Errances et phylactères

Manga, éditions taïwanaises, Moto Hagio, Akimi Yoshida, bandes dessinées… du papier avant tout!

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

le 09/04/2013

oiseau-moqueurIl m’arrive rarement de lire des livres sans images. Cela résulte de nombreux achats manga et comics ces deux dernières années, et que je n’achète que rarement des romans, préférant les emprunter en bibliothèque municipale (on pourrait faire le même constat pour la BD dite indé). De ce fait, je me suis mise en « interdit bibliothèque » pour pouvoir finir les livres déjà chez moi (ce qui ne marche pas: je le suis depuis un an, mais comme j’achète aussi, je rentre dans un cercle vicieux). Ce Noël, j’ai reçu Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee en cadeau, un « livre culte » comme on dit, par une personne qui me connaît peu, mais qui sait que j’apprécie la lecture (je ne me suis pas étendue sur les manga). La couverture est, de mon point de vue, très avenante avec cette petite fille très mignonne.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur a porté trois titres en français (Source: Wikipedia). Il s’agit du seul roman de Harper Lee, sorti dans les années 60 pendant la période marquante des Droits Civiques. Le roman se déroule dans l’Alabama, au Sud des Etats-Unis, dans les années 30, pendant la Grande Dépression. La narratrice de l’histoire est Jean Louise Fincher (ou Scout), une petite fille de 6 ans qui vit avec son grand frère Jem et son père Atticus. Sa mère est décédée peu après sa naissance, et elle ne la connaît que très peu. Atticus, qui travaille comme avocat, est aidé par une bonne noire, Calpurnia. Les enfants adorent jouer avec leur ami Dil, qui passe ses vacances d’été chez sa tante. Tout ce beau monde vit dans une petite ville où tout le monde se connaît depuis plusieurs générations. Le quotidien de Scott et Jem bascule le jour où Atticus devient l’avocat commis d’office de Tim Robinson, un homme noir accusé d’avoir violé une femme blanche, alors dans un Etat pratiquant la ségrégation.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est un roman d’apprentissage dans lequel on voit nos jeunes héros, Scout et Jem, grandir d’années en années, et perdre petit à petit leur innocence. Le roman se déroule pendant trois ans, et on ne verra donc pas les enfants devenir adultes (juste Jem qui commence son adolescence). Pour ma part, je me suis beaucoup attachée à la petite Scout, petite fille espiègle qui aime gambader avec son frère et Dil, et qui est ce que beaucoup décrivent comme un « garçon manqué », et cela est sûrement dû à l’influence d’un grand frère. Voir des enfants constamment jouer dehors donne pas mal d’oxygène à la personne que je suis qui passe toute ses journées enfermée dans une tour de 31 étages. Surtout, j’ai l’impression (un ressenti hein) que les enfants d’aujourd’hui passent beaucoup moins de temps dehors à jouer que jadis. Je me souviens de mon enfance, surtout l’été, l’occasion enfin d’être dehors toute la journée. Scout est une petite fille très intelligente mais qui garde encore l’innocence et la naïveté d’une enfant. La narration à la première personne a donc beaucoup de charme, la naïveté se mélangeant parfois à beaucoup d’ironie lorsque le ton change, quand l’adulte prend le dessus sur la petite fille.

Beaucoup de personnes voient en ce livre un pamphlet contre la ségrégation. C’est en partie vrai, puisque le sujet du livre, qui ne vient qu’à la deuxième partie de l’histoire, implique la défense d’un homme noir accusé pour un crime qu’il n’a pas commis. Mais surtout, j’y ai vu la dénonciation de nombreux préjugés pouvant survenir lorsqu’on habite dans une petite ville où chacun se connaît. Ainsi, celui qui dévie de la « normalité » est montré du doigt, que ce soit Atticus qui fait tout ce qu’il peut pour élever ses enfants et qui ne veut pas se remarier, ou encore le voisin qui n’est pas sorti de chez lui depuis 30 ans, et sur qui tous les fantasmes se cristalisent. On a beau côtoyé des personnes depuis toujours, penser qu’ils sont bons, et pourtant, leur nature se révèle à un moment ou un autre. C’est ce que vont devoir apprendre Scout et Jem. Les préjugés, les ragots, qui font finalement plus de mal qu’on ne le croit. En même temps, Harper Lee n’est pas dans un schéma « nique tout », pas de violence ou de remise en question en bloc, mais surtout, il faut du temps pour que les gens s’habituent, les choses vont donc petit à petit, pas à pas. Je me demande ce que deviendra Scout après le roman, surtout qu’il y a l’injonction de la tante Alexandra, femme qui tient à faire d’elle une « dame » et tout ce que cela implique.

Dans ce roman, le thème de l’école comme une institution carcérale est fortement mis en avant. La petite Scout n’aime pas l’école, elle qui était impatiente d’y mettre les pieds en voyant son frère y aller. Malheureusement pour elle, l’école constituera des années de journées ennuyeuses pour elle, surtout qu’elle est en avance pour son âge, sachant lire depuis son plus jeune âge. Ainsi est soulignée l’absurdité d’une école qui tient à suivre un certain programme, demandant même à Scout de désapprendre ce qu’elle sait, lui interdisant la lecture, uniformisant donc tout le monde sur un même moule, tout le monde devant comprendre et apprendre de la même manière.

J’ai beaucoup aimé ce livre, et surtout la première partie avec les enfants qui jouent, qui se posent des questions sur tous les sujets. Les phases de jeux m’ont beaucoup plu, alors qu’elles ont ennuyé d’autres personnes (cela vient sûrement du fait que j’aime l’enfance). Ce sont lors de ces phases de jeu que se révèlent la personnalité des enfants. Que l’histoire soit vue par une fille est également quelque chose qui m’a plu, on voit qu’il est souvent difficile d’être une fille dans un groupe en majorité masculin, avec des garçons qui ont toujours cette injonction du « tu ressembles de plus en plus à une fille » pour indiquer qu’une personne est chiante. C’est un roman que je trouve riche, par sa narration, mais aussi par ses nombreux thèmes finalement. Le tout y est souvent traité avec finesse et la personnalité haute en couleurs de Scout y est pour beaucoup. Moi qui n’aime pas les cadeaux (surtout de Noël, je les vois comme un calvaire et une forme de politesse forcée…) je dois admettre que celui-ci fut très beau, ne connaissant absolument pas ce livre. Par contre, le quatrième de couverture est un peu tiré par les cheveux, comparant Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur avec L’attrape-coeurs. Les dernières pages contiennent une postface de la traductrice, Isabelle Stonaïov, très intéressante, avec aussi une petite frise sur les événements historiques dont il est question dans le roman. Le titre original du roman est To Kill a Mocking Bird.


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