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Mangasochisme: Onmyôji de Reiko Okano

Aujourd’hui, nous « fêtons » les cinq ans d’anniversaire de la sortie du volume 7 de Onmyôji – Celui qui parle aux démons. Il s’agit d’un manga de Reiko Okano édité par Delcourt (époque Akata) depuis mai 2007. Reiko Okano se base sur la série de romans de Baku Yumemakura, s’inspirant du personnage historique Abe No Seimei, célèbre onmyôji (maître du yin et du yang) ayant vécu à l’époque Heian (794-1185). Au Japon, le manga sort entre 1993 et 2005 au début dans le Comic Burger (magazine seinen de Gentosha), puis ensuite dans le Comic Birz (idem) et enfin dans le Melody (magazine josei de Hakusensha où on trouve The Top Secret et Le Pavillon des Hommes) à partir de 1998. C’est un manga culte au Japon qui connaît 13 volumes reliés. Si j’en parle dans cette rubrique, cela signifie bien une chose: le volume 8 n’est toujours pas sorti, et nous n’avons aucune nouvelle quant à l’avenir de la série en France (enfin, on se doute plus ou moins de cet avenir, inutile de faire appel à un… onmyôji!).

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Le visuel du volume 8 existe déjà en VF, rageant

Onmyôji fut sûrement l’un de mes plus grands coups de cœur dans ma « carrière » de lectrice. Pourtant, au moment de sa sortie en 2007, même en ayant beaucoup aimé ma lecture, ce n’était pas encore le cas. C’est vraiment avec le temps, petit à petit, que j’ai fini par hisser ce manga parmi mes préférés. A ses débuts, je reconnais pourtant ne pas avoir soutenu le titre: j’étais encore dans une période naïve et je ne réalisais absolument pas qu’acheter un manga neuf était un acte de soutien. Ainsi, j’achetais la plupart de mes manga d’occasion (cela inclut des titres tels que les débuts de 7 Seeds, Le Cortège des cent démons, puis les débuts de Goyô). D’autant plus que dés sa sortie, Onmyôji coûtait la modique somme de 15€ pour un format identique à d’autres titres qui en coûtaient traditionnellement 10.

En réalité, je me suis surtout rabattue sur Onmyôji suite à l’arrêt du Cortège des cent démons. A cette époque, je limitais beaucoup plus mes achats et je n’avais droit qu’à un type de série en cours, la case yôkai était donc prise. J’ai commencé à acheter la série en neuf au volume 4 (ou 5?) seulement (la décennie passée, les manga d’occasion coûtaient bien moins chers et les grands formats étaient très souvent disponibles dés leur sortie… sûrement les fameux service presse). Et c’est aussi le moment où j’ai réalisé que Onmyôji était surtout un des manga préférés, un de ces manga que je remerciais le ciel de pouvoir lire en français, et surtout un de ces manga que je voulais tant lire un jour. C’est donc devenu l’un des titres les plus importants de ma collection.

A l’époque de la sortie du volume 5, je m’intéresse enfin aux histoires de vente. Et le bât blesse: certains manga cartonnent, d’autres peinent commercialement. Onmyôji fait évidemment partie du second groupe. Moins de 500 exemplaires (autour de 200? faut croire que le club est très très select, certain-e-s ont même plus d’amis Facebook…). Le tout sort de manière très sporadique, jusqu’au volume 7, mais la série est toujours en cours. Le sort est plus ou moins jeté lorsque Akata devient un éditeur indépendant en 2014, sans Dominique Véret pour défendre la série auprès de Delcourt.

Pourtant, j’y ai cru au volume 8, après avoir vu une chronique de celui-ci sur le site de Animeland, au cours de l’année 2015 (en mai de mémoire, la chronique n’ayant pas été sauvegardée par Wayback Machine). J’étais donc toute contente: le volume allait sortir dans les mois à venir. Mais quelle naïveté! Le chroniqueur a sûrement dû lire une version PDF, donc aucune garantie que la version papier ne sorte. Sur Manga News, on pouvait lire les news suivantes tout au long de l’année 2015: Onmyôji 8 pas avant 2015, Nouveau report du tome 8 d’Onmyôji, Le tome 8 d’Onmyôji repoussé à 2016. Depuis, pas de nouvelles. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir invoqué Jacques Pradel via son émission Perdu de vue, mais peut-être que je devrais plutôt essayer Témoin N°1

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Je sais, on a changé de siècle mais les habitudes ont la vie dure

Il est tout de même très regrettable de voir qu’un tel titre ne peut pas avoir une place dans un marché tel que le nôtre (on aime tant s’en vanter: le second marché mondial du manga est la France). Surtout que ce titre aurait pu avoir une exposition bien au-delà du cercle des fans de manga: j’aurais tellement aimé que la presse généraliste se penche dessus, comme elle s’est penchée sur Chiisakobé par exemple! Mais le titre est sans doute sorti un peu trop tôt, à un moment où il ne faisait pas encore si bon de parler manga ou de valider certains titres (je ne sais même plus quand Taniguchi est devenu « acceptable »). Peut-être que la communication n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui. Mais avec les fréquentations de lieux tels que le Musée Guimet, la Maison de la Culture du Japon à Paris, avec les personnes qui achètent de la littérature japonaise aux éditions Picquier, il y avait un public du Japon érudit pour se pencher sur Onmyôji… Peut-être qu’à cette époque, les années 2000, ces deux mondes avaient encore du mal à se rencontrer (et sans doute encore aujourd’hui…).

Et pendant ce temps, je dois le dire, et je l’assume, j’ai du mal à lâcher le morceau: Abe no Seimei et Hiromasa me manquent cruellement. L’ironie de tout cela, malgré un personnage principal exerçant en tant que onmyôji très puissant, la malédiction a réussi à s’emparer de la série… De mon côté, je réfléchis de plus en plus à me procurer la série entière en édition taïwanaise, malgré les doublons (les volumes ne sont plus vendus à l’unité… reste le marché de l’occasion. C’est dommage surtout quand on sait que la suite sort là-bas!). Je souhaite bon courage à celles et ceux que la série intéresserait: le volume 6 surtout est devenu très très rare. Car malgré l’absence plus que probable d’une fin en français de notre vivant, Onmyôji vaut le coup d’être lu. Il y a bien un fil rouge dans cette série, mais les histoires peuvent aussi se lire de manière indépendante.

Quand j’ai su que le FIBD 2018 se consacrait à feu Tezuka, j’ai même espéré que son fils Macoto Tezuka vienne accompagné de sa femme: Reiko Okano! Les obsessions ont la vie dure… Malheureusement, tout laisse penser que Delcourt a baissé les bras. En effet, les relances sont sans réponse: ma dernière question posée sur le forum de Mangaverse concernait à la fois RiN de Harold Sakuishi et Onmyôji, ce dernier a juste été ignoré alors qu’une réponse a été apporté pour le premier. A partir de là, j’aimerais bien que Delcourt finisse par rompre le silence en apportant une réponse, quelle qu’elle soit. Afin que tout le monde puisse passer à quelque chose en digérant la nouvelle chacun-e à sa manière, au lieu de se raccrocher à un espoir aussi mince soit-il (idem pour Panini et ses multiples séries dans le coma, spéciale dédicace à Princesse Kaguya – notons que les deux mangaka s’appellent… Reiko et officient chez le même éditeur et le même magazine aujourd’hui, ça doit signifier quelque chose ou bien je suis complotiste). D’autant plus qu’au vu du nombre de lecteurs et lectrices, cela fera autant de bruit qu’une manifestation de chats coussin…

Pour conclure, la suite Onmyôji – Tamatebako a débuté en 2010 dans le Melody (pour changer). Même cette série s’est terminée avec son septième volume (été 2017).

EDIT (17/03/2018): à propos de ma question sur Onmyôji volume 8, j’ai finalement eu une réponse sur le forum de Mangaverse. Bref, c’est donc hyper frustrant: cela signifie que depuis mai 2015 au moins (date de la chronique perdue sur Animeland), le volume 8 est dans un état végétatif…

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manga, moto hagio, science-fiction

Moto Hagio – Univers SF

Cela fait longtemps que je voulais dresser un inventaire des titres de science-fiction de Moto Hagio. Il n’est peut-être pas complet, dû à ma méconnaissance de la langue japonaise (j’utilise pour me débrouiller, les fameuses traductions automatiques de vous-savez-qui). Dans ce cas-là, vous pourrez me le signaler, et j’espère que les fautes seront pardonnées. Certains titres m’ont donné du fil à retordre, hésitant entre fantasy, fantastique et science-fiction, les initiales « SF » ne signifiant pas toujours qu’il s’agit de science-fiction. Si j’ai réussi à dénicher des scans japonais pour certaines histoires afin de voir le contenu, cela n’est pas le cas pour d’autres. Je considère qu’il s’agit de science-fiction dés qu’on y mentionne des voyages dans l’espace ou d’autres planètes.

Comme pour les manga de la période musicale de Moto Hagio, j’ai fait mes recherches via le site hagiomoto.net avec en complément Mangayomi (notamment pour les romaji) et l’inévitable Wikipédia. Pour les titres en anglais des manga inédits aux États-Unis, j’ai repris ceux de Matt Thorn dans son interview pour The Comics Journal. Pour les titres en français, l’anthologie Moto Hagio sortie chez Glénat très récemment (achetez-la pour Noël!!!) fait évidemment foi. Certaines informations proviennent aussi de mes lectures (avec une compréhension parfois minime): Nous sommes onze, sa suite Est et Ouest, un horizon lointainStar RedTen Billion Days and One Hundred Billion NightsGin No SankakuUn rêve ivre, Slow Down et une partie de Marginal. Lire la suite « Moto Hagio – Univers SF »

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Moto Hagio – Période musicale

Si Moto Hagio (萩尾望都) est surtout connue comme pionnière du boys love à travers des titres tels que Le pensionnat de novembre ou Le Cœur de Thomas, elle est aussi célèbre pour ses histoires de science-fiction et ses drames humains (ou plutôt traumatismes familiaux devrais-je dire). A la fin des années 1980, soit après sa plus longue série de science-fiction Marginal (マージナル), Moto Hagio peut enfin s’en donner à cœur joie avec un domaine qui l’intéresse beaucoup depuis 1985: la musique, et plus particulièrement le ballet, avant d’attaquer en 1993 sa série fleuve (17 volumes!) Zankoku na Kami ga Shihaisuru (残酷な神が支配する).

Sources: Wikipédia, l’interview de Matt Thorn donnée pour The Comics Journal, le site hagiomoto.net, le vieux mais excellent site Mangayomi, et le fameux traducteur approximatif que je refuse de nommer. Les images proviennent de hagiomoto.net ou de scans en chinois. Certains manga sont aussi sortis chez l’éditeur taïwanais Sharp Point Press (尖端出版), ce que je signalerai par la suite. Et pour ceux qui se posent la question, je n’ai lu aucun de ces manga.

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Une illustration qui je l’espère, met dans l’ambiance. « Le pirate et la belle » en chinois, tiré de Blue Bird.

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Reiko Okano – éditions étrangères

Reiko Okano (岡野玲子) est une mangaka connue en France pour sa série Onmyôji – Celui qui parle aux démons, édité par Delcourt. Je ne peux pas dire qu’elle est dans mon panthéon des mangaka préférés, mais je dois dire que son dessin magnifique m’a séduite. Voici un panorama de manga de Reiko Okano que j’ai pu voir en chinois, toujours en édition officielle. Le nom de Reiko Okano en chinois est le même qu’en japonais 岡野玲子. Reiko Okano semble une auteure très attachée au genre fantastique, mais elle a aussi écrit un manga de sumotori (oui c’est étonnant hein?) et un manga sentimental, Fancy Dance, prépublié de 1984 à 1990 dans le Petit Flower de Shogakukan (mangashi dans lequel on trouve tant de Moto Hagio et Shio Sato *sigh*). Sa série phare est évidemment Onmyôji, et elle travaille actuellement sur la suite Onmyôji – Tamatebako en prépublication dans le Melody de Hakusensha.

A Taïwan (chinois traditionnel)

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Titre: 摩登和尚 (Modern Monk), Titre original: ファンシィダンス (Fancy Dance), Editeur: 尖端 (Sharp Point Press), série terminée en 8 volumes, Genre: comédie sentimentale dans le Japon des années 80. Indisponible mais trouvable d’occasion sur des sites de style Taobao. En savoir plus (en italien). Chronique: oui.

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Titre: 陰陽師, Titre original: 陰陽師 (Onmyôji), Editeur: 東立 (Tong Li Comics), série terminée en 13 volumes. Voir la série ainsi au complet me fait incroyablement saliver. Vu le niveau en français, j’imagine qu’il est impossible de s’attaquer à ce manga en chinois (prions pour une fin en français un jour). Disponible en neuf sur Books.com.tw.

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Titre: 妖魅變成夜話, Titre original: 妖魅変成夜話 (Yômi Henjô Yawa), Editeur: 尖端 (Sharp Point Press), série stoppée en 4 volumes, Genre: comédie fantastique dans la Chine des Tang. Plus de photos ici. Chronique: oui. Disponible en neuf sur Books.com.tw.

onmyoji_tamatebako_chineseTitre: 陰陽師 玉手匣, Titre original: 陰陽師 玉手匣 (Onmyouji – Tamatebako), Editeur: 東立 (Tong Li), série en cours au Japon (3 volumes), 1 seul volume sorti à Taïwan (novembre 2013). Disponible sur Books.com.tw neuf.

En Italie

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Titre: The Calling, Titre original: コーリング, Editeur: Shin Vision, série complète en 3 volumes, Genre: fantasy, il s’agit de l’adaptation du roman La magicienne de la forêt d’Eld de Patricia McKillip (The Forgotten Beasts Of Eld). Il s’agit d’un roman ayant fortement marqué Reiko Okano. On peut trouver la série en vente sur amazon.it, il est possible de demander au vendeur d’envoyer le bien en France. L’édition est épuisée L’éditeur a fait faillite en 2008, et les volumes étaient commercialisés 18€ l’unité. Pages couleurs inclues au début (inutile de préciser qu’elles sont magnifiques). Chacun d’eux contient plus de 260 pages. Un coffret intégral existe également.

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Fumi Yoshinaga – Editions étrangères

Fumi Yoshinaga (よしなが ふみ) est une mangaka que j’affectionne particulièrement. Mon premier contact avec son oeuvre fut le one-shot All My Darling Daughters, alors édité dans la collection Sakka (et traduit par Marie-Saskia Raynal même si cela n’est indiqué nulle part car erreur de l’éditeur). J’y ai découvert une grande mangaka, incroyablement douée pour parler des relations humaines, avec, dans le one-shot en question, une petite pointe de féminisme. Le propos est en plus mature, s’adressant donc à un public adulte. Son style graphique est simple et sobre, voire austère et très vide au niveau des décors, mais tout cela n’a guère d’importance dés qu’on se lance à corps perdu dans la lecture de ses manga. Ses dialogues sont très fluides et son humour fait mouche. Graphiquement, ses personnages se ressemblent d’une série à l’autre. Ses personnages bruns me plaisent beaucoup.

Sentimentaux, ses manga le sont sans aucun doute, mais sans pathos. Finesse psychologique des personnages, observation des relations humaines, subtilité, sentiments et maturité sont les maîtres mots de son oeuvre. Fumi Yoshinaga est très peu traduite en France. Heureusement, ses meilleures oeuvres nous sont parvenues: All My Darling Daughters et Le pavillon des hommes, actuellement en cours chez Kana. Si cela n’est pas fait, je vous invite à lire les oeuvres citées. Le pavillon des hommes est, à ce jour, son titre le plus ambitieux. Fumi Yoshinaga fait partie de ces auteures ayant débuté avec des dojinshi de Slam Dunk avant de se lancer dans une carrière professionnelle, elle écrit donc du boys love, mais a su s’en affranchir pour toucher un public plus large, s’aventurant aujourd’hui sur le terrain du seinen. Au Japon, elle mène actuellement deux séries: Le pavillon des hommes dans le Melody de Hakusensha et Kinou Nani Tabeta? (What did you eat yesterday?) dans le Morning de Kodansha (magazine seinen). Deux sujets reviennent souvent dans son oeuvre: l’homosexualité et la nourriture, tous deux rassemblés dans le second titre cité. Enfin, elle semble apprécier l’époque de la Révolution française.

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PIL

Le nom de Mari Yamazaki sera longtemps rattaché à Thermae Romae, sa série phare qui va se terminer ce mois-ci. Néanmoins, la talentueuse mangaka est déjà sur de nombreux projets. PIL est un manga qu’elle a écrit pour le magazine Office You des éditions Shueisha, ayant pour cible un lectorat féminin et adulte. Il s’agit d’un one-shot sorti pendant la publication de Thermae Romae, et dans lequel Yamazaki y place beaucoup de vécu. En France, avec le succès que l’on sait de Thermae Romae, PIL sort chez Casterman, dans la collection Ecritures, et non Sakka, sûrement pour pouvoir toucher un public plus large. Le sens de lecture est donc de gauche à droite, et le format est grand, ce que je trouve personnellement dommage, appréciant beaucoup le format de Thermae Romae. Sans parler d’un prix élevé de 15€, vu qu’on est dans la collection Ecritures, sûrement un autre truc pour pouvoir élever le prix du manga, et un one-shot qui plus est. L’impression donc, que ce PIL ne s’adresse pas aux fans de manga, ceux qui comme moi adorent le petit format.

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Sous le titre de PIL se cache l’acronyme Public Image Limited, le nom d’un groupe punk anglais des années 80. C’est aussi la période dans laquelle Yamazaki choisit de situer son récit. Nanami est une lycéenne consciencieuse qui vit avec son grand-père, sa mère ayant décidé de se consacrer à sa carrière internationale de chanteuse. Nanami vit une passion pour le punk, et partage la valeur de ceux qui sont à l’origine de ce mouvement musical: la classe sociale des travailleurs et ouvriers de Grande-Bretagne. Elle est scolarisée dans un établissement privé plutôt huppé dans lequel on ne trouve pratiquement que des filles de bonne famille. L’ennui, c’est qu’elle n’est pas ce type de fille: elle est constamment fauchée et les fins de mois sont difficiles à cause d’un grand-père gentil et aimant, mais un peu trop dépensier. Ainsi, la vie quotidienne avec son aïeul est ponctué de disputes pécunières.

Je ne le cache pas, j’ai adoré ce one-shot. A la fois touchant, émouvant mais aussi extrêmement drôle, Yamazaki y décrit un quotidien mouvementé. A la sortie de PIL, j’ai trouvé la communication très axé punk, Angleterre et adolescente rebelle, ce que je n’ai pas réellement trouvé ici. En fait, Nanami est une adolescente qui fait de son mieux pour survivre et boucler les fins de mois difficiles, en travaillant à côté. Parce qu’elle a un aïeul légèrement irresponsable, pour la gestion du budget en l’occurrence. Elle n’est pas brimée par son grand-père, comme on pourrait le croire, ce dernier lui laissant beaucoup de liberté. Nanami souffre plutôt de sa vie scolaire, à laquelle elle ne trouve pas grand chose d’intéressant, du temps perdu alors qu’elle pourrait travailler. Ce n’est ni plus ni moins cela, une colocation difficile entre deux êtres qui s’aiment beaucoup, mais où l’argent se fait important: il faut bien vivre. Et si Nanami est chauve, ce n’est pas par rébellion, comme on pourrait le croire.

Une des nombreuses disputes opposant Nanami et son papy
Une des nombreuses disputes opposant Nanami et son papy

J’ai donc trouvé le tout raccoleur: le côté Angleterre, rock, coupe de cheveux de l’héroïne, qui est chauve. C’est cela qui est mis en avant. En réalité, on a une adolescente qui porte une affection infinie pour son grand-père, et un grand-père bienveillant, à sa manière, sur sa petite fille. C’est de cela que parle ce manga, les liens de tendresse et d’amour qui se créent entre un papy et sa petite fille. Car le vieux bougre n’est pas traditionnel, comme on pourrait le croire: il est même super ouvert, ayant lui-même vécu en Angleterre, et faisant lui-même découvrir la musique punk à sa petite fille. En réalité, c’est un homme très libre, très loin de tout conformisme à la japonaise que le grand-père de Nanami, c’est un homme joyeux, bien dans sa peau, entouré d’amis qui aime la vie. Un vieil homme qui respire la joie de vivre et surtout, qui a la forme. Car c’est aussi un des charmes des manga de Mari Yamazaki, qu’on retrouvait donc dans Thermae Romae: ces petits vieux croquant la vie à pleine dent, grand sourire aux lèvres! On est loin de la déprime des personnes âgées, et cela me fait penser à Rumiko Takahashi (Ranma 1/2).

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Mari Yamazaki a beaucoup de talent et raconte donc des petits tracas quotidien, avec tendresse et humour. Même les histoires de coeur sont bien menées, et j’ai été attendrie par le grand-père qui se donne du mal pour consoler Nanami. Il laisse sa petite fille vivre sa vie, n’est jamais étouffant ni indiscret. Quant à l’Angleterre, elle n’arrive que sur le dernier chapitre (le sixième), alors que l’on a l’impression que toute l’histoire tournera autour. Mais que nenni, et ce n’est pas uniquement par rébellion que Nanami veut quitter le Japon, mais aussi pour élargir ses horizons, et surtout, réfléchir à une orientation plus concrète dans sa vie.

Côté édition, je n’aime vraiment pas le choix de couverture de Casterman, avec son illustration coloriée à la Photoshop voire Paint, toute laide, alors que la couverture japonaise avec les couleurs de Yamazaki était tout proche dans son thème. Enfin, à la fin de l’ouvrage, la postface de Yamazaki nous apprend qu’elle a mis beaucoup d’elle en Nanami. Alors que j’ai été conquise par la personnalité de Yamazaki lors de sa venue au Salon du Livre (femme de caractère et indépendante!), ce qui m’a donné envie de me pencher sur Thermae Romae (alors que ce phénomène ne me branchait absolument pas), je n’imaginais pas que Yamazaki était partie en Europe à ses 14 ans, en solo! Lorsque Mari Yamazaki parle de sa passion pour les musiques punk et eurobeat dans les années 80, cela me fait penser à un autre manga sorti chez Casterman dans la collection Sakka Auteurs, il y a quelques années: Tokyô Girls Bravo de Kyôko Okazaki. L’introduction de Jiro Taniguchi est inutile, juste présente pour attirer le lecteur et la lectrice de Télérama, mais pourquoi pas, vu qu’il s’agit du public visé (ça aurait sauvé d’autres manga par contre).

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Lovers’ Kiss

Lovers’ Kiss (ラヴァーズ・キス) est un manga de Akimi Yoshida en deux volumes, prépublié dans les numéros d’avril 1995 à février 1996 du Flowers de Shogakukan, peu après la fin de la série phare Banana Fish. Lovers’ Kiss, pour changer par rapport à Banana Fish, est un manga sentimental avec pour sujet l’adolescence. L’histoire se passe à Kamakura de nos jours (enfin, dans les années 90). Akimi Yoshida raconte ici non pas un triangle, mais un polygone amoureux passablement compliqué, le manga se faisant ainsi connaître des amateurs et amatrices de boys love ou yuri.

Lovers’ Kiss est malheureusement inédit en France, mais gageons qu’avec le retour de Akimi Yoshida avec Kamakura Diary, un éditeur se penchera peut-être dessus. Surtout que les deux œuvres se déroulent dans le même univers et partagent des personnages en commun: Tomoaki Fujii en premier lieu (le petit ami de Yoshino), mais aussi les familles Ozaki (qui tient un commerce d’alcool) et Ogata (originaire d’Osaka) ainsi que Mikako, la collègue de Sachi. Notons aussi que les deux œuvres se déroulent au même moment, ce que j’ai compris en lisant le second opus de Kamakura Diary. Ceux qui lisent le chinois peuvent se tourner vers l’édition taïwanaise sortie chez Tong Li (dans la collection « Romance Fantasy » ha ha) sous le titre 情人的吻, trouvable en occasion uniquement, ou en scans ici. Enfin, il existe une adaptation filmique éponyme réalisée par Ataru Oika.

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Eve No Nemuri – Yasha Next Generation

Eve No Nemuri – Yasha Next Generation (イヴの眠り ― YASHA NEXT GENERATION – littéralement « Le Sommeil d’Ève ») est un manga de Akimi Yoshida (吉田秋生). Il s’agit de la suite de Yasha (YASHA 夜叉) et l’histoire se déroule 18 ans après. Eve No Nemuri  est prépublié en 2004 dans le magazine Flowers de Shogakukan et s’étale sur 5 volumes. L’héroïne de la série n’est autre que la fille de Sei Arisue, le héros de Yasha. J’ai lu cette série par l’édition taïwanaise de Tong Li Comics, en chinois traditionnel (et en édition officielle) sous le titre 沈睡的夏娃. Ce post contient des spoilers, notamment sur Yasha, puisque cette série se déroule après. Images à venir si je n’ai pas la flemme de prendre des photos.

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Yasha

J’ai décidé de réécrire un article pour parler de la série dans sa globalité, maintenant que j’ai tout (re)lu, présentant donc de nouveau la série, même si cela a été fait dans un autre post. N’étant pas très douée pour organiser mes écrits, j’essaie tout de même de « pondre » ce texte une fois pour toute (il s’agit d’un de mes combats contre la procrastination cette année, écrire même si je ne suis pas satisfaite, au moins pour les manga dont on parle peu). J’ai lu l’intégralité de la série en chinois chez l’éditeur taiwanais Tong Li Comics (en traditionnel, édition officielle pour ceux que ça intéresse, vu que la question surgit de temps à autre).

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Yasha (YASHA 夜叉 – littéralement « Démon » ou « Esprit maléfique ») est la série la plus célèbre de Akimi Yoshida (吉田秋生) après Banana Fish. Il s’agit d’une histoire mêlant complots, action et eugénisme, avec des bishônen. La série est prépubliée de 1996 à 2002 dans le Bestucomi dans un premier temps, pour ensuite migrer vers le Flowers toujours chez l’éditeur Shogakukan. L’histoire s’étale sur 12 volumes et le succès est au rendez-vous: en 2004, une adaptation drama voit le jour, ainsi qu’une suite, Eve No Nemuri – Yasha Next Generation (イヴの眠り―YASHA NEXT GENERATION – littéralement « Le sommeil d’Ève »). Cette suite qui se déroule 18 ans après la fin de la série est prépubliée dans le Flowers et compte 5 volumes. Petite remarque à ce propos, Eve No Nemuri n’est pas le prologue de Yasha comme l’affirme le dossier sur Banana Fish de Manga-news (j’ai demandé une modification plusieurs fois sans résultat). Pour ma part, avec cette histoire de jumeaux ennemis, cette histoire m’a rappelée Eternal Sabbath de Fuyumi Soryo. Enfin, il existe un art book au sujet de Yasha constitué d’illustrations représentant les deux frères nommé Double Helix.
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Yasha vol 2

yasha_vol2Le volume 2 de Yasha installe encore les éléments de l’histoire. La série de Akimi Yoshida prend donc son temps pour développer les relations entre les personnages tout en distillant des éléments importants pour la suite des évènements. En vérité, l’histoire à proprement parler commence vraiment au volume 4, quand les enjeux sont enfin définis. Le volume 2 est marqué par la rencontre de Sei et de son frère jumeau Rin, posant une fois de plus des questions quant aux origines mystérieuses de Sei, ce génie recherché de partout. Les personnages, en deux volumes, sont déjà très riches et les relations installées: les jumeaux, les amis de Sei, mais aussi les relations avec les collègues entre les jalousies et rivalités.

Rin, s’il est le portrait craché de Sei, ne lui ressemble en rien. Alors que Sei est déjà doté d’un doctorat de l’Université de Columbia à 18 ans, Rin est un garçon rebelle qui aime traîner dans un bar appelé le Lunacy où il semble être un chef parmi les voyous. Du côté de Rin, on fait donc la connaissance de Takeru, son meilleur ami, si ce n’est plus. Les fans de boys love sont donc aux anges par un duo de beaux mecs aux relations ambiguës (et d’autres duos potentiels tant il y a de mecs dans cette série). Lire la suite « Yasha vol 2 »