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La Nuit des temps (René Barjavel) (SPOILERS)

Je préviens d’emblée. Cet billet n’est aucunement ce qu’on appelle une chronique ou une critique. J’ai lu très récemment La Nuit des temps de Barjavel et il fallait que ça sorte. C’est donc plutôt un billet coup de gueule. Surtout ne pas lire ces lignes si vous avez envie un jour de vous lancer dans La Nuit des temps. De nature, je suis plutôt une personne qui aime beaucoup râler. Je sais que ce qui prédomine est plutôt la pensée « positive » (parler de ce que l’on aime) dans la blogosphère, mais j’ai souvent besoin « d’en parler » comme on dit, lorsque l’agacement est monté suffisamment haut.

Alors pourquoi ai-je été au bout de ma lecture? Je ne sais pas. Probablement parce que j’ai souvent envie de terminer une histoire (d’où mes mangasochismes, je ne sais pas lâcher l’affaire), mais surtout parce que dans les bons points, le livre est vraiment facile à lire. C’est fluide, il n’y a vraiment aucune difficulté dans le style de Barjavel. Ça se lit donc très bien et très vite.

nuitdestemps

Pour le topo, La Nuit des temps est un roman de SF français écrit peu avant 1968. Au départ, le roman était le scénario d’un film devant être réalisé par André Cayette, un gros film avec un gros budget qui aurait dû être notre 2001: L’Odyssée de l’espace national. Finalement, le film n’a jamais vu le jour et Barjavel transforma son scénario en roman. Le roman est devenu tellement culte qu’il est même lu au collège (ça n’a pas été mon cas). J’en avais beaucoup entendu parler et il figurait dans les romans que je voulais lire un jour. L’ayant reçu pour mes 35 ans (en 2017…) l’occasion s’est pour ainsi dire présentée.

La Nuit des temps débute par une expédition française en Antarctique. Les scientifiques découvrent qu’un faible signal est envoyé par-dessous la glace, laissant donc penser à une trace de civilisation. La découverte est énorme: deux humains (un homme et une femme) en état d’hibernation provenant d’il y a 900 000 ans, et dont la civilisation a l’air bien plus avancée que la notre. L’expédition devient ainsi internationale, et ce malgré la Guerre Froide menaçant de faire péter notre belle planète (en fait, pas besoin de guerre car nous la pétons à petit feu en ce moment-même…). Au cours de l’histoire, Eléa est réanimée et on apprend par elle à quoi ressemblait la société de Gondawa. Simon, un médecin (et le point de vue à travers lequel l’histoire est racontée) tombe éperdument amoureux d’Eléa.

Le tout démarrait pourtant bien avec une expédition en Antarctique, et puis un côté international. Le côté soixante-huitard est évidemment renforcé avec cette coalition de scientifiques unis malgré les tensions politiques de leurs pays respectifs. Première chose à dire: il y a BEAUCOUP de personnages, car Barjavel met en avant le fait que chacun ne vient pas du même pays. Les personnage sont à peine présentés, la plupart du temps, je ne sais même plus qui est spécialisé dans quoi. Cela rend les personnages hyper creux et clichés, les réduisant surtout à: lui c’est l’Américain (Hoover), elle la Russe (Léonova), lui le Japonais (qui s’appelle Ho-Toï, mais c’est QUOI ce nom?), le Turc (Lukos, d’ailleurs c’est plutôt un nom grec non?), Shanga est Africain (oui, c’est tout) et ainsi de suite. La vision des personnes venant de chaque pays est évidemment cliché. Hoover est un gros porc très lourd avec les femmes, Léonova est une belle femme brune et toute mince (il y a bien d’autres femmes dans le tas de scientifiques mais on ne parlera que d’elle, au moins je sais qu’elle est anthropologue)… et puis il y a les Français. On sent le côté scénario d’un film: dans un film on peut montrer des personnages secondaires en masse, sans les présenter. Mais dans un roman, ça passe un peu mal. Dans le cas présent, j’ai trouvé les personnages vraiment creux, pas humains, j’ai eu beaucoup de mal pour ça.

Le point qui m’a évidemment le plus agacée est le sexisme (probablement involontaire de la part de Barjavel). Alors là, c’est un festival de clichés. L’anthropologue russe est uniquement décrite à travers sa beauté. On ne saura jamais grand chose à propos de son intelligence ni de son travail: elle est anthropologue, mais je ne sais même plus si elle apporte quelque chose à l’équipe à travers son SAVOIR et ses COMPÉTENCES. Chaque fois qu’on la voit c’est pour des scènes de drague lourde avec Hoover (l’Américain). En fait, quand un homme se comporte ainsi avec une femme, c’est parce qu’il l’aime. J’ai presque envie de parler de harcèlement. Le pire dans l’affaire est qu’elle finit évidemment avec à la fin de l’histoire. En fait, elle est là uniquement en tant que « love interest » symbolique (c’est beau l’amour entre un Américain et une Soviétique) et j’ai plus d’une fois levé les yeux au ciel.

– « Il », quoi « il »? Quel est ce métal? demanda Léonova énervée.

Hoover était un géant roux ventru et débonnaire, aux mouvements lents. Léonova était mince et brune, nerveuse. C’était la plus jolie femme de l’expédition. Hoover la regarda en souriant.

– Quoi! Vous ne l’avez pas reconnu? Vous, une femme?… C’est de l’or!…

Côté sexisme, Léonova n’était pas le pire, hélas. Le tout commençait bien avec l’expédition (quoique le TOUT début du livre, avec les lamentations de Simon – les chapitres en italiques – auguraient du pire), jusqu’au réveil de Eléa. Et là, c’est le drame comme on dit. Car Eléa est juste la PERFECTION de la tête au bout des ongles de pieds. C’est simple, on ne saura qu’une chose d’elle: Eléa est BELLE. Il faut dire que les descriptions physiques l’accompagneront quasiment à chaque apparition car nous suivons l’histoire (hélas) des yeux de Simon, l’amoureux éperdu. Le pire dans tout cela, c’est qu’on ne saura jamais vraiment pourquoi il est amoureux, du moins si: elle est BELLE, car il ne la connaît même pas à ce moment-là (plus tard si, lorsqu’elle lui montre ce qu’elle a vécu). Vous avez bien lu, une femme se résume donc à son physique! L’autre point qui la rend si séduisante est évidemment sa tristesse. Elle inspire une forme de compassion. De plus, elle est seule dans cette civilisation inconnue, arrachée à son époque, et n’a comme soutien moral que Simon. Ce personnage d’Eléa est tellement parfait qu’il ne suscite rien, au pire (dans mon cas) un agacement. Je crois que dés son réveil, j’ai eu encore plus de mal avec ce roman et que mes yeux se levant vers le ciel se sont faits de plus en plus fréquents! Quasiment chaque fois que Barjavel parlera d’elle, il y aura toujours une allusion à un oiseau ou à une fleur. Le champ lexical m’a achevée. Avant le réveil d’Eléa, il y a tout un passage avec les arguments des uns et des autres pour le choix de réveiller la femme ou bien l’homme. Certains arguments pèsent leur pesant de cacahuètes: l’homme a un cerveau plus lourd donc plus intelligent (souvent un argument venant d’un scientifique d’un pays du tiers-monde), la femme est plus belle et les femmes d’abord (le côté gentleman des pays dits développés…). Dans la civilisation Gonda, les femmes et les hommes ont chacun leur propre langue (on croirait que les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars, mais en fait, ce sont les Africains qui viennent de Mars dans ce roman…).

[…] On l’avait laissée nue. Son buste amaigri, ses seins légers tournés vers le ciel étaient d’une beauté presque spirituelle, naturelle.

Gros plan du visage d’Eléa. De ses yeux. Lanson ne pouvait s’en détacher. Toujours l’une ou l’autre de ses caméras obéissant à ses impulsions à demi inconscientes, revenait se fixer sur l’insondable nuit de ses yeux d’outre-temps.[…]

La main d’Eléa se posa au sommet de la sphère. Simon la guida comme un oiseau[…].

En hurlant le nom, elle se dressa sur son lit, nue, sauvage, superbe, tendue comme une bête chassée à mort.

[Dans la famille Vignont qui suit l’expédition à la TV:] Il n’en dit pas plus. Il pense à Eléa toute nue. Il en rêve la nuit, et quand il ne dort pas, c’est pire.

La dernière image qu’il reçut fut celle de la main d’Eléa, belle comme une fleur, ouverte comme un oiseau, […]

Les scènes d’amour ou de sexe sont hyper lyriques, cliché. Clairement, le sommet est atteint ici, lorsque Eléa et Païkan font l’amour. Je crois que ça se passe de commentaires. Le couple « tragique » formé par Eléa et Païkan est juste agaçant aussi. Elle est belle, il est beau, puis c’est un peu tout (ah si! ils ont été calculés par l’ordinateur c’est vrai). Côté personnages creux, on est en plein dedans. Les étreintes sont vues comme une conquête, avec le vocabulaire habituel d’une bataille. Évidemment, elle est une femme, donc pleine de secrets, forcément! Quant au twist final sur l’histoire d’amour tragique, j’ignorais les inspirations de ce roman et pourtant, ce final se devine très vite (donc pas de surprise de mon côté, donc pas marquée par cette révélation!!!! Je crois que le genre amour tragique, ça m’énerve plus qu’autre chose, mais là ce n’est plus du tout la faute de Barjavel). Enfin, l’histoire d’amouuuuur belle et tragique est surtout très niaise!

Païkan leva les bras et se laissa glisser derrière elle. Elle s’appuya à lui, flottante, légère. Il la serra contre son ventre, prit son élan vers le haut et son désir dressé la pénétra. Ils reparurent à la surface comme un seul corps. Il était derrière elle et il était en elle, elle était blottie et appuyée contre lui, il la pressait d’un bras contre sa poitrine, il la coucha avec lui sur le côté et du bras gauche se mit à tirer sur l’eau. Chaque traction le poussait en elle, les poussait tous les deux vers la grève de sable. Eléa était passive comme une épave chaude. Ils arrivèrent au bord et se posèrent, à demi hors de l’eau. Elle sentit son épaule et sa hanche s’enfoncer dans le sable. Elle sentait Païkan au-dedans et au-dehors de son corps. Il la tenait cernée, enfermée, assiégée, il était entré comme le conquérant souhaité devant lequel s’ouvrent la porte extérieure et les portes profondes. Et il parcourait lentement, doucement, longuement, tous ses secrets.

Le mode de sélection, à l’aube de l’Apocalypse, du dernier homme et de la dernière femme à hiberner vaut aussi son pesant de cacahuètes. Ainsi, la civilisation est tellement avancée qu’un ordinateur va donner 5 noms de femmes à Coban sur les critères suivants: les femmes les plus belles et les plus intelligentes (là, on n’en aura la preuve que sur la toute fin quand on comprend qu’Eléa, en quelques jours, avait déjà compris le français et se met à parler  à Simon dans cette langue…). La N°1 étant enceinte, elle est directement disqualifiée, mais la seconde dans cet ordre-là est Eléa. Le critère pour les hommes sera évidemment l’intelligence mais aussi la CONNAISSANCE!!!! Et c’est pourquoi Coban se sélectionne lui-même, séparant Eléa de son bien-aimé Païkan dont le point faible est le manque de connaissances (selon Coban). Alors que ce soit bien clair: dans cette civilisation avancée donc, personne ne s’est dit qu’Eléa, séparée de son bien-aimé calculé par un ordinateur à ses sept ans, n’aura peut-être plus la volonté de vivre si elle se réveille un jour après le passage de l’Apocalypse, et encore moins la volonté de copuler avec Coban? Non, vraiment…

Quant au monde même d’il y a 900 000 ans, il ressemble évidemment au notre à l’époque de l’écriture du livre pour ce qui est de la géopolitique et des conflits. Il s’agit d’un monde avec deux grandes puissances mondiales (Gondowa d’un côté, Enisoraï de l’autre), en guerre, risquant de péter à tout moment, sonnant le glas de l’humanité, à travers les bombes « terrestres » (ou l’arme atomique). Notons que les habitants d’Enisoraï ressemblent physiquement à des Asiatiques, qu’ils sont en nombre TRES supérieur aux Gondas (ils viendraient d’atteindre le milliard à ce moment-là!), que ces derniers surveillent leur manière de se multiplier. Evidemment, l’Apocalypse a lieu et il ne faut surtout pas que nous répétions l’Histoire. J’ai trouvé le parallèle pas très subtil en fait, ni le message « faites l’amour pas la guerre », très ancré dans son époque. Côté progrès scientifiques, ceux-ci sont bien plus avancés que nous, le tout paraît même idyllique. Heureusement, beaucoup plus tard, on voit des citoyens bien moins lotis, nous suivions surtout les privilégiés de ce monde.

Je voulais aussi parler un peu du personnage principal, le Dr Simon. Il tombe éperdument amoureux de Eléa et ses monologues, en italiques, reflètent son état mental. Ce personnage de « gentil » m’a aussi agacée. C’est simplement le « gentil », le prétendant, le « gentil con » comme diraient certains, car l’objet de son amour est déjà promise à quelqu’un d’autre. A part sa gentillesse, on ne saura pas grand chose de lui non plus! Ah, si, son amour immédiat pour Eléa (on se croirait dans le générique de Jeanne et Serge!!!)

Petit morceau choisi pour le côté raciste (car le roman en est truffé, et encore une fois, je suppose que c’est involontaire):

Mais Hoover se méfiait. Il leva le genou et tendit sa botte à Shanga [un personnage africain] avec l’aisance donnée par vingt générations d’esclavagistes.

– Tire ma botte, petit.

Shanga eut un sursaut et recula. Léonova devint furieuse.

– C’est pas le moment de se sentir nègre! cria-t-elle

Au lendemain de cette lecture m’ayant suffisamment agacée, j’ai entendu le dialogue suivant provenant d’un bureau voisin au travail (au début, Elle parlait de son amie qui transportait 10Kg de maquillage, je ne sais pas si c’est vrai, ayant transporté 8Kg de manga pour un vol Hong Kong > Paris, dans un sac assez conséquent, faut le dire, alors se palucher 10Kg de maquillage tous les jours dans un sac que je suppose à main, il y a du défi dans l’air… mais passons):

Lui: « Mais si elle se maquille il y a bien une raison non? c’est pour se faire remarquer » (des hommes je suppose)

Elle: « Mais non il n’y a PAS de raisons!!! C’est dans la nature de la femme de vouloir être belle et se maquiller »

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Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

oiseau-moqueurIl m’arrive rarement de lire des livres sans images. Cela résulte de nombreux achats manga et comics ces deux dernières années, et que je n’achète que rarement des romans, préférant les emprunter en bibliothèque municipale (on pourrait faire le même constat pour la BD dite indé). De ce fait, je me suis mise en « interdit bibliothèque » pour pouvoir finir les livres déjà chez moi (ce qui ne marche pas: je le suis depuis un an, mais comme j’achète aussi, je rentre dans un cercle vicieux). Ce Noël, j’ai reçu Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee en cadeau, un « livre culte » comme on dit, par une personne qui me connaît peu, mais qui sait que j’apprécie la lecture (je ne me suis pas étendue sur les manga). La couverture est, de mon point de vue, très avenante avec cette petite fille très mignonne.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur a porté trois titres en français (Source: Wikipedia). Il s’agit du seul roman de Harper Lee, sorti dans les années 60 pendant la période marquante des Droits Civiques. Le roman se déroule dans l’Alabama, au Sud des Etats-Unis, dans les années 30, pendant la Grande Dépression. La narratrice de l’histoire est Jean Louise Fincher (ou Scout), une petite fille de 6 ans qui vit avec son grand frère Jem et son père Atticus. Sa mère est décédée peu après sa naissance, et elle ne la connaît que très peu. Atticus, qui travaille comme avocat, est aidé par une bonne noire, Calpurnia. Les enfants adorent jouer avec leur ami Dil, qui passe ses vacances d’été chez sa tante. Tout ce beau monde vit dans une petite ville où tout le monde se connaît depuis plusieurs générations. Le quotidien de Scott et Jem bascule le jour où Atticus devient l’avocat commis d’office de Tim Robinson, un homme noir accusé d’avoir violé une femme blanche, alors dans un Etat pratiquant la ségrégation.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est un roman d’apprentissage dans lequel on voit nos jeunes héros, Scout et Jem, grandir d’années en années, et perdre petit à petit leur innocence. Le roman se déroule pendant trois ans, et on ne verra donc pas les enfants devenir adultes (juste Jem qui commence son adolescence). Pour ma part, je me suis beaucoup attachée à la petite Scout, petite fille espiègle qui aime gambader avec son frère et Dil, et qui est ce que beaucoup décrivent comme un « garçon manqué », et cela est sûrement dû à l’influence d’un grand frère. Voir des enfants constamment jouer dehors donne pas mal d’oxygène à la personne que je suis qui passe toute ses journées enfermée dans une tour de 31 étages. Surtout, j’ai l’impression (un ressenti hein) que les enfants d’aujourd’hui passent beaucoup moins de temps dehors à jouer que jadis. Je me souviens de mon enfance, surtout l’été, l’occasion enfin d’être dehors toute la journée. Scout est une petite fille très intelligente mais qui garde encore l’innocence et la naïveté d’une enfant. La narration à la première personne a donc beaucoup de charme, la naïveté se mélangeant parfois à beaucoup d’ironie lorsque le ton change, quand l’adulte prend le dessus sur la petite fille.

Beaucoup de personnes voient en ce livre un pamphlet contre la ségrégation. C’est en partie vrai, puisque le sujet du livre, qui ne vient qu’à la deuxième partie de l’histoire, implique la défense d’un homme noir accusé pour un crime qu’il n’a pas commis. Mais surtout, j’y ai vu la dénonciation de nombreux préjugés pouvant survenir lorsqu’on habite dans une petite ville où chacun se connaît. Ainsi, celui qui dévie de la « normalité » est montré du doigt, que ce soit Atticus qui fait tout ce qu’il peut pour élever ses enfants et qui ne veut pas se remarier, ou encore le voisin qui n’est pas sorti de chez lui depuis 30 ans, et sur qui tous les fantasmes se cristalisent. On a beau côtoyé des personnes depuis toujours, penser qu’ils sont bons, et pourtant, leur nature se révèle à un moment ou un autre. C’est ce que vont devoir apprendre Scout et Jem. Les préjugés, les ragots, qui font finalement plus de mal qu’on ne le croit. En même temps, Harper Lee n’est pas dans un schéma « nique tout », pas de violence ou de remise en question en bloc, mais surtout, il faut du temps pour que les gens s’habituent, les choses vont donc petit à petit, pas à pas. Je me demande ce que deviendra Scout après le roman, surtout qu’il y a l’injonction de la tante Alexandra, femme qui tient à faire d’elle une « dame » et tout ce que cela implique.

Dans ce roman, le thème de l’école comme une institution carcérale est fortement mis en avant. La petite Scout n’aime pas l’école, elle qui était impatiente d’y mettre les pieds en voyant son frère y aller. Malheureusement pour elle, l’école constituera des années de journées ennuyeuses pour elle, surtout qu’elle est en avance pour son âge, sachant lire depuis son plus jeune âge. Ainsi est soulignée l’absurdité d’une école qui tient à suivre un certain programme, demandant même à Scout de désapprendre ce qu’elle sait, lui interdisant la lecture, uniformisant donc tout le monde sur un même moule, tout le monde devant comprendre et apprendre de la même manière.

J’ai beaucoup aimé ce livre, et surtout la première partie avec les enfants qui jouent, qui se posent des questions sur tous les sujets. Les phases de jeux m’ont beaucoup plu, alors qu’elles ont ennuyé d’autres personnes (cela vient sûrement du fait que j’aime l’enfance). Ce sont lors de ces phases de jeu que se révèlent la personnalité des enfants. Que l’histoire soit vue par une fille est également quelque chose qui m’a plu, on voit qu’il est souvent difficile d’être une fille dans un groupe en majorité masculin, avec des garçons qui ont toujours cette injonction du « tu ressembles de plus en plus à une fille » pour indiquer qu’une personne est chiante. C’est un roman que je trouve riche, par sa narration, mais aussi par ses nombreux thèmes finalement. Le tout y est souvent traité avec finesse et la personnalité haute en couleurs de Scout y est pour beaucoup. Moi qui n’aime pas les cadeaux (surtout de Noël, je les vois comme un calvaire et une forme de politesse forcée…) je dois admettre que celui-ci fut très beau, ne connaissant absolument pas ce livre. Par contre, le quatrième de couverture est un peu tiré par les cheveux, comparant Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur avec L’attrape-coeurs. Les dernières pages contiennent une postface de la traductrice, Isabelle Stonaïov, très intéressante, avec aussi une petite frise sur les événements historiques dont il est question dans le roman. Le titre original du roman est To Kill a Mocking Bird.