Errances et phylactères

Manga, éditions taïwanaises, Moto Hagio, Akimi Yoshida, bandes dessinées… du papier avant tout!

Kisshô Tennyo vol 4 (fin)

le 13/02/2013

Kisshou Tennyo vol4Le volume 4 marque la fin de Kisshô Tennyo, le tiers du volume étant consacré à des histoires courtes de Akimi Yoshida: l’enfance et l’adolescence d’Akimi Yoshida à Kamakura (dans laquelle elle mentionne Ryoko Yamagishi), un spin off de California Monogatari (son premier grand succès), une dont je ne me souviens plus trop… Il faut dire que j’ai eu la flemme de lire ces histoires, surtout en chinois. Au passage, la couverture est vraiment sinistre… Voir les volumes précédents: vol 1, vol 2, vol 3.

Au final, voilà une série fort intrigante, prenante, intéressante, cruelle, à l’image de son héroïne. Comme souvent chez Akimi Yoshida, la nature humaine se révèle bien sombre, chacun utilisant et manipulant son prochain pour obtenir ce qu’il veut. Heureusement, et ce sera vrai dans ses autres séries, un personnage plus naïf, plus pur, parvient à faire contraste (et c’est toujours un ami du héros), tel Ryou ici, pris entre deux feux (son amitié avec Sayoko, sa famille avec Akira). Kisshô Tennyo constitue un titre important de la carrière de Akimi Yoshida, et je le place dans les indispensables de l’auteure, aux côtés de Banana Fish, Lovers’ Kiss et Yasha. La fin de la série laisse un goût amer dans la bouche, se concluant avec un bilan humain très lourd (c’est sûrement la série la plus sombre de l’auteure). Akimi Yoshida prouve son talent de conteuse par une histoire mystérieuse, pleine de suspense, des personnages forts (Ryou, Akira, Sayoko en tant qu’héroïne), des planches sobres mais maîtrisées et un scénario solide.

Akimi Yoshida ne donne que très rarement le point de vue de Sayoko, son héroïne, le tout étant surtout vu du côté de  Ryou Toono, ou encore, dans ce volume, Takashi Asai, le frère de sa camarade de classe (trombi). De ce fait, on ne sait pas toujours ce que Sayoko a en tête, maintenant une certaine distance avec le lecteur (comme avec les autres personnages, Sayoko sort toujours du lot), permettant à Akimi Yoshida de laisser des zones d’ombres à la fin de la série, certaines scènes étant plus évoquées, suggérées que directement racontées. Elle utilise une narration détournée, non frontale, et c’est ce qui rend l’ambiance parfois dérangeante dans ce récit car on ne sait jamais vraiment ce qui se passe dans les moments clés (seul le meurtre du volume 3 est véritablement commis sous nos yeux). L’aspect surnaturel est également présent, et on ne saura jamais clairement à quel point ce surnaturel est intervenu. Enfin, ce volume se focalise beaucoup sur un personnage très peu présent jusqu’à présent: Takashi, le frère de Yuiko.

Attention spoilers sur la fin (résumé assez détaillé avec images commentées ci-dessous)… Les scans en anglais n’étant pas disponibles pour ce volume, il est possible de voir les planches en chinois avec les explications ci-dessous pour les curieux ayant lu les volumes précédents en anglais.

Cette chevelure fait peur

Aaah... la tentatrice!

Aaah… la tentatrice!

C'est le drame!

C’est le drame!

Elle était là, elle vous raconte tout!

Elle était là, elle vous raconte tout!

Sayoko se trouve dans le bureau du père d’Akira, et pose sa main sur son épaule, semant la tentation en lui (comme elle l’a fait avec Nezu, le professeur du volume 1). C’est en entendant les cris des domestiques que Ryou découvre le corps de son oncle, ensanglanté, avec Akira tenant un couteau. On se doute bien que Akira a tué son père sous le coup de la jalousie, en voyant sa fiancée avec son père, lui qui se comportait de manière très étrange. Alors que Ryou tente de le raisonner, Akira prend la fuite. C’est Sayoko qui rapporte les faits à Ryou, elle qui était présente au moment de l’altercation. Ryou est désemparé.

Sans rancune!

Sans rancune!

Le lendemain, après les cours, Sayoko passe rendre visite à Ryou. Ce dernier la félicite d’avoir réussi à se débarrasser de tous les hommes ayant tenté de lui porter atteinte sans avoir à se salir les mains, en les montant les uns contre les autres grâce à ses charmes, se remémorant d’une phrase qu’elle lui a dit plus tôt dans la série: « Les hommes et les femmes ont une manière différente d’attaquer ». Alors que Ryou, lorsque Sayoko lui demande quels sont ses plans d’avenir, désespère de pouvoir terminer le lycée faute de moyen (l’argent n’étant pas le sien, mais celui de son oncle), celle-ci lui révèle que même la société de construction Toono n’est pas à son nom, mais appartient désormais à sa mère. Cela faisait partie du contrat signé lors de ses fiançailles avec Akira: dans le cas où Ukiko et le père d’Akira venaient à mourir, la société reviendrait à la mère de Sayoko. Ryou réplique alors que son plan était parfait, et lui demande si elle veut le tuer aussi, étant le dernier de la lignée ennemie des Toono, ce qu’elle réfute, évidemment « Suis-je ce genre de personne? ». Les deux amis se réconcilient autour d’un toast « à l’avenir d’une future grande dame ».

Attention Sayoko!!! Observez cette chevelure, elle aurait un stand comme dans la saison 4 de Jojo's?!

Attention Sayoko!!! Observez cette chevelure, elle aurait un stand comme dans la saison 4 de Jojo’s?!

Quels réflexes!

Quels réflexes!

Attention à cette femme. C'est elle qui a tué Osawa!

Attention à cette femme. C’est elle qui a tué Osawa!

kisshouTennyo_vol4_page029La nuit, Ryou reçoit un coup de fil de Akira qui lui donne rendez-vous à « l’endroit habituel » du lycée. Les deux cousins discutent, Ryou demandant à Akira de se rendre à la police. Akira lui dit qu’ils se verront de nouveau le lendemain, et pour cause… Le matin, alors sur le chemin du lycée, Akira apparaît au volant d’une voiture et tente de renverser Sayoko pour se venger. Sayoko, prévenue par Ryou d’une voiture qui approche, a tout juste le réflexe de lancer son cartable sur le pare-brise. Akira échoue donc lamentablement et percute un poteau, sortant gravement blessé de la voiture. Dans les bras de Ryou, il lui révèle que c’est Sayoko qui a tué Osawa, laissant Ryou stupéfait.

Takashi essaie d'en savoir plus

Takashi essaie d’en savoir plus

Passant par hasard, Takashi s’inquiète pour sa soeur, voyant l’ambulance devant son lycée. Il est soulagé d’apprendre que Yuiko et Mari n’ont rien, mais lorsque sa soeur lui crie que Akira a tenté d’assassiner Takashi, celui-ci se fige. C’est donc poussé par la curiosité qu’il décide d’accompagner Ryou dans l’ambulance. Il commence à éprouver de la sympathie pour ce camarade de classe constamment décrit de manière négative par sa soeur. Takashi, curieux par nature, commence à ressasser toutes ces affaires liées à Sayoko dans sa tête: Nezu, Osawa, sa tante Ukiko, le père Toono et maintenant Akira, mais surtout, pourquoi a-t-il donc cherché à assassiner sa fiancée? Takashi tente d’en savoir plus, mais Ryou n’est pas prompt à parler. A l’hôpital, ils apprennent le décès d’Akira. Sayoko se rend à l’hôpital avec un bouquet de chrysanthèmes (les mêmes fleurs qu’Akira a vues avant la mort de Osawa), ce qui met en colère Ryou, qui s’en prend à Sayoko, stoppé par Yukimasa.

Ryou s’évanouit, et passe la nuit à l’hôpital. C’est Takashi qui veille à son chevet, suivi de Yuiko. Ryou a donc l’occasion de lui demander pour quelle raison elle semble le détester, alors qu’il ne lui a rien fait. En fait, il s’avère que Yuiko n’aime pas les hommes (ou plutôt en a peur, comme l’a souligné Sayoko à la fin du volume 3) depuis l’école primaire, après avoir rencontré un pervers. Elle déteste aussi le regard des hommes, et leurs commentaires sur les femmes qu’elle trouve vulgaires. Akimi Yoshida, au travers de Yuiko, semble exprimer la peur d’une femme, objet sexuel convoité des hommes, souvent victime de regards ou de blagues salaces. C’est une forme de misogynie au quotidien subie que Akimi Yoshida dénonce, en plus du viol déjà maintes fois évoqué par Sayoko.

Venge-moi...

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Quitte ce corps Akira!

Quitte ce corps Akira!

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La nuit, Ryou fait un rêve dans lequel Akira lui demande de tuer Sayoko pour le venger, mais aussi Osawa, la tante Ukiko et aussi son père. Ryou quitte l’hôpital afin d’aller chercher le fusil de chasse de son oncle, et se rend chez Yukimasa et Sayoko pour commettre sa vengeance. Sayoko tente de raisonner son ami, et y parvient presque, mais celui-ci est possédé par le fantôme haineux de Akira qu’elle parvient à visualiser. Ryou appuie sur la détonation mais finit blessé. En fait, Sayoko savait que Akira, voulant tuer son père, a trafiqué l’arme. A l’hôpital, Sayoko fait ses adieux à Ryou avec qui elle parvient à communiquer par télépathie. Ryou lui révèle alors qu’il l’aimait, et Sayoko répond sobrement qu’elle le savait déjà. Cette relation d’amitié très forte, platonique, pure, est l’une des plus belles de la série.

Tristes adieux pour Sayoko, qui éprouvait beaucoup d'affection pour Ryou. "Je t'aimais", "Je le sais".

Tristes adieux pour Sayoko, qui éprouvait beaucoup d’affection pour Ryou. « Je t’aimais », « Je le sais ».

Le fameux tableau de Lakshmi qui a inspiré Takashi

Le fameux tableau de Lakshmi par Takashi, inspiré de Sayoko

L’enterrement d’Akira et Ryou a lieu en même temps, avec tous les camarades de lycée. Takashi soupçonne Sayoko d’être derrière cet « accident », et pense que Yukimasa a trafiqué l’arme. Ce dernier dit à Takashi qu’il ne peut rien dire à la police, Sayoko n’étant encore qu’une enfant de 17 ans, et que personne ne le croira. Il fait ses adieux à Sayoko, qui a décidé de déménager, lui montrant le tableau qu’il a peint en s’inspirant d’elle. Il s’agit de Lakshmi, la déesse de la fortune du panthéon hindouiste, ce qui renvoie donc au titre de la série. Il répond aussi à la question qu’elle se posait au volume 2, à savoir si le premier Kanou, ayant épousé une nymphe céleste, était heureux ou non. Ce à quoi il répond que oui, il l’était sûrement. Sayoko a décidé d’adopter Mizue, la petite soeur de Ryou, celle-ci étant désormais sans famille. Sa santé s’est d’ailleurs considérablement améliorée. La série se termine sur Yuiko qui décide d’accepter sa féminité, prenant comme modèle Sayoko, une femme forte, belle, intelligente, sensuelle et sachant se défendre.

Sayoko adopte la petite Mizue qui s'est attachée à elle dés leur première rencontre

Sayoko adopte la petite Mizue qui s’est attachée à elle dés leur première rencontre

Au final, on ne saura jamais qui a trafiqué l’arme du père Toono. J’opte pour Yukimasa, personnage mystérieux et je pense jaloux, voulant garder Sayoko pour lui. Enfin, la narration est toujours un brin étrange, reprenant donc le point de vue d’un personnage plus distant, celui de Takashi. Akimi Yoshida revient aussi sur Yuiko, personnage presque délaissé lors des évènements  alors que le volume 1 s’ouvrait sur elle (presque la moitié). Finalement, on peut se demander si ce n’est pas la nymphe céleste qui s’est vengée au travers de Sayoko contre les Toono qui voulaient s’emparer du terrain des Kanou. Avant chaque meurtre, ou chaque fois que Sayoko est en danger, elle est comme possédée et réagit très vite. Enfin, alors que l’histoire se termine, elle semble une femme plus sereine et douce.


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