Errances et phylactères

Manga, éditions taïwanaises, Moto Hagio, Akimi Yoshida, bandes dessinées… du papier avant tout!

Yasha

le 22/02/2013

J’ai décidé de réécrire un article pour parler de la série dans sa globalité, maintenant que j’ai tout (re)lu, présentant donc de nouveau la série, même si cela a été fait dans un autre post. N’étant pas très douée pour organiser mes écrits, j’essaie tout de même de « pondre » ce texte une fois pour toute (il s’agit d’un de mes combats contre la procrastination cette année, écrire même si je ne suis pas satisfaite, au moins pour les manga dont on parle peu). J’ai lu l’intégralité de la série en chinois chez l’éditeur taiwanais Tong Li Comics (en traditionnel, édition officielle pour ceux que ça intéresse, vu que la question surgit de temps à autre).

yasha_vol5_jp

Yasha (YASHA 夜叉 – littéralement « Démon » ou « Esprit maléfique ») est la série la plus célèbre de Akimi Yoshida (吉田秋生) après Banana Fish. Il s’agit d’une histoire mêlant complots, action et eugénisme, avec des bishônen. La série est prépubliée de 1996 à 2002 dans le Bestucomi dans un premier temps, pour ensuite migrer vers le Flowers toujours chez l’éditeur Shogakukan. L’histoire s’étale sur 12 volumes et le succès est au rendez-vous: en 2004, une adaptation drama voit le jour, ainsi qu’une suite, Eve No Nemuri – Yasha Next Generation (イヴの眠り―YASHA NEXT GENERATION – littéralement « Le sommeil d’Ève »). Cette suite qui se déroule 18 ans après la fin de la série est prépubliée dans le Flowers et compte 5 volumes. Petite remarque à ce propos, Eve No Nemuri n’est pas le prologue de Yasha comme l’affirme le dossier sur Banana Fish de Manga-news (j’ai demandé une modification plusieurs fois sans résultat). Pour ma part, avec cette histoire de jumeaux ennemis, cette histoire m’a rappelée Eternal Sabbath de Fuyumi Soryo. Enfin, il existe un art book au sujet de Yasha constitué d’illustrations représentant les deux frères nommé Double Helix.

L’intrigue:

Sei Arisue vit avec sa mère sur une petite île près d’Okinawa (comptant environ 200 âmes) jusqu’à ses douze ans. Il  mène une vie paisible, et bien qu’il ne soit pas comme les autres, sa mère ne lui a rien dit. Sa vie bascule lorsque Kyôichirô Amamiya et l’armée américaine viennent le chercher. Sa mère est alors tuée sous ses yeux et il est kidnappé par l’armée pour le laboratoire de recherches du groupe Neo Genesis aux Etats-Unis.

Six ans plus tard, on retrouve Sei à 18 ans. Devenu un très beau jeune homme, il est également détenteur d’un doctorat de l’université de Columbia. Sei est donc un véritable génie et travaille comme chercheur pour Neo Genesis. D’ailleurs, il se trouve qu’il appartient totalement à ce groupe. Malgré tout, Sei est protégé d’une part par ses gardes du corps (Ken Kurosaki et Jack Mayer) d’autre part par le Professeur Alfred Ryan qui use de ses influences pour l’envoyer loin de Neo Genesis afin qu’il travaille à l’université Rakuhoku de Tokyo. On apprend aussi que Sei n’est pas un humain comme les autres, ayant été créé de manière artificielle et possédant une intelligence ainsi que des capacités physiques hors-normes.

A Tokyo, Sei rencontre ses amis d’enfance, Toichi et son frère Moichi (qui travaille au même laboratoire de recherches que lui) ainsi que Tetsuo (en fait c’était plus son tortionnaire que son ami). Mais il fait surtout la rencontre d’un certain Rin Amamiya, son frère jumeau de 9 mois son cadet. Il se trouve que Rin vit chez Kyôichirô Amamiya, l’homme qui a tenté de le kidnapper six ans auparavant. Alors que Sei et Rin paraissent bien s’entendre, leur relation se dégrade petit à petit, en particulier du fait que les deux jeunes hommes ne partagent pas les mêmes idées. Sei est toujours convoité par Kyôichirô Amamiya, mais aussi Neo Genesis, entreprise face à laquelle il se rebelle pour gagner sa liberté. La confrontation entre Sei et Rin s’ouvre donc sur fond de contamination, complots et eugénisme.

Commentaires:

L’amateur (amoureux?) de Banana Fish connaît déjà sûrement cette série qui lui est si proche. Que ce soit au niveau des dessins (le héros) ou des scènes d’action, on retrouve les éléments qui ont séduit dans Banana Fish. Le héros est un beau jeune homme possédant une intelligence et des capacités physiques hors normes, il est convoité pour ses talents par divers organismes, se bat contre des gens puissants, a connu une vie difficile et parfois tragique, se sent par moment très seul quant à sa nature non humaine, mais surtout, il défend de toutes ses forces ceux qu’il aime, en l’occurrence des personnes banales telles que Toichi et Moichi. Le héros rappelle furieusement Ash de Banana Fish, lui-même ayant tous ces traits de caractères et tenant plus que tout à son ami Eiji, un jeune homme très banal. Sing Soo Ling, un des personnages principaux de Banana Fish qui fait son apparition à partir du volume 9 de la série, finira même par dire à Sei qu’il lui fait penser à un jeune homme qu’il a connu dans le passé. Sei se différencie de Ash par son enfance particulièrement heureuse, il a le sens de la nostalgie alors que Ash a vécu une enfance plutôt douloureuse. Banana Fish et Yasha se déroulent dans le même univers, on apprend par ailleurs le décès de Yut-Ling, vengé par Sing Soo Ling (la mafia vietnamienne!!!) et son mariage avec une femme japonaise de 10 ans sa cadette: la nièce d’Ibe qu’on voit dans les histoires courtes à la fin de Banana Fish?

Moi c'est Sing Soo Ling, la classe...

Moi c’est Sing Soo Ling, la classe chinoise

Yasha est une série particulièrement réussie, et les amateurs de Banana Fish, qui sentaient un petit manque en matière de shôjo d’action, se retrouveront en terrain connu. Pour autant, Akimi Yoshida parvient à se démarquer de son oeuvre phare, et à constituer une oeuvre très proche sur la narration et les dessins, mais ayant son propre univers, ses propres personnages et sa propre histoire. Mais une chose est sûre, j’y ai complètement trouvé mon compte. Je me demande même si cette série n’est pas meilleure que Banana Fish car elle est plus concise et va plus rapidement à l’essentiel. Car il faut bien l’admettre, il y a quelques temps morts dans Banana Fish qu’on ne trouve pas dans Yasha. Yasha n’est donc pas une sorte de Banana Fish bis avec deux beaux mecs pour le prix d’un.

yasha_EnfanceHeureuse

Enfance joyeuse et insouciante près d’Okinawa

yasha_Hisako

Sei et sa mère Hisako, ou basculement d’une vie

Akimi Yoshida prend du temps à installer son intrigue. Le premier volume constitue donc un volume d’introduction pure, avec l’enfance de Sei sur la moitié, et ses retrouvailles avec Toichi, Moichi, son oncle Takahiko puis son « tortionnaire » Tetsuo (qui n’a rien de bien méchant en fait… disons qu’il le charriait beaucoup sur son prénom dont le kanji se lit à la fois Sei et Shitsuka, un nom à consonance féminine…). Ce n’est qu’au volume 2 qu’il fait la connaissance de son frère jumeau Rin. Et la relation entre Rin et Sei continue, jusqu’à la moitié de la série, pour enfin arriver aux phases de combat. Car bien que les scènes d’action soient déjà présentes sur la première moitié de la série (Sei est souvent recherché et est constamment entouré de gardes du corps, ses proches sont aussi sujet à divers kidnapping, etc…), ce n’est qu’à sa deuxième partie que l’action prend un ton plus sérieux, avec des mercenaires et des militaires, plus à la Banana Fish, alors que les personnages étaient surtout des civils au début de la série. A la seconde moitié de la série, Sei quitte le monde civil pour se joindre à ses gardes du corps Jack et Ken, puis des mercenaires: Lu Mei Kuang et son frère Shien , puis John Cali, afin d’affronter son frère jumeau. A partir de ce moment, le ton de la série devient plus noir, entre manipulations et géopolitique.

Kuang Lu Mei et John Cali. Chinoise et gros seins, c'est injuste u_u

Kuang Lu Mei et John Cali. Chinoise et gros seins, injustice!

Comme à son habitude, Akimi Yoshida va à l’essentiel, notamment grâce à un dessin particulièrement sobre et simple. Ses planches ne sont pas maniérées, sont sans fioritures, elle a une manière assez frontale de dessiner des scènes d’action. Son manga est donc très dynamique et bouge bien. Au niveau de l’histoire, elle est pleine de rebondissements et avance rapidement, sans pour autant, comme on peut le craindre, laisser tomber ses nombreux personnages. Chacun possède son un background, faisant de lui un personnage à part entière, que ce soit Sei, Rin, Takeru (le meilleur ami de Rin) ou encore Ken (le garde du corps de Sei), tout cela en évitant le pathos dans lequel les manga tombent, à mon goût, trop souvent. Jamais Akimi Yoshida ne s’attarde pas longuement sur des flashbacks pour faire pleurer les chaumières, mais réussit tout de même à toucher le lecteur, au moyen de souvenirs très brefs. Son dessin, bien que simple, s’avère très expressif et parfois même mélancolique. Akimi Yoshida raconte très simplement son histoire, sa narration est particulièrement fluide, et son ton plutôt mature. Les 12 volumes de la série sont donc denses et très bien rythmés.

Oui, vas-y, touche-moi les tétons!

Oui, vas-y, touche-moi les tétons!

L’univers de Yasha fera certainement fuir les fans de shôjo glamour. En effet, les personnages sont scientifiques, entrepreneurs, mafieux, mercenaires, militaires. Malgré tout, Yasha est très connu des fujoshi, sûrement par les illustrations très bishônen tirées de son art book Double Helix. Mais Yoshida s’amuse aussi avec les fans de boys love, un peu comme elle a pu le faire dans Banana Fish. Je dirais même que Yasha est son manga de bishônen, dont elle soigne grandement le look, ce qui n’est pas vraiment le cas de ses autres manga, les personnages portant très souvent des t-shirts à la con et un jean (quoique la chemise ananas de Banana Fish…). Ici, les personnages sont quand même fashion, ce qui fait un peu daté aujourd’hui, puisque l’on parle de la mode de la fin des années 90: bandana, chemise à carreau par-dessus le t-shirt pour faire « rebelle », casquette à l’envers, jeans larges retroussés, des accessoires avec la marque Nike ou autre en évidence, l’élastique du boxer/caleçon qui dépasse quand la personne est torse nu et même des bobs (je sais de quoi je parle). Mais aussi, le couple Rin et Takeru, qu’on verra s’embrasser, faire des trucs louches ensemble, ou même coucher ensemble avec une nana (le côté rebelle…). Rin est d’ailleurs convoité pour ses charmes par Raymond Goldberg, le fils du PDG de Neo Genesis.  Du côté des « gentils », Sei et Toichi ont cette amitié profonde et super mignonne, avec des phrases genre « je resterai avec toi pour toujours » pouvant titiller l’imagination de certaines. Et que dire des possibilités entre Ken et Jack, les gardes du corps, l’un étant « prêt à tout » pour l’autre. Même Rin et Sei, avec leur amour-haine, sont douteux (surtout au vu de l’art book). En parlant d’amour-haine fraternel, le mythe de Abel et Caïn revient souvent dans la série.

Kyôichirô et Rin, père et fils

Kyôichirô et Rin, père et fils, non ce n’est pas le coiffeur personnel de Rin

Comme dans d’autres de ses séries, Akimi Yoshida aime le thème de la manipulation, avec des gens puissants se servant des autres pour leurs talents. Dans Banana Fish, Ash est convoité pour ses talents, et les politiciens se servent du banana fish pour assouvir leur contrôle. Dans Kisshô Tennyo, Sayoko est un outil pour que les Toono parviennent à leur fin: obetnir les terres de la propriété Kanou. Dans Yasha, Sei est convoité dans un but lucratif, pour son intelligence (développement de virus) mais aussi pour son patrimoine génétique (désire d’eugénisme). Rin, l’antagoniste de la série, se révèle finalement bien plus attachant, on a de la peine de voir ce jeune homme complètement manipulé par celui qu’il considère comme son père. Comme dans ses autres séries, les personnages vivent des moments difficiles et se sentent seuls car ils sont différents des autres. Ash est un être exceptionnel, Sayoko possède une aura très étrange bien que fascinante, Sei et Rin sont des produits génétiquement modifiés ou un « nouveau genre humain », souvent traités de monstres. La grande tragédie de cette série est donc que Sei et Rin, seules personnes pouvant se comprendre (et ressentir ce que l’autre ressent, par une sorte de liaison télépathique), sont condamnées à s’affronter. De plus, les victimes de Rin, même connaissant Sei, souffrent de voir ce visage identique, faisant de Sei un coupable également.

L'adaptation filmique signée John Woo?

L’adaptation filmique signée John Woo?

Yasha est une série que je recommande chaudement, à ceux qui lisent le japonais ou le chinois, en particulier lorsqu’on a apprécié Banana Fish, ou en tant qu’amateur d’Akimi Yoshida. Pour les anglophones, des scans vont jusqu’au volume 2 et il semble y avoir eu des nouveaux chapitres en 2012. On a donc un titre avec une histoire intéressante, pleine de suspense et de rebondissements, des dessins simples et expressifs allant à l’essentiel, avec des scènes de combat nombreuses et particulièrement dynamiques. La fin est également une grande réussite, pleine d’émotion, bien que certains éléments trouveront leur réponse plus tard (le journal intime de Jonathan Smith en l’occurrence). Enfin, les personnages sont nombreux et chacun parvient à trouver son rôle (même Toichi contrairement au Eiji de Banana Fish dont le rôle se cantonnait pour beaucoup, trop souvent à se faire capturer, mais je l’aime quand même!). Au sujet des éditions, je peux me vanter de posséder l’une des plus laides de la série. Enfin, le titre vient d’une histoire des temps anciens que Rin raconte à Sei, selon laquelle les jumeaux étaient source de malheur, le premier considéré comme un démon, le second comme un saint.


9 responses to “Yasha

  1. […] d’Ève ») est un manga de Akimi Yoshida (吉田秋生). Il s’agit de la suite de Yasha (YASHA 夜叉) et l’histoire se déroule 18 ans après. Eve No Nemuri  est prépublié en 2004 dans le […]

  2. […] Akimi Yoshida remporte également un autre prix Shogakukan pour une autre série d’action: Yasha (1996). Sa dernière série en date est Umimachi Diary (Kamakura Diary en VF, 2007), un josei de […]

  3. […] connaissance, la seule œuvre non sombre de Akimi Yoshida, que ce soit Banana Fish, Kisshô Tennyo, Yasha, Eve No Nemuri – Yasha Next Generation, ou encore Lovers’ Kiss et même Sakura No Sono […]

  4. […] manga préféré de l’auteure. Il fait partie des indispensables aux côtés de Banana Fish, Yasha et Kisshô Tennyo qui revêt une importance particulière dans la carrière de Yoshida. Dans le […]

  5. Bidib dit :

    J’ai vu l’adaptation en drama (un des rares drama que j’ai vu). Je suis pas particulièrement fan de drama mais j’avoue que l’histoire m’a plu. Après lecture de ton article, j’ai bien envie de lire les scan (parce que lire un manga en VO, c’est pas pour demain!)
    Faut aussi que je trouve Banana Fish. J’en ai marre d’en entendre autant de bien et de pas pouvoir le lire !

    • a-yin dit :

      J’ignore si c’est trouvable en bibliothèque Banana Fish. Sinon, il y a des scans en anglais, notamment sur Mangafox. Jusqu’à la fin. Au moins les planches ne seront pas jaunes😉 . Si tu veux du papier, je crois que Banana Fish n’est pas introuvable dans son édition US sur amazon. En français par contre… Quoiqu’avec du bol tu peux trouver un pack d’occaz, mais je déconseille l’achat des tomes séparés car certains sont galères!!!!

      Pour Yasha, il paraît que le meilleur ami est devenu une fille😦 dans le drama. Sinon, le manga est trouvable en scans en anglais, sur Mangafox ou Mangareader. Après, il y a eu genre des années de pause et depuis 2012, y’a eu un chapitre traduit je crois. Mais ça va à pas de tortue -__- … Arrrg.

      • Bidib dit :

        Il me semble qu’il y a bien UN meilleur ami dans le drama, mais je l’ai vu il a un moment déjà.

        En tout cas j’irai voir les scan. Merci

  6. […] univers de Banana Fish, Yasha et sa suite Eve No Nemuri – Yasha Next Generation sont liés. On retrouve dans les oeuvres […]

  7. […] Titre: YASHA 夜叉, Titre original: YASHA 夜叉, Editeur: 東立 (Tong Li), Série terminée en 12 volumes, Genre: action, science fiction. Aujourd’hui indisponible en neuf, elle est néanmoins très facilement trouvable sur Taobao. Une des séries les plus longues de la mangaka après Banana Fish. Le titre signifie littéralement "démon". Les couvertures ont beau être laides (le mot est faible), il s’agit bien de l’édition officielle. Ne pas tomber dans le panneau d’une couverture jolie comme en japonais. Chronique: oui. […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :