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Yômi Henjô Yawa

Reiko Okano (岡野 玲子) est connue en France pour son oeuvre phare Onmyôji – Celui qui parle aux démons disponible chez Delcourt. Sa suite, Onmyôji – Tamatebako est actuellement en prépublication dans le Melody de Hakusensha (dans lequel paraît également Le pavillon des hommes de Fumi Yoshinaga, à lire absolument). Reiko Okano est également la bru de feu Osamu Tezuka. Elle semble attachée au genre fantastique et aime beaucoup les poèmes de la dynastie Tang. Yômi Henjô Yawa (妖魅変成夜話) résulte de cette passion (on trouve aussi l’orthographe Youmi Henjou Yawa). Derrière ce titre difficile à retenir (du moins dans sa sonorité), on retrouve donc Yômi (妖魅) qui signifie esprit/fantôme à l’apparence enchanteuse, Henjô (変成) signifie se transformer en et Yawa (夜話) signifie histoires racontées la nuit. C’est ce qu’on peut en déduire, en gros, des caractères chinois: « Esprits enchanteurs métamorphosés en histoires racontées la nuit », ce qui sonne un peu lourd en français.

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La Fleur millénaire vol 1

fleur-millenaire-1Lorsque sa sortie a été annoncée chez Kaze, je n’y croyais pas vraiment. L’auteure de La Fleur millénaire, Kaneyoshi Izumi, n’est pas une inconnue de l’éditeur qui compte dans son catalogue 100% Doubt et Seiho Men’s School, des titres qui ne m’intéressent pas spécialement (et que je ne compte pas lire non plus), étant orientés comédie romantique en milieu scolaire. Ceci dit, un détail m’a quand même attirée: les costumes chinois sur la couverture de La Fleur millénaire. Du nombre de commentaires positifs quant à l’annonce de cette acquisition, j’en ai conclu que la série était plus ou moins suivie en scans par de nombreuses personnes. Et en jetant un coup d’oeil aux sites de scans, je dois avouer que le dessin ne m’attirait pour ainsi dire pas du tout: soigné mais assez impersonnel, et surtout, les fameuses « séquences émotion ». Seulement, un shôjo d’aventure, en Chine ancienne fictive avec des costumes et des décors chinois, je ne pouvais pas laisser passer. Surtout qu’en plus, Kaze propose le volume 1 au prix de lancement de 3,99€ et ce serait dommage de s’en priver (je rappelle que de nombreux manga d’occasion coûtent aujourd’hui 4€).

La Fleur millénaire se déroule dans un univers inspiré de la Chine ancienne et découpé en 4 royaumes qui s’affrontent plus ou moins. Aki vit au pays de Â, et son père n’est pas n’importe qui: il s’agit de l’Empereur de Â. Sa mère étant souvent malade et n’ayant pu donner naissance à un fils, l’Empereur s’est remarié avec une autre femme qui vient du pays de Do (la Reine de Do), tandis que la mère d’Aki est originaire du pays de Kô. La deuxième femme a donné naissance  à un fils, Aki et sa mère habitent donc dans des appartements éloignés du Palais, malgré leur rang. De plus, Aki doit dés son plus jeune âge apprendre  à se débrouiller seule pour survivre face aux machinations de  sa belle-mère, puis protéger une faible maman. Si Aki est seule à rester fidèle à sa mère, Hakusei, un esclave blond aux yeux bleus (une apparence peu commune qui fait peur aux gens sauf à Aki, évidemment), est également là pour l’épauler. Alors que Aki a 15 ans, la guerre éclate entre les pays de Do et Kô.

Finalement, la lecture de ce volume m’a enthousiasmée, la série semble donc prometteuse (croisons les doigts, ça fait longtemps qu’on n’avait pas eu de chouettes shôjo d’aventure). On sent que l’histoire se met en place, notamment les intrigues politiques que Izumi parvient très bien à faire passer, tout en s’intéressant à Aki, le tout de manière fluide. Côté graphisme, rien d’original, ce n’est pas laid mais pas particulièrement magnifique non plus, pas besoin de s’adapter particulièrement. J’ai eu du mal pour le dessin des personnages, que ce soit Aki ou Hakusei, les trouvant particulièrement irréguliers, ne se ressemblant pas d’une planche à l’autre. C’est maladroit, et ça m’a déplu. Le trait est soigné et moderne, j’ai du mal mais le public d’aujourd’hui n’aura pas autant de mal que moi. L’autre point qui me fait tiquer, c’est l’émotion. Trop appuyé, trop de « oooh la pauvre », trop de « ooooh le pauvre », des séquences émotion qui me font un peu peur pour la suite, notamment ces images où on voit Aki et Hakusei rire de manière complice, les planches « mignonnes » en somme. Pour le moment, pas d’histoires de coeur, mais l’impression que Hakusei est quand même amoureux de sa maîtresse.

Le bon point, outre l’univers et l’intrigue, puis la guerre qui éclate (annonçant de l’action!!!!), provient de l’héroïne. Forte, courageuse, débrouillarde, intelligente (ses joutes verbales avec sa belle-mère ne sont pas mal), on espère qu’elle ne deviendra pas une cruche dés qu’un bel inconnu se pointera (inconnu brun, vu qu’on a déjà le blond avec Hakusei…). Dans ce premier volume, Aki montre de très bonnes aptitudes physiques et martiales, j’espère qu’il en restera ainsi, comme ce fut le cas pour Basara, tout au long de la série, alors même que Sasara tombe amoureuse. Pour le moment, Aki est mature vu que toute son enfance s’est résumée à protéger une mère trop faible, mais elle reste une héroïne mignonne, c’est-à-dire naïve en amour, comme on peut souvent en voir dans les shôjo. Le personnage de Hakusei est là uniquement pour servir Aki. Il est classe, il est beau, mais il est craint pour sa différence physique, ce qui permet à Izumi d’introduire plus ou moins les différences, le rejet de l’autre, enfin des thèmes bien ado. Hakusei est un personnage très classique, protecteur, dévoué (et amoureux?). Il se montre fort, et lors d’une scène, il baisse sa tête car il sent que les larmes lui montent aux yeux (comme c’est mignon…).

La Fleur millénaire est prépublié dans le Betsucomi de l’éditeur Shogakukan, magazine ayant vu passer des titres tels que les excellents Basara et Banana Fish, ou encore Kisshô Tennyo, qui est bien loin des shôjo niais. Il est donc navrant, de mon point de vue, de lire à la fin du volume les remerciements de Izumi à son éditrice (tantô) qui a dû se battre pour que la série soit prépubliée dans ce magazine, malgré ses « thèmes difficiles dans un shôjo ». Où est le thème difficile dans cette série? La guerre? Les intrigues politiques? L’univers chinois? Les lectrices (en majorité) doivent se contenter d’histoires de coeurs? C’est moi ou il y a régression? Mis à part ce bémol, La Fleur millénaire démarre bien et il plaira sûrement au public de L’Arcane de l’aube (pour lequel j’ai eu un peu de mal) chez le même éditeur. Honnêtement, je suis enthousiaste, malgré quelques petits défauts et les « instants émotion » comme je ne les aime pas, la fin du volume me donne vraiment envie de lire la suite. Un shôjo d’aventure, avec de l’action, une héroïne forte, un univers chinois (depuis Fushigi Yûgi), ça va faire longtemps!

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Karin

« L’enfer, c’est les autres » disait Jean-Paul Sartre. Pour moi, c’est un certain Ialda, source de mon obsession pour un shôjo des années 90: Karin (火輪) de Masumi Kawasou (河惣益巳). Grande déception en lisant l’article car ce genre de titre a peu de chance de sortir en France vu son style graphique très ancré dans les années 70 et son univers chinois (le Japon ça vend quand même mieux). Surtout, Kawasou ne jouit pas de la même  réputation que Moto Hagio ou Keiko Takemiya. Bien qu’elle soit l’auteure de nombreux manga, aucun ne semble connu en Occident (je vous invite à lire l’article de xkazemg pour en savoir plus). Karin est prépubliée de 1992 à 1997 dans le magazine de Hakusensha Hana To Yume (Angel Sanctuary, Please Save My Earth) et s’étend sur 17 volumes. Sa dernière série en date, Kuro Tsubaki, est prépubliée dans le Melody (OnmyôjiLe Pavillon des Hommes et The Top Secret, des séries à lire absolument, cela va de soi), toujours chez Hakusensha, avec des protagonistes tels que geisha et acteurs de kabuki. A propos de Karin, je vous invite également à lire la chronique de Aesthetiscm (ou plutôt ses archives), surtout que celle-ci est couplée à Hi Izuru Tokoro No Tenshi de Ryoko Yamagishi. Enfin, Kawasou est née en 1959, et a débuté sa carrière dans les années 80 (la même génération que Fuyumi Soryo, Saki Hiwatari et Akimi Yoshida).

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Pour bien comprendre ma frustration, il faut savoir que je suis une grande amatrice de Hôshin – L’Investiture des dieux de Ryû Fujisaki, et que je suis très sensible aux univers chinois (fictifs ou historiques) créés par des artistes japonais. Dernièrement, j’ai débuté La Fleur millénaire, j’ai regardé une saison de Saiunkoku Monogatari même si je n’aime pas la couleur rose, j’adore évidemment l’anime des Douze Royaumes, j’ai acheté Qwan de Aki Shimizu, je me suis jadis penchée sur Saiyuki de Minekura (bien que j’aie lâché l’affaire), j’en veux toujours aux romances à l’eau de rose de Fushigi Yûgi de Yuu Watase et je vais expier mes fautes en achetant prochainement tous les manga de Natsuki Sumeragi sortis chez Akata (mais j’en ai lu pas mal, en bibliothèque, ça compte?). Quand j’apprends l’existence d’un shôjo des années 90 plutôt long, s’inspirant de L’investiture des Dieux de Xu Zhonglin, avec de jolis costumes à gogo, de nombreux personnages (dont certains proviennent de la mythologie chinoise) et une intrigue tordue, je ne peux que m’y intéresser et me désespérer de ne pas pouvoir le lire en français (et même pas en scans en anglais).

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Le Prince Shou assassine son frère Ying avec le Sabre du Roi Dragon

Les années 90, c’était l’époque des longs shôjo fantastiques ou d’aventure, avec des personnages à foison, époque qui a vu naître des titres tels que Angel Sanctuary, X, Basara, Princesse Kaguya (volume 16 en avril, n’oubliez pas!), et j’en passe, époque certes révolue mais qui me manque aujourd’hui, depuis que les shôjo de romance au lycée sont arrivés en masse. Malgré l’intrigue compliquée et les personnages nombreux, j’ai ravalé mon désespoir et reporté celui-ci en cherchant un peu: la solution ultime fut de le lire en chinois, surtout après avoir trouvé des scans, signifiant l’existence d’une édition taïwanaise. Pour les sinophiles, Karin est édité par Daran (大然出版社) qui a aujourd’hui disparu (mes Karakuri Circus dépareillés le savent bien), de même que de nombreux manga de Kawasou (sauf Kuro Tsubaki à mon grand regret). D’ailleurs, si vous trouvez des éditions chinoises deluxe (avec coffrets et tout), méfiance (la seule édition officielle que je connaisse étant la basique, celle qui est jaune et moche)… Enfin, j’utiliserai les retranscriptions chinoises pour les noms propres (pour une fois, pas besoin de se faire chier soucier à trouver les noms japonais).

Li An, notre héros
Li An, notre héros

L’intrigue (sans spoiler) se penche sur une Chine antique fictive, durant la dynastie Hua. Le point de départ de la série est la disparition du Sabre du Roi Dragon qui appartient à Ao Guang, le Roi Dragon des Mers de l’Est, alors qu’il est supposé se trouver au Mont Sheng Long, un endroit réservé au Monde Céleste et Immortels (un kekkai). Tout ceci est bien embarrassant et surtout intriguant, lorsque Bai Ling découvre que le Sabre se trouve au Palais impérial, dans le monde des Humains. Pourquoi et comment le Sabre a-t-il atterri au milieu des humains, alors même qu’ils ne peuvent pénétrer un kekkai? C’est ce que va devoir découvrir Lang Li An, notre jeune héros, aux origines bien mystérieuses. Car voilà le problème: les Divinités et Immortels ne doivent pas interférer aux affaires du monde Humain, et Li An est le seul humain à la portée de Bai Ling. Li An est un orphelin que Bai Ling a recueilli et élevé au Mont Sheng Long, il ne connaît donc rien du monde humain, mais complètement dévoué à sa mère adoptive, Li An décide de se pencher sur l’affaire en se faisant passer pour un étudiant.

Li An est parfois une héroïne
Li An est parfois une héroïne

Cela l’emmène donc au Palais Impérial, où se trouve un Empereur compétent qui a quatre fils: le premier (Beth?) est très malade depuis toujours, le second (Ying) travaille comme son Ministre est tout indiqué pour la succession, le troisième (Shou) est officier de l’armée, et le dernier () est encore étudiant mais déjà très prometteur (et doté d’un physique de rêve, plus féminin que masculin). Li An découvre vite que le Sabre se trouve dans les mains de Shou, qui aime beaucoup les combats au corps à corps, surtout avec un autre officier, Lei. Alors que Li An se trouve au Palais, il assiste au terrible drame: Shou, armé du Sabre, décide d’assassiner aux yeux de tous son père et ses deux frères aînés, et prend très vite le poste d’Empereur. Il s’avère que c’est Lü, son petit frère, qui a manipulé son monde, en mettant dans les mains de Shou le Sabre du Roi Dragon, se servant de l’ambition de ce dernier, grâce à son homme de main et amant Lei. Seulement, Shou s’avère être un militaire plus qu’un homme doté des qualités de souverain, ce que Lü sait. Car ce prince, en plaçant Shou sur le trône, cherche à mettre fin à une ère de paix pour obtenir une ère de chaos, partant du principe que la Terre étant un miroir au Ciel, le désordre y régnera alors. L’Empereur Shou (marionnette du Prince et Ministre Lü) décide alors de mener des campagnes de guerre contre les pays du Nord (Xiang), du Sud (Zhu), de l’Ouest (Dan) et de l’Est (Bi), provoquant la rebellion des rois respectifs qui décident de destituer l’Empereur, celui-ci ne méritant pas le mandat du ciel (Lü est tout sourire).

Yang Jian, l'ami de Li An et bel immortel
Yang Jian, l’ami de Li An et bel immortel

En parallèle à tout cela, on suit notre héros Li An, dont le but est un poil moins noble, mais très respectueux d’un certain amour filial si cher à la culture chinoise. Bai Ling, alors au Mont Sheng Long lors du triple assassinat commis par l’ex-Prince Shou a retrouvé sa forme originelle de Perle, ne supportant pas le sang versé par le Sabre. Car Bai Ling est en réalité l’une des Trois Perles ornant le Sabre du Roi Dragon (le trésor des Mers, au passage) devenue Immortelle suite à l’exposition depuis des millénaires (?) à la lumière céleste, de même que ses deux sœurs. Les Trois Perles sont: Bai Ling (la Perle Blanche), Hei Shao (la Perle Noire, que Li An découvre entre les mains du Prince Lü) et Yu Hua (la Perle Dorée). Lorsque Li An revient au Mont Sheng Long, il ne retrouve qu’Ao Guang lui annonçant la triste nouvelle. Car il faudra sans doute des siècles voire plus de temps pour Bai Ling afin de retrouver une forme humaine. Li An, simple humain, est alors désespéré, ne pouvant vivre assez longtemps pour revoir la personne la plus importante de sa vie: sa môman. Il décide donc de récupérer le Sabre du Roi Dragon et de devenir Immortel afin de revoir Bai Ling lorsqu’elle reprendra forme humaine. Li An se lie aussi d’amitié avec un immortel qu’il considère comme son maître: Yang Jian. Tout ceci est l’occasion pour le jeune homme d’aller vers l’aventure et de grandir, d’en apprendre plus sur lui et sur le monde. Fin du synopsis (il était temps)

L'Empereur du Ciel et son troisième oeil
L’Empereur du Ciel et son troisième œil

Je suis désolée pour ce long synopsis mais je ne voyais pas trop comment résumer tout ça autrement. L’univers du manga est particulièrement foisonnant, et je n’ai même pas parlé de tous les personnages! Car il faut se le dire, cette série est démesurée, tout simplement la plus over the top (comme le film sur le bras de fer écrit par Stallone) qu’il m’a été donné de lire. Si vous cherchez une série avec des excès de partout, vous avez frappé à la bonne porte. Excès déjà par son nombre même de personnages (et puis leurs titres et leurs fonctions!), par le nombre de tragédies et sous-intrigues, par le nombre de révélations (au moins une par volume!), par l’expression d’étonnement des personnages (presque un étonnement par page, à la Riyoko Ikeda, on pourrait en faire un tumblr!), par le nombre de tenues différentes, par les tenues elles-mêmes, abominablement difficiles à porter, par les cheveux toujours super longs (sauf le chauve, échappé de Sabu et Ichi), par les changements de sexes fréquents, par les possibilités d’histoires d’amour (boys love, hétéro, bi, trans, inceste, différence d’âge – en même temps chez les immortels…), par l’intrigue principale mêlant Terre et Ciel, et puis surtout, par la notion de temps (chez les immortels, ça ne compte pas! On peut alors voir des flashbacks genre « je me souviens il y a 1000 ans, … » mais évidemment). Celui ou celle qui cherche la sobriété a décidément cogné à la mauvaise porte, tant les planches sont chargées, mais extrêmement belles grâce aux détails sur les tenues, aux coupes de cheveux, et tout cela a même un côté vieux shôjo qui ne me déplaît clairement pas. Les amatrices – et amateurs – de boys love seront comblé(e)s avec les différentes histoires d’amour (et de coucherie…), et même une scène de tentative de viol récurrente (et comique).

Ao Guand, véritable sex symbol de la série, avec Dai Wang du pays de Bi
Ao Guang, véritable sex symbol de la série, en compagnie de Dai Wang du pays de Bi
Les trois généraux Dragon
Les trois généraux Dragon: Yin, Hong et Zao (Ichi)

Et malgré tous ces excès, et c’est là la force de Masumi Kawasou, on y croit et on entre totalement dans le délire. La narration est accrocheuse et rappelle en effet les shôjo des années 70, avec les personnages qui s’étonnent pour un oui pour un non, ce qui finalement est drôle avec un certain recul, mais m’a aussi étonnée en pleine lecture, car j’étais totalement à fond, portée par l’histoire du manga (alors qu’il faut bien l’avouer, on n’arrête pas d’aller plus loin: le fameux Troisième Oeil, symbole de l’Empereur du Ciel qu’on retrouve chez plein de personnages au final, ou encore les changements de sexes de Lü qui s’étendent aussi à d’autres, le syndrome des super saiyan dans Dragon Ball?). C’est simple, alors qu’on vient de se remettre d’une révélation, une autre surgit d’un coup, et ceci jusqu’à la fin. La narration et les personnages, même nombreux, constituent les points forts de Karin, en plus d’un décor particulièrement immersif (me concernant) et d’une mythologie chinoise dans laquelle Kawasou puise ses idées.

Le Lac Yao où est célébré le banquet dans lequel on déguste des Pêches d’Immortalité

Côté mythologie chinoise, on y trouve de tout: l’Empereur de Jade, le célèbre immortel Yang Jian (celui qui se la joue beau gosse dans Hôshin et qui aime se transformer en Daji…), le Roi Dragon des Mers de l’Est Ao Guang, La Grand-Mère de l’Ouest, Le Roi de l’Est, la Princesse Long Ji (qu’on a vue sous le nom de Gong Zhu – qui signifie « princesse » – dans Hôshin), les différents endroits (Palais de Cristal sous la mer, Palais de l’Empereur de Jade, le Mont Peng Lai et son Lac Yao où sont organisés des garden party avec dégustation de pêches d’immortalité), les nuages magiques (des moyens de locomotion pratiques), les Divinités des quatre points cardinaux (qu’on connaît sous les noms japonais Suzaku, Byakkô, Seiryu et Genbu, merci Yuu Watase) et certaines bestioles de la mythologie chinoise sont aussi visibles (dragon, phénix, tortue, tigre blanc, qilin). Mais tout ceci constitue un véritable foutoir, car Kawasou a inventé tout un tas de personnages fictifs, mais aussi fusionné certaines fonctions (le Roi Dragon des Mers de l’Est est aussi Seiryu, ce qui n’est pas le cas dans la mythologie chinoise, Suzaku n’est pas un phénix mais un oiseau qui commande les autres, mais la confusion est très fréquente).

Yu Hua (la Perle Dorée) et Dai Wang de Bi (futur Empereur désigné pour ses qualités)
Yu Hua (la Perle Dorée) et Dai Wang de Bi (futur Empereur désigné pour ses qualités)

L’intrigue principale ressemble beaucoup à celle de L’investiture des dieux, à savoir la fin d’une dynastie représentée par un empereur qui ne mérite pas sa place. Et d’autant plus l’Empereur Shou, vu la manière à laquelle il obtient le trône. C’est donc cette idée d’une dynastie qui doit finalement être remplacée, pour donner un règne plus juste. Cette partie concerne plutôt les humains, et on y voit donc des champs de batailles, avec une rébellion qui s’organise et un futur empereur à mettre sur le trône. Mais le tout est lié aux immortels et leurs sous-intrigues, qu’on découvre petit à petit, avec évidemment révélation à chaque page. Les flashbacks sont donc très fréquents (on reconnaît ces moments grâce aux contours des cases) et remontent souvent loin: parfois à 300 ans, parfois 600 ans, ou encore 1000 ans (tant qu’on y est…), et c’est vraiment tout au long de la série qu’on découvre les relations entre les immortels, les rancœurs du passé, les objectifs de chacun, les jalousies. Les relations entre les personnages sont parfois complexes, profondément ancrées sur la durée, les sentiments étant entremêlés parfois entre le pardon, la haine, l’amour, il n’y a donc pas vraiment de méchant lorsqu’on y réfléchit bien à la fin.

Kai l'Empereur du Ciel et Ao Guang, le Roi Dragon des Mers de l'Est (et Seiryu)
Kai l’Empereur du Ciel et Ao Guang, le Roi Dragon des Mers de l’Est (et Seiryu)
Papouilles fréquentes entre Lü et Lei
Papouilles fréquentes entre Lü et Lei
Yang Jian et Long Ji le couple hyper classe
Yang Jian et Long Ji le couple hyper classe

Au milieu de toutes ces magouilles, on a Li An, personnage dont on sait peu de choses, qui sait lui-même peu de chose, seul personnage foncièrement gentil et incroyablement naïf de la série (ou presque), car tout le monde complote au moins un truc ou deux. Surtout Yang Jian, incroyablement charismatique (très populaire auprès des femmes, sa beauté n’était donc pas qu’un délire de Ryu Fujisaki), cache bien des choses, et on ne sait jamais vraiment ce qu’il trame. Le Prince Lü (non pas de mauvaises blagues sur les gâteaux…) est doté d’un charme voluptueux et surtout mystérieux, on ne sait jamais, avec ses changements fréquents de sexe, s’il s’agit d’une femme ou d’un homme. D’ailleurs, je pense que c’est lui qui gagne le palmarès de scènes de coucheries ou de seins à l’air. Ah oui, j’aurais dû le dire plus tôt: la série regorge de femmes nues dotées d’attributs généreux (et je dois vous dire que Kawasou dessine superbement les tétons en plus…), il y a souvent des scènes au lit, bref, on est dans un manga avec des personnages adultes qui font un peu ce qu’ils veulent de leurs fesses. Mis à part Li An (et la craintive, douce et faible Bai Ling), je n’ai pas vu de « cruches » abonnées aux shôjo ni de pathos.

Hu Xun (Byakkô) cherchera à profiter de Li An, qu'il soit en fille ou garçon
Hu Xun (Byakkô) cherchera à profiter de Li An, qu’il soit en fille ou garçon
Byakko en profite encore!
Byakko en profite encore!

La comparaison de Ialda avec le shôjo Angel Sanctuary n’est donc pas volée, à ceci près qu’avec les délires taoïstes, Karin s’avère encore plus ardu à comprendre. Les personnages sont charismatiques, beaux, mais aussi très forts, dotés d’une certaine volonté, chacun agissant pour accomplir ses objectifs, parfois cruels, ce sont des figures assez marquantes au final. Le dépaysement est total, et on se prend vite au jeu, grâce aux talents de narration, de dessin (à condition de s’habituer au style) et de mise en scène de Masumi Kawasou. On ne sait jamais vraiment trop à quoi s’attendre dans cette série, la narration n’étant pas linéaire, composée de sous-intrigues et de flashbacks à gogo, c’est donc complètement imprévisible. Au final, on suit surtout l’apprentissage de Li An à la vie. Moi qui étais en manque de shôjo fantastique avec de l’aventure dans le style des années 90, j’ai été comblée et je dois dire que j’ai donc adoré Karin. Sûrement pas un indispensable de la culture shôjo, mais un indispensable pour tout amateur d’immortels chinois qui complotent de partout. Et vu que la série n’est pas historiquement culte, qu’elle n’est pas assez vintage (malgré son dessin), et que l’auteure n’est pas si connue, les chances de voir ce titre traduit en français semblent minces… Tout cela m’a donné envie de relire Hôshin.

Les Trois Perles du Sabre du Roi Dragon
Les Trois Perles du Sabre du Roi Dragon

J’allais oublier: le titre signifie « Cercle de feu », je me suis demandée si cela faisait référence aux baobei de Nezha, ou encore, s’il s’agissait d’une image pour le personnage de Suzaku (qui représente le feu, et qui est un phénix pouvant se regénérer de ses flammes dans la série, personnage qui revient pour « boucler la boucle »). La réponse se trouve dans le dernier petit mot de l’auteure: il s’agit du soleil, c’était tout bête: une boule de feu quoi… Enfin, j’aime beaucoup les petits mots de Kawasou, on apprend ainsi que comme le pays de Bi se trouve à l’Est, elle a voulu lui donner des côtés très japonais. Le pays de Dan, à l’Ouest, ressemble beaucoup à un pays arabe des Mille et Une Nuits (et ses habitants ont une apparence de l’Ouest: cheveux clairs, yeux clairs). Dans un de ses mots aux lectrices (et lecteurs), Kawasou parlant de son inspiration pour Karin de L’investiture des Dieux, considéré comme l’un des quatre plus grands romans chinois aux côtés des Trois Royaumes, Au Bord de l’eau et Le Voyage en Occident, ce qui est réfuté par la traductrice taïwanaise qui enlève L’investiture des Dieux de la liste, citant à la place Fleur en Fiole d’Or. En effet, il se trouve que L’investiture des Dieux, par le succès de sa traduction japonaise, est considéré à tort comme l’un des quatre plus grands romans chinois par les mangaka (j’ai lu la même erreur dans les bonus de l’édition française de Hôshin). Ce qui est curieux, c’est de voir Fleur en Fiole d’Or dans cette correction, mais pas Le Rêve dans le Pavillon rouge, véritable fleuron de la littérature chinoise.

Xing Sha du pays de Bi, inspiré du Japon, portant un somptueux kimono comme sait si bien les faire Kawasou
Xing Sha du pays de Bi, inspiré du Japon, portant un somptueux kimono comme sait si bien les faire Kawasou
Qui a dit que c'était chargé?
Qui a parlé de planches chargées?
Li An et Xing Sha dans de somptueuses tenues du pays de Bi (très japonaises)
Li An et Xing Sha dans de somptueuses tenues du pays de Bi (très japonaises)
Dai Wang sur son cheval (non mais vous avez vu ses yeux?!)
Dai Wang sur son cheval (non mais vous avez vu ses yeux?!)
Yu Hua et Byakkô
Yu Hua et Byakkô