éditions étrangères, chroniques, comics, science-fiction

Grease Monkey

Grease Monkey est l’oeuvre d’un certain Tim Eldred, un homme ayant pas mal travaillé dans l’animation américaine, grand amateur de science fiction, en particulier de ce qui se passe dans l’espace (il apprécie Star Wars, Battlestar Galactica, et certains anime japonais). Dans son ouvrage, Eldred raconte la genèse de sa série, qui se déroule du début des années 90 aux années 2000. Pour résumer, comme certains autres de ses compagnons, Eldred a eu envie d’écrire autre chose que du super héros, ce qui était difficile dans les années 90. Il voulait écrire une comédie se déroulant dans l’espace, avec des êtres humains banals, et puis un gorille, tout cela sur fond de guerre (les humains dont on parle peu pendant une guerre: l’administration, les mécaniciens, etc…). Cela donna Grease Monkey, édité au début par Kitchen Press, ensuite par Image Comics, et puis enfin, en recueil chez Tor. Le recueil en question contient donc 350 pages environ, en noir et blanc (bien que les six premiers épisodes sont à l’origine en couleurs, épisodes qu’on peut trouver gratuitement ici). D’après l‘interview en ligne, et les bonus du recueil, une suite est prévue.

greasemonkey

L’intrigue se déroule dans un futur lointain, dans lequel la Terre a été victime d’envahisseurs extra-terrestres. La Terre a été sauvée par une entité extra-terrestre pacifique appelée les Benefactors (Bienfaiteurs) mais les dégâts sont là: 60% de l’humanité a été décimée. Les Bienfaiteurs proposent alors à d’autres espèces terriennes de participer à une évolution rapide afin de faire jeu égal avec les homo sapiens: les dauphins ayant refusé (60% de pollution en moins dans leurs eaux, une aubaine!), la proposition est allée aux gorilles qui ont de suite accepté. Et voilà donc les Terriens engagés dans une guerre intergalactique contre les envahisseurs. Robin Plotnik, notre héros, est une jeune devant faire son service d’une année à bord du Fist of Earth (le Poing de la Terre) comme assistant mécanicien de Mac Gimbensky, un gorille au caractère pour le moins très personnel. Si au départ, Robin appréhende son affectation, il va s’avérer que Mac et lui vont devenir très rapidement inséparables. Mac et Robin sont les mécaniciens du meilleur escadron de pilotes exclusivement féminin dont la tête s’appelle Barbara: les Barbarians.

Voilà une excellente surprise, résultat d’un cadeau d’anniversaire pour mes trente ans. Il est vrai qu’avec un gorille anthropomorphe sur la couverture, cela ne pouvait que me plaire. Vu le passif de l’auteur de ce cadeau, je ne pouvais que rire quand j’ai vu le nom du héros: Robin. Le vaisseau spatial n’est ici qu’un prétexte pour Tim Eldred, un décor. Car l’histoire est réellement centrée sur la vie quotidienne des personnages, le tout de manière humoristique, abordant toute sorte de sujets: la fiction, la science fiction, l’histoire, les différences culturelles, le travail, le passage à l’âge adulte, les parents mais aussi les histoires de cœur, et même les élections. Le tout est porté par un duo, comme les buddy movies de Hollywood.

L’amour constitue un sujet qui revient fréquemment dans l’histoire: Robin est un adolescent plein de bonne volonté, gentil, mais un peu maladroit en amour, il aime une certaine Kara. Kara, elle, est une jeune femme indépendante, ayant du caractère, très intelligente, mais qui s’ennuie au plus haut point à la bibliothèque, endroit dans lequel son service civil lui a été affecté. Mac, le gorille et mentor de Robin, est un adulte ayant de l’expérience et ne voulant pas entrer dans un certain moule, il est amoureux de la plus belle femme gorille qu’il n’ait jamais vue, le colonel Stelter. Là, plus que la maladresse, c’est plus une question de timing qui fait que les amoureux ne peuvent se réunir, le colonel étant la personne la plus importante de cet immense vaisseau, ayant donc de lourdes responsabilités (et des collaborateurs pour le moins manches, il faut bien l’avouer). Les personnages sont tous stéréotypés mais superbement campés et donc terriblement attachants, chacun ayant ses qualités et ses défauts, chacun ayant sa petite histoire.

Mac contemple l'élue de son cœur, le colonel Stelter... Si c'est pas romantique!
Mac contemple l’élue de son cœur, le colonel Stelter… Si c’est pas romantique!

Les différences culturelles, ou plutôt l’aspect ethnique, est abordé du point de vue de Mac. Les gorilles du vaisseau ont une certaine vision des choses, qui ne cadre pas forcément avec celle des humains. Mac est là pour d’une part souligner les absurdités, parfois, des homo sapiens, mais aussi pour avoir sa vision de certains événements historiques, surtout que l’Histoire est bien souvent écrite par les humains. L’histoire d’un certain Ishmaël, premier gorille dont l’évolution a été accélérée, est souvent mise en doute par Mac. Cela renvoie donc aux événements de l’Histoire vus par des peuples, différente de celle par d’autres. Les fictions sont tout aussi abordées, et rappelle un certain Spike Lee, toujours prêt à contester la vision de réalisateurs « blancs » sur par exemple le jazz, ou la Seconde Guerre Mondiale (le dernier clash en date étant d’ailleurs au sujet de Django Unchained). En fait, ces différences culturelles renvoient surtout aux différents groupes ethniques qui peuplent les Etats-Unis. Mais malgré tout, beaucoup de choses réunissent gorilles et humains, et c’est là finalement, le plus important. Le racisme fait aussi face, certains groupuscules craignant que les gorilles retournent soudainement à leur état animal. Mais aussi, Eldred se moque de la langue de bois américaine, certains mots comme « Monkey » étant interdits pour désigner les gorilles par exemple.

greasemonke-cover
La couverture du TPB

Tout au long des 350 pages, on verra Robin grandir et évoluer, devenir petit à petit plus adulte, plus réaliste aussi, lui qui est naïf, plein de volonté, plein de gentillesse, mais qui ne connaît pas grand chose à la vie. C’est le type de personnage adorable et qu’on aime bien, malgré ses maladresses (mais quel boulet avec Kara!!!!), et qu’on a envie de suivre. L’histoire d’amour est d’ailleurs excellente, je pensais, vu le ton généralement positif et heureux de l’ouvrage, que Kara retournera forcément avec Robin à la fin de l’histoire. J’ai eu tort, Eldred ayant voulu finalement éduquer son héros pour l’endurcir un peu. La réalité est ainsi, et tout ne se passe pas comme prévu, les erreurs faisant partie de la vie.

Voilà donc un ouvrage absolument drôle, fun, bien écrit, avec un tas de personnages attachants et suffisamment stéréotypés mais pas trop. Y’a pas à dire, le capital sympathie est clairement là. Et puis, je le répète, il y a un gorille mécano. Et ça, c’est trop chouette! D’ailleurs, à cause de Grease Monkey (mais aussi à cause de Hellboy), ma curiosité à propos de Monkeyman & O’Brien a été ravivée… Voilà un ouvrage facilement trouvable à l’achat, pour vraiment pas cher, et que je conseille à ceux qui veulent lire une comédie bien fun, sur les relations humaines, dans l’espace. Côté graphisme, c’est très classique mais clair. Enfin, les personnages féminins ont tous du caractère, je n’ai pas trop croisé de pots de fleurs, et l’escadron champion est uniquement composé de femmes. Autre chronique: Comics Worth Reading. Parce que les œuvres de type comédie j’ai beaucoup de mal à en parler… Même avec un gorille anthropomorphe dedans.

Publicités
akimi yoshida, éditions étrangères, chroniques, manga

Eve No Nemuri – Yasha Next Generation

Eve No Nemuri – Yasha Next Generation (イヴの眠り ― YASHA NEXT GENERATION – littéralement « Le Sommeil d’Ève ») est un manga de Akimi Yoshida (吉田秋生). Il s’agit de la suite de Yasha (YASHA 夜叉) et l’histoire se déroule 18 ans après. Eve No Nemuri  est prépublié en 2004 dans le magazine Flowers de Shogakukan et s’étale sur 5 volumes. L’héroïne de la série n’est autre que la fille de Sei Arisue, le héros de Yasha. J’ai lu cette série par l’édition taïwanaise de Tong Li Comics, en chinois traditionnel (et en édition officielle) sous le titre 沈睡的夏娃. Ce post contient des spoilers, notamment sur Yasha, puisque cette série se déroule après. Images à venir si je n’ai pas la flemme de prendre des photos.

eveNoNemuri_vol3_jp Lire la suite « Eve No Nemuri – Yasha Next Generation »

akimi yoshida, éditions étrangères, chroniques, manga

Yasha

J’ai décidé de réécrire un article pour parler de la série dans sa globalité, maintenant que j’ai tout (re)lu, présentant donc de nouveau la série, même si cela a été fait dans un autre post. N’étant pas très douée pour organiser mes écrits, j’essaie tout de même de « pondre » ce texte une fois pour toute (il s’agit d’un de mes combats contre la procrastination cette année, écrire même si je ne suis pas satisfaite, au moins pour les manga dont on parle peu). J’ai lu l’intégralité de la série en chinois chez l’éditeur taiwanais Tong Li Comics (en traditionnel, édition officielle pour ceux que ça intéresse, vu que la question surgit de temps à autre).

yasha_vol5_jp

Yasha (YASHA 夜叉 – littéralement « Démon » ou « Esprit maléfique ») est la série la plus célèbre de Akimi Yoshida (吉田秋生) après Banana Fish. Il s’agit d’une histoire mêlant complots, action et eugénisme, avec des bishônen. La série est prépubliée de 1996 à 2002 dans le Bestucomi dans un premier temps, pour ensuite migrer vers le Flowers toujours chez l’éditeur Shogakukan. L’histoire s’étale sur 12 volumes et le succès est au rendez-vous: en 2004, une adaptation drama voit le jour, ainsi qu’une suite, Eve No Nemuri – Yasha Next Generation (イヴの眠り―YASHA NEXT GENERATION – littéralement « Le sommeil d’Ève »). Cette suite qui se déroule 18 ans après la fin de la série est prépubliée dans le Flowers et compte 5 volumes. Petite remarque à ce propos, Eve No Nemuri n’est pas le prologue de Yasha comme l’affirme le dossier sur Banana Fish de Manga-news (j’ai demandé une modification plusieurs fois sans résultat). Pour ma part, avec cette histoire de jumeaux ennemis, cette histoire m’a rappelée Eternal Sabbath de Fuyumi Soryo. Enfin, il existe un art book au sujet de Yasha constitué d’illustrations représentant les deux frères nommé Double Helix.
Lire la suite « Yasha »

akimi yoshida, éditions étrangères, chroniques, manga

Yasha vol 2

yasha_vol2Le volume 2 de Yasha installe encore les éléments de l’histoire. La série de Akimi Yoshida prend donc son temps pour développer les relations entre les personnages tout en distillant des éléments importants pour la suite des évènements. En vérité, l’histoire à proprement parler commence vraiment au volume 4, quand les enjeux sont enfin définis. Le volume 2 est marqué par la rencontre de Sei et de son frère jumeau Rin, posant une fois de plus des questions quant aux origines mystérieuses de Sei, ce génie recherché de partout. Les personnages, en deux volumes, sont déjà très riches et les relations installées: les jumeaux, les amis de Sei, mais aussi les relations avec les collègues entre les jalousies et rivalités.

Rin, s’il est le portrait craché de Sei, ne lui ressemble en rien. Alors que Sei est déjà doté d’un doctorat de l’Université de Columbia à 18 ans, Rin est un garçon rebelle qui aime traîner dans un bar appelé le Lunacy où il semble être un chef parmi les voyous. Du côté de Rin, on fait donc la connaissance de Takeru, son meilleur ami, si ce n’est plus. Les fans de boys love sont donc aux anges par un duo de beaux mecs aux relations ambiguës (et d’autres duos potentiels tant il y a de mecs dans cette série). Lire la suite « Yasha vol 2 »

akimi yoshida, éditions étrangères, chroniques, manga

Yasha vol 1

Yasha vol 1

Yasha (YASHA 夜叉, « démon » ou « esprit maléfique ») est la seconde grande série de Akimi Yoshida après Banana Fish. Elle compte au total 12 volumes, et a été prépubliée de juillet 1996 à mai 2002 dans un premier temps dans le Betsucomi (Basara, Banana Fish) pour migrer ensuite vers le Flowers (7 SEEDS, Kamakura Diary), toujours chez l’éditeur Shogakukan. A l’instar de Banana Fish, Yasha est un shôjo d’action avec de nombreuses scènes de fusillades. L’histoire se déroule dans le même univers que Banana Fish, on y croise Sing Soo Ling adulte à partir du volume 8.

Le succès est au rendez-vous et une adaptation en drama de 11 épisodes voit le jour en 2004 (trouvable sur la Toile aussi bien sous-titrée en anglais qu’en français, et jouissant d’une très bonne réputation). Toujours en 2004, Akimi Yoshida revient à Yasha au travers de Eve No Nemuri – Yasha Next Generation (イヴの眠り―YASHA NEXT GENERATION, « Le sommeil d’Eve »), une séquelle en 5 volumes se déroulant 18 ans après la fin de la première série, toujours prépubliée dans le Flowers. Lire la suite « Yasha vol 1 »

éditions étrangères, fétichisme, manga

Shio Sato

Shio Sato (佐藤史生) est une mangaka née en 1952 et décédée en avril 2010. Elle est principalement connue pour ses shôjo de science fiction – ou josei, mais la frontière étant si floue entre les deux que je vais parler ici de shôjo. Elle a surtout écrit des one-shot, et ses plus longues séries comptent seulement 4 volumes. En Occident, son nom est associé à l’anthologie Four Shôjo Stories dans laquelle on trouvait They were eleven de Moto Hagio, Promise et Since You’ve been gone de Keiko Nishi puis The Changeling de Shio Sato. L’histoire courte d’une soixantaine de pages The Changeling – tirée du recueil éponyme – est la seule oeuvre qu’on lui connaît en langue anglaise. Cette histoire, avant de sortir dans Four Shôjo Stories, a été prépubliée mensuellement dans la revue Animerica. D’après sa fiche Wikipédia, Shio Sato a été l’assitante de la célèbre Keiko Takemiya (To Terra, Kaze To Ki No Uta, entre autres).

Four Shôjo Stories - The Changeling by Shio Sato

The Changeling est la seule oeuvre que j’ai lue de Shio Sato. Je ne l’ai découverte que très récemment, en scans, car Four Shôjo Stories est désormais rare. Dans cette histoire de science fiction, le rythme est lent et le tout est philosophique. Les histoires de Shio Sato semblent, d’après des planches ou autres écrits à droite à gauche (traduits du japonais en anglais par Google), toutes avoir cette tonalité adulte, philosophique, plutôt intellectuelle. Il s’agit d’une science fiction sérieuse et tournée vers la réflexion. Shio Sato ne semble donc pas aller vers la facilité dans ses récits, et le tout est empreint d’une ambiance très poétique, mais plus difficile d’accès. C’est sans doute la raison pour laquelle elle est si peu traduite. Son style de dessin est daté mais élégant et très charmant – de mon point de vue, et si on s’en tient à l’introduction de Four Shôjo Stories par Matt Thorn, il s’agit d’une auteure difficile à traduire. Ses grands hits sont les séries Yumemiru Wakusei – Dream Of The Planet et One Zero, tous deux prépubliés dans le Petit Flower de Shogakukan qui a aussi accueilli la célèbre série de science fiction Marginal de Moto Hagio.

Visuellement, je dois dire que l’univers de Dream Of The Planet m’intrigue beaucoup avec ses dinosaures et son décor médiéval. One Zero semble mêler informatique et univers bouddhique. Quant aux autres, il suffit de regarder les planches pour se laisser porter par l’univers de Shio Sato, entre science fiction, fantasy, bouddhisme, dinosaures, tout ceci avec ce dessin élégant dégageant une ambiance douce mais sérieuse. J’aurais aimé avoir plus de traductions en anglais, mais je pense que c’est bel et bien mort en français, l’auteure étant trop ancienne et pas assez « sexy » dans son dessin. Parfois, je regrette de ne pas avoir découvert cette artiste plus tôt, et je me demande comment j’ai pu passer à côté, alors que je voulais tant acheter They were eleven. De décembre 2009 à février 2010, Shio Sato a eu droit à une exposition dans la préfecture de Miyagi d’où elle est originaire.

Bibliographie:

  • Kinseiju (金星樹) (1979, Kisōtengaisha) (1992, réédité chez Shinchosha avec une histoire supplémentaire)
  • Haru wo Yumemishi (春を夢見し) (1980, Shinshokan)
  • Yumemiru Wakusei (夢みる惑星) (1982–1984, prépublié dans Petit Flower chez Shogakukan, 4 volumes)
  • Shiseru Ōjo no Tame no Pavane (死せる王女のための孔雀舞) (1983, Shinshokan)
  • Ahōsen (阿呆船) (1984, Shinshokan)
  • Ryu no Yume, Sonota no Yume (竜の夢 その他の夢) (1984, Shinshokan)
  • Kono Mazushiki Chijō ni (この貧しき地上に) (1985, Shinshokan)
  • One Zero (ワン・ゼロ) (1985–1986, Shogakukan, 4 volumes)
  • Datenraku (打天楽) (1987, Shogakukan)
  • Kicchō Kajin (吉祥花人) (1987, Hakusensha)
  • Raryō-Ō (羅陵王) (1988, Hakusensha)
  • Changeling (チェンジリング) (1989, Shogakukan)
  • Yadorigi (やどり木) (1988, Shinshokan)
  • Shōryō-Ō (精霊王) (1989, Shogakukan)
  • Oni ou mono (鬼追うもの) (1995, Shogakukan)
  • Shinzō no Nai Kyojin (心臓のない巨人) (1999, prépublié dans Petit Flower chez Shogakukan)
  • Majutsushi Sagashi (魔術師さがし) (2000, Shogakukan)

Couvertures et images (à venir):

Yumemiru Wakusei
Yumemiru Wakusei (Dream of the Planet), rééidtion en 3 volumes
shioSato_dreamOfPlanet_planche
Début de Yumemiru Wakusei, un univers qui intrigue

Editions chinoises:

En chinois, seuls quelques titres ont été traduits, et tous sont sortis chez l’éditeur taïwanais Sharp Point Press (尖端出版). Malheureusement, ils semblent difficiles à dégotter, même sur Taobao. De plus, je suis persuadée qu’ils sont difficiles à lire dans cette langue, vu ce que j’ai pu voir en anglais sur The Changeling… Quoiqu’il arrive, tout ceci me laisse songeuse.

搜神戰記 One Zero (4 volumes)
Shio Sato - One Zero 1 - ChineseShio Sato - One Zero 2 - ChineseShio Sato - One Zero 3 - ChineseShio Sato - One Zero 4 - Chinese

塵埃天使 Changeling
Shio Sato - Changeling - Chinese

精霊王 Shōryō-Ō
Shio Sato - Seirei Ou - Chinese

搜神戰記外傳:打天樂 Datenraku (Gaiden de One Zero)
Shio Sato - Datenraku - Chinese

Quelques liens:
Hommage sur Nekomonoblog: Première partie, Deuxième partie, Quatrième partie. En fait, il n’y a jamais eu de troisième partie.
Feuilleter: Planches sur Comicpark.net (dans la fiche manga, cliquer sur le lien « [立ち読みする!] »).

éditions étrangères, chroniques, manga, moto hagio, science-fiction

They Were Eleven

They were eleven #4

They were eleven (« Ils étaient onze ») est une nouvelle d’environ 120 pages écrite par Moto Hagio. Le récit est publié dans le magazine Shôjo Comic de l’éditeur Shogakukan des mois de septembre à novembre 1975. Moto Hagio reçoît le prix Shogakukan en 1976 pour ce récit, ainsi que pour sa série longue Poe No Ichizoku (« Le Clan Poe »). Le récit a aussi connu une suite, et a été adapté en film d’animation en 1986 réalisé par Satoshi Dezaki et Tsuneo Tominaga. Ce film est également disponible en DVD aux Etats-Unis. They were eleven fait partie des oeuvres les plus célèbres de Moto Hagio.

Ce ne sera que 20 ans plus tard, en 1995, qu’une édition américaine voit le jour. Cela participe à cette époque, à une volonté de la part de Viz de développer certains titres shôjo dont Moto Hagio, sous la houlette de Matt Thorn, grand amateur de l’auteure. Dans les années 90 et jusqu’au début des années 2000, Viz sort certains manga au format comics (des titres de Rumiko Takahashi en particulier) et une revue avec de nombreux articles (je pense notamment à Animerica) qui s’accompagne aussi de prépublications (c’est dans cette revue que Banana Fish, également traduit par Matt Thorn, est prépublié).

Four Shôjo StoriesEn 1995, c’est en format comics backissue (floppy ou fascicules tels qu’on les voit pour les comics de super héros, il s’agit de prépublication traditionnelle) que sort They were eleven en quatre numéros. Le sens de lecture se fait de gauche à droite. Ce type de parution étant éphémère, le récit est réimprimé toujours par Viz et sous la houlette de Matt Thorn, dans l’anthologie Four Shôjo Stories. Cette anthologie contient plusieurs histoires, toutes de différentes auteures, montrant que la catégorie éditoriale est constituée de types de récits variés: Promise de Keiko Nishi, They were 11 de Moto Hagio, The Changeling de Shio Satô et Since you’ve been gone de Keiko Nishi. Le sens de lecture reste le même que dans les parutions en backissue (cela sera de même pour toute la collection Viz Graphic Novel, qui accueille également A, A’ de Moto Hagio et Love Song de Keiko Nishi).

La couverture est d’ailleurs éloquente, avec son slogan « It’s not just girls’ stuff anymore », montrant ainsi que le shôjo manga a atteint une certaine maturité et peut se lire par des adultes quelque soit leur sexe. C’est d’ailleurs une dimension intéressante des années 90 dans l’édition manga outre-atlantique: cette volonté de maturité, ce soucis d’édition à choisir soigneusement des titres, alors qu’aujourd’hui, les titres shôjo semblent être les mêmes qu’ici, soit des comédies romantiques se déroulant au lycée. Je n’ai malheureusement pas eu la chance de lire cette anthologie: elle est désormais introuvable, ou alors à prix élevé sur la Toile (elle est également disponible en scans), et pour cause: Viz n’a jamais demandé la permission à Shogakukan pour sortir cette anthologie et lorsque l’éditeur japonais l’a appris, les livres ont dû être retirés de la vente.

L‘intrigue se passe à une époque où les technologies aérospatiales sont si avancées que les populations habitent désormais des planètes différentes. Les Terriens (Terran) ne sont plus seuls et d’autres populations dotées d’intelligence ont été découvertes sur d’autres planètes. Une coalition, le gouvernement Pan-Terrien, rassemble plusieurs civilisations dont les quatre plus grandes: Terran, Saban, Lothan et Segulan. Il est donc courant de se présenter en tant que « Saban » ou autre, mais il existe encore des civilisations hors de ces systèmes-là. Les formes de vie sont donc très diverses. Au milieu de tout ça, l’Université Galactique constitue une passerelle pour propulser les personnes les plus douées à l’élite de la société. Pour y entrer, il suffit de passer un examen d’entrée ayant lieu tous les 2 ans et demi, sans aucune autre restriction (l’examen est tout de même séparé par le sexe des participants).

Il existe deux épreuves écrites avant de passer au cas pratique. Dans cette dernière épreuve, où 70% des candidats sont reçus est testée la capacité à travailler en équipe. Les candidats, par groupe de 10, doivent survivre dans un vaisseau pendant 53 jours. Si un danger les préoccupe, ils peuvent presser un bouton d’urgence afin de faire appel aux examinateurs: mais cela sonne la fin de l’épreuve pour toute l’équipe. De plus, pour réussir l’épreuve, tous les candidats doivent être vivants: si il y a un seul mort, c’est toute l’équipe qui échoue. Au moment où tous les candidats sont entrés dans le vaisseau, quelque chose cloche: ils ne sont pas 10 mais 11! Alors que chacun se présente, les soupçons sont là et tout le monde est en alerte. Mais qui est l’intrus?

They were eleven #2

They were eleven est un huis-clos qui se déroule dans un univers space opera, qui est très en vogue dans les années 70 (il suffit de voir les tenues, ou encore l’apparence du vaisseau – les chaises quoi!). La narration est très vive, très dynamique. Il n’est pas étonnant de voir, donc, qu’en seulement 120 pages, Moto Hagio parvient à raconter autant de choses. L’intrigue en elle-même est passionnante car on se pose effectivement la question de l’intrus, mais hormis ce point, les péripéties s’enchaînent et les protagonistes doivent donc faire face à toutes sortes de danger. L’ambiance du vaisseau est aussi légèrement oppressante. De plus, le mystère réside quant au personnage de Tada dont l’intuition est très aiguisé. Mais au-delà de l’intrigue déjà superbement narrée, Moto Hagio parvient à prendre le temps de développer ses personnages. Le #3 est d’ailleurs mon préféré, lorsque les personnages se mettent à discuter de tout et de rien: les légendes racontées sur les planètes respectives, les différentes manières de vivre selon le cycle des saisons, et bien des détails qu’on ne verrait pas dans un récit avec de l’action. Les conditions de vie ne sont pas les mêmes partout, et certaines planètes sont cruelles, avec une population atteignant une espérance de vie de 30 ans seulement.

Certains personnages se détachent clairement du lot et Frol en fait évidemment partie: blond aux cheveux longs et bouclés, Frol a tout de la jolie nana gentille et faible qu’on peut croiser dans tous les shôjo. L’ennui, lorsqu’on a envie de lire une oeuvre, c’est qu’on a tellement lu autour de l’œuvre en question qu’on sait tout ou presque d’elle. Et c’est bien dommage car le personnage de Frol constitue une belle surprise dans cette histoire. Par son physique très féminin, Frol se montre très misogyne et déteste qu’on le prenne pour une femme. Le tout prend une explication plus tard, mais cette haine est assez vive, Frol disant des femmes qu’elles ne sont que des êtres prenant inutilement de la place. Le tout fait de Frol un personnage au tempérament très vif et parfois colérique, mais aussi très drôle et sympathique. Car plusieurs fois, si Frol se montre avant tout comme un élément comique au début du récit, il rassemble l’équipe lorsqu’elle est divisée. Frol est cristallise le cri du cœur d’une génération de femmes qui réclame le rêve d’une égalité des sexes. En effet, la société pan-terrienne est dans l’ensemble décrite comme une société où la femme aussi bien que l’homme ont des chances de réussir, même dans les hautes instances du pouvoir.

L’autre personnage intéressant est Tada, celui à travers lequel le lecteur vit l’histoire. Personnage réfléchi et calme, il possède une intuition à toute épreuve mais est plus mystérieux qu’on ne le pense. Il attise bien des méfiances et notamment celle de King, personnage sceptique au plus haut point, mais très charismatique. Tada, avec ses cheveux noirs et son air posé, évoque graphiquement Juli, le héros du Coeur de Thomas. King a su se faire très vite un allié, Fourth, un autre Saban d’une planète voisine. Les petits groupes sont donc légion dans le récit, et lors des débats difficiles tels l’utilisation ou non des armes, les tensions remontent face à onze individualités si diverses. Un personnage que j’aime beaucoup est Nuum, celui qui est vert avec des écailles (quoique les personnes qui me connaissent dans la vie pourraient dire qu’il n’y a rien de surprenant sachant que je suis une grande fan de Piccolo de Dragon Ball). Il est doté d’une grande sagesse par sa fonction de moine et surtout par son statut de Vidmeneer. La guerre des sexes semble être un des messages cachés de l’œuvre.

Le récit est court mais se révèle très riche. Hautement divertissant et facile d’accès, il pose en plus des questions sur l’égalité des sexes et les différentes conditions de vie possibles. Le tout prône aussi la tolérance, avec une société dans laquelle des êtres très différents peuvent accéder à l’élite, la preuve de cet examen particulier sans aucune restriction. Il est donc possible, en étant talentueux, de réussir dans cette société. Enfin, le goût pour la science fiction de Moto Hagio se voit à travers les différentes civilisations, mais aussi par les technologies utilisées. L’énergie électrique est ainsi produite à partir de plantes. Moto Hagio parvient à trouver le temps pour parler de ses personnages, et même si tous ne sont pas mis en avant, chacun a finalement plus ou moins un rôle. On tombe quand même dans certains travers du shôjo: les personnages les moins beaux ont un rôle de moindre importance. Rednose, Toto, Kaka et Amazon sont clairement mis de côté. Il y a aussi Fourth qui ne sert finalement que de faire valoir à King. Enfin, je n’ai pas parlé du graphisme particulièrement réussi, et qui a très bien vieilli (les moments d’humour font quand même très Tezuka), certaines planches sont magnifiques par leur composition.

Les personnages:

They were eleven - Tada
Tadathos Lane – Tada
Terran
Planète Shibbelith
They were eleven - Frol
Frolbericheri – Frol
Aucun
Planète Vené
They were eleven - King
Baseska the Maya King
Saban
Planète Alitoska Le
They were eleven - Fourth
Dolikas Soldium IV – Fourth
Saban
Planète Alitoska La
They were eleven - Gunga
Gunigus Gagtoss – Gunga
Saban
Planète Redrayga
They were eleven - Amazon
Amazon Carnise
Terran
Planète Sushu
They were eleven - Nuum
Vidmeneer Nuum
Aucun
Planète Inudo
They were eleven - Rockhead
Gren Groff – Rockhead
Segulan
Planète Graywhite
 They were eleven - Rednose
Dorf Tusta – Rednose
Terran
Planète Peloma
They were eleven - Kaka
Chako Kaka
Terran
Planète Kwess
They were eleven - Toto
Toto Ni
Saban
Planète Mis

Titre en VO: 11人いる! (Jūichinin Iru!)

Chroniques: Mangacritic à propos de They were eleven et A, A’ avec spoilers

Instant shopping: Pour pouvoir lire They were eleven, outre les scans, il reste la solution du format comics en backissue (fascicules). Certains sites, type Mile High Comics, vendent des comics à l’unité. Il s’agit d’une solution bon marché pour ceux résidant aux États-Unis (ou dans les backs, tout simplement). C’est de cette manière que j’ai réussi à me procurer le récit. Jusqu’à 25$ d’achat, les frais de port pour l’Europe sont de 10$ (le tout se fait donc par palier). Il est donc plus qu’avantageux de regrouper plusieurs commandes et c’est ainsi que j’ai procédé: j’ai commandé 3 exemplaires de chacun des 4 numéros. Il n’y a pas d’interface type Amazon pour ce site, le tout se fait par mail: confirmation de commande, facture et mail prévenant l’acheteur de l’envoi. La facture est ce qui rassemble les comics disponibles: je n’ai finalement reçu que le #2 en 3 exemplaires… Autre information, l’histoire Promise de Keiko Nishi, présente dans l’anthologie Four Shôjo Comics, existe également sous ce format.

MAJ du 10/11/2013: They were eleven, soit Nous sommes onze, n’est plus inédit en français et se trouve dans l’anthologie Moto Hagio sortie chez Glénat le 6 novembre 2013. Je vous invite grandement à y jeter un œil pour pouvoir lire cette merveilleuse histoire. L’histoire se trouve dans le volume intitulé De la rêverie.