Errances et phylactères

Manga, éditions taïwanaises, Moto Hagio, Akimi Yoshida, bandes dessinées… du papier avant tout!

Kisshô Tennyo vol 1

le 10/01/2013

Kissho Tennyo vol 1 - Taiwan Ever Glory PublishingKisshô Tennyo (吉祥天女, « La déesse du destin ») est un des manga les plus célèbres de Akimi Yoshida (Banana Fish). Le titre japonais, lorsqu’on fait une recherche dessus, renvoie à Lakhsmi, la déesse indienne de la fortune, de la richesse et de l’abondance. Il a reçu le prix manga Shogakukan 1984 dans la catégorie shôjo. Il est prépublié entre 1983 et 1984 dans le magazine shôjo Betsucomi de l’éditeur Shogakukan. La série compte 4 volumes dans sa totalité. Kisshô Tennyo bénéficie, en 2007, d’une adaptation filmique réalisée par Ataru Oikawa. A Taiwan, Kisshô Tennyo est édité par Ever Glory Publishing (長鴻出版社). Sur la Toile, des scans en anglais sont disponibles, mais s’arrêtent depuis plus d’un an déjà, au volume 3.

On suit Yuiko Asai, une élève assez banale, assez timide et peu débrouillarde. Tous les matins, Yuiko se rend au lycée accompagnée de son amie Mari Oono, dotée d’un caractère plus fort et qui la protège depuis l’enfance. L’arrivée de Sayoko Kanou, une nouvelle élève chamboule la petite vie tranquille de l’établissement. Depuis son arrivée, tous les regards sont tournées vers elle: les filles l’admirent, les garçons sont subjugués, la bande de bad girls de Hisako Imai la détestent. Même le playboy du lycée, Ryou Toono, s’intéresse à elle, alors qu’il sort avec Hisako, de même que Akira, le riche cousin de ce dernier. En même temps, Sayoko semble avoir toutes les qualités: belle, intelligente, mature, mystérieuse, amicale, plutôt bonne en sport et jolie silhouette. En plus, à la fin du volume, on apprend qu’elle est riche. Hisako ne supporte pas qu’une nouvelle « se la joue un peu trop » et tente de persécuter Sayoko. Si Sayoko semble inoffensive aux premiers abords, il ne faut néanmoins pas la provoquer.

Kisshô Tennyo est un manga psychologique se déroulant dans le cadre de la vie scolaire. Au volume 1, on ne sait pas grand chose de Sayoko, mais celle-ci est bel et bien mystérieuse. La couverture, assez flippante de mon point de vue, ne donne pas spécialement envie de lire ce manga. C’est simple, si le nom de Akimi Yoshida ne figurait pas dessus, pas sûre que je l’aurais lu. Si Sayoko est décrite par tout le monde comme extrêmement belle, j’arrive difficilement à suivre cet avis et essaie de faire abstraction du fait que cette nana me donne la chair de poule… Dans le manga, personne à part Yuiko dont on suit le point de vue, et Ryou, ne remarque que Sayoko est étrange et change son entourage. Alors qu’elle vient tout juste d’arriver, tout le monde se comporte de manière plutôt familière avec elle. De plus, depuis son arrivée, l’atmosphère de la classe semble avoir changé, ce que note d’autant plus Yuiko, alors que Sayoko s’absente plusieurs jours.

Racontée ainsi, l’intrigue semble être celle d’un banal shôjo avec une nouvelle élève. Mais l’ambiance de ce manga est particulièrement mystérieuse et finalement, on ne sait pas vraiment dans quelle direction ira le manga. Toujours est-il que chaque personne qui fait du mal ou veut en faire à Sayoko se retrouve en mauvaise posture. Vers la fin du volume, une histoire de terrain immobilier semble se profiler avec le cousin de Ryou, Akira. Celui-ci explique que la famille Kanou habite sur un terrain qui intéresse son père. Les relations entre les personnages sont curieuses. Akira traite son cousin comme un larbin, à travers sa réputation de dragueur, en lui demandant de s’approcher des filles qui l’intéressent lui. Le manga met un peu mal à l’aise et cela est très étrange car le lecteur n’est pas dans la tête de l’héroïne, Sayoko, mais voit celle-ci d’un oeil extérieur, celui de la banale Yuiko. Ryou, le beau mec de service, est un personnage plus complexe qu’on pourrait en trouver dans les shôjo habituels. Ryou se montre intéressé – et sans doute charmé – par Sayoko, mais il se montre très méfiant vis-à-vis d’elle.

Le ton est évidemment très mature, ce qui surprend pour un simple shôjo se déroulant dans un cadre scolaire. J’ignore si c’est l’auteure, Akimi Yoshida, qui donne à cette oeuvre un ton particulièrement adulte par sa sobriété et son ambiance, ou bien si c’était fréquent pour un shôjo des années 80. D’où ma surprise quand j’ai vu que la série paraissait non pas dans Flowers mais dans Betsucomi. La sexualité est, comme souvent chez Akimi Yoshida, très présente. Ryou et Hisako couchent ensemble, et on les voit nus, après avoir fait l’amour, sur le lit, rien de très glamour, avec Hisako qui allume sa clope. Si dans Sakura No Sono, la sexualité est abordée dans la thématique de la « première fois », il n’en est rien ici; Ryou semble être un playboy qui couche assez souvent avec des filles. Je le constate donc ici, la sexualité semble très présente dans les séries de Yoshida, que ce soit dans ses séries plus quotidiennes ou dans ses séries d’action, Banana Fish et Yasha. De plus, Sayoko dégage un parfum d’érotisme plus que palpable.

Ce premier volume est très convaincant et donne envie de lire la suite. J’avais déjà lu cette série, il y a plusieurs années, mais pour une raison obscure, et c’est sûrement liée à la lecture dans une langue telle que le chinois, mes souvenirs sont complètement flous. Cette seconde lecture est toujours aussi géniale, et je recommande aux curieux d’aller voir les scans en anglais. Je mentionnais l’influence de Akimi Yoshida, Ryôko Yamagishi, dans un billet précédent, à propos de Hi Izuru Tokoro No Tenshi, où le Prince Shôtoku possède aussi une belle aura de mystère par ses liens avec des créatures surnaturelles. C’est un peu le cas ici, où Sayoko est mystérieuse, et on ne sait jamais si un événement surnaturel va se produire à un moment ou un autre (et même son dessin, finalement, rappelle Shôtoku). Pour le moment, pas encore de surnaturel. Enfin, il est agréable de voir une nana sachant se défendre seule, contre plusieurs voyous, et aucun prince charmant pour la sauver. Non, Sayoko défend elle-même ses amies.

Petite galerie:

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Quelle chevelure… flippante!

"Ho Ho Ho Ho!!!" le vrai visage de Sayoko...

« Ho Ho Ho Ho!!! » le vrai visage de Sayoko…

Très belle double-page

Sur le chemin de l’école

Toshi et Kubota de Kawa Yori mo Nagaku Yuruyaka ni

Toshi et Kubota, les obsédés de Kawa Yori mo Nagaku Yuruyaka ni

Scans: en chinois, Scans en anglais (3 volumes sur 4)

En VO/chinois:
Titre: 吉祥天女
Auteure: 吉田秋生
Editeur: Shogakukan
Prépublication: Betsucomi

Article connexe: Personnages


11 responses to “Kisshô Tennyo vol 1

  1. […] pour sa série California Monogatari  (1978) et remporte ensuite un prix Shogakukan pour Kisshô Tennyo (1983, traduit par « La déesse du destin » dans les textes de Génération […]

  2. […] est, à ma connaissance, la seule œuvre non sombre de Akimi Yoshida, que ce soit Banana Fish, Kisshô Tennyo, Yasha, Eve No Nemuri – Yasha Next Generation, ou encore Lovers’ Kiss et même Sakura […]

  3. […] aussi Lu Mei jeune, et elles ne se laissent clairement pas marcher sur les pieds. Un peu comme dans Kisshô Tennyo, on retrouve ce type de femme redoutable, mais aussi reliée à quelque chose de mystique. Le […]

  4. […] tournée en dérision, notamment grâce à un établissement rempli de mecs en manque. Dans Kisshô Tennyo, Toshi et Miyuki apparaîtront comme caméo dans le volume […]

  5. Ileca dit :

    Pas lu Kisshô Tennyo mais le contenu de ton article me fait furieusement penser à Maria de KAMIMURA Kazuo publié plus de dix ans auparavant.
    Protagoniste fascinante et vénéneuse, capable de se défendre seule, sexualité crue, ton évidemment très mûr. Un manga porteur d’un certain malaise, pour ne pas dire nihiliste.

    • a-yin dit :

      Pas lu Maria en revanche, je ne suis toujours pas remise de La rivière Shinano xD! C’est en effet ce type d’héroïne. Après, on a ici un personnage principal très à la Yoshida, impitoyable avec ses ennemis mais loyal avec ses amis, faisant tout pour les protéger. Sa cruauté est réelle, ce qu’on verra par la suite. Mais il y a toujours ce petit parfum de surnaturel qui flotte tout au long de la série, avec cette histoire de robe à plumes notamment.

  6. […] en chinois. Au passage, la couverture est vraiment sinistre… Voir les volumes précédents: vol 1, vol 2, vol […]

  7. […] était accusée de se prostituer, parce qu’elle traînait une sale réputation, dans Kisshô Tennyo, un des héros avait une réputation de playboy. Tomoaki est le beau gosse de la série, il a un […]

  8. […] magazine ayant vu passer des titres tels que les excellents Basara et Banana Fish, ou encore Kisshô Tennyo, qui est bien loin des shôjo niais. Il est donc navrant, de mon point de vue, de lire à la fin […]

  9. […] on retrouve Toshi et Miyuki de Kawa Yori mo Nagaku Yuruyaka ni dans Kisshô Tennyo. Les deux compères obsédés (et frustrés) ont enfin réussi à intégrer un lycée mixte? Ils […]

  10. […] elle n’est plus disponible aujourd’hui, sauf en occasion sur Taobao. Chronique: oui. Le titre signifie littéralement "la déesse du […]

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