Errances et phylactères

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Courtney Crumrin et le Dernier sortilège

le 02/05/2013

courtney_crumrin6Courtney Crumrin a été un véritable coup de foudre dans ma vie de lectrice. J’ai découvert cette série par le plus pur hasard en 2005, sur un forum manga où un membre disait juste avoir été déçu par telle lecture, contrairement à Courtney Crumrin 2. Le nom m’a tellement intriguée que j’ai fini par faire une recherche, et le dessin m’a tellement plu que je suis repartie avec le volume 2, Courtney Crumrin et l’Assemblée des Sorciers neuf sous les bras, ne trouvant pas le volume précédent. En avril 2013, c’est en librairie (dans le but d’acheter les deux derniers tomes de ARQ) que j’apprends la sortie du sixième et dernier opus intitulé Courtney Crumrin et le Dernier Sortilège. Grande surprise car je ne m’attendais pas du tout à la sortie d’un volume aussi vite (Courtney Crumrin et l’Apprentie sorcière étant sorti en 2012), et encore moins au dernier épisode de Courtney Crumrin. Je suis évidemment repartie avec sous le bras, et heureusement que le volume était mis en avant car je n’étais décidément pas au courant.

Je n’irai pas par quatre chemins: le dernier opus des aventures de Courtney Crumrin m’a déçue. J’ai trouvé le volume très fade, mal raconté, avec beaucoup trop d’actions, des révélations qui arrivent un peu à plat, ne procurant aucun effet, la fin elle-même m’a laissé de marbre, et surtout, je n’avais pas du tout l’impression de lire un volume de Courtney Crumrin, tant j’ai trouvé le personnage principal absent (oui, celui dont le nom même porte la série). Pour éviter tout malentendu, on voit le personnage sur les planches, tout le temps, même. Mais j’ai vraiment eu le sentiment que l’esprit même de la petite Courtney n’y était pas.

La fin de l’opus précédent, Courtney Crumrin et l’Apprentie sorcière voyait notre héroïne quitter Hillsborough en compagnie de Mlle Crisp, son professeur. Le début va donc très vite, avec de nombreuses scènes d’action, pas le temps de souffler voire de s’ennuyer, tant les révélations vont vite, très vite, trop vite? Courtney et son Mlle Crisp n’ont pas le temps de se poser, de dire « ouf » chez des habitants qui les accueillent qu’elles doivent s’en aller pour se sauver. On est en mode course-poursuite, Naifeh se précipite trop à mon goût. En même temps que cette action frénétique, des révélations sur le conseil des sorciers sont balancées, qui a trahi, pourquoi, et cela ne m’a juste pas touché, ayant lu ces moments comme étant complètement anesthésiée. Cela provient sans doute un peu du fait que je ne savais déjà plus trop qui était qui chez les sorciers, mais pas que.

Naifeh ouvre alors trop de pistes, notamment sur Aloysius, le charismatique grand-oncle de Courtney, dont le passé nous est dévoilé. Mais pour moi, cela vient trop tard dans la série. A peine cette piste ouverte qu’elle se referme, pas le temps d’apprécier au final. C’est clairement dommage, d’autant plus que ce moment était un retour aux créatures de la nuit. Le personnage de Mlle Crisp est presqu’oublié, elle aide Courtney, et puis c’est tout… alors qu’elle avait l’air mystérieux, qu’elle avait du charisme au début de la série, et qu’on voulait la connaître.

Mais surtout, la grande « absente » de l’histoire est Courtney. Dans les opus précédents, le lecteur avait l’habitude de la suivre, d’entendre ses petites réflexions, de la voir râler. Pas le temps ici de développer Courtney, de la voir grandir. On y va, très vite. Et que dire de la fin en elle-même, avec son lot d’émotion qui laisse de marbre. Pas trop de pathos, mais le tout est trop froid à mon goût, ne procurant aucun effet sur moi du moins.

Côté dessins, cela reste au niveau de l’opus précédent. Aux Etats-Unis, Courtney Crumrin est dessiné en couleurs depuis ce volume-là. C’est d’ailleurs pour cela que les premiers volumes ont été réédités en couleurs chez Akiléos, dans un format plus petit. Depuis le volume précédent, donc, je trouve que le dessin a perdu du charme. Cela s’explique par cette mise en couleurs, mais comme nous lisons toujours la série (du moins sa suite) en noir et blanc, dans le même format que la première édition, on y perd forcément quelque chose. Le visage de Courtney en l’occurrence, a perdu en expressivité, il est aujourd’hui bien plus vide. Ses yeux ne sont plus aussi renfrognés que jadis, lorsqu’elle était mécontente. Sur certaines planches, je trouve même Courtney ratée, un peu « bouffie » si on peut le dire ainsi. Heureusement, les autres personnages gardent tout de même un graphisme détaillé, permettant encore des ombres bien noires comme je les aime tant chez Naifeh.

Une fin en demi-teinte pour moi. Et pas l’occasion de dire « au revoir » à cette compagne de lecture qui m’a été si chère pendant des années durant. La série aura eu ses hauts et quelques bas, mais ce sixième volume est le seul m’ayant à ce point déçue. La grande histoire d’amour avec Courtney Crumrin aura surtout duré le temps des trois premiers opus (avec un pic sur les 2 et 3), un peu baissé avec le 4ème opus qui se divisait en deux histoires en Europe, remonté avec le 5ème qui rappelle tous les événements passés aux lecteurs, présageant donc un excellent 6ème volume. Le volume était trop dense, trop précipité, Naifeh ayant voulu y placer trop d’éléments. Il y aurait eu de la place pour ralentir le rythme, et conclure sur un volume 7. Il me reste finalement à replonger dans cet univers qui m’a tant plu et qui me plaît encore tant aujourd’hui (enfin, j’avais tout relu l’an dernier). Et pour ceux qui ne connaissent pas, il faut absolument découvrir Courtney Crumrin, et ce malgré sa fin. D’autres chroniques sont plus positives, par exemple ici, je partage en revanche beaucoup l’avis de celle-ci.


4 responses to “Courtney Crumrin et le Dernier sortilège

  1. Mo' dit :

    Je me retrouve complètement dans ton avis !! Je trouve cela dommage que la fin soit aussi expéditive ensuite, après lecture de l’interview en fin d’album, on ne peut qu’espérer qu’il reprendra le personnage de Courtney à moyen ou à long terme. Histoire de combler les brèches de ce dernier opus
    Concernant l’apparition de la couleur dans la série, je fuis réellement les albums qui ont été réédités récemment. Cette série a beaucoup plus de cachet dans une ambiance en noir et blanc (mais ce n’est que mon avis ^^)
    La lecture de ta chronique me fait repenser à une question que je me suis posée pendant toute la lecture du tome 6 : l’auteur s’est-il imposé la contrainte de réaliser cet album en restant fidèle à son story-board initial (de peur de devoir délayer cet album et en répartir son contenu en deux tomes… ce qui aurait contrecarré ses plans de finir la série ici et maintenant ??)

    • a-yin dit :

      J’avais peur au début. Quand un copain abonné à Courtney Crumrin au mois chez Onipress m’a montré les chapitres en couleurs, j’ai craint que Akiléos fasse de même pour les volumes 5 et 6. J’aime beaucoup Courtney Crumrin en noir et blanc, et je trouve dommage que Naifeh se soit mis à la couleur, surtout que c’était moins beau. Du coup, avec des amis, on s’est demandés si ce n’était pas le coup de la couleur, mis en noir et blanc dans les volumes 5 et 6 n’était pas cause de la perte de détails que j’accuse pour Courtney. Je n’aime pas les petits volumes réédités non plus… Nos volumes noir et blanc ne sont pas réimprimés pour le coup. A propos, les couvertures des volumes 5 et 6 sont beaucoup moins belles. Je m’étais fait la réflexion quand le volume 5 est sorti😦 .

      Je ne sais pas pour le story board. Peut-être Naifeh voulait juste passer à autre chose, et conclure peu importe. Mais il est clair que je suis déçue. Ceci dit, je ne considère jamais la fin d’une série comme étant une fin en soi (sauf cas de gros thrillers à suspense) et je suis heureuse d’avoir connu cette série. Parce que les débuts sont juste géniaux, et s’y replonger de nouveau me procure un plaisir incroyable. Je trouve vraiment dommage le personnage de Mlle Crisp, complètement ou presque évacué. Elle qui tenait tête à Aloysius, ou qui parvenait à avoir l’estime d’une Courtney.

  2. Herbv dit :

    Je ne suis pas complètement d’accord. Certes, ça sent la précipitation et un peu de facilité sur la fin mais ça reste bien rythmé, c’est agréable à lire. A te lire, on dirait qu’il y a une grande chute de qualité. Ceci dit, je reconnais que je suis trop gentil avec la série, que j’oublie d’avoir un esprit un minimum critique. Ceci dit, on est d’accord sur un point : lisez la série !🙂

    • a-yin dit :

      En fait, ce n’est pas « on dirait » mais je la sens carrément cette baisse de qualité😦 . Et l’action m’a vraiment pas du tout passionnée. Je n’ai l’habitude pas l’esprit critique justement (cf Cesare de Fuyumi Soryo, et c’est pourquoi on ne trouvera sans doute rien dessus ici, alors que j’attendais sa sortie si impatiemment, c’est honteux de ma part après tant d’attente) et c’est pourquoi j’ai été très surprise d’avoir cet avis. Je suis la première à porter un amour immodéré pour Courtney. Sans doute donc, la déception? Mais comme la fin n’est pas une fin en soi, en tout cas chez moi, lorsque je lis une série, je ne peux qu’encourager la découverte de celle-ci. Je n’aime pas renier une série en entier, juste au nom d’une fin décevante. Sauf une série du style 20th Century Boys par exemple, où la fin est effectivement primordiale. Mais ce qui compte le plus pour moi, c’est effectivement le chemin, le voyage que j’ai fait avec Courtney. Et donc, j’ai ce raisonnement même pour une série stoppée que je ne peux reprendre (Martin & John, Hotel Africa, My Street). Je garde avant tout le plaisir passé avec les personnages, avec l’oeuvre🙂 .

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