Le Moine fou

Pour célébrer les 25 ans du Moine fou, Dargaud a sorti une édition intégrale limitée des Voyages de He Pao en format "manga". Ce fut mon premier contact avec l’univers du Moine fou, contact purement visuel se résumant évidemment à un feuilletage en librairie. Petit aparté, cette édition n’est pas recommandée de mon point de vue car elle ne regroupe que les 4 premiers tomes de la série qui en compte 5 dans sa totalité, sans parler de la différence de format (franco-belge traditionnel). Il s’est avéré finalement que Les Voyages de He Pao est la suite d’une autre série, Le Moine fou. Le Moine fou est une série de Vink avec Cine aux couleurs, sortie entre 1984 et 1999 chez Dargaud comptant 10 tomes dans sa totalité. Une édition intégrale en 2 tomes existe également pour cette série (c’est ainsi que je l’ai lue).

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Vink est Vietnamien et a quitté son pays pour la Belgique. Son inspiration pour Le Moine fou provient de la lecture des romans de Jin Yong, lorsqu’il était au Vietnam. Gros aparté à partir de là. Jin Yong est un auteur très célèbre dans le monde chinois et même dans le reste de l’Asie pour ses romans de wu xia, le cape et d’épées chinois. Le plus célèbre représentant de ce genre dans le monde occidental n’est autre que le film Tigre et Dragon de Ang Lee. Les romans de Jin Yong, auteur culte souvent comparé à un Tolkien du wu xia, sont très adaptés en films ou en séries télé. Pour les traductions françaises, elles se battent en duel, et je n’ai pu lire qu’un seul roman wu xia: Les quatre brigands du Huabei de Gu Long, chez Picquier, que j’ai par ailleurs adoré. La saga Tigre et Dragon de Wang Dulu a été partiellement traduite chez Calmann Lévy (2 tomes sur 5, chaque tome étant divisé par 2 en français, ne pas compter sur la fiche de l’éditeur pour connaître le nombre de tomes prévus). La légende des héros chasseurs d’aigles de Jin Yong a été éditée par You Feng, la traduction du tome 2 se traînant une très mauvaise réputation. On peut aussi ajouter Les aventures de Chu Liuxiang de Gu Long, toujours chez You Feng (2 tomes).

C’est cyclique, j’ai parfois une grande envie de lire du wu xia, mais je ne lis que très peu le chinois. C’est dans un de ces moments que j’ai fini par repenser au Moine fou de Vink. A vrai dire, Les Voyages de He Pao a toujours trotté dans ma tête, mais c’est l’article de Bidib sur Chinaman qui m’y a refait penser. Je ne connais que très peu la bande dessinée franco-belge adulte (dans le format 48 pages, couverture cartonnée et pages en couleurs), et j’ai trouvé intéressant de lire une série de ce type, d’inspiration wu xia, dans des décors chinois, et tout cela bien avant l’influence manga d’aujourd’hui (en particulier sur les productions se déroulant dans un univers asiatique). Et tout ceci m’a encore plus donné envie, lorsque j’ai appris que Vink est un Vietnamien d’outre-mer. A propos de l’édition "manga" des Voyages de He Pao, Dargaud dit ceci sur son site: "D’origine vietnamienne, celui-ci a en effet tout simplement réalisé l’un des premiers mangas franco-belges !", chose que je réfute complètement, et c’est bien ce qui rend cette bande dessinée si intéressante. Enfin, j’ai appris dans l’édition intégrale que c’est sur une idée de Cine que Vink a fait de son héroïne une adolescente occidentale, pour une meilleure identification du lectorat.

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Synopsis: Le décor du Moine fou est celui de la Chine de la dynastie Song (960-1279 orthographié Sung dans le premier tome) dont les frontières sont affaiblies, le territoire étant constamment envahi par les Jins également appelés barbares. He Pao (Joyau du Fleuve) est une jeune adolescente de 13 ans, constamment fagotée comme un garçon et surnommée Petit Barbare. Car elle n’est pas Han (ou Chinoise), c’est une Occidentale orpheline ayant été adoptée par un couple de paysans Hans ne parvenant pas à avoir d’enfant. Petit Barbare va quotidiennement garder les buffles avec les enfants du voisinage et de son âge. Cette petite vie bascule le jour où ses parents adoptifs sont assassinés par un groupe d’hommes fous pratiquant un art martial dangereux: celui du Moine fou. He Pao est alors recueillie par des nonnes bouddhistes itinérantes qui prodiguent des soins sur leur route. Rongée par l’envie de vengeance, celle-ci finit par apprendre l’art martial dangereux du Moine fou: un art martial redoutable mais qui rend petit à petit fou celui qui le maîtrise. He Pao voyage donc dans l’espoir de rencontrer son maître, le Moine fou, mais s’apercevra sur sa route que cet art martial est également très convoîté.

Avis: Ce qui marque au premier contact avec Le Moine fou, c’est le graphisme réaliste de Vink mêlé aux couleurs de Cine. Chaque planche est très belle, et les couleurs confèrent au tout un cachet unique. Les paysages chinois sont particulièrement réussis, surtout les montagnes et la brume. Le décor est donc planté, et l’exotisme tant recherché est donc atteint. Au niveau des personnages, le style est réaliste, les visages asiatiques sont pour le coup réussi. Le reproche que je ferais, graphiquement, est sur l’héroïne, He Pao. Alors qu’elle n’a que 13 ans au début de l’histoire, je trouve qu’elle ressemble beaucoup à une adulte. J’ai même l’impression que cette jeune femme a 25 ans pour tout dire. Au tout début, Vink et Cine ont l’air de se chercher, le premier album ayant par moments des couleurs un peu criardes (mais ceci est peut-être dû à l’impression?) et le dessin étant parfois moins joli. Mais le duo parvient très vite à trouver ses marques, et cela dés le premier tome. Le style est purement franco-belge: pas de lignes de vitesse à tout va, une narration un peu plus lente que dans les comics et manga, un découpage rectangulaire, c’est bien ce que je cherchais. Le dessin est parfois un peu figé.

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Le Moine fou est une bande dessinée qui repose sur son charme exotique avant tout. He Pao emmène le lecteur (et la lectrice) en voyage, avec elle, et sillonne les quatre coins de la Chine pour accomplir sa quête. On la suit même, le temps d’un album, en Corée. Je ne cache pas que j’ai eu du mal à me mettre dans le bain au début de l’histoire: He Pao, rongée par la vengeance et par la soif de puissance, n’est décidément pas attachante ni sympathique. C’est un personnage nuancé, beaucoup moins gentil que ce que j’ai l’habitude de voir dans les histoires d’aventure et d’arts martiaux (après, je lis surtout beaucoup de manga). Par la suite, elle montre un esprit chevaleresque dont tout protagoniste de wu xia est doté. Elle ne s’attache pas non plus aux lois du pays, mais à sa propre morale. La plupart des personnages croisés, comme souvent dans le wu xia, évoluent dans l’univers des arts martiaux, et sont mendiants, vagabonds, bandits, religieux. Ce sont des rebelles qui vivent comme ils l’entendent, tout en étant dotés d’un certain sens de l’honneur. Les aventures de He Pao, à l’image de ce qu’on peut voir dans les wu xia, sont nuancées, pas de bien contre le mal, mais surtout une quête après l’accès à un savoir par trop dangereux. Finalement, il n’y a pas de "méchants" et les alliances à He Pao peuvent parfois être mouvantes. Les compagnons de route se font et se défont: He Pao est accompagnée de Kim Ju, et de Petit Li ensuite. Le rythme est lent, ce qui confère une ambiance particulière à la série qui est hors du temps, m’évoquant le film Touch Of Zen. La narration n’est pas toujours des plus fluides, j’ai même eu l’impression qu’elle se faisait confuse par moment.

L’histoire est faite de voyages, d’aventure et d’arts martiaux. He Pao n’est pas, à partir du moment où elle prend conscience de sa puissance, un personnage en quête de puissance, alors qu’on a l’habitude, surtout par les manga, de voir des personnages devenir de plus en plus forts. He Pao désire plus que tout ne pas finir folle. La puissance et la connaissance sont vécus comme un fardeau pour He Pao. A la fin de la série, le mystère entourant le Moine fou n’est pas complètement résolu, mais He Pao finira par renouer avec ses origines, s’intéressant aussi au nauffrage ayant coûté la vie à ses parents biologiques. La fin reste ouverte, et on quitte He Pao qui continue sa route, tout ceci étant raconté dans Les Voyages de He Pao. Le Moine fou est une série qui se mérite, dans le sens où elle n’est pas accrocheuse telle un blockbuster, méritant un temps d’adaptation. L’exotisme marche très bien, il faut dire que le genre wu xia est déjà en soi exotique, les auteurs (surtout de Taiwan et Hong Kong) ayant écrit au 20ème siècle sur un passé fantasmé, un monde flottant, plein de voyages, de libertés et d’arts martiaux mystiques (personnes qui volent, etc…), dans une Chine continentale qu’ils ont souvent dû quitter. La série a en tout cas bien fonctionné sur moi, et même si sur le coup, je ne l’ai pas ressenti ainsi, je parviens encore à me souvenir de cette atmosphère particulière qui imprègne la série bien après sa lecture.

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Petit aparté: chose curieuse, le 9ème album, intitulé Le tournoi des licornes, s’intéresse en fait à ce que nous connaissons sous le nom "danse du lion", et c’est bien cela puisqu’il se déroule lors du nouvel an chinois. De plus, cela s’appelle également "danse du lion" en chinois, littéralement. Si quelqu’un sait quelque chose à ce sujet… Peut-être les Vietnamiens appellent cela "danse des licornes"? En chinois, la "licorne" est qilin.

Courtney Crumrin et le Dernier sortilège

courtney_crumrin6Courtney Crumrin a été un véritable coup de foudre dans ma vie de lectrice. J’ai découvert cette série par le plus pur hasard en 2005, sur un forum manga où un membre disait juste avoir été déçu par telle lecture, contrairement à Courtney Crumrin 2. Le nom m’a tellement intriguée que j’ai fini par faire une recherche, et le dessin m’a tellement plu que je suis repartie avec le volume 2, Courtney Crumrin et l’Assemblée des Sorciers neuf sous les bras, ne trouvant pas le volume précédent. En avril 2013, c’est en librairie (dans le but d’acheter les deux derniers tomes de ARQ) que j’apprends la sortie du sixième et dernier opus intitulé Courtney Crumrin et le Dernier Sortilège. Grande surprise car je ne m’attendais pas du tout à la sortie d’un volume aussi vite (Courtney Crumrin et l’Apprentie sorcière étant sorti en 2012), et encore moins au dernier épisode de Courtney Crumrin. Je suis évidemment repartie avec sous le bras, et heureusement que le volume était mis en avant car je n’étais décidément pas au courant.

Je n’irai pas par quatre chemins: le dernier opus des aventures de Courtney Crumrin m’a déçue. J’ai trouvé le volume très fade, mal raconté, avec beaucoup trop d’actions, des révélations qui arrivent un peu à plat, ne procurant aucun effet, la fin elle-même m’a laissé de marbre, et surtout, je n’avais pas du tout l’impression de lire un volume de Courtney Crumrin, tant j’ai trouvé le personnage principal absent (oui, celui dont le nom même porte la série). Pour éviter tout malentendu, on voit le personnage sur les planches, tout le temps, même. Mais j’ai vraiment eu le sentiment que l’esprit même de la petite Courtney n’y était pas.

La fin de l’opus précédent, Courtney Crumrin et l’Apprentie sorcière voyait notre héroïne quitter Hillsborough en compagnie de Mlle Crisp, son professeur. Le début va donc très vite, avec de nombreuses scènes d’action, pas le temps de souffler voire de s’ennuyer, tant les révélations vont vite, très vite, trop vite? Courtney et son Mlle Crisp n’ont pas le temps de se poser, de dire "ouf" chez des habitants qui les accueillent qu’elles doivent s’en aller pour se sauver. On est en mode course-poursuite, Naifeh se précipite trop à mon goût. En même temps que cette action frénétique, des révélations sur le conseil des sorciers sont balancées, qui a trahi, pourquoi, et cela ne m’a juste pas touché, ayant lu ces moments comme étant complètement anesthésiée. Cela provient sans doute un peu du fait que je ne savais déjà plus trop qui était qui chez les sorciers, mais pas que.

Naifeh ouvre alors trop de pistes, notamment sur Aloysius, le charismatique grand-oncle de Courtney, dont le passé nous est dévoilé. Mais pour moi, cela vient trop tard dans la série. A peine cette piste ouverte qu’elle se referme, pas le temps d’apprécier au final. C’est clairement dommage, d’autant plus que ce moment était un retour aux créatures de la nuit. Le personnage de Mlle Crisp est presqu’oublié, elle aide Courtney, et puis c’est tout… alors qu’elle avait l’air mystérieux, qu’elle avait du charisme au début de la série, et qu’on voulait la connaître.

Mais surtout, la grande "absente" de l’histoire est Courtney. Dans les opus précédents, le lecteur avait l’habitude de la suivre, d’entendre ses petites réflexions, de la voir râler. Pas le temps ici de développer Courtney, de la voir grandir. On y va, très vite. Et que dire de la fin en elle-même, avec son lot d’émotion qui laisse de marbre. Pas trop de pathos, mais le tout est trop froid à mon goût, ne procurant aucun effet sur moi du moins.

Côté dessins, cela reste au niveau de l’opus précédent. Aux Etats-Unis, Courtney Crumrin est dessiné en couleurs depuis ce volume-là. C’est d’ailleurs pour cela que les premiers volumes ont été réédités en couleurs chez Akiléos, dans un format plus petit. Depuis le volume précédent, donc, je trouve que le dessin a perdu du charme. Cela s’explique par cette mise en couleurs, mais comme nous lisons toujours la série (du moins sa suite) en noir et blanc, dans le même format que la première édition, on y perd forcément quelque chose. Le visage de Courtney en l’occurrence, a perdu en expressivité, il est aujourd’hui bien plus vide. Ses yeux ne sont plus aussi renfrognés que jadis, lorsqu’elle était mécontente. Sur certaines planches, je trouve même Courtney ratée, un peu "bouffie" si on peut le dire ainsi. Heureusement, les autres personnages gardent tout de même un graphisme détaillé, permettant encore des ombres bien noires comme je les aime tant chez Naifeh.

Une fin en demi-teinte pour moi. Et pas l’occasion de dire "au revoir" à cette compagne de lecture qui m’a été si chère pendant des années durant. La série aura eu ses hauts et quelques bas, mais ce sixième volume est le seul m’ayant à ce point déçue. La grande histoire d’amour avec Courtney Crumrin aura surtout duré le temps des trois premiers opus (avec un pic sur les 2 et 3), un peu baissé avec le 4ème opus qui se divisait en deux histoires en Europe, remonté avec le 5ème qui rappelle tous les événements passés aux lecteurs, présageant donc un excellent 6ème volume. Le volume était trop dense, trop précipité, Naifeh ayant voulu y placer trop d’éléments. Il y aurait eu de la place pour ralentir le rythme, et conclure sur un volume 7. Il me reste finalement à replonger dans cet univers qui m’a tant plu et qui me plaît encore tant aujourd’hui (enfin, j’avais tout relu l’an dernier). Et pour ceux qui ne connaissent pas, il faut absolument découvrir Courtney Crumrin, et ce malgré sa fin. D’autres chroniques sont plus positives, par exemple ici, je partage en revanche beaucoup l’avis de celle-ci.

Lovers’ Kiss

Lovers’ Kiss (ラヴァーズ・キス) est un manga de Akimi Yoshida en deux volumes, prépublié dans les numéros d’avril 1995 à février 1996 du Flowers de Shogakukan, peu après la fin de la série phare Banana Fish. Lovers’ Kiss, pour changer par rapport à Banana Fish, est un manga sentimental avec pour sujet l’adolescence. L’histoire se passe à Kamakura de nos jours (enfin, dans les années 90). Akimi Yoshida raconte ici non pas un triangle, mais un polygone amoureux passablement compliqué, le manga se faisant ainsi connaître des amateurs et amatrices de boys love ou yuri.

Lovers’ Kiss est malheureusement inédit en France, mais gageons qu’avec le retour de Akimi Yoshida avec Kamakura Diary, un éditeur se penchera peut-être dessus. Surtout que les deux œuvres se déroulent dans le même univers et partagent des personnages en commun: Tomoaki Fujii en premier lieu (le petit ami de Yoshino), mais aussi les familles Ozaki (qui tient un commerce d’alcool) et Ogata (originaire d’Osaka) ainsi que Mikako, la collègue de Sachi. Notons aussi que les deux œuvres se déroulent au même moment, ce que j’ai compris en lisant le second opus de Kamakura Diary. Ceux qui lisent le chinois peuvent se tourner vers l’édition taïwanaise sortie chez Tong Li (dans la collection "Romance Fantasy" ha ha) sous le titre 情人的吻, trouvable en occasion uniquement, ou en scans ici. Enfin, il existe une adaptation filmique éponyme réalisée par Ataru Oika.

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L’histoire se déroule un peu avant l’été, au même moment, avec trois narrateurs différents, chacun ayant leur point de vue sur les événements. Le manga se divise en 6 chapitres, et chaque partie fait 2 chapitres (trombi des personnages avec noms en kanji). La première partie, intitulée "Boy Meets Girl", se penche sur Rikako Kawana qui introduit le personnage de Tomoaki Fujii, playboy du lycée traînant une réputation peu flatteuse. Car le bougre est beau, grand, bien fichu, intelligent, séducteur, mais surtout, il est très riche, étant le fils unique des propriétaires d’une clinique spécialisée dans la gynécologie. Il se raconte que Tomoaki se plaît à draguer les filles, coucher avec et les faire avorter chez papa lorsque l’une d’elles ose tomber enceinte. Rikako, elle, est une lycéenne très belle qui ne parvient pas à dire ce qu’elle pense et se donne souvent des airs. Sa meilleure amie est Miki Ozaki, et n’apprécie pas Tomoaki.

Lovers' Kiss - Kawana Rikako Lovers' Kiss - Fujii Tomoaki

La deuxième partie, intitulée "Boy Meets Boy", se penche sur Takao Sagisawa, un garçon calme à lunettes qui fait du piano et participe au club d’athlétisme. Il se trouve qu’il connaissait Rikako pendant l’enfance, et Tomoaki était son senpai au club de basket au collège. Il pense d’ailleurs beaucoup à ce dernier. A côté de cela, un de ses kohai du club d’athlétisme, Atsushi Ogata, originaire d’Osaka, passe son temps à le coller.

Lovers' Kiss - Sagisawa Takao Lovers' Kiss - Ogata Atsushi

Enfin, la troisième partie s’intitule "Girl Meets Girl" et voit Eriko Kawana en narratrice. Celle-ci n’est autre que la petite sœur de Rikako, permettant d’entrevoir une relation difficile entre les deux sœurs, Eriko étant jalouse de Rikako, que ce soit pour les parents ou encore Miki Ozaki, amie de sa sœur mais dont elle convoite le cœur. Eriko est aussi la meilleure amie de Atsushi Ogata.

Lovers' Kiss - Kawana Eriko Lovers' Kiss - Ozaki Miki

Pour moi, Lovers’ Kiss fait facilement partie des meilleurs manga de Akimi Yoshida. Il a beau être court, son impact est là. Le ton est particulièrement intimiste, et se rapproche grandement de Sakura No Sono en plus mature. Le manga est sérieux, mais les pointes d’humour cochon comme on les aime chez Yoshida ne manquent pas. Il s’agit d’une chronique adolescente dont l’ambiance calme au bord de mer se rapproche de Blue de Kiriko Nananan ou de Diamonds d’Erica Sakurazawa pour ce qui est de sa tonalité. Ceux et celles qui ont lu Banana Fish savent à quel point Akimi Yoshida est capable de rendre ses personnages intéressants, et lorsque j’ai entendu parler de Lovers’ Kiss, et en voyant ses couvertures, j’ai tout de suite eu envie de le lire. Habituellement, les histoires de cœurs ne sont pas ma tasse de thé, loin de là. Mais en grande fan des moments calmes de Banana Fish, avec le décor quotidien, la chronique adolescence dans une ville aux bords de mer, des histoires d’amours diverses, il fallait que je m’essaie. Et puis le dessin de Akimi Yoshida, reconnaissable parmi tant d’autres, les planches si sobres mais au découpage si précis, si réussi, livrant les personnages et leurs sentiments.

Réédition bunko en 1 volume

Réédition bunko en 1 volume

La narration est introspective, et le personnage livre son point de vue des événements, ses pensées, ses sentiments. Cette manière d’avoir trois points de vue différents confère une originalité à l’histoire, le lecteur pouvant donc voir une même scène sous un angle différent, puisque tous les chapitres se passent aux mêmes moments. Les relations entre les personnages sont incroyablement intéressantes, il se révèle finalement que de nombreux personnages se connaissent, ou étaient amis pendant l’enfance. Des questions se posent alors, "Depuis quand Takao est-il devenu Sagasawa?", alors que Rikako était si proche de lui dans le passé. L’adolescence éloigne les amis ou même les sœurs. Les relations amoureuses proposent aussi pas mal de choix: une histoire entre Rikako et Tomoaki, hétéro, qu’on peut croire classique mais qui cache bien des secrets, le triangle amoureux exclusivement masculin Tomoaki/Takao/Atsushi, ou encore le triangle amoureux féminin Rikako/Miki/Eriko. Comme souvent avec Yoshida, le tout est mature et la sexualité est présente, sans détour.

A côté de tout ça, il y a les relations de jalousie, de rivalité, les démons liés au passé mais aussi un thème que Akimi Yoshida aime beaucoup: la réputation. Dans Sakura No Sono déjà, une des héroïnes était accusée de se prostituer, parce qu’elle traînait une sale réputation, dans Kisshô Tennyo, un des héros avait une réputation de playboy. Tomoaki est le beau gosse de la série, il a un design proche de celui de Ash, et il se révèle tout aussi intéressant. Chaque personnage renferme donc des blessures, que ce soit Rikako, Tomoaki, Miki, Eriko ou encore Takao. Le malaise adolescent y est particulièrement bien dépeint, avec beaucoup de pudeur et de sobriété, sans pathos ni complaisance. Le thème du suicide est aussi présent.

Même si ce manga s’est fait connaître auprès des fans de yuri et boys love pour son polygone amoureux, le tout est traité de manière normale, sans racolage ni fan service comme on peut en voir tant aujourd’hui. Les relations, qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles sont toutes traitées à la même enseigne. Enfin, on peut voir des adolescents qui se recherchent, qui se sentent parfois un peu paumés, qui ont un réel besoin de faire un point avec eux-mêmes. Est également abordée la question de l’amitié homme-femme, notamment au travers des personnages de Eriko et Atsushi, et des rumeurs doivent bien naître au lycée entre les deux. Quelque part, voir une fille et un garçon avoir une telle relation de proximité et de confiance sans arrière-pensée me fait encore espérer qu’on peut voir des personnes du sexe opposé sans voir en eux ou en elles des potentielles proies sexuelles.

Le dessin de Yoshida est particulièrement sobre sur cette œuvre, très brute. Pourtant, la fin de Banana Fish était très esthétique déjà. Mais il semble qu’ici, elle a voulu offrir quelque chose d’encore plus sobre. D’ailleurs, avec son évolution graphique actuelle, j’ai failli ne pas reconnaître Tomoaki Fuji dans Kamakura Diary, qui l’a fait grandement rajeunir, mais j’étais persuadée que ce nom, le surf, et cette tête de beau gosse, dans la même ville, ce ne pouvait être le fruit du hasard! Les planches sont sobres, donc avec peu de décors, mais j’adore les moments dans lesquels on voit la mer, l’ambiance y est calme, un peu mélancolique. Et puis il y a ce découpage de l’action, très lent, et surtout, très estival, avec une tonalité proche de Next Stop de Atsushi Kamijô. J’aime beaucoup aussi les œuvres où l’été forme une période de réflexion, de changement chez les adolescents (ou les enfants).

Lovers’ Kiss est pour moi une excellente chronique sur l’adolescence, et une des plus grandes réussites de Akimi Yoshida. L’histoire en deux volumes est complète, et pas besoin d’en faire plus. Si je n’avais pas découvert Banana Fish bien avant, je dirais que c’est mon manga préféré de l’auteure. Il fait partie des indispensables aux côtés de Banana Fish, Yasha et Kisshô Tennyo qui revêt une importance particulière dans la carrière de Yoshida. Dans le petit mot du volume 2, Yoshida dit qu’elle est née à Tokyo, mais que c’est à Kamakura où elle a vécu plusieurs années qu’elle y a passé les meilleurs moments de sa vie (qu’elle raconte dans le volume 4 de Kisshô Tennyo). Elle espérait donc, en 1996, retrouver la possibilité de réécrire un manga ayant pour décor cette ville. Et c’est ainsi qu’est né Kamakura Diary en 2006, dans les pages du même magazine de prépublication. Enfin, les fans de Banana Fish pourront se réjouir de voir, le temps d’une case, Ash et Eiji en cameo. Et je dois dire que je suis super contente pour eux de les voir ainsi rire aussi joyeusement. Akimi Yoshida semble décidément aimer la littérature: entre le titre de Banana Fish lui-même, les références à Ernest Hemingway dans ce même manga, ou encore les extraits de poèmes de Verlaine ou Rimbaud à chaque titre de chapitre (et en français en plus)…

La Fleur millénaire vol 1

fleur-millenaire-1Lorsque sa sortie a été annoncée chez Kaze, je n’y croyais pas vraiment. L’auteure de La Fleur millénaire, Kaneyoshi Izumi, n’est pas une inconnue de l’éditeur qui compte dans son catalogue 100% Doubt et Seiho Men’s School, des titres qui ne m’intéressent pas spécialement (et que je ne compte pas lire non plus), étant orientés comédie romantique en milieu scolaire. Ceci dit, un détail m’a quand même attirée: les costumes chinois sur la couverture de La Fleur millénaire. Du nombre de commentaires positifs quant à l’annonce de cette acquisition, j’en ai conclu que la série était plus ou moins suivie en scans par de nombreuses personnes. Et en jetant un coup d’oeil aux sites de scans, je dois avouer que le dessin ne m’attirait pour ainsi dire pas du tout: soigné mais assez impersonnel, et surtout, les fameuses "séquences émotion". Seulement, un shôjo d’aventure, en Chine ancienne fictive avec des costumes et des décors chinois, je ne pouvais pas laisser passer. Surtout qu’en plus, Kaze propose le volume 1 au prix de lancement de 3,99€ et ce serait dommage de s’en priver (je rappelle que de nombreux manga d’occasion coûtent aujourd’hui 4€).

La Fleur millénaire se déroule dans un univers inspiré de la Chine ancienne et découpé en 4 royaumes qui s’affrontent plus ou moins. Aki vit au pays de Â, et son père n’est pas n’importe qui: il s’agit de l’Empereur de Â. Sa mère étant souvent malade et n’ayant pu donner naissance à un fils, l’Empereur s’est remarié avec une autre femme qui vient du pays de Do (la Reine de Do), tandis que la mère d’Aki est originaire du pays de Kô. La deuxième femme a donné naissance  à un fils, Aki et sa mère habitent donc dans des appartements éloignés du Palais, malgré leur rang. De plus, Aki doit dés son plus jeune âge apprendre  à se débrouiller seule pour survivre face aux machinations de  sa belle-mère, puis protéger une faible maman. Si Aki est seule à rester fidèle à sa mère, Hakusei, un esclave blond aux yeux bleus (une apparence peu commune qui fait peur aux gens sauf à Aki, évidemment), est également là pour l’épauler. Alors que Aki a 15 ans, la guerre éclate entre les pays de Do et Kô.

Finalement, la lecture de ce volume m’a enthousiasmée, la série semble donc prometteuse (croisons les doigts, ça fait longtemps qu’on n’avait pas eu de chouettes shôjo d’aventure). On sent que l’histoire se met en place, notamment les intrigues politiques que Izumi parvient très bien à faire passer, tout en s’intéressant à Aki, le tout de manière fluide. Côté graphisme, rien d’original, ce n’est pas laid mais pas particulièrement magnifique non plus, pas besoin de s’adapter particulièrement. J’ai eu du mal pour le dessin des personnages, que ce soit Aki ou Hakusei, les trouvant particulièrement irréguliers, ne se ressemblant pas d’une planche à l’autre. C’est maladroit, et ça m’a déplu. Le trait est soigné et moderne, j’ai du mal mais le public d’aujourd’hui n’aura pas autant de mal que moi. L’autre point qui me fait tiquer, c’est l’émotion. Trop appuyé, trop de "oooh la pauvre", trop de "ooooh le pauvre", des séquences émotion qui me font un peu peur pour la suite, notamment ces images où on voit Aki et Hakusei rire de manière complice, les planches "mignonnes" en somme. Pour le moment, pas d’histoires de coeur, mais l’impression que Hakusei est quand même amoureux de sa maîtresse.

Le bon point, outre l’univers et l’intrigue, puis la guerre qui éclate (annonçant de l’action!!!!), provient de l’héroïne. Forte, courageuse, débrouillarde, intelligente (ses joutes verbales avec sa belle-mère ne sont pas mal), on espère qu’elle ne deviendra pas une cruche dés qu’un bel inconnu se pointera (inconnu brun, vu qu’on a déjà le blond avec Hakusei…). Dans ce premier volume, Aki montre de très bonnes aptitudes physiques et martiales, j’espère qu’il en restera ainsi, comme ce fut le cas pour Basara, tout au long de la série, alors même que Sasara tombe amoureuse. Pour le moment, Aki est mature vu que toute son enfance s’est résumée à protéger une mère trop faible, mais elle reste une héroïne mignonne, c’est-à-dire naïve en amour, comme on peut souvent en voir dans les shôjo. Le personnage de Hakusei est là uniquement pour servir Aki. Il est classe, il est beau, mais il est craint pour sa différence physique, ce qui permet à Izumi d’introduire plus ou moins les différences, le rejet de l’autre, enfin des thèmes bien ado. Hakusei est un personnage très classique, protecteur, dévoué (et amoureux?). Il se montre fort, et lors d’une scène, il baisse sa tête car il sent que les larmes lui montent aux yeux (comme c’est mignon…).

La Fleur millénaire est prépublié dans le Betsucomi de l’éditeur Shogakukan, magazine ayant vu passer des titres tels que les excellents Basara et Banana Fish, ou encore Kisshô Tennyo, qui est bien loin des shôjo niais. Il est donc navrant, de mon point de vue, de lire à la fin du volume les remerciements de Izumi à son éditrice (tantô) qui a dû se battre pour que la série soit prépubliée dans ce magazine, malgré ses "thèmes difficiles dans un shôjo". Où est le thème difficile dans cette série? La guerre? Les intrigues politiques? L’univers chinois? Les lectrices (en majorité) doivent se contenter d’histoires de coeurs? C’est moi ou il y a régression? Mis à part ce bémol, La Fleur millénaire démarre bien et il plaira sûrement au public de L’Arcane de l’aube (pour lequel j’ai eu un peu de mal) chez le même éditeur. Honnêtement, je suis enthousiaste, malgré quelques petits défauts et les "instants émotion" comme je ne les aime pas, la fin du volume me donne vraiment envie de lire la suite. Un shôjo d’aventure, avec de l’action, une héroïne forte, un univers chinois (depuis Fushigi Yûgi), ça va faire longtemps!

Mokke vol 1

mokke1Mokke fait partie des titres annoncés pour 2013 et qui m’intéressaient. Et miracle, chez Pika, avec Chihayafuru, ce qui n’était pas arrivé depuis 7 SEEDS. Le volume 1 est sorti en mars, malheureusement, un mois très chargé niveau achats pour moi. De plus, au feuilletage, la qualité du livre (le papier en premier lieu) laisse à désirer, contrairement à Chihayafuru qui est bien plus soigné. Evidemment, si Mokke m’a intéressé, ce n’est pas pour rien. Outre la couverture avec ses très belles couleurs, il s’agit d’un titre portant sur les yôkai (créatures surnaturelles du folklore japonais aimant parfois jouer des tours aux humains, ou bien s’engloutir de leur énergie vitale au choix), et il faut dire que j’ai du mal à y rester insensible.

L’histoire se penche sur Shizuru (au collège) et Mizuki (en primaire), deux soeurs ayant le don – ou plutôt le malheur – d’être sensibles aux yôkai: l’une peut les voir, l’autre peut se faire facilement posséder. Elles vivent à la campagne, chez leur grand-père exorciste qui connaît bien les yôkai, leur enseignant au quotidien la manière d’agir face à d’étranges situations.

Mokke est une série de 9 volumes dessinée par Takatoshi Kumakura et prépubliée dans le magazine Afternoon de Kodansha au début des années 2000. La série a été adaptée en série animée de 25 épisodes par le studio Madhouse. La particularité de Mokke, par rapport à d’autres séries sur les yôkai – ou assimilées – que j’ai lues (Le cortège des cent démons, Le pacte des yôkai, Mushishi) vient sûrement de l’omniprésence de la famille. Dans Mokke, les deux soeurs ne sont pas seules, mais accompagnées d’un adulte qui connaît bien les yôkai, le manga s’appuyant donc sur la transmission d’un savoir, contrairement au Cortège des cent démons dans lequel Ritsu perd son grand-père dés son enfance, et Le pacte des yôkai dans lequel Natsume est tout simplement seul, face à des créatures traumatisantes qu’il est le seul à voir.

Outre ce détail, le titre se démarque aussi du fait que la personne voyant les yôkai n’est pas seule à voir et intéragir avec, ici, l’une voit des yôkai alors que l’autre est possédée par eux. Dans Mokke, Shizuru et Mizuki doivent donc agir en équipe afin de se débarasser de ces aléas du quotidien. D’un point de vue personnel, je préfère être à la place de Shizuru plutôt que celle de Mizuki, il semble bien plus embêtant d’être possédée par une créature surnaturelle plutôt que de simplement les voir. La suite de la série démontrera sûrement le contraire, mais ce premier volume se focalise quand même plus sur Mizuki, la petite fille active au contraire de Shizuru, la grande soeur jolie, douce, timide et calme (celle qu’on aime qualifier de plus "féminine" en somme).

Le manga se focalise aussi sur l’importance de la famille, la vie de tous les jours, les petits tracas quotidiens. L’ambiance est agréable et familiale, avec en plus en décor la campagne japonaise. Le personnage du grand-père éduque les deux soeurs de manière sévère, n’hésitant pas à les laisser se débrouiller tout en leur donnant les clés, au lieu de les aider de suite. C’est, je trouve, une des forces de ce titre, car les yôkai, dont le grand-père a une grande connaissance, sont souvent décrits, rangés par type, dangereux ou simplement ennuyeux. Les deux héroïnes sont donc obligées de réfléchir avant d’agir pour trouver une solution. Mokke fait partie des manga de type grand public que tout le monde peut lire, malgré les noms de yôkai japonais et pas toujours faciles à retenir, peut-être à l’instar d’Une sacrée mamie qui mettait aussi l’accent sur la relation enfant – grands-parents (bon, j’en ai lu 2 volumes).

Voilà un premier volume qui m’a totalement charmée. C’est sûr qu’il n’y a pas d’effet "j’attends la suite!!!" vu que les histoires sont indépendantes. Mais c’est un manga rafraîchissant, qui m’a fait beaucoup de bien. Je pense que l’environnement bucolique y est pour beaucoup. Si le dessin paraît simpliste (et peu original) au niveau des personnages, je trouve les décors détaillés et très beaux, le rendu est donc très agréable à l’oeil. Lecture très enthousiasmante, et j’attends donc de lire la suite pour juin. A essayer!

Tableau Numéro 20 de est em chez SuBLime

tableau_numero_20_estemJe suis très nulle pour les actu. Encore plus pour les actu manga à l’étranger. Alors que la nouvelle date de janvier, je ne l’ai découverte que récemment, il y a quelques semaines. Et pourtant, j’adule est em. Parfois, par curiosité, j’aime taper les noms de mes mangaka préférés sur Amazon, pour voir si il y a de nouvelles sorties aux Etats-Unis. L’anglais étant une langue obligatoire à l’école, autant en profiter pour tenter des manga non traduits ici (et dont l’espoir est hyper mince chez nous). C’est ainsi que j’ai découvert le Danza de Natsume Ono, ou la sortie de Tableau Numéro 20 de est em, pour octobre de cette année. Le titre sort chez SuBLime, la ligne boys love de chez Viz.

Pour rappel, est em est l’auteure de l’excellent Tango sorti chez les Editions H en France. Aux Etats-Unis, Tango porte le titre Seduce Me After the Show et d’autres titres de est em ont suivi, dont Age Called Blue et Red Blinds the Foolish (aujourd’hui devenu plus rare). Sur le Kindle, on peut lire Kine In! et  sur la plateforme Jmanga, on pouvait y lire Hatarake Kentauros! (le titre avec des centaures salary men qui me fait vraiment beaucoup fantasmer) et Happy End Apartments. A quand une version papier pour ces deux titres? A quand Golondrina issu du IKKI? En tout cas, la news sur Tableau Numéro 20 me réjouit énormément, et j’attends donc cette sortie avec impatience. Parmi les titres annoncés chez Animenewsnetwork, Man of Tango m’intrigue par sa couverture, il s’agit en fait d’une suite, mais le premier volet semble indisponible aujourd’hui.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

oiseau-moqueurIl m’arrive rarement de lire des livres sans images. Cela résulte de nombreux achats manga et comics ces deux dernières années, et que je n’achète que rarement des romans, préférant les emprunter en bibliothèque municipale (on pourrait faire le même constat pour la BD dite indé). De ce fait, je me suis mise en "interdit bibliothèque" pour pouvoir finir les livres déjà chez moi (ce qui ne marche pas: je le suis depuis un an, mais comme j’achète aussi, je rentre dans un cercle vicieux). Ce Noël, j’ai reçu Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee en cadeau, un "livre culte" comme on dit, par une personne qui me connaît peu, mais qui sait que j’apprécie la lecture (je ne me suis pas étendue sur les manga). La couverture est, de mon point de vue, très avenante avec cette petite fille très mignonne.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur a porté trois titres en français (Source: Wikipedia). Il s’agit du seul roman de Harper Lee, sorti dans les années 60 pendant la période marquante des Droits Civiques. Le roman se déroule dans l’Alabama, au Sud des Etats-Unis, dans les années 30, pendant la Grande Dépression. La narratrice de l’histoire est Jean Louise Fincher (ou Scout), une petite fille de 6 ans qui vit avec son grand frère Jem et son père Atticus. Sa mère est décédée peu après sa naissance, et elle ne la connaît que très peu. Atticus, qui travaille comme avocat, est aidé par une bonne noire, Calpurnia. Les enfants adorent jouer avec leur ami Dil, qui passe ses vacances d’été chez sa tante. Tout ce beau monde vit dans une petite ville où tout le monde se connaît depuis plusieurs générations. Le quotidien de Scott et Jem bascule le jour où Atticus devient l’avocat commis d’office de Tim Robinson, un homme noir accusé d’avoir violé une femme blanche, alors dans un Etat pratiquant la ségrégation.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est un roman d’apprentissage dans lequel on voit nos jeunes héros, Scout et Jem, grandir d’années en années, et perdre petit à petit leur innocence. Le roman se déroule pendant trois ans, et on ne verra donc pas les enfants devenir adultes (juste Jem qui commence son adolescence). Pour ma part, je me suis beaucoup attachée à la petite Scout, petite fille espiègle qui aime gambader avec son frère et Dil, et qui est ce que beaucoup décrivent comme un "garçon manqué", et cela est sûrement dû à l’influence d’un grand frère. Voir des enfants constamment jouer dehors donne pas mal d’oxygène à la personne que je suis qui passe toute ses journées enfermée dans une tour de 31 étages. Surtout, j’ai l’impression (un ressenti hein) que les enfants d’aujourd’hui passent beaucoup moins de temps dehors à jouer que jadis. Je me souviens de mon enfance, surtout l’été, l’occasion enfin d’être dehors toute la journée. Scout est une petite fille très intelligente mais qui garde encore l’innocence et la naïveté d’une enfant. La narration à la première personne a donc beaucoup de charme, la naïveté se mélangeant parfois à beaucoup d’ironie lorsque le ton change, quand l’adulte prend le dessus sur la petite fille.

Beaucoup de personnes voient en ce livre un pamphlet contre la ségrégation. C’est en partie vrai, puisque le sujet du livre, qui ne vient qu’à la deuxième partie de l’histoire, implique la défense d’un homme noir accusé pour un crime qu’il n’a pas commis. Mais surtout, j’y ai vu la dénonciation de nombreux préjugés pouvant survenir lorsqu’on habite dans une petite ville où chacun se connaît. Ainsi, celui qui dévie de la "normalité" est montré du doigt, que ce soit Atticus qui fait tout ce qu’il peut pour élever ses enfants et qui ne veut pas se remarier, ou encore le voisin qui n’est pas sorti de chez lui depuis 30 ans, et sur qui tous les fantasmes se cristalisent. On a beau côtoyé des personnes depuis toujours, penser qu’ils sont bons, et pourtant, leur nature se révèle à un moment ou un autre. C’est ce que vont devoir apprendre Scout et Jem. Les préjugés, les ragots, qui font finalement plus de mal qu’on ne le croit. En même temps, Harper Lee n’est pas dans un schéma "nique tout", pas de violence ou de remise en question en bloc, mais surtout, il faut du temps pour que les gens s’habituent, les choses vont donc petit à petit, pas à pas. Je me demande ce que deviendra Scout après le roman, surtout qu’il y a l’injonction de la tante Alexandra, femme qui tient à faire d’elle une "dame" et tout ce que cela implique.

Dans ce roman, le thème de l’école comme une institution carcérale est fortement mis en avant. La petite Scout n’aime pas l’école, elle qui était impatiente d’y mettre les pieds en voyant son frère y aller. Malheureusement pour elle, l’école constituera des années de journées ennuyeuses pour elle, surtout qu’elle est en avance pour son âge, sachant lire depuis son plus jeune âge. Ainsi est soulignée l’absurdité d’une école qui tient à suivre un certain programme, demandant même à Scout de désapprendre ce qu’elle sait, lui interdisant la lecture, uniformisant donc tout le monde sur un même moule, tout le monde devant comprendre et apprendre de la même manière.

J’ai beaucoup aimé ce livre, et surtout la première partie avec les enfants qui jouent, qui se posent des questions sur tous les sujets. Les phases de jeux m’ont beaucoup plu, alors qu’elles ont ennuyé d’autres personnes (cela vient sûrement du fait que j’aime l’enfance). Ce sont lors de ces phases de jeu que se révèlent la personnalité des enfants. Que l’histoire soit vue par une fille est également quelque chose qui m’a plu, on voit qu’il est souvent difficile d’être une fille dans un groupe en majorité masculin, avec des garçons qui ont toujours cette injonction du "tu ressembles de plus en plus à une fille" pour indiquer qu’une personne est chiante. C’est un roman que je trouve riche, par sa narration, mais aussi par ses nombreux thèmes finalement. Le tout y est souvent traité avec finesse et la personnalité haute en couleurs de Scout y est pour beaucoup. Moi qui n’aime pas les cadeaux (surtout de Noël, je les vois comme un calvaire et une forme de politesse forcée…) je dois admettre que celui-ci fut très beau, ne connaissant absolument pas ce livre. Par contre, le quatrième de couverture est un peu tiré par les cheveux, comparant Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur avec L’attrape-coeurs. Les dernières pages contiennent une postface de la traductrice, Isabelle Stonaïov, très intéressante, avec aussi une petite frise sur les événements historiques dont il est question dans le roman. Le titre original du roman est To Kill a Mocking Bird.