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Mangasochisme: Onmyôji de Reiko Okano

Aujourd’hui, nous « fêtons » les cinq ans d’anniversaire de la sortie du volume 7 de Onmyôji – Celui qui parle aux démons. Il s’agit d’un manga de Reiko Okano édité par Delcourt (époque Akata) depuis mai 2007. Reiko Okano se base sur la série de romans de Baku Yumemakura, s’inspirant du personnage historique Abe No Seimei, célèbre onmyôji (maître du yin et du yang) ayant vécu à l’époque Heian (794-1185). Au Japon, le manga sort entre 1993 et 2005 au début dans le Comic Burger (magazine seinen de Gentosha), puis ensuite dans le Comic Birz (idem) et enfin dans le Melody (magazine josei de Hakusensha où on trouve The Top Secret et Le Pavillon des Hommes) à partir de 1998. C’est un manga culte au Japon qui connaît 13 volumes reliés. Si j’en parle dans cette rubrique, cela signifie bien une chose: le volume 8 n’est toujours pas sorti, et nous n’avons aucune nouvelle quant à l’avenir de la série en France (enfin, on se doute plus ou moins de cet avenir, inutile de faire appel à un… onmyôji!).

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Le visuel du volume 8 existe déjà en VF, rageant

Onmyôji fut sûrement l’un de mes plus grands coups de cœur dans ma « carrière » de lectrice. Pourtant, au moment de sa sortie en 2007, même en ayant beaucoup aimé ma lecture, ce n’était pas encore le cas. C’est vraiment avec le temps, petit à petit, que j’ai fini par hisser ce manga parmi mes préférés. A ses débuts, je reconnais pourtant ne pas avoir soutenu le titre: j’étais encore dans une période naïve et je ne réalisais absolument pas qu’acheter un manga neuf était un acte de soutien. Ainsi, j’achetais la plupart de mes manga d’occasion (cela inclut des titres tels que les débuts de 7 Seeds, Le Cortège des cent démons, puis les débuts de Goyô). D’autant plus que dés sa sortie, Onmyôji coûtait la modique somme de 15€ pour un format identique à d’autres titres qui en coûtaient traditionnellement 10.

En réalité, je me suis surtout rabattue sur Onmyôji suite à l’arrêt du Cortège des cent démons. A cette époque, je limitais beaucoup plus mes achats et je n’avais droit qu’à un type de série en cours, la case yôkai était donc prise. J’ai commencé à acheter la série en neuf au volume 4 (ou 5?) seulement (la décennie passée, les manga d’occasion coûtaient bien moins chers et les grands formats étaient très souvent disponibles dés leur sortie… sûrement les fameux service presse). Et c’est aussi le moment où j’ai réalisé que Onmyôji était surtout un des manga préférés, un de ces manga que je remerciais le ciel de pouvoir lire en français, et surtout un de ces manga que je voulais tant lire un jour. C’est donc devenu l’un des titres les plus importants de ma collection.

A l’époque de la sortie du volume 5, je m’intéresse enfin aux histoires de vente. Et le bât blesse: certains manga cartonnent, d’autres peinent commercialement. Onmyôji fait évidemment partie du second groupe. Moins de 500 exemplaires (autour de 200? faut croire que le club est très très select, certain-e-s ont même plus d’amis Facebook…). Le tout sort de manière très sporadique, jusqu’au volume 7, mais la série est toujours en cours. Le sort est plus ou moins jeté lorsque Akata devient un éditeur indépendant en 2014, sans Dominique Véret pour défendre la série auprès de Delcourt.

Pourtant, j’y ai cru au volume 8, après avoir vu une chronique de celui-ci sur le site de Animeland, au cours de l’année 2015 (en mai de mémoire, la chronique n’ayant pas été sauvegardée par Wayback Machine). J’étais donc toute contente: le volume allait sortir dans les mois à venir. Mais quelle naïveté! Le chroniqueur a sûrement dû lire une version PDF, donc aucune garantie que la version papier ne sorte. Sur Manga News, on pouvait lire les news suivantes tout au long de l’année 2015: Onmyôji 8 pas avant 2015, Nouveau report du tome 8 d’Onmyôji, Le tome 8 d’Onmyôji repoussé à 2016. Depuis, pas de nouvelles. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir invoqué Jacques Pradel via son émission Perdu de vue, mais peut-être que je devrais plutôt essayer Témoin N°1

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Je sais, on a changé de siècle mais les habitudes ont la vie dure

Il est tout de même très regrettable de voir qu’un tel titre ne peut pas avoir une place dans un marché tel que le nôtre (on aime tant s’en vanter: le second marché mondial du manga est la France). Surtout que ce titre aurait pu avoir une exposition bien au-delà du cercle des fans de manga: j’aurais tellement aimé que la presse généraliste se penche dessus, comme elle s’est penchée sur Chiisakobé par exemple! Mais le titre est sans doute sorti un peu trop tôt, à un moment où il ne faisait pas encore si bon de parler manga ou de valider certains titres (je ne sais même plus quand Taniguchi est devenu « acceptable »). Peut-être que la communication n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui. Mais avec les fréquentations de lieux tels que le Musée Guimet, la Maison de la Culture du Japon à Paris, avec les personnes qui achètent de la littérature japonaise aux éditions Picquier, il y avait un public du Japon érudit pour se pencher sur Onmyôji… Peut-être qu’à cette époque, les années 2000, ces deux mondes avaient encore du mal à se rencontrer (et sans doute encore aujourd’hui…).

Et pendant ce temps, je dois le dire, et je l’assume, j’ai du mal à lâcher le morceau: Abe no Seimei et Hiromasa me manquent cruellement. L’ironie de tout cela, malgré un personnage principal exerçant en tant que onmyôji très puissant, la malédiction a réussi à s’emparer de la série… De mon côté, je réfléchis de plus en plus à me procurer la série entière en édition taïwanaise, malgré les doublons (les volumes ne sont plus vendus à l’unité… reste le marché de l’occasion. C’est dommage surtout quand on sait que la suite sort là-bas!). Je souhaite bon courage à celles et ceux que la série intéresserait: le volume 6 surtout est devenu très très rare. Car malgré l’absence plus que probable d’une fin en français de notre vivant, Onmyôji vaut le coup d’être lu. Il y a bien un fil rouge dans cette série, mais les histoires peuvent aussi se lire de manière indépendante.

Quand j’ai su que le FIBD 2018 se consacrait à feu Tezuka, j’ai même espéré que son fils Macoto Tezuka vienne accompagné de sa femme: Reiko Okano! Les obsessions ont la vie dure… Malheureusement, tout laisse penser que Delcourt a baissé les bras. En effet, les relances sont sans réponse: ma dernière question posée sur le forum de Mangaverse concernait à la fois RiN de Harold Sakuishi et Onmyôji, ce dernier a juste été ignoré alors qu’une réponse a été apporté pour le premier. A partir de là, j’aimerais bien que Delcourt finisse par rompre le silence en apportant une réponse, quelle qu’elle soit. Afin que tout le monde puisse passer à quelque chose en digérant la nouvelle chacun-e à sa manière, au lieu de se raccrocher à un espoir aussi mince soit-il (idem pour Panini et ses multiples séries dans le coma, spéciale dédicace à Princesse Kaguya – notons que les deux mangaka s’appellent… Reiko et officient chez le même éditeur et le même magazine aujourd’hui, ça doit signifier quelque chose ou bien je suis complotiste). D’autant plus qu’au vu du nombre de lecteurs et lectrices, cela fera autant de bruit qu’une manifestation de chats coussin…

Pour conclure, la suite Onmyôji – Tamatebako a débuté en 2010 dans le Melody (pour changer). Même cette série s’est terminée avec son septième volume (été 2017).

EDIT (17/03/2018): à propos de ma question sur Onmyôji volume 8, j’ai finalement eu une réponse sur le forum de Mangaverse. Bref, c’est donc hyper frustrant: cela signifie que depuis mai 2015 au moins (date de la chronique perdue sur Animeland), le volume 8 est dans un état végétatif…

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éditions étrangères, manga, tomoko yamshita

The Night Beyond the Tricornered Window vol. 1 (Tomoko Yamashita)

Tomoko Yamashita fait partie de ces femmes mangaka ayant débuté au milieu des années 2000. Un peu à l’instar de Fumi Yoshinaga (je les associe souvent ensemble bien que leurs histoires et leurs styles soient pourtant différents), Tomoko Yamashita a un pied dans plusieurs catégories éditoriales: elle a débuté dans le BL (et y reste encore), mais écrit aussi pour des magazines seinen et josei (ou shôjo adulte, le terme de josei faisant débat). Côté shôjo adulte, elle est plutôt coutumière du Feel Young. Elle travaille souvent sur des séries courtes ou des histoires courtes se déroulant souvent dans un univers quotidien. Je tenterai (je ne promets rien) de revenir un jour plus en détail sur la mangaka.

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The Night Beyond the Tricornered Window est une série prépubliée dans le Be x Boy (Libre Shuppan) depuis 2013. Bien que je l’ai lue en chinois (édition Tong Li Comics), la série est disponible en édition américaine chez SuBLime (uniquement en numérique, sans version papier prévue, hélas). La série est actuellement en cours (il y a 5 volumes au Japon, 4 aux Etats-Unis et 3 à Taïwan) et pour une fois, Tomoko Yamashita nous offre un BL dont l’histoire s’étale sur plusieurs volumes. Pour les curieu-x-se-s, d’autres manga de l’auteure sont disponible en version papier chez NetComics: Dining Bar Akira et Black Winged Love. Il y a aussi d’autres BL en numérique sinon.

La série s’intéresse à Mikado (qui s’écrit comme « triangle »), banal employé d’une librairie portant des lunettes. Il a un pouvoir qu’il garde secret: il peut voir les fantômes, ce qui l’effraie plus qu’autre chose au quotidien. En retirant ses lunettes, il peut distinguer les fantômes des humains car ces derniers deviennent flous à cause de sa myopie tandis que les fantômes restent très nets. La vie de Mikado change le jour où il fait la rencontre de Hiyakawa, un homme très direct qui décide aussitôt d’en faire son assistant: il travaille en effet comme exorciste et a tout de suite repéré le potentiel de Mikado. En touchant Mikado, il peut aussi bénéficier de ses pouvoirs mais aussi amplifier le sien: il projette les fantômes par sa puissance spirituelle et s’en débarrasse ainsi. Un fil rouge se tisse autour du nom d’Erika, découvert lors d’une affaire de meurtres en série.

Connaissant un peu d’autres manga de Tomoko Yamashita (par mes propres lectures ou bien par celles qui en ont parlé), j’ai été happée par le caractère fantastique de cette série. De plus, il faut dire que le fantastique, c’est un peu mon dada, surtout les fantômes et autres exorcistes! Et puis un BL fantastique, ça me change un peu aussi (les tranches de vie, du moins en France, étant plus courantes à mes yeux mais ce n’est peut-être qu’une impression?). Toujours est-il que j’ai un peu sauté dessus dés que j’ai vu le volume disponible chez Tong Li Comics, dans une langue que je comprends (au moins un peu). Je n’en parle qu’aujourd’hui car je n’ai pas compris grand chose à ma première lecture, et je n’ai relu mon volume que très récemment (une envie soudaine au milieu du volume 25 du Cortège des cent démons… va savoir).

On retrouve donc Tomoko Yamashita et sa facilité pour créer des personnages de la vie de tous les jours. Comme dans d’autres de ses récits, ses personnages ont souvent l’air en colère ou mal à l’aise ou au bord de la crise de nerfs (voire de larmes) lorsque l’on feuillette ses manga, sans faire attention à l’histoire. Mikado, homme stressé par un pouvoir qu’il n’a jamais demandé, est de cette trempe. Ce qui tranche avec le caractère direct et posé de Hiyakawa, qui parvient à le traîner dans toutes sortes d’exorcismes très déplaisants (vraiment?). J’adhère donc au duo, surtout que le tout est parsemé d’allusions sexuelles bien qu’il n’y ait aucune romance à l’horizon ni coucherie pour le moment. Le fan service est présent mais intelligemment utilisé: car pour utiliser sa technique d’exorcisme, Hiyakawa doit comme par hasard toucher ce cher Mikado (qui n’a pas trop envie, lui), de même s’il veut voir les fantômes! Le mélange de fluide permet aussi ce partage de pouvoir (hum). Mais encore mieux, chaque exorcisme pratiqué fait « beaucoup de bien » à Mikado (eh oui).

Autre chose, l’aspect fantastique est réussi, et il y a un côté un peu glauque qui se dégage de cette série à travers son fil rouge, débutant lorsqu’un membre de la police criminelle demande l’aide à Hiyakawa afin de découvrir où sont cachés les corps d’un cas de meurtres en série. Ce n’est donc pas mignon du tout, loin de là. Le fil rouge lui-même promet d’être excellent, surtout sur la fin du volume où on découvre l’identité de ce troisième personnage qui deviendra sans doute très important…

En somme, Tomoko Yamashita parvient à nous offrir une série fantastique, policière, mystérieuse, avec du fan service bien exploité, le tout avec un scénario qui s’annonce passionnant. J’ai bien fait de relire mon volume en cherchant un peu dans le dictionnaire (car la flemme est malheureusement très présente chez moi) car je décide donc de continuer cette série que j’avais laissée en pause le temps d’y comprendre quelque chose! Si le numérique ne vous dérange pas, vous savez ce qui vous reste à faire. Vu la réponse de SuBLime quant à une version papier, je ne me demande plus trop pourquoi la série n’est pas sortie en France. J’espère un jour voir au moins un de ses manga chez nous (avec tout ce qu’elle a produit, il y a pourtant du choix)…

Pour l’édition américaine: site officiel de SuBLime qui propose en lecture gratuite le premier chapitre de la série.

Pour l’édition taïwanaise: 三角窗外是黑夜/山下朋子/東立. La série (on a du bol) n’est pas interdite aux moins de 18 ans, elle est donc disponible sur les sites de vente en ligne taïwanais tels que Books.com.tw pour une réception dans un pays étranger!

A lire également: la chronique de Khursten Santos, merci à elle et Jocelyn Allen pour la découverte de Tomoko Yamashita!

bandes dessinées, manhwa

Dokebi Bride #1

Fut un temps où les éditeurs ont tous voulu se lancer dans le manga, ou plutôt dans la bande dessinée asiatique petit format, en passant par les manhwa coréens ou les manhua (que je suppose taïwanais). En 2007, Kymera Comics fait partie de ces éditeurs ayant tenté l’aventure pendant un temps bien bref au travers du label Drakosia par 4 titres: Cynical Orange et Dokebi Bride côté coréen, La Perle du Dragon et The Moon côté chinois (ou plutôt monde chinois, ne sachant pas ce qu’il en est de The Moon, dernier titre sorti en 2008 dans le catalogue de Drakosia). Si les deux titres chinois sont des one-shot, ce n’est pas le cas des titres coréens dont fait partie Dokebi Bride. Cynical Orange aura droit à 2 volumes, et Dokebi Bride s’arrêtera au volume 1. Dokebi Bride est donc un manhwa complètement passé inaperçu.

dokebi_bride_vol1 Lire la suite « Dokebi Bride #1 »

éditions étrangères, fétichisme, ichiko ima, manga

Ichiko Ima – Editions taïwanaises

Ichiko Ima est une mangaka que j’ai connue par le biais de la série Le Cortège des cent démons, premier titre sorti chez Doki-Doki. Malgré l’arrêt de la série au bout du sixième opus, je ne remercierai jamais assez Doki-Doki pour la découverte de cette auteure au style unique et à l’humour ravageur. De plus, les chapitres étant indépendants, la frustration d’une série inachevée ne se ressent pas réellement, sauf lorsqu’on voit le nombre de volumes sortis au Japon. La carrière d’Ichiko Ima se centre avant tout sur les histoires de yôkai et sur les boys love. Elle a également écrit plusieurs one-shots se déroulant tous dans un même univers de fantasy à la chinoise. Les illustrations couleurs de Ima sont extrêmement belles et restituent l’ambiance douce dont elle a le secret. Ichiko Ima se dit très influencée par Moto Hagio.

A l’intérieur, les planches ont souvent déçu ceux qui s’attendaient à la même chose qu’en couverture. J’adore ce style qui laisse souvent place à une forme de rêverie, ce trait aérien, jamais précis, et puis les compositions… Le Cortège des cent démons fait partie des titres maudits, un peu comme ceux de Park Hee Jung. Jugez plutôt: le titre s’arrête au bout de 6 volumes chez nous (sûrement le mot « démons » qui lui a porté malheur?), il est enfin annoncé aux Etats-Unis chez Aurora Publishing sous le titre Beyond Twilight sans jamais sortir, il est enfin disponible en édition numérique chez JManga qui a fermé ses portes il y a peu.

Les sinophones ont plus de chance. Car il semble que de l’autre côté de la planète, autre qu’au Japon, les titres de Ichiko Ima semblent plutôt bien marcher, à en juger du nombre de titres disponibles. En chinois, son nom est identique à son nom en japonais, soit 今市子. Voici donc, comme je l’ai déjà proposé pour d’autres mangaka, un panorama de titres disponibles sur le marché taïwanais et hongkongais, soit en chinois traditionnel. Je rappelle que Taïwan bénéficie de plusieurs gros éditeurs qui font de l’officiel, et que je ne connais absolument pas l’édition chinoise, qui semble truffée d’exemplaires pirates. J’aurais bien aimé plus de titres fantasy traduits, tels que Kishibe No UtaKumo wo Koroshita Otoko ou Kageboushitachi no Shima même si je ne les trouve pas très simples à lire avec mon niveau. Enfin, j’ai aussi rédigé un article concernant l’achat de manga en chinois. Les photos proposées (et trouvées sur les annonces Taobao) sont toutes prises d’éditions officielles (donc si vous voyez une police bizarre, un logo étrange, du deluxe alléchant, du chinois simplifié, passez votre chemin).

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Titre: 百鬼夜行抄, Titre original: 百鬼夜行抄 (Hyakki Yakoushou), Titre français: Le cortège des cent démons, Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: fantastique, série en cours avec 23 volumes sortis.

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Titre: 幻月樓奇譚, Titre original: 幻月樓奇譚 (Gengetsurou Kitan), Editeur: 尖端 (Sharp Point Press), Genre: fantastique, série en cours avec 4 volumes sortis. Il s’agit d’une série mélangeant ce que Ichiko Ima aime le plus: délires boys love et histoires de fantômes… La série est encore en cours même si le volume 3 est sorti depuis des années. Sur les sites style Books.com.tw, le volume 1 est indisponible. Les volumes semblent sortir plus que lentement: environ tous les 3 ans.

Boku no Yasashii Onii-san_ichiko_ima

Titre: 我的溫柔大哥, Titre original: 僕のやさしいお兄さん (Boku no Yasashii Onii-san), Editeur: 臺灣東販 (Tohan Comics), Genre: boys love, 4 volumes (série terminée en 5 volumes au Japon). La couverture du volume II est juste extrêmement tendancieuse avec ce personnage à quatre pattes (et puis faut voir le tout petit cul aussi)… Contrairement à ce que je pensais, et malgré la mention de frères, il s’agit encore une fois d’un manga à la Ima, avec quotidien et famille puis pas mal d’humour (lu le volume 1 seulement). Les deux « frères » n’ont pas de lien de sang. A noter que l’éditeur fait l’autruche quand on parle du volume 5 (je pense que c’est mort de mort).

Kyouka Ayakashi Hichou_ichiko_ima

Titre: 鏡花妖異秘帖, Titre original: 鏡花あやかし秘帖 (Kyouka Ayakashi Hichou), Editeur: 青文 (Ching Win), Genre: fantastique, one-shot. Adaptation d’un light novel. L’action se passe au début du XXème siècle chez un éditeur de magazine de littérature fantastique. Un peu décevant comme manga, que ce soit sur la narration ou les dessins que je trouve un poil plus fade que d’ordinaire.

Akumujou no Aruji_ichiko_ima

Titre: 惡夢城之主, Titre original: 悪夢城の主 (Akumujou no Aruji), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: fantasy, one-shot.

Touzoku no Mizusashi_ichiko_ima

Titre: 盜賊的神奇水壺, Titre original: 盗賊の水さし(Touzoku no Mizusashi), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: fantasy, one-shot.

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Titre: B級美食俱樂部, Titre original: B級グルメ倶楽部 (B Kyuu Gourmet Club), Editeur: 尖端 (Sharp Point Press), Genre: boys love, série en cours avec 2 volumes sortis  (4 au Japon). [EDIT du 01/08/2014] Il semble que les négociations entre SSP et l’éditeur japonais soient bloqués. Les volumes suivants ne sont donc toujours pas prévus à ce jour. Je rappelle que le volume 2 est sorti chez SSP en 2007…

您好,請問貴出版社還會繼續出今市子《B級美食俱樂部》的3、4嗎?

如果會,大約什麼時候出呢?
這系列很好看
不過等了好久…..
您好:這系列有點久小編確認了一下,因為和日方的合約問題,非常抱歉目前仍無法出版,也謝謝你耐心的等待。

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Titre: 不笑的人魚, Titre original: 笑わない人魚 (Warawanai Ningyo), Editeur: 臺灣東販 (Tohan Comics), Genre: boys love, one-shot. Il s’agit d’un recueil d’histoires courtes. Il existe une réédition avec une couverture et un titre différents. A cause de son titre « Une sirène qui ne sourit pas » et de sa couverture j’ai cru à un titre fantastique…

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Titre: 水面上的人魚, Titre original: 笑わない人魚 (Warawanai Ningyo), Editeur: 長鴻 (Ever Glory Publishing), Genre: boys love, one-shot. Il s’agit de la réédition de 不笑的人魚.

Rakuen_Made_Ato_Mou_Chotto_ichiko_ima

Titre: 樂園在身邊, Titre original: 楽園まであともうちょっと (Rakuen Made Ato Mou Chotto), Editeur: 尖端 (Sharp Point Press), Genre: boys love, série terminée en 3 volumes. Il s’agit d’un spin off de Warawanai Ningyo dans lequel on retrouve le couple de la troisième histoire.

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Titre: 愛情遊戲, Titre original: Game, Editeur: 尖端 (Sharp Point Press), Genre: boys love, one-shot. Indisponible. Un manga qui ne me faisait absolument pas envie et qui m’a au final beaucoup plu! Ca débute mal avec des histoires de kidnapping mais on suit les personnages dans leur évolution. Une chronique ici!

Yoru to Hoshi no Mukou_ichiko_ima

Titre: 星夜奇譚, Titre original: 夜と星のむこう (Yoru to Hoshi no Mukou), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: fantastique, série en cours avec 1 volume sorti (en pause depuis 2008). Il s’agit d’un des rares travaux ciblant un public adolescent masculin, la série a été prépubliée dans le King Ours, même magazine dans lequel on trouve Samidare.

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Titre: 萌的死角, Titre original: 萌えの死角 (Moe No Shikaku), Editeur: 長鴻 (Ever Glory Publishing), Genre: essai sur le moe dans le boys love, série terminée en 3 volumes (seul 1 volumes sorti en chinois). Chronique de Roshieru sur Quatre Saisons. Indisponible.

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Titre: 相愛太早, Titre original: いとこ同士 (Itoko Doushi), Editeur: 尖端 (Sharp Point Press), Genre: boys love, one-shot.

Kotou no Himegimi_ichiko_ima

Titre: 孤島的公主, Titre original: 孤島の姫君 (Kotou no Himegimi), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: fantastique, one-shot. Indisponible.

Natsukashii Hana no Omoide_ichiko_ima

Titre: 花的記憶, Titre original: 懐かしい花の思い出 (Natsukashii Hana no Omoide), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: fantastique, one-shot. Indisponible.

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Titre: 成人問題, Titre original: 大人の問題 (Otona No Mondai), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: boys love, one-shot. Indisponible. Et pourtant indispensable. Un boys love vraiment pas comme les autres, avec une très forte présence de la famille, de personnes hétérosexuelles, et beaucoup d’humour. Le héros que l’on suit est hétérosexuel, à la fac, a très peur de « finir homo » comme son père qui annonce (comme une fleur) qu’il est sur le point d’épouser un homme aussi jeune que sa progéniture! Chronique chez yowlingyaoi.

Suna no Ue no Rakuen_ichiko_ima

Titre: 砂上的樂園, Titre original: 砂の上の楽園 (Suna no Ue no Rakuen), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: fantastique, one-shot. Chronique de Ialda sur Shokushu-no-daifukkatsu.

Ashinaga Ojisantachi no Yukue_ichiko_ima

Titre: 沉浸在彼方的幸福, Titre original: あしながおじさん達の行方 (Ashinaga Ojisantachi no Yukue), Editeur: 大然 (Daran), Genre: boys love, série terminée en 2 volumes. Edition épuisée, l’éditeur n’existant plus (toujours vérifier que le nom de l’éditeur correspond pour un achat Taobao!). Chronique: oui

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Titre: 五箱物語, Titre original: 五つの箱の物語 (Itsutsu no Hako no Monogatari), Editeur: 晶采 (Crystal Comics), Genre: boys love.

[EDIT du 01/08/2014: Nouvelle sortie à Taïwan!]

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Titre: 旅人之樹, Titre original: 旅人の樹 (Tabibito No Ki), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: fantasy et fantastique, one-shot.

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Titre:影法師之島, Titre original: 影法師たちの島 (Kageboushitachi no Shima), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: fantasy et fantastique, one-shot.

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Titre: 流浪漢上班族, Titre original: ホームレス・サラリーマン (Homeless Salaryman), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), Genre: BL, 1 volume sorti (depuis décembre 2014).

éditions étrangères, manga, sinophilie

Karin

« L’enfer, c’est les autres » disait Jean-Paul Sartre. Pour moi, c’est un certain Ialda, source de mon obsession pour un shôjo des années 90: Karin (火輪) de Masumi Kawasou (河惣益巳). Grande déception en lisant l’article car ce genre de titre a peu de chance de sortir en France vu son style graphique très ancré dans les années 70 et son univers chinois (le Japon ça vend quand même mieux). Surtout, Kawasou ne jouit pas de la même  réputation que Moto Hagio ou Keiko Takemiya. Bien qu’elle soit l’auteure de nombreux manga, aucun ne semble connu en Occident (je vous invite à lire l’article de xkazemg pour en savoir plus). Karin est prépubliée de 1992 à 1997 dans le magazine de Hakusensha Hana To Yume (Angel Sanctuary, Please Save My Earth) et s’étend sur 17 volumes. Sa dernière série en date, Kuro Tsubaki, est prépubliée dans le Melody (OnmyôjiLe Pavillon des Hommes et The Top Secret, des séries à lire absolument, cela va de soi), toujours chez Hakusensha, avec des protagonistes tels que geisha et acteurs de kabuki. A propos de Karin, je vous invite également à lire la chronique de Aesthetiscm (ou plutôt ses archives), surtout que celle-ci est couplée à Hi Izuru Tokoro No Tenshi de Ryoko Yamagishi. Enfin, Kawasou est née en 1959, et a débuté sa carrière dans les années 80 (la même génération que Fuyumi Soryo, Saki Hiwatari et Akimi Yoshida).

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Pour bien comprendre ma frustration, il faut savoir que je suis une grande amatrice de Hôshin – L’Investiture des dieux de Ryû Fujisaki, et que je suis très sensible aux univers chinois (fictifs ou historiques) créés par des artistes japonais. Dernièrement, j’ai débuté La Fleur millénaire, j’ai regardé une saison de Saiunkoku Monogatari même si je n’aime pas la couleur rose, j’adore évidemment l’anime des Douze Royaumes, j’ai acheté Qwan de Aki Shimizu, je me suis jadis penchée sur Saiyuki de Minekura (bien que j’aie lâché l’affaire), j’en veux toujours aux romances à l’eau de rose de Fushigi Yûgi de Yuu Watase et je vais expier mes fautes en achetant prochainement tous les manga de Natsuki Sumeragi sortis chez Akata (mais j’en ai lu pas mal, en bibliothèque, ça compte?). Quand j’apprends l’existence d’un shôjo des années 90 plutôt long, s’inspirant de L’investiture des Dieux de Xu Zhonglin, avec de jolis costumes à gogo, de nombreux personnages (dont certains proviennent de la mythologie chinoise) et une intrigue tordue, je ne peux que m’y intéresser et me désespérer de ne pas pouvoir le lire en français (et même pas en scans en anglais).

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Le Prince Shou assassine son frère Ying avec le Sabre du Roi Dragon

Les années 90, c’était l’époque des longs shôjo fantastiques ou d’aventure, avec des personnages à foison, époque qui a vu naître des titres tels que Angel Sanctuary, X, Basara, Princesse Kaguya (volume 16 en avril, n’oubliez pas!), et j’en passe, époque certes révolue mais qui me manque aujourd’hui, depuis que les shôjo de romance au lycée sont arrivés en masse. Malgré l’intrigue compliquée et les personnages nombreux, j’ai ravalé mon désespoir et reporté celui-ci en cherchant un peu: la solution ultime fut de le lire en chinois, surtout après avoir trouvé des scans, signifiant l’existence d’une édition taïwanaise. Pour les sinophiles, Karin est édité par Daran (大然出版社) qui a aujourd’hui disparu (mes Karakuri Circus dépareillés le savent bien), de même que de nombreux manga de Kawasou (sauf Kuro Tsubaki à mon grand regret). D’ailleurs, si vous trouvez des éditions chinoises deluxe (avec coffrets et tout), méfiance (la seule édition officielle que je connaisse étant la basique, celle qui est jaune et moche)… Enfin, j’utiliserai les retranscriptions chinoises pour les noms propres (pour une fois, pas besoin de se faire chier soucier à trouver les noms japonais).

Li An, notre héros
Li An, notre héros

L’intrigue (sans spoiler) se penche sur une Chine antique fictive, durant la dynastie Hua. Le point de départ de la série est la disparition du Sabre du Roi Dragon qui appartient à Ao Guang, le Roi Dragon des Mers de l’Est, alors qu’il est supposé se trouver au Mont Sheng Long, un endroit réservé au Monde Céleste et Immortels (un kekkai). Tout ceci est bien embarrassant et surtout intriguant, lorsque Bai Ling découvre que le Sabre se trouve au Palais impérial, dans le monde des Humains. Pourquoi et comment le Sabre a-t-il atterri au milieu des humains, alors même qu’ils ne peuvent pénétrer un kekkai? C’est ce que va devoir découvrir Lang Li An, notre jeune héros, aux origines bien mystérieuses. Car voilà le problème: les Divinités et Immortels ne doivent pas interférer aux affaires du monde Humain, et Li An est le seul humain à la portée de Bai Ling. Li An est un orphelin que Bai Ling a recueilli et élevé au Mont Sheng Long, il ne connaît donc rien du monde humain, mais complètement dévoué à sa mère adoptive, Li An décide de se pencher sur l’affaire en se faisant passer pour un étudiant.

Li An est parfois une héroïne
Li An est parfois une héroïne

Cela l’emmène donc au Palais Impérial, où se trouve un Empereur compétent qui a quatre fils: le premier (Beth?) est très malade depuis toujours, le second (Ying) travaille comme son Ministre est tout indiqué pour la succession, le troisième (Shou) est officier de l’armée, et le dernier () est encore étudiant mais déjà très prometteur (et doté d’un physique de rêve, plus féminin que masculin). Li An découvre vite que le Sabre se trouve dans les mains de Shou, qui aime beaucoup les combats au corps à corps, surtout avec un autre officier, Lei. Alors que Li An se trouve au Palais, il assiste au terrible drame: Shou, armé du Sabre, décide d’assassiner aux yeux de tous son père et ses deux frères aînés, et prend très vite le poste d’Empereur. Il s’avère que c’est Lü, son petit frère, qui a manipulé son monde, en mettant dans les mains de Shou le Sabre du Roi Dragon, se servant de l’ambition de ce dernier, grâce à son homme de main et amant Lei. Seulement, Shou s’avère être un militaire plus qu’un homme doté des qualités de souverain, ce que Lü sait. Car ce prince, en plaçant Shou sur le trône, cherche à mettre fin à une ère de paix pour obtenir une ère de chaos, partant du principe que la Terre étant un miroir au Ciel, le désordre y régnera alors. L’Empereur Shou (marionnette du Prince et Ministre Lü) décide alors de mener des campagnes de guerre contre les pays du Nord (Xiang), du Sud (Zhu), de l’Ouest (Dan) et de l’Est (Bi), provoquant la rebellion des rois respectifs qui décident de destituer l’Empereur, celui-ci ne méritant pas le mandat du ciel (Lü est tout sourire).

Yang Jian, l'ami de Li An et bel immortel
Yang Jian, l’ami de Li An et bel immortel

En parallèle à tout cela, on suit notre héros Li An, dont le but est un poil moins noble, mais très respectueux d’un certain amour filial si cher à la culture chinoise. Bai Ling, alors au Mont Sheng Long lors du triple assassinat commis par l’ex-Prince Shou a retrouvé sa forme originelle de Perle, ne supportant pas le sang versé par le Sabre. Car Bai Ling est en réalité l’une des Trois Perles ornant le Sabre du Roi Dragon (le trésor des Mers, au passage) devenue Immortelle suite à l’exposition depuis des millénaires (?) à la lumière céleste, de même que ses deux sœurs. Les Trois Perles sont: Bai Ling (la Perle Blanche), Hei Shao (la Perle Noire, que Li An découvre entre les mains du Prince Lü) et Yu Hua (la Perle Dorée). Lorsque Li An revient au Mont Sheng Long, il ne retrouve qu’Ao Guang lui annonçant la triste nouvelle. Car il faudra sans doute des siècles voire plus de temps pour Bai Ling afin de retrouver une forme humaine. Li An, simple humain, est alors désespéré, ne pouvant vivre assez longtemps pour revoir la personne la plus importante de sa vie: sa môman. Il décide donc de récupérer le Sabre du Roi Dragon et de devenir Immortel afin de revoir Bai Ling lorsqu’elle reprendra forme humaine. Li An se lie aussi d’amitié avec un immortel qu’il considère comme son maître: Yang Jian. Tout ceci est l’occasion pour le jeune homme d’aller vers l’aventure et de grandir, d’en apprendre plus sur lui et sur le monde. Fin du synopsis (il était temps)

L'Empereur du Ciel et son troisième oeil
L’Empereur du Ciel et son troisième œil

Je suis désolée pour ce long synopsis mais je ne voyais pas trop comment résumer tout ça autrement. L’univers du manga est particulièrement foisonnant, et je n’ai même pas parlé de tous les personnages! Car il faut se le dire, cette série est démesurée, tout simplement la plus over the top (comme le film sur le bras de fer écrit par Stallone) qu’il m’a été donné de lire. Si vous cherchez une série avec des excès de partout, vous avez frappé à la bonne porte. Excès déjà par son nombre même de personnages (et puis leurs titres et leurs fonctions!), par le nombre de tragédies et sous-intrigues, par le nombre de révélations (au moins une par volume!), par l’expression d’étonnement des personnages (presque un étonnement par page, à la Riyoko Ikeda, on pourrait en faire un tumblr!), par le nombre de tenues différentes, par les tenues elles-mêmes, abominablement difficiles à porter, par les cheveux toujours super longs (sauf le chauve, échappé de Sabu et Ichi), par les changements de sexes fréquents, par les possibilités d’histoires d’amour (boys love, hétéro, bi, trans, inceste, différence d’âge – en même temps chez les immortels…), par l’intrigue principale mêlant Terre et Ciel, et puis surtout, par la notion de temps (chez les immortels, ça ne compte pas! On peut alors voir des flashbacks genre « je me souviens il y a 1000 ans, … » mais évidemment). Celui ou celle qui cherche la sobriété a décidément cogné à la mauvaise porte, tant les planches sont chargées, mais extrêmement belles grâce aux détails sur les tenues, aux coupes de cheveux, et tout cela a même un côté vieux shôjo qui ne me déplaît clairement pas. Les amatrices – et amateurs – de boys love seront comblé(e)s avec les différentes histoires d’amour (et de coucherie…), et même une scène de tentative de viol récurrente (et comique).

Ao Guand, véritable sex symbol de la série, avec Dai Wang du pays de Bi
Ao Guang, véritable sex symbol de la série, en compagnie de Dai Wang du pays de Bi
Les trois généraux Dragon
Les trois généraux Dragon: Yin, Hong et Zao (Ichi)

Et malgré tous ces excès, et c’est là la force de Masumi Kawasou, on y croit et on entre totalement dans le délire. La narration est accrocheuse et rappelle en effet les shôjo des années 70, avec les personnages qui s’étonnent pour un oui pour un non, ce qui finalement est drôle avec un certain recul, mais m’a aussi étonnée en pleine lecture, car j’étais totalement à fond, portée par l’histoire du manga (alors qu’il faut bien l’avouer, on n’arrête pas d’aller plus loin: le fameux Troisième Oeil, symbole de l’Empereur du Ciel qu’on retrouve chez plein de personnages au final, ou encore les changements de sexes de Lü qui s’étendent aussi à d’autres, le syndrome des super saiyan dans Dragon Ball?). C’est simple, alors qu’on vient de se remettre d’une révélation, une autre surgit d’un coup, et ceci jusqu’à la fin. La narration et les personnages, même nombreux, constituent les points forts de Karin, en plus d’un décor particulièrement immersif (me concernant) et d’une mythologie chinoise dans laquelle Kawasou puise ses idées.

Le Lac Yao où est célébré le banquet dans lequel on déguste des Pêches d’Immortalité

Côté mythologie chinoise, on y trouve de tout: l’Empereur de Jade, le célèbre immortel Yang Jian (celui qui se la joue beau gosse dans Hôshin et qui aime se transformer en Daji…), le Roi Dragon des Mers de l’Est Ao Guang, La Grand-Mère de l’Ouest, Le Roi de l’Est, la Princesse Long Ji (qu’on a vue sous le nom de Gong Zhu – qui signifie « princesse » – dans Hôshin), les différents endroits (Palais de Cristal sous la mer, Palais de l’Empereur de Jade, le Mont Peng Lai et son Lac Yao où sont organisés des garden party avec dégustation de pêches d’immortalité), les nuages magiques (des moyens de locomotion pratiques), les Divinités des quatre points cardinaux (qu’on connaît sous les noms japonais Suzaku, Byakkô, Seiryu et Genbu, merci Yuu Watase) et certaines bestioles de la mythologie chinoise sont aussi visibles (dragon, phénix, tortue, tigre blanc, qilin). Mais tout ceci constitue un véritable foutoir, car Kawasou a inventé tout un tas de personnages fictifs, mais aussi fusionné certaines fonctions (le Roi Dragon des Mers de l’Est est aussi Seiryu, ce qui n’est pas le cas dans la mythologie chinoise, Suzaku n’est pas un phénix mais un oiseau qui commande les autres, mais la confusion est très fréquente).

Yu Hua (la Perle Dorée) et Dai Wang de Bi (futur Empereur désigné pour ses qualités)
Yu Hua (la Perle Dorée) et Dai Wang de Bi (futur Empereur désigné pour ses qualités)

L’intrigue principale ressemble beaucoup à celle de L’investiture des dieux, à savoir la fin d’une dynastie représentée par un empereur qui ne mérite pas sa place. Et d’autant plus l’Empereur Shou, vu la manière à laquelle il obtient le trône. C’est donc cette idée d’une dynastie qui doit finalement être remplacée, pour donner un règne plus juste. Cette partie concerne plutôt les humains, et on y voit donc des champs de batailles, avec une rébellion qui s’organise et un futur empereur à mettre sur le trône. Mais le tout est lié aux immortels et leurs sous-intrigues, qu’on découvre petit à petit, avec évidemment révélation à chaque page. Les flashbacks sont donc très fréquents (on reconnaît ces moments grâce aux contours des cases) et remontent souvent loin: parfois à 300 ans, parfois 600 ans, ou encore 1000 ans (tant qu’on y est…), et c’est vraiment tout au long de la série qu’on découvre les relations entre les immortels, les rancœurs du passé, les objectifs de chacun, les jalousies. Les relations entre les personnages sont parfois complexes, profondément ancrées sur la durée, les sentiments étant entremêlés parfois entre le pardon, la haine, l’amour, il n’y a donc pas vraiment de méchant lorsqu’on y réfléchit bien à la fin.

Kai l'Empereur du Ciel et Ao Guang, le Roi Dragon des Mers de l'Est (et Seiryu)
Kai l’Empereur du Ciel et Ao Guang, le Roi Dragon des Mers de l’Est (et Seiryu)
Papouilles fréquentes entre Lü et Lei
Papouilles fréquentes entre Lü et Lei
Yang Jian et Long Ji le couple hyper classe
Yang Jian et Long Ji le couple hyper classe

Au milieu de toutes ces magouilles, on a Li An, personnage dont on sait peu de choses, qui sait lui-même peu de chose, seul personnage foncièrement gentil et incroyablement naïf de la série (ou presque), car tout le monde complote au moins un truc ou deux. Surtout Yang Jian, incroyablement charismatique (très populaire auprès des femmes, sa beauté n’était donc pas qu’un délire de Ryu Fujisaki), cache bien des choses, et on ne sait jamais vraiment ce qu’il trame. Le Prince Lü (non pas de mauvaises blagues sur les gâteaux…) est doté d’un charme voluptueux et surtout mystérieux, on ne sait jamais, avec ses changements fréquents de sexe, s’il s’agit d’une femme ou d’un homme. D’ailleurs, je pense que c’est lui qui gagne le palmarès de scènes de coucheries ou de seins à l’air. Ah oui, j’aurais dû le dire plus tôt: la série regorge de femmes nues dotées d’attributs généreux (et je dois vous dire que Kawasou dessine superbement les tétons en plus…), il y a souvent des scènes au lit, bref, on est dans un manga avec des personnages adultes qui font un peu ce qu’ils veulent de leurs fesses. Mis à part Li An (et la craintive, douce et faible Bai Ling), je n’ai pas vu de « cruches » abonnées aux shôjo ni de pathos.

Hu Xun (Byakkô) cherchera à profiter de Li An, qu'il soit en fille ou garçon
Hu Xun (Byakkô) cherchera à profiter de Li An, qu’il soit en fille ou garçon
Byakko en profite encore!
Byakko en profite encore!

La comparaison de Ialda avec le shôjo Angel Sanctuary n’est donc pas volée, à ceci près qu’avec les délires taoïstes, Karin s’avère encore plus ardu à comprendre. Les personnages sont charismatiques, beaux, mais aussi très forts, dotés d’une certaine volonté, chacun agissant pour accomplir ses objectifs, parfois cruels, ce sont des figures assez marquantes au final. Le dépaysement est total, et on se prend vite au jeu, grâce aux talents de narration, de dessin (à condition de s’habituer au style) et de mise en scène de Masumi Kawasou. On ne sait jamais vraiment trop à quoi s’attendre dans cette série, la narration n’étant pas linéaire, composée de sous-intrigues et de flashbacks à gogo, c’est donc complètement imprévisible. Au final, on suit surtout l’apprentissage de Li An à la vie. Moi qui étais en manque de shôjo fantastique avec de l’aventure dans le style des années 90, j’ai été comblée et je dois dire que j’ai donc adoré Karin. Sûrement pas un indispensable de la culture shôjo, mais un indispensable pour tout amateur d’immortels chinois qui complotent de partout. Et vu que la série n’est pas historiquement culte, qu’elle n’est pas assez vintage (malgré son dessin), et que l’auteure n’est pas si connue, les chances de voir ce titre traduit en français semblent minces… Tout cela m’a donné envie de relire Hôshin.

Les Trois Perles du Sabre du Roi Dragon
Les Trois Perles du Sabre du Roi Dragon

J’allais oublier: le titre signifie « Cercle de feu », je me suis demandée si cela faisait référence aux baobei de Nezha, ou encore, s’il s’agissait d’une image pour le personnage de Suzaku (qui représente le feu, et qui est un phénix pouvant se regénérer de ses flammes dans la série, personnage qui revient pour « boucler la boucle »). La réponse se trouve dans le dernier petit mot de l’auteure: il s’agit du soleil, c’était tout bête: une boule de feu quoi… Enfin, j’aime beaucoup les petits mots de Kawasou, on apprend ainsi que comme le pays de Bi se trouve à l’Est, elle a voulu lui donner des côtés très japonais. Le pays de Dan, à l’Ouest, ressemble beaucoup à un pays arabe des Mille et Une Nuits (et ses habitants ont une apparence de l’Ouest: cheveux clairs, yeux clairs). Dans un de ses mots aux lectrices (et lecteurs), Kawasou parlant de son inspiration pour Karin de L’investiture des Dieux, considéré comme l’un des quatre plus grands romans chinois aux côtés des Trois Royaumes, Au Bord de l’eau et Le Voyage en Occident, ce qui est réfuté par la traductrice taïwanaise qui enlève L’investiture des Dieux de la liste, citant à la place Fleur en Fiole d’Or. En effet, il se trouve que L’investiture des Dieux, par le succès de sa traduction japonaise, est considéré à tort comme l’un des quatre plus grands romans chinois par les mangaka (j’ai lu la même erreur dans les bonus de l’édition française de Hôshin). Ce qui est curieux, c’est de voir Fleur en Fiole d’Or dans cette correction, mais pas Le Rêve dans le Pavillon rouge, véritable fleuron de la littérature chinoise.

Xing Sha du pays de Bi, inspiré du Japon, portant un somptueux kimono comme sait si bien les faire Kawasou
Xing Sha du pays de Bi, inspiré du Japon, portant un somptueux kimono comme sait si bien les faire Kawasou
Qui a dit que c'était chargé?
Qui a parlé de planches chargées?
Li An et Xing Sha dans de somptueuses tenues du pays de Bi (très japonaises)
Li An et Xing Sha dans de somptueuses tenues du pays de Bi (très japonaises)
Dai Wang sur son cheval (non mais vous avez vu ses yeux?!)
Dai Wang sur son cheval (non mais vous avez vu ses yeux?!)
Yu Hua et Byakkô
Yu Hua et Byakkô
chroniques, manga

Darren Shan

Darren Shan est une saga de 12 romans sortie de l’imagination de Darren Shan. Cette série de romans visant un public ado est un best-seller et se déroule dans l’univers des vampires. Je n’ai pas lu le roman, mais son adaptation en manga par Takahiro Arai (新井隆広) qui signe ici son premier manga (il est depuis sur sa propre série intitulée Arago, qui sort chez Pika). Une adaptation filmique reprenant les trois premiers romans a également vu le jour, sans suite, faute de succès. L’adaptation manga comporte aussi 12 volumes, chacun d’eux correspondant à un roman. Darren Shan (ダレン・シャン) a été prépublié dans le Shônen Sunday de Shogakukan de 2006 à 2009. L’édition française est assurée par Pika, la série est également licenciée aux Etats-Unis et au Royaume Uni, où elle porte le titre de Cirque du Freak.

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