Errances et phylactères

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Fuyumi Soryo Short Stories vol 3: Saboten

le 30/01/2013

Saboten - Fuyumi Soryo Short StoriesSaboten (サボテン) est le troisième et dernier volume regroupant les histoires courtes de Fuyumi Soryo. Ce recueil est sorti en 1994 au Japon aux éditions Kodansha et comprend les histoires:  Kaktus (« Cactus »), Der Pekannusskuchen (« La tarte aux noix de pécan »), Mondfinsternis (« Eclipse lunaire »), Ein blasser Nachmittag (« Un pâle après-midi »), Süße Hoffnung (« Doux espoir ») et Mein 45° Freund (« Mon ami de 45° » ???). J’aime bien cette couverture pleine de verdure, assez sobre et peu commerciale finalement. Pas vous?

Les trois premières histoires (connues sous le titre Saboten) se suivent et s’intéressent à un couple particulier. Elle est lycéenne, plutôt dans la lune et fait du violon. Ou plutôt, sa mère rêve de la voir devenir violoniste, mais elle n’est pas aussi géniale que sa cousine. Lui est un playboy qui n’arrive pas à rester plus de trois mois avec la même petite amie. Les deux sont dans la même classe et leur idylle commence lorsque celle-ci se met à le fixer en plein cours, car il lui rappelle son ami d’enfance qui courait après sa voiture avec un cactus, alors qu’elle déménageait.

Ein blasser Nachmittag s’intéresse à deux amis, l’un étant plutôt discret, l’autre étant devenu photographe de mode, et qui ne s’étaient pas vus depuis l’époque de la fac. Le photographe en question a toujours été très beau et toutes les femmes ont toujours été attirées par lui. Mais en tant qu’individu, il est un véritable salaud.

Süße Hoffnung s’intéresse à un bel étudiant qui est également le gigolo d’une riche femme (amoureuse de lui au passage) lorsqu’il ne va pas en cours. Une fille timide de son âge (et qui porte des lunettes, et qui est un peu ringarde) décide de l’embaucher pour l’accompagner à une fête donnée par des camarades.

Mein 45° Freund parle de collégiens. L’héroïne est confrontée à un camarade de classe qui travaille très souvent à temps partiel. Elle semble s’intéresser à lui mais le nie en bloc. Toujours est-il que le beau sempai que tout le monde admire est un proche de ce camarade de classe, et qu’il s’est enfui de chez lui, a abandonné le lycée et vit avec une jeune fille de 15 ans.

L’histoire principale, Saboten, évoque avant tout Mars en plus court. La jeune fille plutôt en marge, ayant assez peu confiance en elle (et constamment derrière sa superbe et remarquable cousine) et exerçant un art qui rencontre un beau mec plutôt rebelle et playboy. La jeune fille en question entretient en plus des rapports difficiles avec sa mère, car cette dernière semble avoir honte d’elle et la compare sans cesse avec sa cousine. La mère semble un sujet qui revient souvent chez Soryo, déjà dans Mars, mais aussi dans Eternal Sabbath, au travers de la petite fille camarade de Isaac. Le garçon, quant à lui, est un playboy mais cache une situation familiale assez peu enviable. Comme par hasard, son père est riche (directeur dans une zaibatsu y’a pire…) et sa mère semble avoir des problèmes psychologiques. On est donc dans un schéma à la Mars, avec des familles dans lesquelles les jeunes font difficilement confiance aux parents. Mais surtout, les rumeurs fusent au lycée, et les filles jalouses sont aussi à l’affût car comme vous savez, il est beau… Le tout se révèle une excellente lecture comme sait si bien le faire Fuyumi Soryo, avec ses moments de cruauté pure. Et ce, même s’il s’agit d’une simple romance.

Ein blasser Nachmittag s’avère tout aussi intéressant. Fuyumi Soryo, je trouve, met rarement en scène des personnages masculins ayant une relation amicale. Ici, c’est le cas et le caractère salaud de l’un fait de lui un personnage particulièrement antipathique. L’amitié qui lie les deux hommes semble être teintée d’une pointe de jalousie, comme souvent avec Soryo, il y a donc une certaine noirceur et des non dits entre les deux. Evidemment, lorsqu’une femme fait son entrée, tout cela est cassé et les rancunes sont toujours là, malheureusement. J’aime beaucoup comment le tout est amené, jusqu’à la chute finale.

La dernière histoire est clairement la moins intéressante à mes yeux. Malgré le synopsis, le tout ne se concentre pas sur l’histoire d’amour, ou l’idylle, mais plus sur la fugue et la volonté de liberté d’une certaine jeunesse. La petite amie du sempai est, encore une fois, une personne qui ne se sent pas bien dans sa famille. C’est clairement mignon, surtout l’héroïne, et beaucoup plus banal, avec des amitiés qui se forment, de la solidarité, de l’entraide, bon sang c’est complètement différent de ce que j’ai l’habitude de voir chez Soryo! Où est la cruauté, la noirceur humaine, les personnages profonds? Non, rien de tout ça. C’est un shôjo ce qu’il y a de plus lambda…

Je reviens sur ce texte, car j’avais oublié d’inclure Süße Hoffnung, qui m’a si peu marquée que je ne savais même plus de quoi ça parlait! En fait, c’est cette histoire qui est sans doute la moins intéressante de ce recueil. Tous les clichés sont présents: la fille à lunettes au look ringard mais plutôt mignonne dés qu’on l’arrange, la nana riche et égoïste qui se prend un gigolo, le gigolo beau gosse qui a du succès avec les filles de son âge, et qui est en réalité très gentil, aidant la fille moche. Au secours! De plus, l’histoire est hyper gentille venant de Fuyumi Soryo. Les dessins sont anciens et les tenues des personnages très datés années 80, je ne sais pas quand a été publiée l’histoire à l’origine ceci dit.

Avec la collection d’histoires courtes Fuyumi Soryo Short Stories, c’est l’occasion de lire d’autres oeuvres d’une grande auteure de shôjo romantiques et dramatiques, dont on ne connaît que Mars dans ce registre. Ces histoires, malgré des inégalités, permettent donc de faire un tour d’horizon de la carrière de Soryo, en passant dans plusieurs registres. J’ai surtout aimé toutes les histoires de Taiyou No Ijiwaru, See You In Eden, Saboten et Ein blasser Nachmittag. Les personnages de Fuyumi Soryo, par leurs non dits et leur noirceur, leur jalousie, leur cruauté, sont décidément très humains.


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