Errances et phylactères

Manga, éditions taïwanaises, Moto Hagio, Akimi Yoshida, bandes dessinées… du papier avant tout!

Darren Shan

le 26/02/2013

Darren Shan est une saga de 12 romans sortie de l’imagination de Darren Shan. Cette série de romans visant un public ado est un best-seller et se déroule dans l’univers des vampires. Je n’ai pas lu le roman, mais son adaptation en manga par Takahiro Arai (新井隆広) qui signe ici son premier manga (il est depuis sur sa propre série intitulée Arago, qui sort chez Pika). Une adaptation filmique reprenant les trois premiers romans a également vu le jour, sans suite, faute de succès. L’adaptation manga comporte aussi 12 volumes, chacun d’eux correspondant à un roman. Darren Shan (ダレン・シャン) a été prépublié dans le Shônen Sunday de Shogakukan de 2006 à 2009. L’édition française est assurée par Pika, la série est également licenciée aux Etats-Unis et au Royaume Uni, où elle porte le titre de Cirque du Freak.

darrenshan

L’intrigue: Darren Shan est un garçon de 12 ans qui vit en Angleterre. Comme tous les garçons de son âge, il rêve de devenir champion de football et s’amuse avec ses amis Steve, Alan et Tommy. Mais Steve et Darren, les meilleurs amis du monde, ont aussi une autre passion: l’un aime les monstres, l’autre est obsédé par les araignées. C’est donc ainsi qu’ils parviennent à se procurer un billet pour le Cirque de l’étrange qui passe dans leur ville, afin d’assister à une représentation. Steve veut se faire vampiriser par un certain Mr Crepsley, Darren est fasciné par Mme Octa, l’araignée de ce dernier. C’est par un concours de circonstance que Darren scelle son destin, devenant semi-vampire et assistant du vampire Mr Crepsley, devant se passer pour mort et renoncer à une vie normale ce qui le conduit vers le monde de la nuit. Une guerre s’annonce en plus entre vampires et vampiriks.

Darren Shan grandit et le trait s'affine. Un moment très urbain dans la série.

Darren Shan grandit et le trait s’affine. Un moment très urbain dans la série, j’adore cette illustration!

Mon avis: J’ai beaucoup de mal avec les vampires, encore plus lorsqu’ils bénéficient d’un effet de mode (j’ai tout de même lu par le passé Dracula de Bram Stoker et vu Entretien avec un vampire). A l’époque à laquelle le manga est sorti en France, soit en 2009, la mode de Twilight bat son plein. De plus, le manga est sorti en même temps que l’adaptation ciné du roman, pour bénéficier, sûrement, d’un coup de publicité. Adaptation par-ci, adaptation par-là, je dois dire que cela m’a gonflé au plus haut point (peu importe le sujet et peu importe le domaine: ciné, manga, anime, etc…). A sa sortie, je n’ai donc même pas eu envie de feuilleter le manga de Darren Shan, ou même d’en entendre parler. Mais le temps allant, et les très bons échos continuant, j’ai décidé de jeter un oeil à cette adaptation, d’autant plus que je ne compte pas vraiment lire les romans d’origine.

Larten Crepsley, le mentor de Darren

Larten Crepsley, le mentor de Darren

Voilà une série qui m’a beaucoup plu. Pourtant, ce n’était pas vraiment gagné avec le premier volume, qui recelait des qualités, tout en me faisant sentir beaucoup trop l’aspect jeunesse de tout ça, avec son héros qui hurle toutes les deux pages que « Les araignées, c’est trop cool! ». Passé certains dialogues trop appuyés « ado », je finis par changer d’avis avec le passage du cirque. Un parfum très familier à tout ceci: en effet, cela rappelle un peu l’excellent (et regretté pour beaucoup) Karakuri Circus de Kazuhiro Fujita (actuellement, il a son Moonlight Act chez Kazé, lisez-le!). Le tout continue donc, de plus en plus noir, jusqu’au moment fatidique où le destin de Darren bascule, notre héros devant renoncer à son humanité. La mise en scène de Takahiro Arai et sa narration sont déjà très efficaces et sans détour, le mangaka ne perdant pas son temps ni les pages (peu nombreuses vu le quota un roman = un manga). Le dessin, au niveau des humains, ne brille pas par son originalité, et il y a même quelques maladresses, ce qui lui confère même un certain charme au volume 1, le trait devenant plus lisse par la suite, surtout après le volume 4. En fait, j’ignorais qu’il s’agissait de la première oeuvre d’Arai. En revanche, côté « freaks » avec le cirque, Arai s’en donne à coeur joie et j’ai beaucoup apprécié les designs de chacun d’entre eux, surtout Mr Tall le chef de la troupe. J’apprécie aussi les décors, en particulier la lune, très burtonnienne.

Les moments de tristesse côtoient les moments de joie, rendant plus fragile le bonheur des personnages. C’est en jonglant ainsi que Arai évite le côté guimauve de son oeuvre, alors que si l’on y réfléchit deux fois, il y a quand même beaucoup de bons sentiments. C’est cette fragilité, qui fait que la vie ne tient qu’à un fil, et donc le bonheur aussi, qui donnent une vision autre de ces bons sentiments qui me gonflent habituellement. Certains moments sont très mignons, notamment dans les 3 premiers volumes lorsque Darren est enfant: son amitié avec le garçon serpent Evra, ou encore sa petite idylle avec Debbie. Ça aurait pu être guimauve mais ça ne l’est finalement pas, car tout ceci est contrebalancé avec des éléments plus noirs. Il y a une certaine tristesse qui règne dans ce manga, un côté tragique, ce qui rappelle encore une fois Karakuri Circus, tristesse qu’on trouve beaucoup moins, à mon avis, dans les titres plus actuels, et encore plus dans le shônen. La mort est d’ailleurs très présente dans cette oeuvre.

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Mr Tall, le chef du Cirque de l’étrange

Pour autant, l’action bât son plein et les phases de combat ont lieu à chaque volume. Les moments d’action sont bien rendus et jamais les combats ne s’éternisent. Cela vient sûrement du fait de sa nature d’adaptation de romans, devant respecter des contraintes au lieu de se laisser aller aux combats à rallonge trop souvent présents dans les shônen. Ceci est un goût purement personnel, mais j’adore les moments de course-poursuite dans les égouts, en ville (j’aime aussi ça dans Capricorne). Outre l’action très présente, chaque volume ou presque contient aussi son lot de révélations, qui tombent ou non à plat. L’identité d’un certain ennemi est évident aux yeux du lecteurs, d’autres révélations, et surtout la fin sont plus que surprenants, expliquant aussi pourquoi l’auteur de l’oeuvre porte le même nom que son héros. Le scénario est donc solide et tout tracé, et Arai ne prend pas de détour, et va directement à l’essentiel. Darren Shan est aussi un manga d’aventure avec à partir du volume 4 le voyage vers la Montagne des vampires. On y découvre donc les coutumes et les règles des vampires, ceux-ci ayant leurs propre culture, leur propre sens de la justice, mais toujours beaucoup d’honneur.

Les personnages sont tous attachants et apportent chacun leur petite pierre à l’édifice. J’aime le fait d’avoir des personnages de tout type, qui ne sont pas juste là pour décorer. Ainsi, chacun apporte quelque chose au lecteur, mais aussi à Darren, qui progresse au contact de chacun. Les personnages ont un rôle et ne sont pas là pour se la péter, ou juste un tout petit peu histoire d’avoir du style quand même. Le héros est assez banal, c’est un gentil garçon au coeur d’ange ayant tout à apprendre, et c’est paradoxal mais assez rafraîchissant pour le coup. Il ne fait pas semblant de jouer le bad boy, non, il est juste là, très gentil, renforçant la noirceur de la série sur la fin vu son côté pur. Mr Crepsley, le mentor, a beaucoup de charisme, mais mon chouchou personnel est sans aucun doute Harkat, un personnage ayant énormément de coeur et de grandeur d’âme.

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Harkat, mon chouchou

Voilà donc un shônen de 12 volumes, avec le quel j’ai passé un excellent moment, surtout à partir du volume 4. L’histoire se scinde en quatre trilogies, on pourrait dire que les 3 premiers volumes reprennent l’enfance de Darren, les 3 suivants emmènent le lecteur à la découverte des vampires en tant que peuple, les 3 suivants s’intéressent à la guerre entre vampires et vampiriks et enfin, la dernière partie est consacrée au destin de Darren Shan. Darren grandit petit à petit sous les yeux du lecteur (ou avec son lecteur si on a suivi les romans?), allant vers un destin difficile qu’il doit combattre. C’est un manga qu’on peut mettre dans les mains de tous, il n’y a jamais de violence gratuite ou de fan service inutile (voire abrutissant). Il s’agit d’une oeuvre riche, avec des dessins certes pas toujours originaux mais simples et allant à l’essentiel, pas mal d’action, des rebondissements (c’est parfois un peu bateau aussi), du voyage, des personnages incroyablement attachants et chaleureux. Mais surtout, il s’agit d’une oeuvre qui a une ambiance triste, rappelant souvent l’importance de la vie à son lecteur (il n’y a rien de glamour à devenir vampire), avec un parfum décidément très old school (avec aussi quelques grammes de bons sentiments). J’y ai senti, de la part d’Arai, beaucoup de sincérité, d’honnêteté et d’humilité à travers ce manga.


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