Errances et phylactères

Manga, éditions taïwanaises, Moto Hagio, Akimi Yoshida, bandes dessinées… du papier avant tout!

2014

Je n’ai jamais réussi à écrire le moindre « bilan de l’année passée » sur ce blog, car je suis beaucoup trop désordonnée. Et si j’essaie aujourd’hui, c’est sans doute pour combler l’absence de l’année, pour réparer un peu toutes ces lectures qui n’ont pas eu de billets dédiés (et qui l’auraient mérité). Comme je suis avant tout une lectrice, on ne verra pas grand chose à part mes lectures dans ce bilan. Rien de très structuré non plus ni de passionnant, je vais faire un malheureux listing un peu rébarbatif de mes lectures et découvertes cette année. Bonne année 2015 et bonnes lectures! Au final, le bilan n’est pas entier, n’ayant plus le courage de continuer (je m’excuse pour ce long monlogue)…

Plan austérité

Comme j’en parlais déjà dans un autre billet à propos de ma panne d’écriture dans ces lieux, l’année 2014 fut surtout une année « plan austérité ». En fin décembre 2013, je m’aperçois que le nombre de volumes non lus a rapidement augmenté. Résultat, j’ai fixé un budget bandes dessinées mensuel de 70€ pour ralentir la donne, avec pour conséquence une année assez cornélienne au sujet des achats: succomber à mes envies du moment quand je vais en librairie ou bien acheter de manière plus réfléchie, en privilégiant ce qui est difficile à se procurer. J’ai opté pour la seconde solution: prioriser les éditions taïwanaises de manga sur le marché de l’occasion, ce qui m’a privé d’achats au début de l’année, générant pas mal de frustration. Très peu d’achats manga neufs au détriment des éditeurs français en 2014: Le pavillon des hommes #9, La vie de Raffaello Santi dit Raphaël, Ecole Bleue #4, Dorohedoro #15, Bride Stories #6. Au final, j’ai réussi mon défi en trichant un peu: 75€ de bons d’achat offerts et un cadeau à moi-même pour mes 32 ans. Je retiens surtout la difficulté de résister devant chaque sortie de Cesare (il me manque donc 4 volumes), Kamakura Diary #5 (ayant lu 4 volumes en fin 2012), les nouveautés de l’automne: Six Half, Moyasimon, Altaïr, Orange, les très attendus What did you eat yesterday? (enfin acheté le volume 1 au début du mois) et Sunny.

A cela s’ajoute la technique draconienne des lots de lecture et de l’interdit bibliothèques. Les listes de lecture, j’ai essayé par le passé (pas souvent) et ça n’a jamais fonctionné. J’ai toujours commencé par ce qui était le plus simple: les manga VF en premier, et tout ce qui était en chinois, en allemand ou simplement épais se trouvait donc au fond de la pile vu que je continuais à acheter des manga. Ma technique consiste à former un lot à partir de livres provenant d’une même période d’achat (en général un trimestre) et porter son choix sur tout ce qui est disponible dans le lot en cours jusqu’à plus de choix. Une technique qui m’a pas mal aidé car j’arrivais forcément à mes Némésis. Le premier lot répertoriait tout achat avant 2013 et j’ai pris 3 mois pour en venir à bout!

Globalement, ça a porté ses fruits mais j’ai quand même triché en plaçant hors-lot: des manga de Fumi Saimon (un don d’une copine indirecte de ma mère), les TPB de Calvin & Hobbes (je devais en lire un par mois, j’en ai lu 2), l’intégrale de Little Nemo, l’intégrale de Mafalda, l’anthologie de BD alternative chinoise Special Comix #3. L’échec le plus cuisant a été l’abandon de l’avant-dernier volume de Cerebus intitulé Latter Days, et je ne sais pas si je vais retenter le défi en 2015 tellement ce fut chiant. J’ai aussi triché un peu en dispersant sur plusieurs lots des manga d’histoires courtes en chinois pour éviter toute lassitude (Le Cortège des cent démons, Uryuudou YumebanashiYume no Ishibumi). J’ai pu résister à l’automne sans achat en transgressant à mes lectures de lots grâce aux emprunts bibliothèque (bandes dessinées franco-belge et romans surtout, pas de manga).

Lectures en vrac

Découvertes

Malgré les années à lire des manga, je n’arrive pas à être blasée et je continue encore à faire des découvertes. Pour les comics et les autres types de bandes dessinées, je suis toujours en train de découvrir des choses.

rakugo_shinjuuShôwa genroku rakugo shinjû (昭和元禄落語心中) de Haruko Kumota (雲田はるこ), série issue du Itan (josei, Kodansha). J’ai découvert ce manga par sa couverture un peu austère, à l’image du Pavillon des hommes, sans me souvenir du titre. C’est Jocelyne Allen qui m’a finalement rappelé le titre du manga. J’ai fini par craquer sur le volume 1 quand je l’ai vu disponible à Taïwan. L’histoire se penche sur un grand dadais un peu idiot sortant de prison et qui fonce chez le maître de rakugo Yakumo afin de devenir son disciple. Alors que Yakumo n’en reçoit aucun, il finit par héberger ce personnage qu’il baptise Yotaro (dans le rakugo, ce terme désigne un personnage un peu idiot). Je suis immédiatement tombée sous le charme de ce manga (il me tarde de lire le volume 2) déjà pour son graphisme, mais aussi l’univers du rakugo, les relations entre les personnages et l’humour. Car c’est plutôt sur cet aspect que Kumota se penche pour le moment, et c’est plus vers Le disciple de Doraku qu’il faut se diriger pour les coulisses du rakugo. On voit que Kumota a fait du boys love vu la dynamique qui se développe entre Yotaro et son « maître », mais aussi avec le flashback du fameux maître et son rival. Je me demande si Tong Li va continuer la série, ne voyant rien dans les prévisions jusqu’en mars, avec un volume 4 sorti en juin. Un vrai coup de cœur.

wandering_sonWandering Son de Takako Shimura, série terminée au Japon en 15 volumes, issue du Comic Beam (seinen, Enterbrain). A vrai dire, j’ai longtemps espéré une traduction française de cette série de Takako Shimura, mais on a eu Fleurs Bleues. Peut-être que j’ai tort, mais j’ai finalement craqué pour l’édition américaine du titre chez Fantagraphics, et ce malgré l’aspect luxueux qui me repoussait: couverture cartonnée, grand format, prix élevé (pas moins de 15€), même découpage qu’un volume japonais. J’ai lu 7 volumes cette année et j’attends le volume 8 avec beaucoup d’impatience (mai 2015). Pour la petite histoire, Shimura se penche sur le quotidien de Shuichi Nitori, garçon en dernière année de primaire qui se pose des questions sur son identité sexuelle. A côté, on suit Takatsuki, une fille qui aimerait être un garçon. A la fin du volume 4, Nitori entre au collège et Shimura va donc vers les questions liées à la puberté. On ne suit pas que Nitori mais tous les personnages (et il y en a beaucoup) de son entourage, que ce soit les camarades de classe, la sœur de Nitori et ses amies mannequins. Le tout se lit très facilement, la narration de Shimura étant très fluide et toujours reconnaissable avec ses ellipses temporelles où l’événement marquant est souvent retransmis après. Les personnages sont extrêmement touchants et plein de sensibilités, on partage les pensées très intimes de chacun et chacune. J’ai eu un grand coup de cœur pour cette série toute en finesse et en subtilité, et je dois dire que le dessin de Shimura me charme décidément beaucoup (le trait rond et les profils, les cheveux, sur ces derniers points, il y a quelque chose de Fumi Yoshinaga!). Il paraît que la partie au lycée est moins réussie.

lollipopLollipop de Ricaco Iketani, Delcourt, série complète en 7 volumes, issue du Cookie (shôjo, Shueisha). Lollipop est une de mes grandes découvertes manga cette année. Alors que la série est sortie depuis des années, je ne l’ai curieusement jamais lue. Les avis du forum de Club Shôjo m’ont plus d’une fois donné envie, mais tout cela fut contrebalancé à chaque fois que je lisais le quatrième de couverture faisait mention d’une « Cendrillon des temps modernes », alors que les dessins me plaisaient beaucoup. Avec Lollipop, Iketani écrit son premier shôjo alors qu’elle était plutôt une josei mangaka. Madoka est une adolescente de 16 ans bien dans sa peau dont la vie bascule le jour où ses parents gagnent à la loterie et décident de réaliser leur rêve: reprendre leurs études afin de devenir médecins! Grâce à Lollipop, je découvre une mangaka du tonnerre: style de narration, humour, dessin typé josei des personnages rappelant parfois Anno dans Happy Mania notamment lors des phases où ils gueulent la bouche grande ouverte. L’histoire est très dynamique et presque sans temps mort, même si Iketani aurait tout aussi bien pu s’arrêter au volume 5, au lieu de prolonger la donne sur 2 volumes. La seconde partie où Madoka part à l’université est moins réussie: l’humour manque, l’ambiance est mélo à souhait, l’histoire d’amour ne me passionne pas et un des personnages devient réellement con. En fait, plus qu’un manga, j’ai surtout découvert une auteure qui m’a beaucoup plu. Il me tarde de lire Six Half, même si on est sur un registre plus sérieux. En feuilletant, j’ai trouvé le dessin plus maîtrisé (et plus joli) mais moins dynamique. J’aimerais bien lire Futago un jour (disponible en scans).

finderFinder de Carla Speed McNeil, inédit. A l’origine, Carla Speed McNeil sortait la série en auto-édition. Depuis quelques années, Finder est édité chez Dark Horse et c’est à cette occasion qu’est sorti un gros pavé rassemblant plusieurs histoires de la série sous le titre The Finder Library. Deux volumes de 600 pages sont ainsi sortis chez l’éditeur, la suite de la série sortant en TPB simples: Voices et cette année Third World, totalement en couleurs (toute la série était en noir et blanc). La couverture du premier pavé m’ayant immédiatement attiré, j’ai fini par l’acheter lorsqu’il fut proposé pour 6€ sur un site que nous connaissons tous (sûrement une erreur). Il est resté 2 ou 3 ans de côté parce que trop épais. Résumer la série me paraît clairement difficile, mais on a là quelque chose de tout à fait original (dans cette interview, Carla décrit sa série). Dans Finder, McNeil s’intéresse avant tout à un monde, et chaque arc est en fait une histoire indépendante, même si il y a des personnages récurrents. Dans Finder, les grandes villes (sur plusieurs étages) sont placées sous des dômes en verre, il n’y a plus de nuit ni de jour, et la société est composée de différents clans. Les personnes d’un même clan partagent un même bagage génétique et la société étant basée sur ce système, mieux vaut faire partie d’un clan pour ne pas mener une vie précaire. Dans les premières histoires, on suit surtout la famille Grovesnor composée d’une mère et de ses trois filles. Le père n’est pas du même clan, ce qui est très rare. Jaeger, autre personnage récurrent, est également un métisse du peuple Ascian (qui s’apparente aux Amérindiens). Il est très libre, n’habite nulle part et vient de temps en temps en ville. Un de ses amis le compare à un chat, et c’est un peu le cas. Jaeger est aussi un Finder et un bouc-émissaire professionnel, la première fonction étant encore obscure à mes yeux, la seconde ne lui permettant pas d’être payé. L’univers de Finder est plutôt complexe, original, et chaque page est dotée de multiples notes dans lesquelles McNeil se lâche. Elle se revendique beaucoup des frères Hernandez pour donner une idée (jamais lu pour le moment). Le début n’est pas facile à prendre en main (dessin et narration), et on se passionne réellement avec l’arc Talisman ayant pour héroïne Marcie, la cadette des Grosvenor. Cette série permet à l’auteure de parler de ce qui lui plaît, on a là de la tranche de vie, du drame familial, du thriller, des réflexions sur les lectures, de MMORPG aussi (on voit que McNeil joue, lit et regarde pas mal d’anime…). J’ai hâte de m’acheter le dernier arc (et voir le résultat de la couleur, moi qui aime tant le noir et blanc). Difficile aux premiers abords, mais carrément immersif!

atagoul_tamatebakoAtagoul Tamatebako (アタゴオル玉手箱) de Hiroshi Masumura (ますむらひろし), série terminée en 9 volumes, issue de Comic Moe (コミック・モエ) et Comic Fantasy (コミックFantasy) (seinen?, Kaiseisha). J’ai découvert Atagoul par un article de Shaenon Garrity pour le blog du Comics Journal, et tout cela en faisant des recherches sur Moto Hagio en 2012 (j’ai découvert plein de choses par Moto Hagio: Margaret Atwood, Ursula Le Guin, les mangaka du Groupe de l’an 24). Les images de l’article m’ont immédiatement conquise et frustrée car le manga est inédit. C’est par hasard que j’ai appris l’existence d’une édition taïwanaise épuisée chez Sharp Point Press et j’ai fini par acheter la série en 2013 puis la flemme s’en est mêlée. Atagoul a été adapté en film d’animation 3D (que je trouve assez laid) sous l’ortographe Atagoal. Il paraît que les studio Ghibli auraient approché Masumura. Les univers de Masumura et Miyazaki sont tous deux pleins de féerie et j’aurais bien aimé voir le résultat d’une telle adaptation. Atagoul est un univers dans lequel Masumura revient souvent, et sur plusieurs séries: Atagoul Monogatari (アタゴオル物語) (6 volumes) en 1976, Atagoul Tamatebako (アタゴオル玉手箱) (9 volumes) en 1984, Atagoul (アタゴオル) (2 volumes) en 1994 et Atagoul wa neko no mori (アタゴオルは猫の森) (18 volumes) en 1999. Cet homme semble aimer dessiner les matous, il a aussi adapté Train de nuit de la voie lactée en manga avec des chats, et ce dernier été adapté en film d’animation. Atagoul est le nom d’une forêt dans laquelle cohabitent des chats géants doués de parole et des humains, chacun vivant dans une maison en forme de fruit ou légume. Hideyoshi, le gros chat jaune qu’on voit sur les couvertures, est surtout gouverné par son estomac. Les histoires peuvent être lues séparément et souvent, il s’agit d’aller chercher une pieuvre géante ou autre poisson géant pour satisfaire la gloutonnerie de Hideyoshi (celle-ci est telle qu’il est interdit de séjour dans les restaurants du coin). Les aventures n’ont parfois aucun sens, et Masumura ne manque pas d’imagination, comme cette pêche aux poissons lune afin d’aller sur la lune et se rendre à un café! D’autres personnages entourent ou plutôt supportent et se laissent entraîner par Hideyoshi (je les plains). J’ai adoré cet univers féerique et surtout le trait super joli de Masumura, mais la lecture en chinois fut assez difficile, entre les noms de plantes et autres jeux de mot. Enfin, on voit dans une illustration couleurs un sosie du chat-bus de Mon voisin Totoro! Depuis, Atagoul Tamatebako est disponible en scantrad (un chapitre en anglais). Références en chinois: 艾塔戈爾魯百寶箱, 增村博, 尖端.

lady_detectiveLady Detective de Lee Ki-Ha et Jeon Hey-Jin, série terminée en 6 volumes, manhwa, Clair de Lune. Une série totalement passée inaperçue et découverte au hasard sur Manga News, notamment grâce à un titre que j’ai trouvé ridicule… Clair de Lune aime bien sortir ses séries par grappe de plusieurs volumes, et ce fut le cas pour les 6 volumes de Lady Detective qui ont dû faire un passage éclair: 3 premiers volumes au milieu du mois de mai, les 3 suivants au début du mois de juin! Je n’ai pour le moment lu que le volume 1 trouvé d’occasion (le volume neuf coûte 8€ pour un petit format) et je ne suis pas déçue. Les dessins ne sont pas originaux mais réussis, la narration est fluide, la dynamique entre les personnages me plaît et l’enquête du volume m’a plu. L’ambiance Angleterre victorienne dépayse, avec tout ce qu’il faut de bonnes manières, de sexisme et de robes, sans parler du majordome bishônen. Ce titre a donc pas mal d’atouts et fait un excellent divertissement. Il fallait juste le sortir « normalement ». Pour la petite histoire, on suit Lizzie Newton, jeune fille de bonne famille qui s’intéresse plus aux enquêtes qu’autre chose. Elle cache aussi son identité d’écrivain à succès de romans policiers, chose inconvenante pour une jeune fille bien élevée. Un manhwa qu’on peut ranger en librairie à côté de Emma de Kaoru Mori pour un coin Angleterre victorienne.

papa_told_mePapa told me de Nanae Haruno, anthologie en 3 volumes chez Kana, issue de Cocohana et Young YOU (josei, Shueisha). Papa told me fait 27 volumes dans sa totalité, il s’agit d’une série très célèbre au Japon. Kana a fait le choix (judicieux, vu le potentiel commercial) de publier en France l’anthologie reprenant les histoires préférées de Nanae Haruno. A mes yeux, elle est un peu passée inaperçue, les couvertures ne me parlaient pas mais surtout, je n’aimais pas du tout le titre. Enfin, Delcourt sortait Un drôle de père auquel je n’ai pas du tout accroché et je pensais trouver le même univers. J’ai eu bien tort au final, et les chroniques de Sorrow sur Manga News me l’ont prouvé. L’univers de Papa told me n’est pas ancré dans le réel comme Un drôle de père, on ne sait pas réellement où se situe l’histoire, ni quand. Pas mal d’éléments imaginaires qui ne sont pas là pour me déplaire non plus. On suit un père veuf et sa fille (en primaire), celle-ci étant particulièrement intelligente et aimant les livres (et son papa bien entendu). Le quotidien y est montré, mais aussi les escapades de Chise pour un petit thé, des chats, une bibliothèque, une boutique étrange, une artiste de rue. Les histoires ne se suivent pas (pas de continuité réelle, l’anthologie se fiche bien de l’ordre, on passe du chapitre 45 à 5 puis 21 par exemple!) et Haruno transporte le lecteur dans un univers très particulier. Le rythme est par contre très lent et le dessin particulier ne plaira pas à tout le monde. Et c’est ce style graphique (ces nez, ces visages très simples), cette narration qui m’ont plu, un peu comme avec Lollipop, j’ai découvert par Papa told me une mangaka avant tout. Nanae Haruno est malheureusement peu traduite, mais Pieta et Double House, deux travaux plus courts (2 et 1 volumes) sont disponibles en scantrad (toujours pas lu, mais je n’espère pas une sortie ici). Une belle surprise!

ecole_bleueEcole Bleue de Aki Irie, série terminée en 4 volumes chez Kana, issue de Comic Beam (seinen, Enterbrain). Voici un autre manga sorti depuis des années. Là, j’ai au moins lu le volume 1 en bibliothèque et n’aimant pas les histoires courtes, je n’avais pas du tout accroché. C’est en découvrant des dessins de Ran to Haiiro no sekai (disponible en scantrad) que j’ai redécouvert Aki Irie, du moins graphiquement. Ce nom ne m’était pas inconnu et pour cause: Ecole Bleue est sorti chez Kana il y a quelques années, et la chronique de Morgan sur le site de Mangaverse m’a de nouveau convaincue. Aki Irie est une manga au style de dessin rond et chaleureux très proche de Kaoru Mori, toutes deux publient d’ailleurs leurs séries dans le même magazine (Harta chez Enterbrain, Comic Beam par le passé, Fellows aussi). Ecole Bleue est en réalité un recueil d’histoires courtes sur 4 volumes. On y retrouve de tout: des histoires de fantasy costumées avec des princesses, des tranches de vie, de la romance, et toutes ont cette ambiance particulièrement chaleureuse, douce, pleine de magie, qui ne peut que séduire. Mention spéciale aux dessins de la princesse orientale (le magnifique sarouelle *__*) et à l’histoire du volume 4 avec une mère et ses fils. J’ai été tellement happée par cet univers que j’ai acheté le dernier volume neuf.

queen_and_countryQueen & Country de Greg Rucka et divers illustrateurs, intégrale en 4 volumes chez Oni Press (disponible en français chez Akileos). Entre cette série et moi, ce fut le jeu du chat et de la souris. Je bave sur les dessins en noir et blanc de cette série depuis longtemps, mais j’ai été plus ou moins traumatisée par le nom de Greg Rucka (mauvais souvenir d’un Ultimate Daredevil & Elektra) et le format d’Akileos était trop imposant à mon goût (en réalité, la même taille que Courtney Crumrin que je me suis pourtant acheté). J’ai découvert l’édition intégrale américaine en petit format très compact (plus de 300 pages) un peu avant ma lubie du budget: je n’ai pu me l’acheter au début de l’année, puis quand j’ai enfin pu, le volume 1 coûtait de plus en plus cher. J’ai réussi à l’acheter d’occasion à un prix raisonnable: jamais reçu. En décembre, je le reprends d’occasion (pas cher cette fois) en « Très bon état » pour que la Poste me l’abîme, ce qui fait un dos tordu pour un joli livre. Bref, ce livre et moi n’avons AUCUNE affinité! Pourtant, je dois dire que je suis totalement éblouie par ce que j’ai lu. Une belle claque tellement c’était génial au niveau narration. Le tout est immersif, on suit les services secrets britanniques et en particulier une femme de terrain: Tara Chace, et ses collègues, ses rapports avec la hiérarchie, les interactions avec partenaires comme la CIA, les effets psychologiques après une mission. De l’espionnage (je ne pensais pas en lire un jour!) mais pas du James Bond, le ton étant plutôt réaliste. Les changements de dessinateurs à chaque histoire font que l’on doit se remettre dans le bain pour reconnaître les personnages mais chaque dessinateur apporte son style: trait gras pour Steve Rolston, trait plutôt fin (puis noir et blanc argentin très reconnaissable) sous Leandro Fernandez (le chef de Chase ressemble beaucoup au Capricorne d’Andreas, troublée!). Rucka semble excellent pour raconter des histoires d’hommes et de femmes travaillant sur le terrain, on retrouve cette particularité dans Gotham Central par exemple. Tout simplement excellent et à découvrir d’urgence. Et que dire des couvertures de Tim Sale… Pour l’instant, je n’ai lu qu’un seul volume (hâte de voir Carla Speed McNeil dans le volume 2).

books_of_magicThe Books of Magic (la série régulière) de John Ney Rieber et Peter Gross, 75 numéros (50 repris sur 7 TPB). Je suis assez fan de l’univers magique de Vertigo (années 90, quand l’univers était encore lié à DC) et il faut dire que The Books of Magic a toujours piqué ma curiosité. Au départ de cette série se trouve Neil Gaiman, qui écrit une mini-série de 4 épisodes sur Timothy Hunter, un adolescent malheureux de la banlieue de Londres destiné à devenir le plus grand magicien de l’univers Vertigo. Dans cette mini-série, il est chapeauté par la Trenchcoat Brigade (John Constantine, Phantom Stranger, Mister E et Doctor Occult) qui lui révèle son pouvoir en lui faisant visiter divers mondes. Après cela, Tim revient dans un crossover mettant en scène tous les enfants de l’univers Vertigo intitulé Children Crusade dans lequel il est kidnappé par un certain Tamlin. Une série régulière voit le jour, avec John N. Rieber au scénario jusqu’à l’épisode 50, et Peter Gross, dessinateur, endosse la casquette de scénariste pour les 25 numéros suivants. Les TPB de Vertigo ne reprennent que les 50 épisodes de Rieber et rien d’autre. Si bien que dés le premier épisode, on se sent bien perdu car des personnages débarquent et Tim semble les connaître: Tamlin par exemple. Au début de la série, Tim apprend ses véritables origines: sa mère est la reine des Faerie Titania (celle qu’on voit dans Sandman) et son père Tamlin, un humain qui peut se transformer en rapace. Le tout reste tout de même intriguant, et j’ai sauté sur l’occasion car des TPB étaient disponibles à prix raisonnable, car cette série est difficilement accessible sinon. Le scénario de la série est parfois tordu (le volume 2 où Tim doit affronter un lui futur devenu connard et esclave d’un démon) et confus mais la magie est là et je dois dire qu’il y a un cachet, une ambiance sombre particulière très prenante (mais moins trash que les autres titres Vertigo de l’époque). Le personnage de Tim Hunter est touchant en adolescent malheureux, mais parfois agaçant sur les derniers volumes, que ce soit dans ses rapports avec sa famille terrestre ou sa petite amie Molly. A noter que la partie où Tim rencontre Tamlin est reprise dans un recueil intitulé The Books Of Faerie (il faut le savoir) où sont racontées les origines de Titania, recueil assez terne et peu passionnant mais juste informatif (ce qui ne m’a pas donné envie de lire le suivant consacré à Auberon). J’ai toujours eu du mal avec le dessin de Peter Gross parfois plaisant parfois fade ou laid. Les couvertures de Michael Kaluta sont très belles. Une série pas excellente, mais attachante et prenante, avec des arcs allant parfois du coq à l’âne.

the_unwrittenThe Unwritten de Mike Carey et Peter Gross, prévue sur 11 TPB (fin en 2015), 2 volumes sortis chez Panini, Urban ne s’est pas encore prononcé pour sortir la suite. Encore une fois une série sur laquelle j’ai longtemps réfléchi avant de l’acheter. Les couvertures de Yuko Shimizu sont sublimes, mais le dessin de Peter Gross, encore une fois, me paraît extrêmement fade. De plus, la série sortant en France, j’ai plus ou moins pensé à faire un essai en bibliothèque avant, et le temps passe finalement très vite. Au final, j’ai acheté la série en anglais (après avoir lu un excellent dossier consacré à Mike Carey dans Scarce) et je ne le regrette absolument pas. J’ai pour le moment lu 3 volumes, tentant de suivre la série à un rythme mensuel. The Unwritten est mené par un duo que je connaissais déjà, Mike Carey et Peter Gross ayant travaillé sur Lucifer (que je ne peux conseiller car je n’en conserve aucun souvenir), série spin-off de Sandman. Le nom de Peter Gross me file la chair de poule, tant j’ai trouvé son dessin fade sur Lucifer, et ce sentiment s’est intensifié dans The Unwritten (mais ce n’est pas vrai dés que Gross n’illustre plus la vie réelle). Mike Carey est par contre très inspiré. L’histoire est difficile pour moi à résumer mais en gros, The Unwritten est une série sur la force de la fiction sur nous tous. Le tout commence avec Thomas Taylor, fils de Wilson Taylor, auteur culte d’une saga de jeune sorcier en 13 tomes dont l’engouement est comparable à celui de Harry Potter. Wilson Taylor a mystérieusement disparu depuis et Thomas participe régulièrement à des conventions. Car le héros de la saga s’appelle Tommy Taylor et est inspiré par Thomas. L’univers de Tom bascule le jour où il rencontre Lizzie Hexam, remettant en doute son existence même, il se pourrait que Tom ait été créé par les mots de son père. S’ensuit une longue quête d’identité où il faut déjouer les plans machiavéliques de la Cabale, une mystérieuse organisation tirant les ficelles du monde de la fiction. La lecture n’est pas toujours simple et très dense et la relecture ne fait sans doute pas de mal. Je suis complètement devenue accroc à cette série, surtout avec le volume 3 qui comporte un chapitre sur le mode « Un livre dont vous êtes le héros ». Les dessins sont fades mais clairs, et l’histoire de Carey est passionnante. La magie prend, tout simplement. Mention spéciale au chapitre sur la propagande Nazie ou Rudyard Kipling.

Continuité

Dans cette partie, je vais tenter de m’exprimer sur les lectures ne résultant pas d’une découverte, mais découlant de mes lubies habituelles: est em, Ichiko Ima, Moto Hagio, Reiko Okano, Fumi Yoshinaga, Taiyou Matsumoto, Yumi Tamura, Reiko Shimizu, etc… Des lectures dans la continuité de ce que je connais déjà, en somme. Concernant Ichiko Ima, j’ai surtout continué de creuser plus loin que Le cortège des cent démons, allant même à la découverte de ses boys love, afin de mieux connaître son travail. Je me contentais jusque là d’acheter ses manga fantastiques uniquement. Jusque là, j’ai tout aimé de ce que j’ai lu d’Ima, seul le one-shot Kyouka Ayakashi Hichou (adaptation d’un light novel) m’a un peu déçue. Difficile de poursuivre ce billet car j’ai finalement lu plein de choses, même chez mes auteurs fétiches! J’ai aussi pu découvrir Hi Izuru Tokoro No Tenshi de Ryôko Yamagishi, puis Yume No Ishibumi de Toshie Kihara, pour rester sur le groupe de l’an 24.

marginalMarginal (マージナル) de Moto Hagio, série terminée en 5 volumes (tankôbon), issue du Petit Flower (josei/shôjo?, Shogakukan). Marginal est LE titre qui m’a fait découvrir Moto Hagio, du moins graphiquement. La mention SF me plaisait, étant à l’époque en plein dégoût des shôjo romantiques. En voyant des images de Marginal, j’ai été surprise du trait aussi « moderne » (si je puis dire) de Moto Hagio, pour un manga datant de 1985. Marginal fait partie des œuvres de SF de la mangaka, et la plus longue qu’elle ait écrite dans le genre. Dans cette série, Hagio s’intéresse à un futur lointain sur Terre où la population rencontre des problèmes de renouvellement. Le monde est peuplé d’hommes uniquement, et une seule femme, la Mère, est chargée de faire des enfants après une offrande de sperme dans un temple. En réalité, le monde de Marginal cache bien des secrets, et tout ceci est chamboulé avec la rencontre d’un homme du désert avec un mystérieux jeune homme qui a complètement perdu la mémoire. La série est disponible en scantrad en anglais par Pink Panzer, et j’ai commencé ainsi avant une longue pause (ça a bien repris depuis). J’ai fini par acheter l’édition taïwanaise d’occasion pour terminer le tout après un essai infructueux en scans chinois. L’histoire m’a beaucoup plu, pleine de mystères et très intéressante, bien racontée, dense, mais surtout très riche (mais ma lecture date maintenant) et supportant bien des relectures.

barbara_ikaiBarbara Ikai (バルバラ異界) de Moto Hagio, série terminée en 4 volumes, issue du Flower (josei, Shogakukan). Avec Marginal, on a là l’autre série importante de SF de Hagio. Une série qui m’a paru mystérieuse par son scénario découvert lors de l’interview de Matt Thorn pour The Comics Journal: Aoba est une jeune fille dans le coma depuis 9 ans que ses parents ont été assassinés. Surtout, on a découvert dans l’estomac de la jeune fille le cœur de sa mère, et ses rêves très étranges semblent influencer le futur de la Terre (il s’agit d’un futur où une technique avancée permet de voir les rêves des autres comme un film). Un psychologue japonais parvient à entrer dans les rêves des autres et sa mission est donc de découvrir le mystère autour de Aoba. Celui-ci a un fils qui semble aussi lié à Aoba, même s’ils ne se connaissent pas. Un manga très difficile à résumer en somme, car le scénario est éclaté et plutôt original dans le genre. Graphiquement, on a là une Moto Hagio des années 2000 (son dessin post années 1990 qui me plaît moins que celui des années 1980), au trait et aux compositions bien moins marquante que jadis. Même si la série date de 2002, elle a une ambiance proche des manga fantastique des années 1980-1990, tels que Please save my earth de Hiwatari! On y retrouve ces thèmes avec les rêves, les cheveux très longs, une ambiance plutôt douce, des traumatismes mais aussi des pouvoirs psi, des rencontres sur les toits d’immeubles en volant dans le ciel. Le scénario choral est complexe et beaucoup de choses s’enchevêtrent. Encore une fois, Moto Hagio a besoin de peu de volumes pour raconter une histoire dense et pleine d’événements (sa narration est ainsi qu’on a le sentiment de sortir de 10 volumes!) et de rebondissements (parfois tirés par les cheveux sur la fin). J’ai eu du mal à trouver les personnages attachants, mais on a là un excellent manga qui supporte, encore une fois, de nombreuses relectures. Comme souvent chez Hagio, le personnage de la mère est peu sympathique (ici, elle est comme à moitié folle). En chinois, la série est assez rare et j’ai dû sauter dessus quand je l’ai croisée à un prix raisonnable. Curieux alors que c’est la plus récente de ses séries à Taïwan (éditeur Sharp Point Press).

hyakki_yakoushouLe cortège des cent démons de Ichiko Ima, 23 volumes en cours, issue du Nemuki. Ceux qui connaissent Le cortège des cent démons sont en terrain connu. Pour faire court, voici une excellente série de yôkai (la meilleure!) cruellement stoppée depuis des années au volume 6 par Doki-Doki. Un deuil douloureux s’est ensuivi et une idée a germé dans mon esprit: continuer la série en chinois si elle existe. Et en effet, celle-ci existe, avec des volumes épuisés (le début de la série, j’ai toujours un volume 14 manquant). La série mêle habilement fantastique par ses yôkai, vie quotidienne d’une vieille famille japonaise assez traditionnelle et pas mal d’éléments comiques comme Ima sait si bien le faire. J’ai lu les volumes 7 à 21 sans me lasser (c’est tellement amusant), et je dois dire que c’est parfois éprouvant et pour cause: il y a plus de cases que la moyenne dans les planches de Ima (densité commune avec Moto Hagio, son idole de toujours), beaucoup d’informations mais surtout des scénarios pas toujours faciles à suivre (intrigues parfois parallèles). A vrai dire, à cause du deuil douloureux, je n’ai jamais osé écrire un billet sur Le cortège des cent démons, et je profite de ce bilan un peu bordélique pour le faire. Mais ATTENTION SPOILERS car il se passe quelques petits trucs depuis les 6 premiers volumes. Les personnages continuent à évoluer, évidemment, et la série reste toujours aussi excellente. Ritsu parvient à entrer à l’université, a un semblant de vie sociale et se fait même quelques amis, Tsukasa a un petit ami (tout à fait banal) même si la mère de Ritsu et sa grand-mère (et les oiseaux) aimeraient bien la caser avec son cousin, Ritsu libère du monde des yôkai son oncle Kai ayant les mêmes facultés et porté disparu depuis 26 ans (il a de nouveau disparu depuis le volume 19), il a aujourd’hui 46 ans et tente de s’insérer en société, puis surtout, Akira perd Saburo qui, pour une raison que je n’ai pas comprise, n’a plus d’énergie pour rester sous une forme humaine et doit retourner dans son jardin miniature, pour le moment, il est resté en coq. Akira tente aussi de rencontrer une autre personne (parfois des rencontres arrangées!).

uryuudou_yumebanashiUryûdô Yumebanashi (雨柳堂夢咄) de Akiko Hatsu (波津彬子), 14 volumes en cours, issue du Nemuki (shôjo fantastique, Asahi Shinbunsha). 12 volumes lus, en chinois. Série découverte par l’entremise de Ialda, ses couvertures dégageant une ambiance proche du Cortège des cent démons m’ont immédiatement attirée. En enquêtant sur Akiko Hatsu, on découvre aussi qu’elle est, avec son amie Yasuko Sakata, à l’origine du mot yaoi. Elle a été l’assistante de Moto Hagio. Outre ces détails la rendant clairement sympathique à mes yeux, elle écrit surtout des manga de yôkai plutôt courts. Uryûdô Yumebanashi est sa série la plus longue, et celle-ci n’en est pas véritablement une. En effet, il s’agit plutôt d’histoires courtes fantastiques mettant en scène fantômes ou yôkai, avec quelques personnages récurrents. Souvent, même, le jeune homme qui orne les couvertures n’est qu’un personnage de fond, le personnage principal de l’histoire étant un personnage non récurrent. L’histoire se passe au Japon du début du XXème siècle (ère Meiji) autour d’une boutique d’antiquités. Le jeune Ren donne un coup de pouce à la boutique de son grand-père, Uryûdô (saule pleureur). On n’apprend jamais rien sur Ren, à part qu’il a un don pour voir ce qui sort de l’ordinaire. C’est un personnage mystérieux. Les antiquités sont souvent hantées, et c’est plutôt sur elles que Hatsu focalise son récit. Ainsi, un vieux sorti d’une peinture chinoise peut voler une pêche d’une autre peinture, par exemple. Les histoires ont un ton parfois mélancolique, l’ambiance est assez romantique, plus que dans Le cortège des cent démons, et on sent tout l’amour de Hatsu pour les vieux objets tant ceux-ci sont joliment représentés. Elle semble aussi aimer les objets chinois (une autre série porte le titre Lady Chinoiserie) et anglais. En tant que buveuse de thé, j’ai adoré l’histoire où une théière est hantée par un fantôme chinois très mignon. Enfin, il arrive à Hatsu de dessiner des animaux folkloriques comme le tapir qui aspire les mauvais rêves, ou un sanglier magique. Quant aux personnages récurrents gravitant autour de la boutique, on a aussi un faussaire et une orpheline avec une intrigue survenant sur plusieurs volumes, mais rien de plus niveau intrigue récurrente. Enfin, notons qu’on trouve dans les pages publicitaires Le Cortège des cent démons, The Top Secret et Onmyôji, que des best-sellers en France.

ryuu_no_nemuru_hoshiRyuu no Nemeru Hoshi (竜の眠る星) de Reiko Shimizu, série terminée en 5 volumes, issue du Lala (shôjo, Hakusensha). Aimant beaucoup Princesse Kaguya et m’intéressant aux shôjo de SF, j’ai fait un essai avec la série longue reprenant les personnages fétiches de Shimizu, les androïdes Jack et Elena. Cette série dont le titre veut dire (à peu près) « la planète des dragons endormis » date des années 1980, elle est antérieure à la série longue Tsuki no Ko (Moon Child, jadis édité en entier chez CMX aux Etats-Unis). On retrouve donc un graphisme un peu ancien de Shimizu, et cela se voit plus au niveau des coupes de cheveux et des vêtements que dans le trait même, celui-ci étant déjà très joli à l’époque. Ma lecture date désormais, mais je vais tenter de raconter un peu. Les androïdes Jack et Elena paraissent dans plusieurs one-shot de Shimizu, et Ryuu no nemeru hoshi est la seule série longue avec ces deux personnages. Elle permet aussi de connaître le passé d’Elena. Jack (le brun) est un androïde imparfait: il a des défauts comme tous les humains. Au contraire, Elena (le blond, androgyne, évidemment) est un androïde parfait: il sait tout faire et a des capacités hors-normes. Malgré son nom féminin, ce n’est pas une femme, il est d’ailleurs particulièrement misogyne. Les deux voyagent à travers l’espace afin d’accomplir des missions. A l’époque de cette série, Jack et Elena partagent un petit appartement et doivent payer des factures. Ils acceptent donc une mission à laquelle Elena ne voulait pas participer, suite à un mauvais feeling quant à la destination: la planète des dragons endormis. Sur cette planète, deux peuples se font une guerre depuis longtemps, et les deux sont chargés d’assassiner une personne importante. Ils sont embarqués dans cette guerre et dans le passé d’Elena. Cette série de 5 volumes est très dense et en même temps un peu mal rythmée. C’est donc une semi-déception, la fin est très précipitée car il y a de l’action et de l’émotion à gogo, avec trop d’événements, mais le début met pas mal de temps à démarrer. Ça a un peu vieilli, ou alors c’est moi qui suis trop vieille, n’ayant pas été prise par les émotions des personnages, même si l’intrigue autour de Elena est intéressante. Certains personnages sont assez pénibles aussi, comme Shimizu sait bien les faire, il suffit de lire Princesse Kaguya pour s’en rendre compte.

yakumo_tatsuYakumo Tatsu (八雲立つ) de Natsumi Itsuki, série terminée en 19 volumes, issue du Hana To Yume (shôjo, Hakusensha). Natsumi Itsuki est une auteure de shôjo connue pour écrire des shôjo fantastiques. Yakumo Tatsu est sa plus longue série. Si elle est peu traduite ici, ses manga ont souvent été portés à l’écran: des noms tels que Hanasakeru Seishounen ou Jyu-Oh-Sei vous diront peut-être quelque chose. En France, sa seule série traduite est Vampir, un seinen, chez Panini (5 volumes, en pause au Japon). Yakumo Tatsu est une longue saga des années 1990 dans une ambiance shinto et mettant en scène la recherche de 7 sabres aux pouvoirs puissants. On suit l’histoire de deux jeunes hommes: Nanachi est un étudiant très gentil et simple tandis que Karuki est un lycéen taciturne et très beau garçon issu d’une grande famille traditionnelle. Les deux garçons se prennent d’une profonde amitié et ont tous deux des pouvoirs spirituels. En même temps, l’auteure donne un aperçu de leur vie sans doute antérieure, à l’époque du Yamato. Ce scénario, et surtout le début, mettant en scène deux bishônen que tout oppose, ravit les fujoshi. Si le premier volume est très réussi avec son ambiance sombre et fantastique au milieu des montagnes de la province Izumo, le rythme retombe très vite pour se concentrer sur la vie quotidienne des personnages, avec des rencontres d’esprits, fantômes et autres énergie négative dégagée par d’autres personnes, et qu’il faut purifier par le sabre (rôle de Kuraki). Mais surtout, l’auteure se concentre sur les relations entre les personnages, surtout les filles qui tombent en pâmoison devant le « beaaaaauuuu » Kuraki. En cela, c’est très décevant et juste agaçant (la sœur de Nanachi la première) avec toutes sortes de jalousies et même une superbe histoire d’inceste. Les drames familiaux sont nombreux entre le mec qui veut tuer son père, qui hait sa mère (et toute femme, misogynie par traumatisme). Les personnages sont nombreux mais peu sont attachants. Au final, je pensais trouver un manga fantastique et je me suis plutôt retrouvée avec des histoires de cœur, le rythme étant en plus assez lent, j’ai donc mis du temps pour venir à bout des 19 volumes. Les souvenir sont lointain et j’ai été assez déçue par cette série. En revanche, j’ai adoré le manga de Jyu-Oh-Sei.

nekomix_genkitan_torajiNeko Mix Genkitan Toraji (猫mix幻奇譚とらじ) de Yumi Tamura, 7 volumes en cours, issue du Zôkan Flowers (josei, Shogakukan). 5 volumes lus, en chinois. Acheté un peu en même temps que Atagoul Tamatebako parce qu’il y a un chat. Et aussi parce que Yumi Tamura, et que j’aime beaucoup 7 SEEDS. Il s’agit d’un manga d’aventure dans un monde fantasy où les humains font la guerre à des souris… ridicule? Les souris ont des pouvoirs magiques et suite à cela, de nombreux animaux sont devenus des « mix » d’humains et d’animaux. Notre héros est Paiyan, un grand guerrier du royaume qui combat des souris. Alors qu’il est constamment au front, loin de sa femme et de son fils, ceux-ci ne sont plus là lorsqu’il rentre pour les voir: son fils a été kidnappé et sa femme a disparu. Seul reste Toraji, un chaton-mix, ancien animal de compagnie de son fils. Paiyan entreprend donc un voyage avec Toraji afin de retrouver la souris ayant kidnappé son fils, et prend conscience de sa paternité. C’est un manga que je trouve curieux dans un josei: de la fantasy, un guerrier en guise de héros, affublé d’un chat! Au final, le manga est prenant et Tamura utilise pas mal de ficelles communes avec 7 SEEDS pour susciter l’émotion de son public. C’est bien raconté, et les animaux-mix sont plutôt rigolos, mention spéciale au poisson-mix! Mais surtout, l’histoire s’avère intéressante alors qu’elle peut paraître ridicule lorsqu’on lit le synopsis…

the_callingThe Calling (コーリング) de Reiko Okano, série terminée en 3 volumes, adaptation du roman fantasy La Magicienne de la forêt d’Eld de Patricia McKillip. Une folie. Une folie car j’ai acheté cette série en italien, langue que je ne lis absolument pas, pour mes 31 ans. A vrai dire, je voulais surtout avoir des planches de Okano sous les yeux, surtout dans un environnement médiéval européen. J’ai tout de même opté pour une langue latine par rapport à une version originale en japonais, et j’ai bien fait car j’ai pu « comprendre » l’histoire malgré tout. Enfin, j’ai également acheté le roman d’origine au cas où je ne comprendrais rien et j’ai aussi pu découvrir Patricia McKillip! L’histoire est celle de Sybel, une belle jeune femme qui a toujours vécu dans la forêt autour de ses bêtes magiques. Dotée d’un grand pouvoir, elle peut appeler n’importe qui auprès d’elle, mais ne parvient pas à appeler le grand oiseau Liralen. Un jour, le prince Coren de Sirle vient troubler cmagicienne_foret_eldette vie tranquille en lui amenant un bébé: le fils de sa tante, qui est réclamé par deux royaumes en guerre. Sybel finit par élever l’enfant qui est finalement rattrapé par le monde humain. Il s’agit d’une histoire de fantasy bien loin des grandes saga avec quêtes qui se vendent bien dans les librairies. Ici, c’est calme, c’est concis et il ne s’y passe pas grand chose, du moins en apparence. Le manga semble très fidèle au roman original et les dessins de Okano sont merveilleux, c’est sûrement le plus beau manga de l’année à mes yeux, surtout la fin en tapisserie de Bayeux. Les trames sont très belles, relevant en plus les différentes textures, les pierres ou les tapisseries. Que ce soit le roman ou le manga, les deux œuvres sont excellentes.

onmyoji_tamatebakoOnmyôji – Tamatebako (陰陽師 玉手匣) de Reiko Okano, série en cours, suite de Onmyôji, issue du Melody (josei, Hakusensha).1 volume lu, en chinois. Avec Onmyôji – Tamatebako, Okano signe son retour sur le personnage de Abe No Seimei. Cette série se situe après la fin de la série Onmyôji, et je n’ai pu résister quand je l’ai vue disponible en chinois. A l’origine, je l’ai achetée juste pour regarder les dessins car mon niveau en chinois n’est pas très élevé (et je dois dire que j’ai baissé les bras devant une sortie ici vu le rythme, je serais déjà contente d’avoir les 13 volumes chez Delcourt!). Devant l’absence de sortie de Onmyôji chez Delcourt cette année, j’ai fini par tenter une lecture. Ce qui marque dans ce manga, ce sont les graphismes de Okano: le tout est au fusain (et c’est magnifique, surtout les pages couleurs), mais niveau design, je suis un peu déçue de voir que tout le monde a pris du poids (le menton de Seimei)! Pour ce qui est de l’histoire attention, mini-spoilers: Le manga suit le fils de Abe No Seimei et Makuzu, et il faut dire que l’enfant a bel et bien hérité des personnalités de ses deux parents! Il a pour précepteur un parchemin hanté qui peine beaucoup à s’occuper de lui: son intelligence n’a d’égal que son désir de liberté, caractérisé en plus par beaucoup de facétie et de malice. Bref, il fait ce qu’il veut! Dans le volume 1, Seimei revient à Heian après avoir passé du temps à l’extérieur de la ville en compagnie de sa « mère » (je ne sais pas si j’ai pas tout compris, ou si ça a un rapport avec la série d’origine qui n’est pas terminée ici), et il se trouve à une histoire de brigands que raconte Makuzu au parchemin. La fin du volume voit le fils et ses pouvoirs spirituels très forts, puisque des statues de divinités bouddhistes lui obéissent…

Pour ceux qui sont arrivés au bout (je vous remercie!!!!!), je termine ici pour le moment, n’ayant pas le courage de continuer… 

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Le rayon de la mort

Daniel Clowes fait partie de ces auteurs phares du comics indépendant. Son univers est fait de personnages évoluant (ou déambulant) dans une banlieue morne où il ne se passe rien. Ils sont souvent aigris, frustrés et misanthropes. Le titre le plus célèbre de Daniel Clowes est sans conteste Ghost World, qui a même donné lieu à une adaptation filmique. J’ai découvert Daniel Clowes par le biais de Adrian Tomine, et j’ai débuté avec Ice Haven, un récit ayant une excellente réputation mais qui m’a peu passionnée. De même pour David Boring, également très célèbre, mais dont le premier sentiment correspondait au patronyme du protagoniste. Ce n’est qu’avec Ghost World, mais surtout Comme un gant de velours pris dans la fonte que j’ai commencé à apprécier le travail de Clowes. Avec Wilson, l’humour de Clowes m’est paru plus évident. Il m’a fallu plusieurs années pour redécouvrir Daniel Clowes, avec Le rayon de la mort, car bien qu’il m’intriguait, je n’ai jamais pu l’emprunter.

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Andy est un quadragénaire qui vit seul avec son chien. Il semble frustré, aigri et déteste la plupart de ses concitoyens (ceux qui ne ramassent pas les crottes de leur chien, ceux qui trompent leur femme, etc…). Et il a de quoi: solitaire, deux fois marié, deux fois divorcé, il ne s’entend finalement qu’avec son chien. Un saut dans le temps nous ramène à l’époque où Andy était adolescent. Déjà solitaire, ses parents sont décédés et il vit avec son grand-père. Son seul ami est un garçon egocentrique du nom de Louie, avec qui il reste plus par passivité que par réelle amitié. Le duo n’est pas vraiment populaire, loin de là, mais le jour où Andy fume sa première cigarette, une bonne surprise a lieu: l’adolescent développe une force surhumaine. Dés lors, tous les fantasmes sont possibles, surtout lorsque Andy découvre une arme que lui a laissé son père: le rayon de la mort.

Dans Le rayon de la mort Daniel Clowes se penche sur le cas de deux adolescents rejetés par leurs pairs. Des pauvres mecs, comme on dit souvent, un peu paumés, et surtout, qui s’ennuient à mourir. En fait, Andy est juste solitaire et peu loquace, plutôt du genre renfermé. C’est plutôt Louie qui est la cause de son ostracisme social, et qui est réellement rejeté par les autres adolescents. Il passe beaucoup de temps en monologue pendant que Andy doit l’écouter: « Me rencontrer est la meilleure chose qu’il te soit arrivée » étant une de ses phrases préférées. Clowes s’intéresse aux inadaptés sociaux, qui le sont dans leur jeunesse et qui finalement, le restent à l’âge adulte, comme en témoigne le début du récit.

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L’humour de Clowes fait mouche, et certains dialogues sont très drôles. L’humour de Clowes est particulier car très pince sans rire. Le trait froid et tracé à la règle donne une ambiance morne. Le quotidien des héros, qui habitent dans une banlieue paumée lambda est sans éclat: les mêmes endroits, les mêmes maisons, les mêmes personnes. Le rayon de la mort arrivera donc à point nommé, permettant aux adolescents d’échapper à un ennui mortel.

Mais même ainsi, la vie ne change pas, car c’est plus le fantasme que la réalisation de celui-ci qui se produit: comment chercher un connard pour utiliser l’arme? Comment faire le bien? Les moments où les adolescents s’imaginent en super héros, avec Louie le sidekick, font clin-d’oeil aux comics mainstream. Finalement, l’arme ne change pas grand chose dans la vie d’Andy, la réalité est toujours là, sans éclat: pas de petite amie, pas d’amie, pas de passion particulière. Juste traîner, avec Louie, et se laisser grandir, pour devenir le quadragénaire ennuyeux, solitaire et aigri qu’on voit au début de l’oeuvre. La banalité même, tout le contraire de ce que peuvent vivre les super héros.

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Les planches de Clowes sont toujours inventives. Derrière l’ennui, le trait glacial et les visages blasés qui ne sourient pas beaucoup (fantômatiques, même), il y a cette mise en page millimétrée, très design, jouant avec les titres d’ailleurs. Le tout se présente comme des séries de strips. J’aime beaucoup l’épisode du cours d’EPS, avec ses petites vignettes. Clowes aime jouer avec sa mise en page, toujours très géométrique, et met parfois un titre au milieu de la page. La narration est originale dans le sens où Andy s’adresse souvent directement au lecteur ou à la lectrice, que ce soit au moment présent ou à l’adolescence, par le Andy adulte et conscient. Et il n’est pas le seul, il y a aussi ces interviews de personnes connaissant Andy, et qui permettent au public de mieux cerner le personnage, son univers. J’aime beaucoup ces petits moments, avec des portraits de face comme sait si bien dessiner Clowes (et on est servi dans Comme un gant de velours pris dans la fonte). La fin est excellente, pleine d’interactions avec le public.

Il est dur d’écrire sur les œuvres de Clowes. Je les apprécie pourtant, mais je ne parviens jamais à écrire un avis dessus. Sans doute l’aspect particulièrement froid et cérébral qui s’en dégage, la distance de Clowes par rapport à ses personnages, son regard plein d’ironie sur la population américaine, ce qui nécessite une certaine capacité d’analyse. J’ai tout de même décidé de tenter cet avis sur Le rayon de la mort, même s’il manque de profondeur. A ce titre, il est d’ailleurs plus enrichissant de lire la chronique de Charlie Brown sur Bulledair, ainsi qu’une très belle interview de Clowes par Xavier Guilbert sur du9, ou encore un dossier touffu consacré à Clowes sur Neuvième Art. Avec Le rayon de la mort, je renoue avec Clowes des années après la lecture de Wilson. Il était temps!

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Petit mot sur l’édition: toujours soignée chez Cornélius (Collection Solange), avec un papier épais et agréable au toucher. Titre original: The Death-Ray chez Drawn and Quarterly.

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Courtney Crumrin et le Dernier sortilège

courtney_crumrin6Courtney Crumrin a été un véritable coup de foudre dans ma vie de lectrice. J’ai découvert cette série par le plus pur hasard en 2005, sur un forum manga où un membre disait juste avoir été déçu par telle lecture, contrairement à Courtney Crumrin 2. Le nom m’a tellement intriguée que j’ai fini par faire une recherche, et le dessin m’a tellement plu que je suis repartie avec le volume 2, Courtney Crumrin et l’Assemblée des Sorciers neuf sous les bras, ne trouvant pas le volume précédent. En avril 2013, c’est en librairie (dans le but d’acheter les deux derniers tomes de ARQ) que j’apprends la sortie du sixième et dernier opus intitulé Courtney Crumrin et le Dernier Sortilège. Grande surprise car je ne m’attendais pas du tout à la sortie d’un volume aussi vite (Courtney Crumrin et l’Apprentie sorcière étant sorti en 2012), et encore moins au dernier épisode de Courtney Crumrin. Je suis évidemment repartie avec sous le bras, et heureusement que le volume était mis en avant car je n’étais décidément pas au courant.

Je n’irai pas par quatre chemins: le dernier opus des aventures de Courtney Crumrin m’a déçue. J’ai trouvé le volume très fade, mal raconté, avec beaucoup trop d’actions, des révélations qui arrivent un peu à plat, ne procurant aucun effet, la fin elle-même m’a laissé de marbre, et surtout, je n’avais pas du tout l’impression de lire un volume de Courtney Crumrin, tant j’ai trouvé le personnage principal absent (oui, celui dont le nom même porte la série). Pour éviter tout malentendu, on voit le personnage sur les planches, tout le temps, même. Mais j’ai vraiment eu le sentiment que l’esprit même de la petite Courtney n’y était pas.

La fin de l’opus précédent, Courtney Crumrin et l’Apprentie sorcière voyait notre héroïne quitter Hillsborough en compagnie de Mlle Crisp, son professeur. Le début va donc très vite, avec de nombreuses scènes d’action, pas le temps de souffler voire de s’ennuyer, tant les révélations vont vite, très vite, trop vite? Courtney et son Mlle Crisp n’ont pas le temps de se poser, de dire « ouf » chez des habitants qui les accueillent qu’elles doivent s’en aller pour se sauver. On est en mode course-poursuite, Naifeh se précipite trop à mon goût. En même temps que cette action frénétique, des révélations sur le conseil des sorciers sont balancées, qui a trahi, pourquoi, et cela ne m’a juste pas touché, ayant lu ces moments comme étant complètement anesthésiée. Cela provient sans doute un peu du fait que je ne savais déjà plus trop qui était qui chez les sorciers, mais pas que.

Naifeh ouvre alors trop de pistes, notamment sur Aloysius, le charismatique grand-oncle de Courtney, dont le passé nous est dévoilé. Mais pour moi, cela vient trop tard dans la série. A peine cette piste ouverte qu’elle se referme, pas le temps d’apprécier au final. C’est clairement dommage, d’autant plus que ce moment était un retour aux créatures de la nuit. Le personnage de Mlle Crisp est presqu’oublié, elle aide Courtney, et puis c’est tout… alors qu’elle avait l’air mystérieux, qu’elle avait du charisme au début de la série, et qu’on voulait la connaître.

Mais surtout, la grande « absente » de l’histoire est Courtney. Dans les opus précédents, le lecteur avait l’habitude de la suivre, d’entendre ses petites réflexions, de la voir râler. Pas le temps ici de développer Courtney, de la voir grandir. On y va, très vite. Et que dire de la fin en elle-même, avec son lot d’émotion qui laisse de marbre. Pas trop de pathos, mais le tout est trop froid à mon goût, ne procurant aucun effet sur moi du moins.

Côté dessins, cela reste au niveau de l’opus précédent. Aux Etats-Unis, Courtney Crumrin est dessiné en couleurs depuis ce volume-là. C’est d’ailleurs pour cela que les premiers volumes ont été réédités en couleurs chez Akiléos, dans un format plus petit. Depuis le volume précédent, donc, je trouve que le dessin a perdu du charme. Cela s’explique par cette mise en couleurs, mais comme nous lisons toujours la série (du moins sa suite) en noir et blanc, dans le même format que la première édition, on y perd forcément quelque chose. Le visage de Courtney en l’occurrence, a perdu en expressivité, il est aujourd’hui bien plus vide. Ses yeux ne sont plus aussi renfrognés que jadis, lorsqu’elle était mécontente. Sur certaines planches, je trouve même Courtney ratée, un peu « bouffie » si on peut le dire ainsi. Heureusement, les autres personnages gardent tout de même un graphisme détaillé, permettant encore des ombres bien noires comme je les aime tant chez Naifeh.

Une fin en demi-teinte pour moi. Et pas l’occasion de dire « au revoir » à cette compagne de lecture qui m’a été si chère pendant des années durant. La série aura eu ses hauts et quelques bas, mais ce sixième volume est le seul m’ayant à ce point déçue. La grande histoire d’amour avec Courtney Crumrin aura surtout duré le temps des trois premiers opus (avec un pic sur les 2 et 3), un peu baissé avec le 4ème opus qui se divisait en deux histoires en Europe, remonté avec le 5ème qui rappelle tous les événements passés aux lecteurs, présageant donc un excellent 6ème volume. Le volume était trop dense, trop précipité, Naifeh ayant voulu y placer trop d’éléments. Il y aurait eu de la place pour ralentir le rythme, et conclure sur un volume 7. Il me reste finalement à replonger dans cet univers qui m’a tant plu et qui me plaît encore tant aujourd’hui (enfin, j’avais tout relu l’an dernier). Et pour ceux qui ne connaissent pas, il faut absolument découvrir Courtney Crumrin, et ce malgré sa fin. D’autres chroniques sont plus positives, par exemple ici, je partage en revanche beaucoup l’avis de celle-ci.

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Grease Monkey

Grease Monkey est l’oeuvre d’un certain Tim Eldred, un homme ayant pas mal travaillé dans l’animation américaine, grand amateur de science fiction, en particulier de ce qui se passe dans l’espace (il apprécie Star Wars, Battlestar Galactica, et certains anime japonais). Dans son ouvrage, Eldred raconte la genèse de sa série, qui se déroule du début des années 90 aux années 2000. Pour résumer, comme certains autres de ses compagnons, Eldred a eu envie d’écrire autre chose que du super héros, ce qui était difficile dans les années 90. Il voulait écrire une comédie se déroulant dans l’espace, avec des êtres humains banals, et puis un gorille, tout cela sur fond de guerre (les humains dont on parle peu pendant une guerre: l’administration, les mécaniciens, etc…). Cela donna Grease Monkey, édité au début par Kitchen Press, ensuite par Image Comics, et puis enfin, en recueil chez Tor. Le recueil en question contient donc 350 pages environ, en noir et blanc (bien que les six premiers épisodes sont à l’origine en couleurs, épisodes qu’on peut trouver gratuitement ici). D’après l‘interview en ligne, et les bonus du recueil, une suite est prévue.

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L’intrigue se déroule dans un futur lointain, dans lequel la Terre a été victime d’envahisseurs extra-terrestres. La Terre a été sauvée par une entité extra-terrestre pacifique appelée les Benefactors (Bienfaiteurs) mais les dégâts sont là: 60% de l’humanité a été décimée. Les Bienfaiteurs proposent alors à d’autres espèces terriennes de participer à une évolution rapide afin de faire jeu égal avec les homo sapiens: les dauphins ayant refusé (60% de pollution en moins dans leurs eaux, une aubaine!), la proposition est allée aux gorilles qui ont de suite accepté. Et voilà donc les Terriens engagés dans une guerre intergalactique contre les envahisseurs. Robin Plotnik, notre héros, est une jeune devant faire son service d’une année à bord du Fist of Earth (le Poing de la Terre) comme assistant mécanicien de Mac Gimbensky, un gorille au caractère pour le moins très personnel. Si au départ, Robin appréhende son affectation, il va s’avérer que Mac et lui vont devenir très rapidement inséparables. Mac et Robin sont les mécaniciens du meilleur escadron de pilotes exclusivement féminin dont la tête s’appelle Barbara: les Barbarians.

Voilà une excellente surprise, résultat d’un cadeau d’anniversaire pour mes trente ans. Il est vrai qu’avec un gorille anthropomorphe sur la couverture, cela ne pouvait que me plaire. Vu le passif de l’auteur de ce cadeau, je ne pouvais que rire quand j’ai vu le nom du héros: Robin. Le vaisseau spatial n’est ici qu’un prétexte pour Tim Eldred, un décor. Car l’histoire est réellement centrée sur la vie quotidienne des personnages, le tout de manière humoristique, abordant toute sorte de sujets: la fiction, la science fiction, l’histoire, les différences culturelles, le travail, le passage à l’âge adulte, les parents mais aussi les histoires de cœur, et même les élections. Le tout est porté par un duo, comme les buddy movies de Hollywood.

L’amour constitue un sujet qui revient fréquemment dans l’histoire: Robin est un adolescent plein de bonne volonté, gentil, mais un peu maladroit en amour, il aime une certaine Kara. Kara, elle, est une jeune femme indépendante, ayant du caractère, très intelligente, mais qui s’ennuie au plus haut point à la bibliothèque, endroit dans lequel son service civil lui a été affecté. Mac, le gorille et mentor de Robin, est un adulte ayant de l’expérience et ne voulant pas entrer dans un certain moule, il est amoureux de la plus belle femme gorille qu’il n’ait jamais vue, le colonel Stelter. Là, plus que la maladresse, c’est plus une question de timing qui fait que les amoureux ne peuvent se réunir, le colonel étant la personne la plus importante de cet immense vaisseau, ayant donc de lourdes responsabilités (et des collaborateurs pour le moins manches, il faut bien l’avouer). Les personnages sont tous stéréotypés mais superbement campés et donc terriblement attachants, chacun ayant ses qualités et ses défauts, chacun ayant sa petite histoire.

Mac contemple l'élue de son cœur, le colonel Stelter... Si c'est pas romantique!

Mac contemple l’élue de son cœur, le colonel Stelter… Si c’est pas romantique!

Les différences culturelles, ou plutôt l’aspect ethnique, est abordé du point de vue de Mac. Les gorilles du vaisseau ont une certaine vision des choses, qui ne cadre pas forcément avec celle des humains. Mac est là pour d’une part souligner les absurdités, parfois, des homo sapiens, mais aussi pour avoir sa vision de certains événements historiques, surtout que l’Histoire est bien souvent écrite par les humains. L’histoire d’un certain Ishmaël, premier gorille dont l’évolution a été accélérée, est souvent mise en doute par Mac. Cela renvoie donc aux événements de l’Histoire vus par des peuples, différente de celle par d’autres. Les fictions sont tout aussi abordées, et rappelle un certain Spike Lee, toujours prêt à contester la vision de réalisateurs « blancs » sur par exemple le jazz, ou la Seconde Guerre Mondiale (le dernier clash en date étant d’ailleurs au sujet de Django Unchained). En fait, ces différences culturelles renvoient surtout aux différents groupes ethniques qui peuplent les Etats-Unis. Mais malgré tout, beaucoup de choses réunissent gorilles et humains, et c’est là finalement, le plus important. Le racisme fait aussi face, certains groupuscules craignant que les gorilles retournent soudainement à leur état animal. Mais aussi, Eldred se moque de la langue de bois américaine, certains mots comme « Monkey » étant interdits pour désigner les gorilles par exemple.

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La couverture du TPB

Tout au long des 350 pages, on verra Robin grandir et évoluer, devenir petit à petit plus adulte, plus réaliste aussi, lui qui est naïf, plein de volonté, plein de gentillesse, mais qui ne connaît pas grand chose à la vie. C’est le type de personnage adorable et qu’on aime bien, malgré ses maladresses (mais quel boulet avec Kara!!!!), et qu’on a envie de suivre. L’histoire d’amour est d’ailleurs excellente, je pensais, vu le ton généralement positif et heureux de l’ouvrage, que Kara retournera forcément avec Robin à la fin de l’histoire. J’ai eu tort, Eldred ayant voulu finalement éduquer son héros pour l’endurcir un peu. La réalité est ainsi, et tout ne se passe pas comme prévu, les erreurs faisant partie de la vie.

Voilà donc un ouvrage absolument drôle, fun, bien écrit, avec un tas de personnages attachants et suffisamment stéréotypés mais pas trop. Y’a pas à dire, le capital sympathie est clairement là. Et puis, je le répète, il y a un gorille mécano. Et ça, c’est trop chouette! D’ailleurs, à cause de Grease Monkey (mais aussi à cause de Hellboy), ma curiosité à propos de Monkeyman & O’Brien a été ravivée… Voilà un ouvrage facilement trouvable à l’achat, pour vraiment pas cher, et que je conseille à ceux qui veulent lire une comédie bien fun, sur les relations humaines, dans l’espace. Côté graphisme, c’est très classique mais clair. Enfin, les personnages féminins ont tous du caractère, je n’ai pas trop croisé de pots de fleurs, et l’escadron champion est uniquement composé de femmes. Autre chronique: Comics Worth Reading. Parce que les œuvres de type comédie j’ai beaucoup de mal à en parler… Même avec un gorille anthropomorphe dedans.

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