne. Amazon.com le propose, je crois, aux environs de 10$ mais il faut compter les frais de port vers la France… A surveiller quand même, j’ai réussi à cliquer assez rapidement sur Amazon.de pour 9.99€… ce n’est donc pas desespéré.

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Titre: Age Called Blue, Editeur: NetComics, Titre original: エイジ・コールド・ブルー (Age Called Blue), sorti en 2009. Ce one-shot reprend des personnages vus dans Tango, l’histoire sur les rockers notamment. Il y a également d’autres histoires annexes. Age Called Blue n’est pas difficile à trouver sur les sites de vente en ligne, aux environs de 10€, dans un format seinen. Il ne s’agit pas du meilleur manga d’est em mais il vaut le coup d’être lu, déjà parce qu’il y a très peu de manga de l’auteure traduits, mais aussi parce que ça reste très bien.

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Titre: Tableau 20, Editeur: Viz (suBLime), Titre original: 作品ナンバー20 (Sakuhin Number 20), prévu pour octobre 2013. Il coûtera 10€ environ. Maintenant, j’attends de Viz la série Golondrina vu qu’elle paraît dans le IKKI.

Si on compte l’édition numérique, il y a eu plus de titres aux Etats-Unis. Malheureusement, deux des plus intéressants (du moins en apparence) figuraient sur la plateforme de diffusion numérique légale JManga, qui a fermé ses portes il y a peu. Il s’agit de Happy End Apartments et Haratake Kentauros!. Il est regrettable qu’un format papier n’ait pas vu le jour pour ces deux titres. Enfin, Digital Manga Guild édite  Kine In!, un boys love, vendu chez Amazon au format Kindle. Grâce à Mangaconseil, je sais aussi que Digital Manga Guild a aussi édité Ultras, un boys love dans le milieu du football.

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Titre: Apartments of Calle Feliz, Editeur: JManga, Titre original: ハッピーエンドアパートメント (Happy End Apartments). Plus disponible aujourd’hui.

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Titre: Working Kentauros, Editeur: JManga, Titre original: はたらけ、ケンタウロス! (Hatarake, Kentauros!). Plus disponible aujourd’hui. Ce titre me fait vraiment fantasmer, avec son centaure salary man. Le tout se déroule dans un monde comme le nôtre, mais dans lequel humains et centaures cohabitent. Il y a un autre one-shot, plus axé sexe, sur les centaures: Equus.

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Titre: Kine In!, Editeur: Digital Manga Guild, Titre original: キネイン! (Kine In!). Disponible sur les sites de ventes en ligne, notamment Amazon.

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Titre: Ultras, Editeur: Digital Manga Guild, Titre original: Ultras. Disponible en format Kindle chez Amazon.

[MAJ 19 mai 2014] La venue de est em en tant qu’invitée du TCAF (Toronto Comics Arts Festival) ce mois-ci a donné lieu à un objet collector, traduit en anglais par Jocelyne Allen. Il s’agit du doujinshi Carmen une histoire en 32 pages vendue 5 dollars canadiens. Il s’agit d’une version boys love de Carmen.

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Le nom de est em en chinois, pour ceux qui le chercheraient, s’écrit 愛思雁. On retrouve parfois le nom de l’auteur directement en japonais えすとえむ, et ce, au sein d’un même éditeur (Tong Li!!!). Pour le moment, seuls 輕狂年代 (Age Called Blue) et 相約謝幕後 (Seduce Me After the Show) existent sur le marché, tous deux édités par 瑪朵 (Mightor Publishing). Autant dire que mieux vaut se lire les manga en anglais, du moins pour moi. Mais comme on ne sait jamais, je garde ce nom en chinois ici, dans les pages de ce blog, pour pouvoir les copier sur des sites de vente en ligne tels que Taobao ou Books.com.tw, pour me faire du mal (ou non). Les manga coûtent aux environs de 3.5€ mais il faut aussi se farcir les frais de port vers l’Europe. [MAJ de novembre 2013: l’éditeur Mightor semble mort et les manga ci-dessous ne sont plus disponibles].

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[MAJ 19 mai 2014] Il s’avère que les éditeurs taïwanais ne sont pas tous en accord quant au nom officiel en chinois de est em. C’est le cas de Tong Li Comics qui utilise directement le nom japonais, en hiragana: えすとえむ. C’est donc de cette manière que j’ai découvert l’existence d’un autre one-shot d’est em traduit chez ce gros éditeur, sorti en 2013 et toujours disponible aujourd’hui. Il s’agit de Kuslar (クシュラル), un recueil d’histoires courtes contenant des histoires boys love se passant en Turquie. Le recueil étant interdit au moins de 18 ans, il n’y a pas de livraison vers l’étranger sur le site Books.com.tw. En revanche, il est toujours disponible sur Yesasia. Enfin, le grand problème sur les sites comme Books.com.tw, c’est qu’on ne trouve rien quand on tape le nom de l’auteure en hiragana: Kuslar est un livre « invisible » si on ne connaît pas son titre en chinois, et on ne peut même pas chercher d’autres livres de l’auteure du coup.

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Titre: 被囚禁的鳥, titre original: クシュラル (Kuslar), one-shot, boys love, éditeur taïwanais: 東立 (Tong Li Comics).

[MAJ: mars 2015] Depuis février, sortie de Golondrina!!! Autant vous dire que je suis devenue très vite hystérique lorsque je l’ai vu sur le planning de l’éditeur (enfin, si on peut appeler cela ainsi)… Toujours est-il que l’éditeur Tong Li, qui n’est pas un petit (loin de là), est doté d’une cohérence à toute épreuve. Jugez: le one-shot Kuslar est sorti avec le nom japonais d’est em, alors même que l’éditeur Mightor utilisait le nom chinois de l’auteure. D’une. Mais surtout, Golondrina sort, on ne sait pour quelle raison, sous le nom chinois de est em!!! Le pire dans tout ça, c’est que rien n’est mentionné sur le ruban pour dire que えすとえむ = 愛思雁, et que Golondrina n’est pas le premier manga à sortir à Taïwan de est em… Bref, il sort malgré tout, et évidemment, je saute dessus même si j’espérais secrètement une sortie aux Etats-Unis, vu le côté très « européen » de l’oeuvre… Niveau lecture, il n’est pas si difficile à appréhender: peu d’écritures au final.

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Titre: Golondrina 鬪牛悲歌, Titre original: Golondrina-ゴロンドリーナ, éditeur taïwanais: 東立 (Tong Li Comics), 2 volumes sortis (en même temps) sur 6 prévus. Toujours en cours au Japon, et sortant en tankôbon directement depuis l’arrêt du Ikki.

[MAJ: mai 2015]

Ravie de voir la sortie d’une série d’est em chez Tong Li, encore une fois. Sauf que, contrairement à Golondrina, le nom de l’auteure est cette fois en hiragana, soit えすとえむ. Sur le site de l’éditeur, on ne voit donc pas que Golondrina et IPPO sont de la même mangaka, mais on voit au moins Kuslar…

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Titre: IPPO一步, Titre original: イッポ IPPO, éditeur taïwanais: 東立 (Tong Li Comics), 2 volumes sortis (en même temps). Toujours en cours au Japon.

Enfin, je complète (mais j’espère qu’il y aura des mises à jour, Golondrina fut une excellente nouvelle m’ayant poussée à une commande en début d’année!!!) cette liste des traductions en chinois traditionnel des manga d’est em par ce que je suppose comme des éditions pirates, vu leur indisponibilité sur les grandes plateformes. Inutile de dire que je ne me suis pas privée malgré tout pour les acheter, et que ce n’est pas mal imprimé, mais le nom de l’éditeur japonais, ou du magazine de prépublication Citron restent par exemple visibles… Toutes ces publications sont sorties sous le nom japonais d’est em: えすとえむ. Photos à venir aussi, on en trouve assez peu en fait.

Titre: 快樂結局公寓, Titre original: ハッピーエンドアパートメント (Happy End Apartment), one-shot, BL

Titre: 藍染師之戀, Titre original: やがて、藍になる (Yagate, Ai ni naru), one-shot, BL

Titre: 那个男人、爱好甜食, Titre original: その男、甘党につき (Sono Otoko, Amatou ni Tsuki), sous-titré en français: Une histoire d’un amateur de friandises, one-shot.

éditions étrangères, romans, sinophilie

The Story of the Stone #1: The Golden Days

story_of_the_stone_vol1The Story of the Stone est la traduction anglaise de ce que nous connaissons ici sous le titre Le Rêve dans le Pavillon Rouge qui fait partie des grands classiques de la littérature chinoise, aux côtés de Fleur en Fiole d’Or, Le Voyage en OccidentAu bord de l’eau et Les Trois Royaumes. Petit aparté, malgré ce que disent toujours les mangaka dans les petits mots aux lecteurs, non, L’investiture des dieux ne fait pas partie de ces grands classiques littéraires chinois (du moins pour la Chine). Le titre figure malgré tout souvent dans les quatre grands romans chinois pour les Japonais, et cela est, à mon avis, dû au fait que la traduction japonaise de L’investiture des dieux fut un succès (mais je ne fais que supposer). Autre aparté, j’ai fait le choix de lire ce roman fleuve en anglais. Pour information, Le Rêve dans le Pavillon Rouge existe en français chez La Pléiade en 2 volumes et autant le dire, c’est onéreux et pas pratique à emporter dans les transports (le papier fin, le poids du livre, etc…). En anglais, le roman est traduit sous le titre The Story Of the Stone par David Hawkes chez Penguin Classic, en 5 volumes (environ 10€ l’unité).

Le Rêve dans le Pavillon Rouge est un roman fleuve chinois du 18ème siècle, sous la dynastie Qing. Il conte la vie quotidienne de la famille Jia, famille extrêmement riche et proche de l’Empereur au début de l’histoire et qui va décliner par la suite. Les Jia vivent dans une riche propriété comprenant deux grandes maisons: les Rong-Guo et les Ning-Guo, chacune descendant de ducs du même nom. La trame principale s’intéresse surtout à Jia Baoyu, jeune homme né avec un jade dans la bouche qui se trouve au milieu d’un triangle amoureux: d’un côté la belle et susceptible Lin Daiyu et de l’autre, son opposée Xue Baochai. Je précise de suite que ces deux jeunes filles sont les cousines de notre héros. En outre, s’ajoutent aussi diverses histoires d’amour ou de flirt avec certaines servantes de Bao-yu. Dans le premier volet qui comprend les 26 premiers chapitres (et environ 500 pages), j’ai surtout vu un peu de flirt, quelques scènes de jalousie mais surtout la description incroyablement soignée du quotidien d’une famille aristocrate (et toute sa maisonnée, le mot est faible) sous les Qing. Comme son titre l’indique, le premier volet s’intéresse à l’âge d’or de la famille Jia. David Hawkes décrit Le Rêve dans le Pavillon Rouge comme un équivalent chinois de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust.

Un mystère entoure la paternité de cette oeuvre littéraire et son étude donne même naissance à ce que l’on nomme Rougeologie. L’introduction de David Hawkes qui se penche sur les choix de traduction et son amour pour Le Rêve dans le Pavillon Rouge s’étend également sur ces histoires d’auteurs. Pour résumer, Le Rêve dans le Pavillon Rouge a été écrit par Cao Xueqin qui s’inspire de sa vie réelle. Les Cao étaient une famille aristocrate très proche de l’Empereur qui a décliné suite à un vent politique peu favorable. Jusqu’à ses 13 ans, le jeune Xueqin aurait vécu une vie de satin comme son héros Baoyu, et a fini dans la pauvreté lorsqu’il a écrit ce roman. La légende voudrait que Xueqin se soit remémoré sa vie d’antan avec grand regret, la magnifiant sûrement. L’autre légende raconte que ce roman rend hommage aux différentes femmes entourant le quotidien du jeune Xueqin, femmes qui ont été supérieures moralement et physiquement à toutes les personnes qu’il n’ait jamais connues. Le roman fut diffusé au début aux proches de Cao Xueqin sous forme de manuscript, allant de mains en mains, avec anotations, avant de connaître diverses éditions pirates avec un succès grandissant. Sur les 120 chapitres que comptent le roman, Cao Xueqin en a rédigés 80. Le mystère entoure donc la suite, soit les 40 derniers chapitres, issus d’une personne différente. L’édition dite complète du roman comprend donc les 120 chapitres, édition attribuée à Gao E et Cheng Weiyuan.

Le Rêve dans le Pavillon Rouge a connu de nombreuses traductions plus ou moins reconnues, plus ou moins complètes. Mais il est clair qu’il s’agit d’un véritable défi, du fait de sa longueur, de ses références culturelles, mais aussi des nombreux poèmes, des figures de style de la littérature chinoise, des homophones (et ils sont nombreux) et de la langue incroyablement riche (enfin, moi je ne sais pas, j’ai déjà du mal à lire des… manga). Celle de David Hawkes est une des plus célèbres et des plus prisées. Son parti pris concerne déjà le choix du titre: alors que de nombreuses traductions ont opté pour le titre connu en Chine, Hong Lou Meng (紅樓夢), littéralement Le Rêve dans le Pavillon Rouge, David Hawkes choisit un autre des cinq titres connus du roman: Shitou ji, littéralement Les mémoires d’une pierre. Mais surtout, il adapte beaucoup et rend alors le roman bien plus accessible que du « très fidèlement traduit », ce qui attise donc encore aujourd’hui certains débats, l’exemple le plus fort étant celui de la couleur rouge, parfois remplacée par celle du vert, car culturellement plus anglais. Il y a aussi la décision de nommer les domestiques en traduisant la signification du nom directement en anglais (Caltrop, Aroma, etc…) sans expliquer en annexe (dommage), au lieu de garder le nom chinois. Ainsi, l’exemple le plus décrié étant Aroma soit Hua Xiren qui comporte un jeu de mot: attaquer les hommes. Il est aussi dommage que les noms chinois des personnages n’apparaissent pas dans le lexique.

Que ceux qui craignent la lecture de ce pavé n’aient crainte. En effet, alors que sa réputation en fait un objet de lecture inaccessible, il n’en est rien, du moins dans la traduction anglaise que j’ai lue. Après, pour des problèmes de langue inhérent à moi-même, j’ai eu du mal avec certaines descriptions de jardins un peu trop longues, des poèmes ou de joutes de poèmes entre les personnages. La narration de Cao Xueqin est incroyablement vivante et s’adresse directement au public dans le premier chapitre. D’ailleurs, cette introduction surprend car l’auteur de l’histoire n’est autre qu’une pierre se trouvant dans le domaine céleste. C’est donc avec un début fantastique, mystique, faisant appel au taoïsme et au bouddhisme que s’ouvre le roman fleuve. Par la suite, Cao Xueqin continue à mener son public en bateau: dans le domaine terrestre, il s’intéresse à un certain Jia Yucun qui ne fait pas partie de la famille Jia dont parle le roman, puis aussi à Yingliang, une enfant qui entrera plus tard dans la demeure des Jia sous le nom de Caltrop, en tant que servante des Xue (la famille de Baochai). Il faut attendre quelques chapitres pour enfin entrer dans la demeure des Jia, en compagnie de Lin Daiyu, un des personnages principaux de l’histoire. Lin Daiyu n’ayant plus de mère, et son père ayant du mal à faire son éducation, l’envoie dans la demeure des Jia (du côté de sa mère).

La traduction du roman est très fluide, ce qui le rend très facile à lire. Pour ma part, j’ai trouvé un anglais extrêmement joli, et David Hawkes, par sa plume, restitue bien le talent littéraire de Cao Xueqin. Les personnages sont très nombreux et les noms chinois, pas toujours faciles à retenir (on retrouve un Jia Lian et un Jia Lan). Heureusement, l’édition propose un arbre généalogique pour s’y retrouver (ah oui, qui est l’oncle, la tante ou l’enfant illégitime?) ainsi qu’un lexique expliquant très succintement chaque personnage rencontré. Et on en dénombre donc beaucoup, des dizaines et des dizaines, certains étant importants, d’autres ne paraissant que le temps de quelques chapitres. Toujours est-il que c’est un univers incroyablement foisonant. Personnellement, à voir ces personnages vivant de manière très luxueuse et surtout oisive, j’y vois comme une petite critique de cette famille aristocrate, dont le descendant principal de sexe masculin, Baoyu, est extrêmement gâté par son aïeule. Le faste y est juste étonnant, et les descriptions de chaque réception spectaculaires, que ce soit la moindre fête, ou au mieux, la visite d’une des filles de la maisonnée devenue concubine impériale. Si la famille est déjà dotée de nombreuses personnes, il faut aussi compter tout le personnel qui s’y accompagne, chaque personnage ayant au moins plusieurs serviteurs à son service, et cela s’accompagne avec ceux qui s’occupent de telle ou telle demeure. Il y aurait plusieurs centaines de domestiques travaillant chez les Jia.

L’intrigue principale, si elle concerne un triangle amoureux, n’est pas si évidente. En effet, Cao Xueqin conte avant tout la vie de toute la maisonnée, et les sous-intrigues sont donc très très très nombreuses. Que ce soit un cousin qui essaie de séduire unetelle, ou un oncle qui voudrait soutirer de l’argent aux riches Jia, ou les histoires entre les domestiques qu’il ne faut pas négliger. Chacun complote à qui mieux mieux dans cette maison, en premier lieu la cousine par alliance de Baoyu, Wang Xifeng, une championne parmi les championnes. La hiérarchie au sein de la famille s’illustre surtout à travers Baoyu, beaucoup trop gâté et jamais critiqué du fait qu’il est le préféré de sa grand-mère, la doyenne des Jia (et dieu sait que l’âge a une importance capitale en Chine). Le personnage de Baoyu, mais aussi d’autres personnages masculins de la famille Jia, préfigurent le déclin de celle-ci: Baoyu préfère les futilités comme la poésie au confucianisme et aucun des hommes de la génération précédente ne semble avoir le goût des responsabilités (et ceux qui l’ont, avec le sens des études, sont décédés…). Les femmes, en revanche, sont aussi belles qu’intelligentes.

Cao Xueqin, lors du chapitre 5, révèle le destin de chacune des douez beautés de Jinling, douze femmes entourant Baoyu. Sûrement dû au format du manuscript, il y a donc des incohérences, du fait que certaines ne meurent pas comme on le pense, ou de manière très rapide, obscure. C’est le cas de Qinshi, qui est censée se suicider, mais qui meurt très rapidement d’une maladie curieuse. L’interprétation des poèmes en annexe (et on en a bien besoin vu que Cao Xueqin s’exprime en symboles selon les noms chinois des protagonistes, ou en homophones, donnant lieu à des sortes de rébus) donne l’idée que Qinshi entretenait une laison avec son beau-père. Dans le roman, cela n’est jamais mentionné et j’ai même cru m’être trompée lors de ma lecture. Le fantastique, ou domaine céleste, n’est jamais en reste: par les rêves de Baoyu, mais encore cet épisode mystérieux du miroir qui touche un cousin qui a voulu s’approcher de Xifeng. Le moine taoïste et le moine bouddhiste reviennent de temps à autres, scandant des vers bien étranges. L’idée de la vie comme une illusion, idée bouddhiste (merci David Hawkes), est très prégnante dans le roman. Les rêves récurrents, la figure du miroir, ou encore la vie même au sein des Jia, tellement faste qu’elle ressemble à une illusion.

Si on devait me demander quelle est l’intrigue de ce premier volet, je dirais qu’il n’y en a pas vraiment. Baoyu est un personnage vu comme subversif à certaines époques: refusant de rester à sa place, il vit et ne fréquente que les femmes de la maison et n’aime pas le confucianisme qu’il préfère aux poèmes. En plus, certaines relations sont louches, on devine des hommes homosexuels. Les hommes n’apparaissent pas sous leur meilleur jour, pas vertueux pour un sou (diverses tromperies, notamment le mari de Xifeng). Enfin, la relation entre Baoyu et son père, Zheng, est très difficile, ce dernier ne réussissant pas à en faire un homme vertueux, parce que sa grand-mère le gâte beaucoup trop. A ce sujet, Hawkes y ajoute dans son introduction sans doute l’absence d’une figure paternelle dans la vie de Xueqin. Pour le moment, j’ai du mal à m’attacher aux personnages de Baochai et Daiyu: l’une parce que j’ai un peu de mal à la cerner, l’autre parce qu’elle est très susceptible: une ancêtre de la tsundere qu’on voit tant dans les anime! Le personnage de Aroma a en revanche une grande importance, et Xifeng est aussi très mise en avant. J’ai oublié de dire à quel point tout ce beau monde est vivant, il est impressionnant de voir autant de personnages de la plume d’une personne, dans un même roman!

Enfin, il est difficile de réellement situer le roman: à plusieurs reprises (et cela est confirmé dans l’introduction de Hawkes), je me suis demandée si les Jia vivaient à Nankin ou à Beijing, du fait du kang (une pierre chauffante qu’on trouve dans toutes les maisons de la Chine du Nord), mais on entend parler des Jia de Nankin. Enfin, l’âge des protagonistes m’a souvent paru obscur: quel âge ont Baoyu, Baochai et Daiyu? A un moment, Baochai fête ses 15 ans, mais tout cela reste brumeux. J’ai déjà beaucoup écrit, et ce n’est pas forcément très intéressant. Toujours est-il que je vous encourage vivement à lire ce roman, surtout dans sa version anglaise, très facile d’accès tout en gardant une grande beauté, et malgré les parti pris de Hawkes. Alors que l’intrigue est si difficile à définir, la lecture du Rêve dans le Pavillon Rouge est passionnante (la suite! la suite!). Pour ceux qui auraient vraiment la flemme, mais qui aimeraient quand même découvrir ce pan de la culture chinoise, il existe une série des années 80 dont on vante souvent la qualité.

En parlant d’homophones, il y a déjà le nom de famille Jia, qui se prononce comme « faux » en chinois. La famille Zhen, à laquelle les Jia sont liés par alliance, sonne comme « vrai ». Et que dire de Baoyu, qui préfigure l’enfant gâté: son nom signifie littéralement « jade précieux », du fait qu’il est né avec une pierre de jade dans la bouche. Quant à la minutie de la vie des Jia, elle va jusqu’à la composition de certains médicaments, de sorte qu’on se croirait chez l’apothicaire (et puis les noms de plante en latin quoi!!! Alors que ce sont des noms de plantes communément utilisés dans la langue chinoise…). Les descriptions de vêtements sont également très nombreuses, de la tête au pied, surtout pour Baoyu.

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Tableau Numéro 20 de est em chez SuBLime

tableau_numero_20_estemJe suis très nulle pour les actu. Encore plus pour les actu manga à l’étranger. Alors que la nouvelle date de janvier, je ne l’ai découverte que récemment, il y a quelques semaines. Et pourtant, j’adule est em. Parfois, par curiosité, j’aime taper les noms de mes mangaka préférés sur Amazon, pour voir si il y a de nouvelles sorties aux Etats-Unis. L’anglais étant une langue obligatoire à l’école, autant en profiter pour tenter des manga non traduits ici (et dont l’espoir est hyper mince chez nous). C’est ainsi que j’ai découvert le Danza de Natsume Ono, ou la sortie de Tableau Numéro 20 de est em, pour octobre de cette année. Le titre sort chez SuBLime, la ligne boys love de chez Viz.

Pour rappel, est em est l’auteure de l’excellent Tango sorti chez les Editions H en France. Aux Etats-Unis, Tango porte le titre Seduce Me After the Show et d’autres titres de est em ont suivi, dont Age Called Blue et Red Blinds the Foolish (aujourd’hui devenu plus rare). Sur le Kindle, on peut lire Kine In! et  sur la plateforme Jmanga, on pouvait y lire Hatarake Kentauros! (le titre avec des centaures salary men qui me fait vraiment beaucoup fantasmer) et Happy End Apartments. A quand une version papier pour ces deux titres? A quand Golondrina issu du IKKI? En tout cas, la news sur Tableau Numéro 20 me réjouit énormément, et j’attends donc cette sortie avec impatience. Parmi les titres annoncés chez Animenewsnetwork, Man of Tango m’intrigue par sa couverture, il s’agit en fait d’une suite, mais le premier volet semble indisponible aujourd’hui.

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Grease Monkey

Grease Monkey est l’oeuvre d’un certain Tim Eldred, un homme ayant pas mal travaillé dans l’animation américaine, grand amateur de science fiction, en particulier de ce qui se passe dans l’espace (il apprécie Star Wars, Battlestar Galactica, et certains anime japonais). Dans son ouvrage, Eldred raconte la genèse de sa série, qui se déroule du début des années 90 aux années 2000. Pour résumer, comme certains autres de ses compagnons, Eldred a eu envie d’écrire autre chose que du super héros, ce qui était difficile dans les années 90. Il voulait écrire une comédie se déroulant dans l’espace, avec des êtres humains banals, et puis un gorille, tout cela sur fond de guerre (les humains dont on parle peu pendant une guerre: l’administration, les mécaniciens, etc…). Cela donna Grease Monkey, édité au début par Kitchen Press, ensuite par Image Comics, et puis enfin, en recueil chez Tor. Le recueil en question contient donc 350 pages environ, en noir et blanc (bien que les six premiers épisodes sont à l’origine en couleurs, épisodes qu’on peut trouver gratuitement ici). D’après l‘interview en ligne, et les bonus du recueil, une suite est prévue.

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L’intrigue se déroule dans un futur lointain, dans lequel la Terre a été victime d’envahisseurs extra-terrestres. La Terre a été sauvée par une entité extra-terrestre pacifique appelée les Benefactors (Bienfaiteurs) mais les dégâts sont là: 60% de l’humanité a été décimée. Les Bienfaiteurs proposent alors à d’autres espèces terriennes de participer à une évolution rapide afin de faire jeu égal avec les homo sapiens: les dauphins ayant refusé (60% de pollution en moins dans leurs eaux, une aubaine!), la proposition est allée aux gorilles qui ont de suite accepté. Et voilà donc les Terriens engagés dans une guerre intergalactique contre les envahisseurs. Robin Plotnik, notre héros, est une jeune devant faire son service d’une année à bord du Fist of Earth (le Poing de la Terre) comme assistant mécanicien de Mac Gimbensky, un gorille au caractère pour le moins très personnel. Si au départ, Robin appréhende son affectation, il va s’avérer que Mac et lui vont devenir très rapidement inséparables. Mac et Robin sont les mécaniciens du meilleur escadron de pilotes exclusivement féminin dont la tête s’appelle Barbara: les Barbarians.

Voilà une excellente surprise, résultat d’un cadeau d’anniversaire pour mes trente ans. Il est vrai qu’avec un gorille anthropomorphe sur la couverture, cela ne pouvait que me plaire. Vu le passif de l’auteur de ce cadeau, je ne pouvais que rire quand j’ai vu le nom du héros: Robin. Le vaisseau spatial n’est ici qu’un prétexte pour Tim Eldred, un décor. Car l’histoire est réellement centrée sur la vie quotidienne des personnages, le tout de manière humoristique, abordant toute sorte de sujets: la fiction, la science fiction, l’histoire, les différences culturelles, le travail, le passage à l’âge adulte, les parents mais aussi les histoires de cœur, et même les élections. Le tout est porté par un duo, comme les buddy movies de Hollywood.

L’amour constitue un sujet qui revient fréquemment dans l’histoire: Robin est un adolescent plein de bonne volonté, gentil, mais un peu maladroit en amour, il aime une certaine Kara. Kara, elle, est une jeune femme indépendante, ayant du caractère, très intelligente, mais qui s’ennuie au plus haut point à la bibliothèque, endroit dans lequel son service civil lui a été affecté. Mac, le gorille et mentor de Robin, est un adulte ayant de l’expérience et ne voulant pas entrer dans un certain moule, il est amoureux de la plus belle femme gorille qu’il n’ait jamais vue, le colonel Stelter. Là, plus que la maladresse, c’est plus une question de timing qui fait que les amoureux ne peuvent se réunir, le colonel étant la personne la plus importante de cet immense vaisseau, ayant donc de lourdes responsabilités (et des collaborateurs pour le moins manches, il faut bien l’avouer). Les personnages sont tous stéréotypés mais superbement campés et donc terriblement attachants, chacun ayant ses qualités et ses défauts, chacun ayant sa petite histoire.

Mac contemple l'élue de son cœur, le colonel Stelter... Si c'est pas romantique!
Mac contemple l’élue de son cœur, le colonel Stelter… Si c’est pas romantique!

Les différences culturelles, ou plutôt l’aspect ethnique, est abordé du point de vue de Mac. Les gorilles du vaisseau ont une certaine vision des choses, qui ne cadre pas forcément avec celle des humains. Mac est là pour d’une part souligner les absurdités, parfois, des homo sapiens, mais aussi pour avoir sa vision de certains événements historiques, surtout que l’Histoire est bien souvent écrite par les humains. L’histoire d’un certain Ishmaël, premier gorille dont l’évolution a été accélérée, est souvent mise en doute par Mac. Cela renvoie donc aux événements de l’Histoire vus par des peuples, différente de celle par d’autres. Les fictions sont tout aussi abordées, et rappelle un certain Spike Lee, toujours prêt à contester la vision de réalisateurs « blancs » sur par exemple le jazz, ou la Seconde Guerre Mondiale (le dernier clash en date étant d’ailleurs au sujet de Django Unchained). En fait, ces différences culturelles renvoient surtout aux différents groupes ethniques qui peuplent les Etats-Unis. Mais malgré tout, beaucoup de choses réunissent gorilles et humains, et c’est là finalement, le plus important. Le racisme fait aussi face, certains groupuscules craignant que les gorilles retournent soudainement à leur état animal. Mais aussi, Eldred se moque de la langue de bois américaine, certains mots comme « Monkey » étant interdits pour désigner les gorilles par exemple.

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La couverture du TPB

Tout au long des 350 pages, on verra Robin grandir et évoluer, devenir petit à petit plus adulte, plus réaliste aussi, lui qui est naïf, plein de volonté, plein de gentillesse, mais qui ne connaît pas grand chose à la vie. C’est le type de personnage adorable et qu’on aime bien, malgré ses maladresses (mais quel boulet avec Kara!!!!), et qu’on a envie de suivre. L’histoire d’amour est d’ailleurs excellente, je pensais, vu le ton généralement positif et heureux de l’ouvrage, que Kara retournera forcément avec Robin à la fin de l’histoire. J’ai eu tort, Eldred ayant voulu finalement éduquer son héros pour l’endurcir un peu. La réalité est ainsi, et tout ne se passe pas comme prévu, les erreurs faisant partie de la vie.

Voilà donc un ouvrage absolument drôle, fun, bien écrit, avec un tas de personnages attachants et suffisamment stéréotypés mais pas trop. Y’a pas à dire, le capital sympathie est clairement là. Et puis, je le répète, il y a un gorille mécano. Et ça, c’est trop chouette! D’ailleurs, à cause de Grease Monkey (mais aussi à cause de Hellboy), ma curiosité à propos de Monkeyman & O’Brien a été ravivée… Voilà un ouvrage facilement trouvable à l’achat, pour vraiment pas cher, et que je conseille à ceux qui veulent lire une comédie bien fun, sur les relations humaines, dans l’espace. Côté graphisme, c’est très classique mais clair. Enfin, les personnages féminins ont tous du caractère, je n’ai pas trop croisé de pots de fleurs, et l’escadron champion est uniquement composé de femmes. Autre chronique: Comics Worth Reading. Parce que les œuvres de type comédie j’ai beaucoup de mal à en parler… Même avec un gorille anthropomorphe dedans.

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Kawa Yori mo Nagaku Yuruyaka ni

Kawa-Yori-mo-Nagaku-Yuruyaka-ni-vol01Kawa Yori mo Nagaku Yuruyaka ni (河よりも長くゆるやかに) est une série de deux volumes écrite en 1983 par Akimi Yoshida (Banana Fish) et prépubliée dans le magazine Petit Flower de l’éditeur Shogakukan. Ce manga reste à ce jour inédit, même en chinois, je l’ai donc lu en scans, traduit en anglais par Hotcakes. La traduction littérale du titre est « Longer and Slower than a river », et qui pourrait signifier en français « La vie est un long fleuve tranquille ». Kawa Yori… a été réédité dans les années 90 au format bunko, en un seul volume. Tout comme Lovers’ Kiss et Sakura No Sono, Kawa Yori… s’intéresse à l’adolescence.

Le quotidien de Toshikuni Noshiro, dit Toshi, est celui d’un adolescent banal ou presque. Inscrit dans un lycée exclusivement masculin, il se rend en cours sans passion et aime traîner avec ses potes Miyuki Kubota et Akio Kanda, un peu glandeurs sur les bords et véritables obsédés toujours à l’affût d’une bonne érection. Mais Toshi vit seul avec sa soeur aînée Ikuyo, et travaille de nuit comme barman dans un établissement fréquenté par les Américains, et dans lequel se produisent des spectacles de travestis. Ikuyo, elle, y travaille comme hôtesse. L’histoire se déroule dans le Sud du Japon, sans doute à Okinawa, où des bases américaines se trouvent encore (à l’instar de Next Stop de Atsushi Kamijo). Il arrive aussi à Toshi de faire du trafic de canabis dans son lycée, et de ramener des filles japonaises aux soirées d’Américains de sa connaissance. Enfin, il a une petite amie du nom de Midori, suscitant régulièrement la jalousie de ses amis (quant à des relations sexuelles possibles!). Lire la suite « Kawa Yori mo Nagaku Yuruyaka ni »

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Four Shôjo Stories – Introduction by Matt Thorn (english)

Ceci est un texte écrit par Matt Thorn en 1996 pour l’introduction de l’anthologie Four Shôjo Stories, et que j’ai recopié à partir des scans du livre que j’ai trouvé en ligne (il est aujourd’hui complètement épuisé). Afin de l’avoir en format texte, je le recopie ici, car Matt Thorn parle un peu des mangaka dont les histoires ont été publiées, soit Moto Hagio, Keiko Nishi, et surtout Shio Sato à propos de laquelle les informations sont rares (sauf son décès en avril 2010).

Below is a text written by Matt Thorn in 1996 as an introduction for the anthology Four Shôjo Stories which is now out of print. I copied it from a scan as you can find the book on Mangafox because I wanted to read it in a text format. This text contains information about mangaka Moto Hagio, Keiko Nishi and Shio Sato especially, since there are only a few information about her (except her decease in april 2010).

Four Shôjo Stories Lire la suite « Four Shôjo Stories – Introduction by Matt Thorn (english) »

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They Were Eleven

They were eleven #4

They were eleven (« Ils étaient onze ») est une nouvelle d’environ 120 pages écrite par Moto Hagio. Le récit est publié dans le magazine Shôjo Comic de l’éditeur Shogakukan des mois de septembre à novembre 1975. Moto Hagio reçoît le prix Shogakukan en 1976 pour ce récit, ainsi que pour sa série longue Poe No Ichizoku (« Le Clan Poe »). Le récit a aussi connu une suite, et a été adapté en film d’animation en 1986 réalisé par Satoshi Dezaki et Tsuneo Tominaga. Ce film est également disponible en DVD aux Etats-Unis. They were eleven fait partie des oeuvres les plus célèbres de Moto Hagio.

Ce ne sera que 20 ans plus tard, en 1995, qu’une édition américaine voit le jour. Cela participe à cette époque, à une volonté de la part de Viz de développer certains titres shôjo dont Moto Hagio, sous la houlette de Matt Thorn, grand amateur de l’auteure. Dans les années 90 et jusqu’au début des années 2000, Viz sort certains manga au format comics (des titres de Rumiko Takahashi en particulier) et une revue avec de nombreux articles (je pense notamment à Animerica) qui s’accompagne aussi de prépublications (c’est dans cette revue que Banana Fish, également traduit par Matt Thorn, est prépublié).

Four Shôjo StoriesEn 1995, c’est en format comics backissue (floppy ou fascicules tels qu’on les voit pour les comics de super héros, il s’agit de prépublication traditionnelle) que sort They were eleven en quatre numéros. Le sens de lecture se fait de gauche à droite. Ce type de parution étant éphémère, le récit est réimprimé toujours par Viz et sous la houlette de Matt Thorn, dans l’anthologie Four Shôjo Stories. Cette anthologie contient plusieurs histoires, toutes de différentes auteures, montrant que la catégorie éditoriale est constituée de types de récits variés: Promise de Keiko Nishi, They were 11 de Moto Hagio, The Changeling de Shio Satô et Since you’ve been gone de Keiko Nishi. Le sens de lecture reste le même que dans les parutions en backissue (cela sera de même pour toute la collection Viz Graphic Novel, qui accueille également A, A’ de Moto Hagio et Love Song de Keiko Nishi).

La couverture est d’ailleurs éloquente, avec son slogan « It’s not just girls’ stuff anymore », montrant ainsi que le shôjo manga a atteint une certaine maturité et peut se lire par des adultes quelque soit leur sexe. C’est d’ailleurs une dimension intéressante des années 90 dans l’édition manga outre-atlantique: cette volonté de maturité, ce soucis d’édition à choisir soigneusement des titres, alors qu’aujourd’hui, les titres shôjo semblent être les mêmes qu’ici, soit des comédies romantiques se déroulant au lycée. Je n’ai malheureusement pas eu la chance de lire cette anthologie: elle est désormais introuvable, ou alors à prix élevé sur la Toile (elle est également disponible en scans), et pour cause: Viz n’a jamais demandé la permission à Shogakukan pour sortir cette anthologie et lorsque l’éditeur japonais l’a appris, les livres ont dû être retirés de la vente.

L‘intrigue se passe à une époque où les technologies aérospatiales sont si avancées que les populations habitent désormais des planètes différentes. Les Terriens (Terran) ne sont plus seuls et d’autres populations dotées d’intelligence ont été découvertes sur d’autres planètes. Une coalition, le gouvernement Pan-Terrien, rassemble plusieurs civilisations dont les quatre plus grandes: Terran, Saban, Lothan et Segulan. Il est donc courant de se présenter en tant que « Saban » ou autre, mais il existe encore des civilisations hors de ces systèmes-là. Les formes de vie sont donc très diverses. Au milieu de tout ça, l’Université Galactique constitue une passerelle pour propulser les personnes les plus douées à l’élite de la société. Pour y entrer, il suffit de passer un examen d’entrée ayant lieu tous les 2 ans et demi, sans aucune autre restriction (l’examen est tout de même séparé par le sexe des participants).

Il existe deux épreuves écrites avant de passer au cas pratique. Dans cette dernière épreuve, où 70% des candidats sont reçus est testée la capacité à travailler en équipe. Les candidats, par groupe de 10, doivent survivre dans un vaisseau pendant 53 jours. Si un danger les préoccupe, ils peuvent presser un bouton d’urgence afin de faire appel aux examinateurs: mais cela sonne la fin de l’épreuve pour toute l’équipe. De plus, pour réussir l’épreuve, tous les candidats doivent être vivants: si il y a un seul mort, c’est toute l’équipe qui échoue. Au moment où tous les candidats sont entrés dans le vaisseau, quelque chose cloche: ils ne sont pas 10 mais 11! Alors que chacun se présente, les soupçons sont là et tout le monde est en alerte. Mais qui est l’intrus?

They were eleven #2

They were eleven est un huis-clos qui se déroule dans un univers space opera, qui est très en vogue dans les années 70 (il suffit de voir les tenues, ou encore l’apparence du vaisseau – les chaises quoi!). La narration est très vive, très dynamique. Il n’est pas étonnant de voir, donc, qu’en seulement 120 pages, Moto Hagio parvient à raconter autant de choses. L’intrigue en elle-même est passionnante car on se pose effectivement la question de l’intrus, mais hormis ce point, les péripéties s’enchaînent et les protagonistes doivent donc faire face à toutes sortes de danger. L’ambiance du vaisseau est aussi légèrement oppressante. De plus, le mystère réside quant au personnage de Tada dont l’intuition est très aiguisé. Mais au-delà de l’intrigue déjà superbement narrée, Moto Hagio parvient à prendre le temps de développer ses personnages. Le #3 est d’ailleurs mon préféré, lorsque les personnages se mettent à discuter de tout et de rien: les légendes racontées sur les planètes respectives, les différentes manières de vivre selon le cycle des saisons, et bien des détails qu’on ne verrait pas dans un récit avec de l’action. Les conditions de vie ne sont pas les mêmes partout, et certaines planètes sont cruelles, avec une population atteignant une espérance de vie de 30 ans seulement.

Certains personnages se détachent clairement du lot et Frol en fait évidemment partie: blond aux cheveux longs et bouclés, Frol a tout de la jolie nana gentille et faible qu’on peut croiser dans tous les shôjo. L’ennui, lorsqu’on a envie de lire une oeuvre, c’est qu’on a tellement lu autour de l’œuvre en question qu’on sait tout ou presque d’elle. Et c’est bien dommage car le personnage de Frol constitue une belle surprise dans cette histoire. Par son physique très féminin, Frol se montre très misogyne et déteste qu’on le prenne pour une femme. Le tout prend une explication plus tard, mais cette haine est assez vive, Frol disant des femmes qu’elles ne sont que des êtres prenant inutilement de la place. Le tout fait de Frol un personnage au tempérament très vif et parfois colérique, mais aussi très drôle et sympathique. Car plusieurs fois, si Frol se montre avant tout comme un élément comique au début du récit, il rassemble l’équipe lorsqu’elle est divisée. Frol est cristallise le cri du cœur d’une génération de femmes qui réclame le rêve d’une égalité des sexes. En effet, la société pan-terrienne est dans l’ensemble décrite comme une société où la femme aussi bien que l’homme ont des chances de réussir, même dans les hautes instances du pouvoir.

L’autre personnage intéressant est Tada, celui à travers lequel le lecteur vit l’histoire. Personnage réfléchi et calme, il possède une intuition à toute épreuve mais est plus mystérieux qu’on ne le pense. Il attise bien des méfiances et notamment celle de King, personnage sceptique au plus haut point, mais très charismatique. Tada, avec ses cheveux noirs et son air posé, évoque graphiquement Juli, le héros du Coeur de Thomas. King a su se faire très vite un allié, Fourth, un autre Saban d’une planète voisine. Les petits groupes sont donc légion dans le récit, et lors des débats difficiles tels l’utilisation ou non des armes, les tensions remontent face à onze individualités si diverses. Un personnage que j’aime beaucoup est Nuum, celui qui est vert avec des écailles (quoique les personnes qui me connaissent dans la vie pourraient dire qu’il n’y a rien de surprenant sachant que je suis une grande fan de Piccolo de Dragon Ball). Il est doté d’une grande sagesse par sa fonction de moine et surtout par son statut de Vidmeneer. La guerre des sexes semble être un des messages cachés de l’œuvre.

Le récit est court mais se révèle très riche. Hautement divertissant et facile d’accès, il pose en plus des questions sur l’égalité des sexes et les différentes conditions de vie possibles. Le tout prône aussi la tolérance, avec une société dans laquelle des êtres très différents peuvent accéder à l’élite, la preuve de cet examen particulier sans aucune restriction. Il est donc possible, en étant talentueux, de réussir dans cette société. Enfin, le goût pour la science fiction de Moto Hagio se voit à travers les différentes civilisations, mais aussi par les technologies utilisées. L’énergie électrique est ainsi produite à partir de plantes. Moto Hagio parvient à trouver le temps pour parler de ses personnages, et même si tous ne sont pas mis en avant, chacun a finalement plus ou moins un rôle. On tombe quand même dans certains travers du shôjo: les personnages les moins beaux ont un rôle de moindre importance. Rednose, Toto, Kaka et Amazon sont clairement mis de côté. Il y a aussi Fourth qui ne sert finalement que de faire valoir à King. Enfin, je n’ai pas parlé du graphisme particulièrement réussi, et qui a très bien vieilli (les moments d’humour font quand même très Tezuka), certaines planches sont magnifiques par leur composition.

Les personnages:

They were eleven - Tada
Tadathos Lane – Tada
Terran
Planète Shibbelith
They were eleven - Frol
Frolbericheri – Frol
Aucun
Planète Vené
They were eleven - King
Baseska the Maya King
Saban
Planète Alitoska Le
They were eleven - Fourth
Dolikas Soldium IV – Fourth
Saban
Planète Alitoska La
They were eleven - Gunga
Gunigus Gagtoss – Gunga
Saban
Planète Redrayga
They were eleven - Amazon
Amazon Carnise
Terran
Planète Sushu
They were eleven - Nuum
Vidmeneer Nuum
Aucun
Planète Inudo
They were eleven - Rockhead
Gren Groff – Rockhead
Segulan
Planète Graywhite
 They were eleven - Rednose
Dorf Tusta – Rednose
Terran
Planète Peloma
They were eleven - Kaka
Chako Kaka
Terran
Planète Kwess
They were eleven - Toto
Toto Ni
Saban
Planète Mis

Titre en VO: 11人いる! (Jūichinin Iru!)

Chroniques: Mangacritic à propos de They were eleven et A, A’ avec spoilers

Instant shopping: Pour pouvoir lire They were eleven, outre les scans, il reste la solution du format comics en backissue (fascicules). Certains sites, type Mile High Comics, vendent des comics à l’unité. Il s’agit d’une solution bon marché pour ceux résidant aux États-Unis (ou dans les backs, tout simplement). C’est de cette manière que j’ai réussi à me procurer le récit. Jusqu’à 25$ d’achat, les frais de port pour l’Europe sont de 10$ (le tout se fait donc par palier). Il est donc plus qu’avantageux de regrouper plusieurs commandes et c’est ainsi que j’ai procédé: j’ai commandé 3 exemplaires de chacun des 4 numéros. Il n’y a pas d’interface type Amazon pour ce site, le tout se fait par mail: confirmation de commande, facture et mail prévenant l’acheteur de l’envoi. La facture est ce qui rassemble les comics disponibles: je n’ai finalement reçu que le #2 en 3 exemplaires… Autre information, l’histoire Promise de Keiko Nishi, présente dans l’anthologie Four Shôjo Comics, existe également sous ce format.

MAJ du 10/11/2013: They were eleven, soit Nous sommes onze, n’est plus inédit en français et se trouve dans l’anthologie Moto Hagio sortie chez Glénat le 6 novembre 2013. Je vous invite grandement à y jeter un œil pour pouvoir lire cette merveilleuse histoire. L’histoire se trouve dans le volume intitulé De la rêverie.