comics

Courtney Crumrin et le Dernier sortilège

courtney_crumrin6Courtney Crumrin a été un véritable coup de foudre dans ma vie de lectrice. J’ai découvert cette série par le plus pur hasard en 2005, sur un forum manga où un membre disait juste avoir été déçu par telle lecture, contrairement à Courtney Crumrin 2. Le nom m’a tellement intriguée que j’ai fini par faire une recherche, et le dessin m’a tellement plu que je suis repartie avec le volume 2, Courtney Crumrin et l’Assemblée des Sorciers neuf sous les bras, ne trouvant pas le volume précédent. En avril 2013, c’est en librairie (dans le but d’acheter les deux derniers tomes de ARQ) que j’apprends la sortie du sixième et dernier opus intitulé Courtney Crumrin et le Dernier Sortilège. Grande surprise car je ne m’attendais pas du tout à la sortie d’un volume aussi vite (Courtney Crumrin et l’Apprentie sorcière étant sorti en 2012), et encore moins au dernier épisode de Courtney Crumrin. Je suis évidemment repartie avec sous le bras, et heureusement que le volume était mis en avant car je n’étais décidément pas au courant.

Je n’irai pas par quatre chemins: le dernier opus des aventures de Courtney Crumrin m’a déçue. J’ai trouvé le volume très fade, mal raconté, avec beaucoup trop d’actions, des révélations qui arrivent un peu à plat, ne procurant aucun effet, la fin elle-même m’a laissé de marbre, et surtout, je n’avais pas du tout l’impression de lire un volume de Courtney Crumrin, tant j’ai trouvé le personnage principal absent (oui, celui dont le nom même porte la série). Pour éviter tout malentendu, on voit le personnage sur les planches, tout le temps, même. Mais j’ai vraiment eu le sentiment que l’esprit même de la petite Courtney n’y était pas.

La fin de l’opus précédent, Courtney Crumrin et l’Apprentie sorcière voyait notre héroïne quitter Hillsborough en compagnie de Mlle Crisp, son professeur. Le début va donc très vite, avec de nombreuses scènes d’action, pas le temps de souffler voire de s’ennuyer, tant les révélations vont vite, très vite, trop vite? Courtney et son Mlle Crisp n’ont pas le temps de se poser, de dire « ouf » chez des habitants qui les accueillent qu’elles doivent s’en aller pour se sauver. On est en mode course-poursuite, Naifeh se précipite trop à mon goût. En même temps que cette action frénétique, des révélations sur le conseil des sorciers sont balancées, qui a trahi, pourquoi, et cela ne m’a juste pas touché, ayant lu ces moments comme étant complètement anesthésiée. Cela provient sans doute un peu du fait que je ne savais déjà plus trop qui était qui chez les sorciers, mais pas que.

Naifeh ouvre alors trop de pistes, notamment sur Aloysius, le charismatique grand-oncle de Courtney, dont le passé nous est dévoilé. Mais pour moi, cela vient trop tard dans la série. A peine cette piste ouverte qu’elle se referme, pas le temps d’apprécier au final. C’est clairement dommage, d’autant plus que ce moment était un retour aux créatures de la nuit. Le personnage de Mlle Crisp est presqu’oublié, elle aide Courtney, et puis c’est tout… alors qu’elle avait l’air mystérieux, qu’elle avait du charisme au début de la série, et qu’on voulait la connaître.

Mais surtout, la grande « absente » de l’histoire est Courtney. Dans les opus précédents, le lecteur avait l’habitude de la suivre, d’entendre ses petites réflexions, de la voir râler. Pas le temps ici de développer Courtney, de la voir grandir. On y va, très vite. Et que dire de la fin en elle-même, avec son lot d’émotion qui laisse de marbre. Pas trop de pathos, mais le tout est trop froid à mon goût, ne procurant aucun effet sur moi du moins.

Côté dessins, cela reste au niveau de l’opus précédent. Aux Etats-Unis, Courtney Crumrin est dessiné en couleurs depuis ce volume-là. C’est d’ailleurs pour cela que les premiers volumes ont été réédités en couleurs chez Akiléos, dans un format plus petit. Depuis le volume précédent, donc, je trouve que le dessin a perdu du charme. Cela s’explique par cette mise en couleurs, mais comme nous lisons toujours la série (du moins sa suite) en noir et blanc, dans le même format que la première édition, on y perd forcément quelque chose. Le visage de Courtney en l’occurrence, a perdu en expressivité, il est aujourd’hui bien plus vide. Ses yeux ne sont plus aussi renfrognés que jadis, lorsqu’elle était mécontente. Sur certaines planches, je trouve même Courtney ratée, un peu « bouffie » si on peut le dire ainsi. Heureusement, les autres personnages gardent tout de même un graphisme détaillé, permettant encore des ombres bien noires comme je les aime tant chez Naifeh.

Une fin en demi-teinte pour moi. Et pas l’occasion de dire « au revoir » à cette compagne de lecture qui m’a été si chère pendant des années durant. La série aura eu ses hauts et quelques bas, mais ce sixième volume est le seul m’ayant à ce point déçue. La grande histoire d’amour avec Courtney Crumrin aura surtout duré le temps des trois premiers opus (avec un pic sur les 2 et 3), un peu baissé avec le 4ème opus qui se divisait en deux histoires en Europe, remonté avec le 5ème qui rappelle tous les événements passés aux lecteurs, présageant donc un excellent 6ème volume. Le volume était trop dense, trop précipité, Naifeh ayant voulu y placer trop d’éléments. Il y aurait eu de la place pour ralentir le rythme, et conclure sur un volume 7. Il me reste finalement à replonger dans cet univers qui m’a tant plu et qui me plaît encore tant aujourd’hui (enfin, j’avais tout relu l’an dernier). Et pour ceux qui ne connaissent pas, il faut absolument découvrir Courtney Crumrin, et ce malgré sa fin. D’autres chroniques sont plus positives, par exemple ici, je partage en revanche beaucoup l’avis de celle-ci.

Publicités